Ouvrir le menu principal

Château de Montjoie
Image illustrative de l’article Château de Montjoie (Contamines)
Nom local Château de Béatrice
Période ou style Médiéval
Type Château
Début construction XIIe siècle/XIIIe siècle
Destination initiale Résidence seigneuriale
Destination actuelle Ruiné
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces du Duché de Savoie Faucigny
Comté de Savoie
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Haute-Savoie
commune française Les Contamines-Montjoie

Le château de Montjoie (castrum Montis Gaudii), parfois dit château de Béatrice, est un ancien château, du XIIe siècle, aujourd'hui disparu, situé dans le Faucigny. Il se dressait au centre du village de la commune des Contamines-Montjoie dans le département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Entre les XIIIe et XVe siècles, il est le siège d'une châtellenie.

Sommaire

ToponymieModifier

Le nom de Montjoie dérive du germain mundgawi, désignant une « hauteur frontière avec poste militaire »[1]. Les copistes du Moyen Âge écrivent le nom sous la forme Mons Gaudii[1]. En effet, la vallée se trouve en position de frontière entre le Faucigny et le Beaufortain.

La présence de la Grande Dauphine, Béatrice de Faucigny, dans les murs du château amène parfois à l'appeler château de Béatrice[2].

GéographieModifier

Le château de Montjoie s'élevait dans le village des Contamines-Montjoie. L'emplacement correspond à l'emplacement actuel de l'église du village[3]. La place du village porte d'ailleurs le nom de l'ancien château. La base du clocher correspond à une des anciennes tours du château[3],[4].

Le château a une position stratégique dans le Val Montjoie[2]. Il est situé sur la rive droite du torrent du Bon-Nant, et contrôle l'accès de la route menant de la vallée de l'Arve, via Saint-Gervais, au le col du Bonhomme[3], mais aussi celle provenant du col du Joly, menant au Beaufortain[4]. L'axe passant par le col du bonhomme revêt une importance depuis la période gallo-romaine, voire avant l'implantation romaine[5].

Il joue ainsi donc le rôle de « marche-frontière » avec le Beaufortain, placé sous l'autorité des archevêques de Tarentaise[4].

HistoireModifier

Le castrum semble avoir été édifié au cours du XIIe siècle[6]. La première mention remonte à 1277 dans un document traitant de l'albergement (« inter nantum de Contamina prope castrum Montis Gaudii »)[6],[2].

Montjoie et ses seigneurs sont vassaux des seigneurs de Faucigny[4]. En 1234, Pierre de Savoie épouse Agnès, seule héritière du baron Aymon II de Faucigny[7],[ReG 1]. À la mort du baron en 1253, Pierre hérite de la seigneurie du Faucigny et l'organise en châtellenies[8]. Montjoie forme une châtellenie associée à Sallanches[2].

Vers la fin du XIIIe siècle, le château est le centre de l'une des neuf châtellenies dépendante du bailliage de Faucigny[2],[9], comprenant Montjoie et de Saint-Gervais[2],[10],[11]. On compte trois paroisses Saint-Nicolas-de-Véroce, Saint-Gervais et Notre-Dame de la Gorge[2].

On considère que la Grande Dauphine Béatrice de Faucigny, dame du Faucigny, en est probablement à l'origine[2]. On sait qu'elle y réside à de nombreuses occasions[2]. La châtellenie occupe la 8e dans l'ordre de préséance[2].

Les armes du mandement de Montjoie sont un « lion d’or en champ d’azur »[2].

En 1355, à la suite du traité de Paris, obtient la baronnie du Faucigny[12], ancienne possession des sires du Faucigny passée aux dauphins du Viennois[13]. La disparition de la frontière fait perdre au château son importance[2]. Le pouvoir, qui devient essentiellement économique, se déplace vers Saint-Gervais[2],[14]. Bien que la châtellenie garde son nom, le châtelain réside désormais dans la maison-forte dite de la Comtesse de Saint-Gervais[14], édifiée par le comte de Savoie en 1373[15].

DescriptionModifier

Bien que disparu, les différentes recherches permettent d'avoir une idée du château. Il avait une forme quadrangulaire avec un donjon[2]. Les maisons du village semblent directement adossée aux murailles du château[2].

Siège d'une châtellenieModifier

OrganisationModifier

Le château de Montjoie est le centre d'une châtellenie, dit aussi mandement, du Faucigny[16], mise en place à partir de la fin du XIIe siècle et début du siècle suivant[17]. Le Faucigny serait organisée autour de neuf châtellenies[Note 1] à la fin du XIIe siècle dont Montjoie occupait le 8e rang dans l'ordre de préséance, selon l'ancien inventaire des titres du Faucigny (1431), cité notamment par le chanoine Jean-Louis Grillet[18],[16].

Durant la période delphinale, le Faucigny serait organisé (à partir de 1342-1343) autour de quinze châtellenies, dont Montjoie[19].

La maison forte de la Comtesse, situé à Saint-Gervais, devient ensuite le nouveau lieu de résidence du châtelain, même si le nom de « châtellenie de Montjoie » est maintenu.

Villages, paroisses, fortifications de la châtellenie de Montjoie[20]
Commune Nom Type
Les Contamines-Montjoie Château de Montjoie château
Les Contamines-Montjoie Châtelet châtelet
Les Contamines-Montjoie maison forte de La Frasse maison forte
Les Contamines-Montjoie Le Châtel châtelet
Saint-Gervais-les-Bains Maison forte de Hautetour maison forte
Saint-Gervais-les-Bains maison-forte dite de la Comtesse maison forte
Saint-Gervais-les-Bains La Tour autre
Saint-Gervais-les-Bains Le Château châtelet
Saint-Gervais-les-Bains Le Châtelet châtelet
Saint-Gervais-les-Bains Les Châtelets châtelet
Saint-Gervais-les-Bains Les Châtelets châtelet

Au cours de la première partie du XIVe siècle, la baronnie du Faucigny est à nouveau réorganisée autour de 17 châtellenies[21].

Au XVIIe siècle, les armes du mandement se blasonnaient ainsi : Un lion d'or en champ d’azur[22].

ChâtelainsModifier

Dans le comté de Savoie, le châtelain est un « [officier], nommé pour une durée définie, révocable et amovible »[23],[24]. Il est chargé de la gestion de la châtellenie ou mandement, il perçoit les revenus fiscaux du domaine, et il s'occupe également de l'entretien du château[25]. Le châtelain est parfois aidé par un receveur des comptes, qui rédige « au net [...] le rapport annuellement rendu par le châtelain ou son lieutenant »[26].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Fonds d'archivesModifier

Articles connexesModifier

lien externeModifier

  • ...

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Liste des neuf châtellenies reprenant l'ordre de préséance : Châtillon, Toisinges (Bonneville), Bonne, Sallanches, Faucigny, Le Châtelet du Crédoz, Samoëns, Montjoie et Flumet[18].
  2. Maître est une qualité associée « aux procureurs, notaires, praticiens et commissaires »[31].

Régeste genevoisModifier

Mentions dans le Régeste genevois (1866), que l'on peut consulter en ligne dans le Répertoire chronologique des sources sur le site digi-archives.org de la Fondation des Archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice (Suisse) :

  1. Acte de février 1234, « Testament de Pierre, fils de feu Thomas, comte de Savoie, fait à l'occasion de ses fiançailles avec Agnès, fille d'Aimon, seigneur de Faucigny. (...) » (REG 0/0/1/664).
  2. Acte du (REG 0/0/1/1263).
  3. Acte du (REG 0/0/1/1366).

RéférencesModifier

  1. a et b Histoire des communes savoyardes 1980, p. 385.
  2. a b c d e f g h i j k l m n et o Histoire des communes savoyardes 1980, p. 388, « Le château de Montjoie ».
  3. a b et c Blondel 1956, p. 278.
  4. a b c et d Histoire des communes savoyardes 1980, p. 387.
  5. Payraud 2009, p. 251-252.
  6. a et b Hubert Bessat et Claudette Germi, Les noms du patrimoine alpin : Atlas toponymique II, Savoie, Vallée d'Aoste, Dauphiné, Provence, vol. 2, Ellug, , 464 p. (ISBN 978-2-8431-0052-9), p. 122.
  7. Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine, , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3), p. 458-459.
  8. Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine, , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3), p. 354.
  9. Institut de Saint-Gervais (collectif fondée par Rémy Knafou), L'Institut de Saint-Gervais: une recherche-action dans la montagne touristique, , 263 p., p. 90.
  10. Payraud 2009, p. 289.
  11. Besson 1932, p. 39.
  12. Bernard Demotz, « La frontière au Moyen Âge d'après l'exemple du comté de Savoie (début XIIIe - début XVe siècles) », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, vol. 4, no 4,‎ , p. 95-116 (lire en ligne).
  13. Jules-Joseph Vernier, Étude historique et géographique sur la Savoie, Le Livre d'Histoire - Res Universis (réimpr. 1993) (1re éd. 1896), 137 p. (ISBN 2-7428-0039-5, ISSN 0993-7129), p. 53.
  14. a et b Payraud 2009, p. 352.
  15. Payraud 2009, p. 388.
  16. a et b Auguste Dufour, François Rabut, Histoire de la commune de Flumet, t. 11, Chambéry, Imprimerie du Gouvernement - Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, coll. « Mémoires et documents », , 62-68 p. (lire en ligne).
  17. Guy Gavard (préf. Paul Guichonnet), Histoire d'Annemasse et des communes voisines : les relations avec Genève de l'époque romaine à l'an 2000, La Fontaine de Siloé, coll. « Les Savoisiennes », , 439 p. (ISBN 978-2-8420-6342-9, lire en ligne), p. 65.
  18. a et b Jean-Louis Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, contenant l'histoire ancienne et moderne de la Savoie, vol. 3, t. 2, Chambéry, J.F. Puthod, , p. 264. (Volume 2, lire en ligne)
  19. Matthieu de la Corbière, L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève : Étude des principautés et de l'habitat fortifié (XIIe - XIVe siècle), Annecy, Académie salésienne, , 646 p. (ISBN 978-2-90110-218-2), p. 195.
  20. Payraud 2009, p. Annexe 8 : liste des ensembles fortifiés intégrés au corpus.
  21. Carrier, de La Corbière, 2005, p. XX (lire en ligne).
  22. J.-F. Gonthier, « Funérailles de Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours (1659) », Revue savoisienne, vol. XI, no série II,‎ , p. 249 (lire en ligne)
  23. Christian Sorrel, Histoire de la Savoie : images, récits, La Fontaine de Siloé, , 461 p. (ISBN 978-2-8420-6347-4, lire en ligne), p. 146-147.
  24. Nicolas Carrier, « Une justice pour rétablir la « concorde » : la justice de composition dans la Savoie de la fin du Moyen Âge (fin XIIIe - début XVIe siècle) », dans Dominique Barthélemy, Nicolas Offenstadt, Le règlement des conflits au Moyen Âge. Actes du XXXIe Congrès de la SHMESP (Angers, 2000), Paris, Publications de la Sorbonne, , 391 p. (ISBN 978-2-85944-438-9), p. 237-257.
  25. Alessandro Barbero, « Les châtelains des comtes, puis ducs de Savoie en vallée d'Aoste (XIIIe – XVIe siècle) », dans Guido Castelnuovo, Olivier Mattéoni, « De part et d'autre des Alpes » : les châtelains des princes à la fin du moyen âge : actes de la table ronde de Chambéry, 11 et 12 octobre 2001, , 266 p. (lire en ligne).
  26. Nicolas Carrier, « A travers les archives médiévales de la principauté savoyarde - Les comptes de châtellenies », sur le site de mutualisation des Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie - Sabaudia.org (consulté en mars 2018).
  27. ADS1.
  28. a b c d e f g h i j k l et m Histoire des communes savoyardes 1980, p. 399.
  29. a b c d e f g h i j k et l Payraud 2009, p. 674-681.
  30. Laurent Perrillat, L'apanage de Genevois aux XVIe et XVIIe siècles : pouvoirs, institutions, société, vol. 113, t. 2, Académie salésienne, , 1070 p. (lire en ligne), « Annexe n°4 - Listes des châtelains et fermiers de châtellenies de l'apanage aux XVIe et XVIIe siècles », p. 944-945, « Montjoie ».
  31. Jean Nicolas, La Savoie au XVIIIe siècle, Noblesse et Bourgeoisie, Les Marches, La Fontaine de Siloé, coll. « Le Champ régional », , 1242 p. (ISBN 978-2-84206222-4, lire en ligne), p. 66.