Bataille d'Issos

bataille des guerres d'Alexandre le Grand
Bataille d’Issos
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Informations générales
Date
Lieu Issos, empire perse (actuelle Turquie)
Issue Victoire décisive d'Alexandre le Grand
Changements territoriaux Alexandre s'ouvre la route vers la Syrie
Belligérants
Vergina Sun - Golden Larnax.png Royaume de Macédoine
Ligue de Corinthe
Standard of Cyrus the Great (Achaemenid Empire).svg Empire achéménide
Commandants
Alexandre le GrandDarius III
Forces en présence
22 000 fantassins[1]
13 000 peltastes[2]
5 850 cavaliers[1]
Total : 40 850 soldats
60 00080 000 fantassins perses[3]
11 000 cavaliers[1]
10 000 mélophores
10 000 mercenaires grecs[4]
Total : 25 000108 000 soldats
(estimations modernes)
Pertes
7 000 hommes[5]20 000 hommes (d'après Plutarque)

Guerres d'Alexandre le Grand

Batailles

Campagne d'Alexandre dans les Balkans

Campagnes perses d'Alexandre

Campagne indienne d'Alexandre
Coordonnées 36° 50′ 16″ nord, 36° 12′ 40″ est
Géolocalisation sur la carte : Turquie
(Voir situation sur carte : Turquie)
Bataille d’Issos
Géolocalisation sur la carte : Moyen-Orient
(Voir situation sur carte : Moyen-Orient)
Bataille d’Issos

La bataille d'Issos s'est déroulée le dans l'antique Cilicie. Elle oppose l'armée d'Alexandre le Grand à celle de Darius III. L'armée macédonienne remporte une victoire décisive sur l'armée perse commandée par Darius en personne. Cette bataille voit la victoire d'Alexandre qui peut poursuivre sa conquête vers la Phénicie puis l'Égypte.

Contexte historiqueModifier

 
Mouvements des deux armées précédents la bataille. Le rouge correspond à l'armée perse, le bleu à l'armée macédonienne.

Alexandre débarque en Asie Mineure au printemps 334 av. J.-C. et défait les satrapes perses à la bataille du Granique. Mais dès l'hiver, Darius III reprend l'initiative et commence à regrouper une armée à Babylone. Confiant dans ses capacités de stratège, il entend affronter Alexandre en personne et faire sa jonction en Syrie avec le contingent des mercenaires grecs amenés par la flotte de Pharnabaze, successeur de Memnon de Rhodes dans la défense de l'Égée.

À l'été 333 av. J.-C., Alexandre, qui vient à cette époque de soumettre toute l'Asie Mineure (hormis la Paphlagonie et la Cappadoce), apprend l'arrivée de Darius en Cilicie. Il quitte Gordion et décide de se porter au-devant de l'armée perse par la Lycaonie ; il soumet la Cilicie et occupe Tarse où il est retenu plusieurs semaines des suites d'une maladie (peut-être due à une hydrocution). Alexandre conserve donc le principal corps de troupes à Tarse mais envoie Parménion occuper la région d'Issos dont le pilier de Jonas[6] et le col de Belen qui mènent de Cilicie en Syrie.

Désireux de rattraper le retard pris, Alexandre s'avance, quelque peu imprudemment, en novembre 333 av. J.-C. vers le sud à travers la passe de Jonas. Mais Darius est informé que Parménion tient déjà le terrain ; il débouche par les portes de l'Amanos (en)[7] au nord et se retrouve sur les arrières d'Alexandre. Darius capture la ville d'Issos sans opposition et tue tous les malades et blessés qu'Alexandre a laissé derrière lui. Pour autant Alexandre, acculé aux régions hostiles de Syrie et de Phénicie, essaye de rester maître de la situation. Il rebrousse chemin vers le pilier de Jonas afin de mener combat dans un terrain connu. Malgré l'avis de ses conseillers grecs, Darius accepte la bataille dans une région pourtant peu propice à la cavalerie ; la supériorité numérique qui est son principal atout ne peut jouer à plein. En effet, Darius tient une position défensive dans une étroite plaine côtière que traverse le fleuve Pinaros. Le lieu de la bataille se situe près de l'actuel İskenderun en Turquie actuelle[8], aux abords d'un petit fleuve côtier appelé Pinaros durant l'Antiquité, à 10 km environ au sud d'Issos. L'identification de ce fleuve côtier pose problème mais il s'agirait bien de l'actuel Payas[9].

Les forces en présenceModifier

Armée perseModifier

Certaines sources anciennes (Arrien et Plutarque), basant leurs estimations sur des sources grecques, estiment à 600 000[1] le nombre de soldats dans l'armée perse, tandis que Diodore et Justin estiment à 400 000, et Quinte-Curce, à 250 000.

Les historiens modernes énoncent que les estimations d'Arrien sont largement exagérées. Ils supposent qu'à cause de la logistique de terrain, rien que 100 000 soldats au combat aurait été extrêmement difficile en ce temps. Hans Delbrück donne une estimation de 25 000 soldats perses, mais plusieurs autres historiens (notamment Engels et Peter Green), estiment la taille totale de l'armée de Darius à environ moins de 100 000[3], incluant 11 000 cavaliers[1], 10 000 mélophores et 10 000 mercenaires grecs[4]. Warry l'estime à 108 000 au total.

Armée macédonienneModifier

Les effectifs de l'armée macédonienne n'ont probablement pas excédé les 40 000 hommes. L'armée, qui inclut plusieurs contingents alliés dont ceux de la ligue de Corinthe, est constituée de 22 000 phalangites et hoplites, 13 000 peltastes et 5 850 cavaliers[1].

DéroulementModifier

 
Dispositif initial.
 
Engagement décisif.

Darius a l'avantage de mettre son armée la première en ordre de bataille. Il se positionne au centre, juché sur son char avec sa meilleure infanterie sa cavalerie royale. Il place ses fantassins légers (les cardaces armés comme des peltastes) sur les flancs de la montagne et dispose près de la côte, sur son aile droite, la plus grande partie de ses cavaliers légers perses et mèdes. Thymondas, fils de Mentor de Rhodes, commande le bataillon des mercenaires.

Suivant le dispositif habituel, Alexandre dirige la cavalerie des Compagnons sur le flanc droit tandis qu'il place sur le flanc gauche, appuyée au rivage, la cavalerie thessalienne et thrace sous le commandement de Parménion. La phalange, disposée en retrait le long du cours d'eau, est protégée sur ses flancs par des bataillons de peltastes.

La bataille commence par un choc entre les deux infanteries sur les rives du Pinaros, tandis que les frondeurs, archers et javeliniers perses ne sont pas parvenus à diminuer la solide phalange. Les mercenaires grecs de Darius combattent avec vigueur et parviennent un temps à rompre les phalangites de Cratère. Au même moment la cavalerie perse se heurte à la résistance de Parménion qui tient l'aile gauche macédonienne. Appuyé par le corps d'élite des hypaspistes, Alexandre, à la tête de la cavalerie des Compagnons, défait l'aile gauche adverse et se rabat vers le centre de Darius. Certaines sources antiques considèrent qu'Alexandre cherche à défier Darius en combat singulier[10], mais cette manœuvre au centre semble au départ davantage dirigée contre les mercenaires grecs[11]. Pour autant une fois Darius en vue, Alexandre lance l'assaut contre lui ; la garde royale perse oppose une vive résistance autour du char royal. Plusieurs satrapes et officiers de haut rang y laissent la vie. Ses chevaux étant gravement blessés, Darius aurait été contraint de changer de quadrige, quand un dernier mouvement de panique le contraint à la fuite, entraînant la débâcle de sa cavalerie puis de son armée tout entière. En déroute dans un étroit défilé, les cavaliers perses périssent en se foulant mutuellement ou en chutant dans les ravins. La cavalerie macédonienne poursuit Darius en vain jusqu'au coucher du soleil.

ConséquencesModifier

Darius parvient à s'enfuir vers l'Euphrate, laissant aux mains d'Alexandre sa mère Sisygambis, son épouse Stateira et ses enfants (Stateira II, Drypétis et Ochos). La magnanimité d'Alexandre est grande à leur égard, promettant de fournir des dots à Drypétis et à Stateira II. C'est à ce moment que se situe l'épisode, probablement légendaire, de la confusion faite par la mère de Darius entre Alexandre et Héphaistion qui « lui aussi est Alexandre »[12].

La défaite de Darius est un déshonneur selon les usages royaux achéménides. Dans sa fuite il a abandonné ses insignes royaux (son quadrige, son arc, son bouclier et son manteau). Alexandre entame alors la conquête de la Phénicie puis de l'Égypte. Il remporte ensuite une ultime victoire contre Darius à la bataille de Gaugamèles en 331 av. J.-C.

La bataille dans la postéritéModifier

 
Alexandre probablement à la bataille d'Issos, détail du Sarcophage d'Alexandre, musée archéologique d'Istanbul.
 
Alexandre chevauchant Bucéphale probablement à la bataille d'Issos, détail de la Mosaïque d'Alexandre.

Histoire de l'artModifier

Suivant Pline l'Ancien[13], la bataille d'Issos a été illustrée par un peintre grec, Philoxène d'Érétrie, pour le compte de Cassandre vers Cette peinture a été détruite mais elle aurait pu inspirer la célèbre mosaïque d'Alexandre trouvée dans la maison du Faune à Pompéi. Cette mosaïque, qui daterait du IIe siècle av. J.-C., est visible au musée archéologique de Naples. La bataille d'Issos est aussi probablement représentée sur le sarcophage dit d'Alexandre retrouvé à Sidon. Ce sarcophage a été sculpté au IVe siècle av. J.-C. pour le roi phénicien Abdalonymos, installé à la tête de la cité de Sidon par Alexandre.

Albrecht Altdorfer a également représenté la bataille d'Issos dans la Bataille d'Alexandre en 1529 après une commande de Guillaume IV de Bavière. On y voit Alexandre poursuivant Darius, au cœur d'une marée humaine sous un ciel tourmenté.

Jan Brueghel l'Ancien a peint en 1602 une huile sur toile nommée La Bataille d'Issus, ou La Bataille d'Arbèles, ce qui est une erreur car cette dernière eut lieu deux ans plus tard.

PropagandeModifier

Durant la Première Guerre mondiale, lors de la campagne menée par les Britanniques en Mésopotamie, les Britanniques utilisent le souvenir de la bataille pour marquer les esprits des soldats alliés engagés dans une guerre d'usure sans perspective[14].

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e et f Moerbeek (1997).
  2. Warry (1998) estime que l'effectif de l'armée d'Alexandre n'excède pas 31 000 hommes.
  3. a et b (en) « pothos.org - Major Battles » (consulté le 19 août 2016).
  4. a et b Welman.
  5. Welman estime qu'à peu près 16% de l'armée hellénique a été tué.
  6. On parle aussi de la passe de Jonas. À 10 km au nord d'Iskenderun, la plaine côtière disparaît et la montagne ne laisse qu'un passage malaisé en bord de mer.
  7. Ou Pyles Amanides (en grec : Amanides pylai, Ἀμανίδες πύλαι), actuel Col de Bahçe (en), à un peu moins de 1 000 m d’altitude. Bahçe est situé à 10 km sous le col du côté de la Cilicie, c’est-à-dire sur le versant ouest. Position du col : 37° 10′ 06″ N, 36° 40′ 47″ E.
  8. İskenderun appelée Alexandrette (en grec : Ἀλεξανδρέττα) ou Alexandrie d'Issos (en grec : Αλεξάνδρεια της Ισσού ; en latin : Alexandria ad Issum). Iskandar en arabe : ʾiskandar, إسكندر mais avec l'article : al-ʾiskandar, الإسكندر et en persan iskandar, اسکندر, signifie Alexandre. La ville est a été fondée par Alexandre pour commémorer la victoire d'Issos. Il n'est pas certain qu’Iskenderun soit exactement à l'emplacement de la ville d'Alexandrie antique qui venait elle-même de supplanter la cité phénicienne préexistante Myriandre (Myriande, Myriandrus), située elle aussi dans le même voisinage.
  9. Pour des arguments en faveur de cette hypothèse, voir par exemple : Donald W. Engels, Alexander the Great and the Logistics of the Macedonian Army, University of California Press, , 194 p. (ISBN 978-0-520-04272-8, présentation en ligne), « Appendix 2 : The Site of the Pinarus », p. 131-134. L'embouchure de la rivière Payas (Payas Çayı) est située près de Yakacık (Payas) 36° 45′ 09″ N, 36° 11′ 32″ E. L'autre rivière souvent citée est la Deli Çay (« rivière folle ») dont l'embouchure est près de Dörtyol (« carrefour » ou mot-à-mot « quatre chemins ») 36° 49′ 50″ N, 36° 10′ 03″ E soit environ 10 km plus au nord. Une troisième rivière, plus rarement citée, est la Kuru Çay (« rivière sèche ») entre les deux précédentes à 2 km au sud de la Deli Çay.
  10. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XVII, 33, 5 ; Quinte-Curce, L'Histoire d'Alexandre le Grand [lire en ligne], III, 11, 7.
  11. Arrien, Anabase [lire en ligne], II, 11, 1-4.
  12. Diodore, XVII, 37, 6 ; 114, 2 ; Plutarque, 21, 1-3 ; Quinte-Curce, III, 12, 15-17.
  13. Pline l'Ancien, « Histoire naturelle, XXXV, 45. », sur « L'antiquité grecque et latine ».
  14. Satia, 2016, p. 94.

SourcesModifier

BibliographieModifier

  • « Sophie Chautard, Les Grandes Batailles de l'histoire », Studyrama, .
  • Paul Goukowsky, Alexandre et la conquête de l'Orient dans Edouard Will, Claude Mossé et Paul Goukowsky, Le Monde grec et l'Orient, t. 2 : Le IVe siècle et l'époque hellénistique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 2,2), (1re éd. 1975), 702 p. (ISBN 978-2-130-42985-2 et 978-2-130-45482-3).
  • (en) Peter Green, Alexander to Actium: the historical evolution of the Hellenistic age, Berkeley, University of California Press, coll. « Hellenistic culture and society » (no 1), , 970 p. (ISBN 978-0-520-08349-3, lire en ligne).
  • Priya Satia (trad. Christophe Jaquet), « Centralité des marges : Les campagnes britanniques au Moyen-Orient pendant la Grande Guerre », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 1,‎ , p. 87-126 (lire en ligne)  .  
  • (en) Nick Sekunda et John Gibson Warry, Alexander the Great : his armies and campaigns 334-323 BC, Londres, Osprey, , 144 p. (ISBN 978-1-855-32792-4).
  • Martijn Moerbeek, The battle of Issus, 333 BC. Université de Twente, 1997.

Articles connexesModifier