Ouvrir le menu principal
Le roc d'Aornos depuis Huzara, James Abbott, 1850.

Aornos, en grec ancien Ἄορνος, dans le Cachemire pakistanais, est une place forte antique située dans le pays des Assacènes (ou Assakéniens), une peuplade montagnarde apparentée aux Sakas et aux Massagètes. Aornos a été prise par Alexandre le Grand en avril 326 av. J.-C. durant son avancée vers l'Inde.

Le terme grec ancien Aornos signifie littéralement « où l'oiseau ne peut voler » ; selon une autre théorie, il proviendrait d'un terme indo-iranien signifiant « place fortifiée ». Aornos désigne aussi dans les sources la citadelle de Sogdiane, appelée par les Perses Avarana, dans laquelle Alexandre a capturé Roxane en 328.

Sommaire

Le site d'AornosModifier

 
La région du Côphen (actuelle Kaboul-rud) et de la Haute vallée de l'Indus.

Établi sur un roc escarpé qui culmine au-dessus de gorges étroites à près de 2 000 m d'altitude au sud du Gandhara antique dans une boucle de l'Indus, le fort d'Aornos passe pour être inexpugnable. La légende raconte qu'Héraclès n'a pu le prendre[1], de même qu'Indra dans la mythologie hindouiste[2]. Il n'est accessible que par un escalier taillé dans la roche. Au sommet du piton rocheux, qui est plat, se trouve des sources d'eau, un bois et une étendue de terres labourables qui peuvent nourrir jusqu'à 1 000 personnes[3]. Au début du XXe siècle, le site d'Aornos a été identifié par l'archéologue Aurel Stein au nord de la montagne de Pir Sar au Cachemire pakistanais, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, près de la Passe de Khyber à l'ouest de Thakot[4]. Mais pour l'orientaliste Giuseppe Tucci le site correspondrait au sommet du mont Elum Ghar dans le Khyber Pakhtunkhwa.

La campagne d'Alexandre dans la haute vallée de l'IndusModifier

Au début du printemps 326 av. J.-C., les Assacènes, ainsi que les Aspasiens et les Gouraiens, peuples de la haute vallée de l'Indus, se soulèvent face à l'avancée d'Alexandre, en route vers l'Inde. Sous le commandement d'Aphrikès (ou Afraka), ils rassemblent 30 000 fantassins, 2 000 chevaux et 30 éléphants de guerre[5], tout en ayant recruté 9 000 mercenaires indiens. Alexandre entreprend alors le siège, difficile, de leur capitale Massaga (actuel Chakdara)[6], durant lequel il est blessé, et fait massacrer 7 000 mercenaires indiens[2]. Puis il charge Coénos de prendre Bazira. Les Assacènes rescapés du siège de Massaga trouvent refuge à Aornos. Alexandre ne peut se permettre de voir ses lignes de ravitaillement ainsi coupées et il remonte la haute vallée de l'Indus jusqu'à cette place forte pour en faire le siège, galvanisé par la légende concernant Héraclès.

Le siège d'AornosModifier

Le déroulement de ce dernier grand siège entrepris par Alexandre est connu grâce à Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, XVII, 85, 3-7.), Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre le Grand, VIII, 11, 6-7) et surtout Arrien (Anabase, IV, 29-30) qui délivre un témoignage précis d'après les comptes rendus de Ptolémée, qui a participé activement à l'assaut, et d'Aristobule. Mais leurs récits divergent, notamment au sujet du stratagème ayant permis à Alexandre de prendre le fort.

Alexandre est à la tête d'hypaspistes, de phalangites (commandés par Coénos), d'archers, de peltastes agrianes, de 200 cavaliers hétaires et de 100 archers à cheval. Il envoie d'abord des troupes légères camper au pied du rocher. Des habitants lui indiquent alors une position avantageuse sur un éperon dans le défilé menant au sommet. Il y envoie Ptolémée à la tête des Agrianes et des hypaspistes afin d'y établir une palissade et un fossé. Alexandre commence l'assaut dès le lendemain ; mais la résistance des Assacènes est farouche, même si Ptolémée parvient à garder l'avant-poste. Alexandre fait porter de nuit un message à Ptolémée par un transfuge indien connaissant les lieux pour organiser une attaque conjointe. Au petit matin, il dirige ses troupes par le même chemin qu'a pris Ptolémée ; après de durs combats, il parvient la nuit à rejoindre Ptolémée. Un nouvel assaut est lancé le lendemain sans succès. Alexandre ordonne le matin suivant à ses soldats de construire une plate-forme, avec une centaine de pieux, afin que les archers et les engins de siège puissent atteindre le sommet. Malgré les traits des Assacènes, l'ouvrage est terminé en trois jours et atteint la hauteur du roc. Pris de panique face à l'audace des Macédoniens, les Assacènes mandatent un négociateur afin de livrer la place forte si Alexandre leur laisse la vie sauve. Mais les Assacènes comptent en réalité faire trainer en longueur les négociations pour s'échapper la nuit. Alexandre a vent du projet et laisse un délai suffisant pour que les Assacènes entament leur retraite. Il prend la tête de 700 hommes, dont sa garde et les hypaspistes, et monte le premier à l'assaut. Les Macédoniens tuent alors un grand nombre d'Assacènes, dont certains préfèrent se jeter du haut des précipices[7].

Diodore de Sicile évoque lui un autre stratagème qui rappelle un de ceux employé par Iphicrate[8] : Une fois la plate-forme construite, Alexandre aurait fait retirer l'avant-poste érigé dans le défilé menant au sommet afin de laisser la possibilité aux Assacènes de fuir, ce qui lui aurait permis de s'emparer de la place sans combattre.

Désormais maître de la place forte, Alexandre célèbre des sacrifices et fait ériger un autel dédié à Niké, dont les traces ont été identifiées par l'archéologue Aurel Stein[4]. Il y laisse une garnison, commandée par un Asiatique ancien partisan de Bessos, afin de surveiller la frontière du Gandhara. La région est confiée au satrape Nicanor, mais celui-ci trouve rapidement la mort après un soulèvement des Assacènes.

Notes et référencesModifier

  1. Arrien, Anabase, IV, 10 ; Lucien de Samosate, Œuvres complètes, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , p. 588.
  2. a et b Faure 1985, p. 109.
  3. Arrien, Anabase, IV, 10.
  4. a et b Aurel Stein, Alexander's Track to the Indus: Personal Narrative of Explorations on the North-West Frontier of India, Macmillan & Co, 1929, réed. Benjamin Blom, 1972.
  5. Arrien, IV, 29.
  6. Goukowsky 1993, p. 295 ; Briant 1994, p. 18.
  7. Arrien, IV, 30, 3-4.
  8. Diodore, XVII, 85, 7.

SourcesModifier

BibliographieModifier

  • Pierre Briant, Alexandre le Grand, PUF, coll. « Que sais-je ? », (1re éd. 1974), 178 p. ;
  • Paul Faure, Alexandre, Fayard,  ;
  • Paul Goukowsky, Le monde grec et l'Orient : Alexandre et la conquête de l'Orient, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », (1re éd. 1975), 307 p.

Lien externeModifier