Hoplite

fantassin antique lourdement armé
Gravure d'une statuette en bronze d'hoplite.

L'hoplite est un fantassin de la Grèce antique, lourdement armé, par opposition au gymnète et au peltaste, armés plus légèrement. Présent dans chaque cité-État, il représente le soldat d'élite grec par excellence.

ÉtymologieModifier

On dérive habituellement le mot « hoplite » du grec ancien ὅπλον / hóplon, qui désigne le bouclier, c'est-à-dire l'élément le plus important de son équipement[1], arme défensive par excellence mais également garant de la solidité de son usage en formation serrée[2], la phalange. Les sources anciennes donnent peu d'indications à ce sujet. Diodore de Sicile indique que le nom du peltaste provient du nom du bouclier léger, πέλτη / péltê, tout comme le nom de l'hoplite provient de celui du bouclier lourd, ἀσπίς[3]. Cependant, Thucydide est le seul auteur classique à utiliser hoplon pour désigner le bouclier, les autres auteurs utilisant aspis. Cette étymologie a donc été contestée : le mot viendrait plutôt du pluriel τά ὅπλα / tá hópla, qui recouvre l'ensemble des armes et de l'armure[4].

Équipement : armement et vêtementModifier

 
Hoplite, vers 520 av. J.-C. Musée national archéologique d'Athènes. No 29.

L'équipement hoplitique s'articule autour de plusieurs éléments de protection et d'armement, du milieu du VIIe siècle av. J.-C. à l'époque hellénistique. Il comprend typiquement :

  • un casque (κράνος / krános) ;
  • une cuirasse (θώραξ / thốrax) ;
  • des cnémides (protège-tibias) (κνημῖδες / knêmĩdes) ;
  • un bouclier (ἀσπίς / aspís, parfois appelé improprement ὅπλον / hóplon) ;
  • une lance (δόρυ / dóry) ;
  • une épée courte (ξίφος / xíphos).

Toutefois, entre l'hoplite de l'époque archaïque et celui de l'époque hellénistique, certains changements s'opèrent, principalement vers un allègement de l'équipement. Ainsi, chaque pièce évolue dans ce sens, mais également, certaines pièces archaïques disparaissent. Il s'agit par exemple de protections au niveau des bras et des cuisses ; ces deux protections ont tendance à être remplacées par des ptéryges. Les hoplites étaient également armés de deux lances, une de jet et une de contact, à deux pointes : le xyston (grec : ξυστόν). Cette seconde lance tend à disparaître avec le développement important des unités de traits. L'évolution de l'armement hoplitique tend donc vers une simplification de l'armement et un allègement. Le but est de favoriser l'agilité et la rapidité plutôt que la résistance, d'autant que même ainsi allégé, l'hoplite reste bien protégé.

Le poids total de l'équipement est donc variable selon les périodes, mais aussi selon les individus et la qualité des matériaux. On peut estimer le poids de l'équipement de l'époque classique à un peu moins de 30 kilogrammes[réf. souhaitée].

Vêtements : Sous la cuirasse le fantassin porte un chiton court (équivalent antique d'une chemise) en tissus de laine ou de lin, afin de limiter les frottements contre la peau. Il est souvent équipé de lambrequins[5] faits de bandes de cuir et de feutre, qui couvrent le corps à partir de la cuirasse jusqu'au sommet des cuisses. Dans la représentation figurée (sur la céramique grecque antique en particulier), lorsqu'il s'agit d'un héros, celui-ci peut être représenté plus ou moins nu, en tant que héros. L'image peut être accompagnée de l'inscription du nom du héros.

ArmesModifier

 
Hoplite spartiate.

La lance grecque mesure généralement entre deux mètres et deux mètres cinquante. Comme les héros homériques qui utilisent le frêne[6] pour la hampe, et les Macédoniens le cornouiller[7], la hampe est généralement faite de ces deux bois. La pointe est en fer et plus rarement en bronze, du fait de son coût plus faible. Elle comporte une douille pour y attacher la hampe ; l'ensemble est fixé par des rivets. Le fer de lance n'a pas de forme standard, mais le type le plus fréquent est une feuille de saule avec une nervure centrale, dont la longueur varie entre 20 et 30 cm. L'autre extrémité de la hampe est dotée d'un talon ou saurotère, généralement en bronze, de forme pointue et cruciforme. Ce talon a de nombreux usages, en particulier celui de protéger le bois de la pourriture. Il sert en effet à ficher la lance en terre quand le soldat ne combat pas. On a également suggéré qu'il permettait d'achever l'ennemi tombé à terre[8] ou qu'il permettait à l'hoplite de disposer d'une lance courte de rechange quand la hampe se brisait dans le premier choc du combat. Cette deuxième pointe pouvait également servir à attaquer un ennemi situé sur le côté plus facilement.

L'épée courte constitue la deuxième arme de l'hoplite. Son statut est clairement secondaire. L'escrime à proprement parler n'existe guère en Grèce et le grec parle de conquête « par la lance » là où le français dirait « par l'épée ». Elle mesure généralement moins de 60 cm. Celle des Spartiates est réputée pour être particulièrement courte : les autres Grecs la raillent comme une « épée de jongleur ». Interrogé un jour à ce sujet, Antalcidas aurait répondu : « c'est parce que nous combattons l'ennemi de près[9]. » Les épées qu'utilisent les Grecs sont généralement de type machaira ou xiphos, il s'agit à la fois d'arme de taille et d'estoc, mais elles sont mal considérées par les Grecs, qui leur préfèrent la lance.

Le bouclier est à la fois une arme offensive et défensive : il sert à parer les coups mais aussi à pousser pour enfoncer les lignes adverses[10]. Il est de forme ronde et concave et doté sur sa face interne d'un brassard (porpax) et d'une poignée (antilabe) qui permettent de le porter sur l'avant-bras gauche. Le bouclier est en bois, généralement cerclé de bronze ; le rebord (itus) permet à l'hoplite de le reposer sur son épaule gauche pour soulager son bras, en attendant le choc avec l'ennemi. À partir de 425 av. J.-C. au moins, les Spartiates utilisent un bouclier entièrement recouvert d'une feuille de bronze[11]. Ce bouclier de grande dimension (parfois jusqu'à un mètre de diamètre) est particulier aux Grecs et est un des outils nécessaires à la phalange. Lourd de plus de six kilogrammes et encombrant, il est surtout utile en combat de groupe, ou chaque soldat s'appuie sur ceux de ses camarades pour se protéger. Son efficacité et sa résistance dans le cœur de la mêlée sont largement supérieures à celles des boucliers en osier, traditionnellement utilisés par les Perses et les Égyptiens. Le bouclier, avec la lance est l'équipement grec par excellence, ainsi, la perte du bouclier est considérée comme un terrible acte de lâcheté, condamnable dans la plupart des cités grecques. Certains boucliers hoplitiques classiques diffèrent de ce modèle. Il s'agit de boucliers dits de type béotien, de forme plus ovale et possédant deux échancrures sur le côté. Ces boucliers appartiennent traditionnellement aux périodes archaïques, mais il n'est pas impossible qu'ils aient survécu plus tard. On pense que ces boucliers étaient davantage construits en osier et donc, plus légers et capables d'être faits pendant la campagne.

ArmureModifier

 
Jeune homme portant la panoplie complète de l'hoplite, stèle funéraire, 350–325 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes.

La cuirasse est constituée de deux plaques de bronze, l'une pour la poitrine et l'abdomen, l'autre pour le dos. Il s'agit de l'armure dite « en cloche » et parfois « musclée ». À l'époque archaïque, les plaques sont complètement séparées et attachées ensemble par des boucles et des courroies à la gauche, à la droite et aux épaules ; par la suite, les plaques sont reliées par une charnière sur le côté droit, de sorte que le bouclier les protège. Elles se terminent, au niveau des hanches, par une collerette qui permet une meilleure liberté de mouvement. Ce type de cuirasse, lourde mais efficace, est en vigueur du VIIe au Ve siècle av. J.-C. Elle est ensuite remplacée par des modèles plus légers à base de cuir et de plaques de bronze, à lambrequins ou entièrement en lin et en cuir (linothorax) ; ceci permet bien souvent de réduire le poids de la panoplie.

 
Casque de type corinthien, bronze, vers 600 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes, inv. 15153.

Il existe différents types de casques. Le type de casque le plus représenté dans la peinture de vase et retrouvé en grand nombre dans les fouilles est appelé « corinthien ». Il est doté d'un protège-nez et de protège-joues. Il est constitué d'une plaque unique de bronze martelée, équipée de fixations pour une doublure en cuir ou en feutre. Il possède un cimier (lophos) en crin de cheval, le plus souvent du front vers la nuque ou plus rarement d'une oreille à l'autre. Son objectif est de protéger le plus possible la tête et le visage, au détriment de la vision, de l'ouïe et du confort du soldat (en particulier vis-à-vis de la chaleur). À partir du Ve siècle av. J.-C., le casque corinthien est progressivement remplacé, d'abord chez les Spartiates, par le pilos, une sorte de bonnet pointu en cuir rigide et plus rarement en bronze. D'autres types de casques, comme le type attique, copient le modèle corinthien, mais lui ajoutent des couvre-joues amovibles et des trous pour les oreilles, pour pallier les problèmes, sans trop enlever de protections.

AcquisitionModifier

L'équipement hoplitique complet est assez coûteux. À la fin du VIe siècle av. J.-C., il représente au moins 200 drachmes – à titre de comparaison, c'est le coût de six bœufs au temps de Solon[12],[13]. Au IVe siècle av. J.-C., la panoplie qu'offre la cité de Thasos aux orphelins de guerre coûte 300 drachmes, ce qui représente le prix d'un esclave qualifié[13]. À Athènes, le service hoplitique n'est requis que des trois classes soloniennes les plus riches ; la quatrième, celle des thètes, fournit plus généralement des peltastes (fantassins semi-légers), des gymnètes ou des rameurs dans la marine athénienne. Certains thètes les plus riches parviennent à s'acheter une panoplie, parfois de moins bonne qualité ou pourvue de cuir à défaut de bronze. Dans certains cas, nombre de cités décident d'armer à leurs frais les citoyens, ou pour les spartiates, les hilotes.

HistoireModifier

 
Une reconstitution moderne d'hoplites grecs en formation de phalange.

Les hoplites combattaient en phalange, formation qui se répandit dans toute la Grèce probablement à partir du VIIe av. J.C[14]. (bien que les spécialistes hésitent entre la fin du VIIIe, et le début, voire le milieu du VIIe s. av. J.C.). Le terme de « révolution hoplitique » est présent chez de nombreux historiens. Cependant, il convient mieux aujourd'hui d'user du terme d' "évolution hoplitique". Cette datation traditionnelle se fonde sur un passage de la Politique d'Aristote évoquant le remplacement des combattants à cheval (hippeis) par la phalange hoplitique. Néanmoins, ce passage d'Aristote s'appuie sur une absence supposée des descriptions de combats de masse chez Homère, ce qui est faux : l'Iliade décrit bien des affrontements de nature phalangique. Il est certain que des évolutions ont eu lieu à cette époque dans l'armement. La cuirasse a été modifiée, le bouclier s'est vu adjoindre une seconde courroie, permettant une meilleure prise. Cependant, certaines de ces améliorations remontent au VIIIe siècle av. J.-C. : ainsi, la tombe renfermant la « cuirasse d'Argos » est datée de 720. Par conséquent, on présente l'origine de la phalange comme une évolution progressive de l'équipement entre 750 av.J.-C. jusque 650 av. J.-C., soit le VIIIe-VIIe siècles av. J.C.

Et bien que la tentation soit grande de tourner son regard vers les représentations graphiques de la guerre, par exemple sur la céramique géométrique, ce n'est pas nécessairement concluant : la représentation des duels et des batailles résultent aussi d'une convention symbolisant une bataille entière comme l'affrontement de quelques-uns. Inversement, le Vase aux Guerriers de Mycènes, daté de 1120, montre des files de fantassins lourds armés de boucliers ronds et échancrés, et portant des cuirasses de cuir et de métal.

La phalange hoplitique ne fut donc pas "créée en un jour"[15], selon les mots de l'historien Anthony Snodgrass : c'est le fruit d'une longue évolution tactique et technologique. Le bouclier lourd, l' "hoplon", est une innovation technique (en parallèle d'équipements préexistants), qui a permis aux petits propriétaires terriens de l'époque archaïque de se réunir en phalange, et d'user de leurs nombres pour gagner en poids militaire sur le champ de bataille. Par cette défense plus active de leurs terres, ces agriculteurs ont eu une place plus grande dans les décisions de la cité, et par conséquent ils ont renforcé leur place en ritualisant la guerre autour du combat hoplitique.


La formation des hoplitesModifier

Nature de la formation hoplitiqueModifier

Devenir hoplite dans le monde grec, c’est avant tout devenir citoyen. Et pour être citoyen, il faut participer à un entraînement encadré par la cité : nous avons par exemple l’éphébie à Athènes, ou l’agôgè à Sparte. Mais une opposition historiographique existe en ce qui concerne la nature de cette formation : est-ce un rite de passage ? Ou un service militaire ? Une partie des historiens, dont Pascal Payen, explique que pour l’éphébie athénienne, c’est certes une formation aux armes et à la guerre, mais surtout un moyen pour la Cité de classer les citoyens par classes d’âge, ainsi qu’un rite d’intégration et de passage[16]. Selon cette théorie « rituelle », ces formations ont pour but d’être un rite de passage à l’âge adulte pour les jeunes citoyens : faire son éphébie à Athènes ou son agôgè à Sparte revient à devenir un homme, un vrai citoyen. À l’inverse, la théorie « service militaire » met en avant la vision pragmatique de la guerre antique : la survie de la cité repose sur l’efficacité militaire de ses citoyens. L’aspect rite de passage dans l’éphébie et l’agogè est donc minoritaire : cette formation marque la vie du citoyen, mais c’est avant tout un entraînement militaire encadré par la cité. Comment trancher ? L’historiographie est partagée, mais l’aspect « service militaire » est beaucoup plus présent dans les sources antiques.

L'éphébie athénienneModifier

Nous savons d’après les sources antiques qu’avant la formation encadrée par la cité, les jeunes futurs citoyens athéniens avaient généralement accès à une formation privée, où le sport avait une place primordiale pour garantir une bonne constitution physique[17]. Sous la direction d’un pédotribe dans une palestre, ils étaient déjà formés à la course, la lutte et le lancer du javelot. Il est difficile de dire avec exactitude quel enseignement suivent les jeunes gens de bonnes familles entre quatorze et dix-huit ans. Cela pouvait aller du perfectionnement dans l’équitation, dans le maniement des armes, mais aussi et surtout dans les activités de la palestre[18]. Les jeunes gens allaient déjà à la palestre, afin d’être initiés à un éventail de sports, ce qui est bien visible sur les vases de l’antiquité archaïque et classique. De sept à quatorze ans, puis encore après pour la plupart des futurs citoyens, le jeune Athénien est donc formé surtout pour bénéficier d’un corps capable de supporter les entraînements de l’éphébie.

L’éphébie avait lieu à la majorité des Athéniens, soit 18 ans. Nous savons par Aristote que l’éphébie était une sorte de service militaire de 2 ans, avec un entraînement aux maniements d’armes dans la proche banlieue d’Athènes la première année, puis la seconde année le citoyen était placé en garnison à la périphérie de l’Attique, aux frontières[19].  Le témoignage d’Aristote se plaçant à la fin de l’époque classique, soit au IVème siècle av. J.-C., nous avons une source antique qui nous présente un élément primordial : c’est la première fois que l’enseignement militaire est réellement pris en charge par la cité. L’éphébie y est présentée comme un service militaire officiel et encadré, avec la part d’obligation qui va avec. Avant Solon, l’éphébie devait être réservée aux jeunes aristocrates, les seuls ayant les moyens de financer l’entraînement éphébique. Mais, après Solon, l’éphébie s’est élargie à toutes les classes citoyennes, hormis la plus pauvre, à savoir les Thêtes[20].

Le pédotribe formait les citoyens au maniement des armes : arc, épée et lance (« armes pesantes »), voire catapulte. Tout cet ensemble d’entraînement, sauf pour la catapulte, se nomme l’« hoplomachia » . Aristote se plaçant à la fin de l’époque classique, nous pouvons enlever la catapulte afin d’avoir une idée de l’éphébie au début de l’époque classique, voire archaïque.

L’Agôgè spartiateModifier

La Cité de Sparte prenait en charge ses futurs citoyens dès leurs sept ans, par le système éducatif de l’ « agogè ». Ce système était l’une des conditions requises pour jouir des droits de citoyenneté. À partir de sept ans, à l’inverse des petits Athéniens, les garçons et aussi les filles étaient pris en charge par des éducateurs qui allaient exploiter leurs qualités physiques et guerrières, bien plus que les qualités intellectuelles. Les sources antiques sont toutes unanimes sur le fait que les petits Spartiates ne possédaient qu’une éducation littéraire minimale : l’« agôgè » n’avait qu’un unique but, celui de former des futurs citoyens forts et solides pouvant défendre la cité militairement.

Toujours est-il que les petits Spartiates (garçons et filles) étaient regroupés et soumis au même entraînement. Celui-ci comprenait la course, la lutte, le lancer du disque et du javelot, et ce totalement (ou partiellement pour les filles) nu. Cette caractéristique avait beaucoup choqué les autres cités grecques, mais c’était dans un but « eugénique » : les filles, en faisant du sport, feraient de beaux enfants, et donneraient aux garçons le « goût du mariage » selon Plutarque[21]. De plus, l’ « agogè » était un apprentissage de la violence : les jeunes Spartiates étaient poussés à voler, et à se battre pour manger. L’historien Jean Ducat[22] parle d’épreuves qui ont permis aux jeunes hommes de cheminer « vers l’âge adulte et la pratique de la guerre hoplitique »[23].

L’entraînement des jeunes Spartiates pendant l’Agogè comprenait par conséquent la course, le saut, le lancer du javelot dans les gymnases, la lutte, le pugilat et le pancrace dans les palestres. Il va de soi aussi que le maniement des armes rentrait dans le cadre de l’Agogè : l’épée et le bouclier étaient pratiqués de diverses façons. Nous avions aussi l’art de la manœuvre, qui forçait les hoplites à apprendre à marcher en ordre, à apprendre des manœuvres de déplacement, etc. L’efficacité spartiate en la matière était reconnue dans tout le monde grec, et soulignée déjà par Xénophon dans la Constitution des Lacédémoniens.

A quoi ressemblait une bataille hoplitique ?Modifier

Définitions des termesModifier

Pour définir une bataille hoplitique, parle-t-on d’une bataille de duellistes ? Ou une bataille de groupes ? Ainsi, a-t-on une « monomachia » ou un « othismos » ?

L’ « othismos » (« ὠθισμὸς») signifie « la poussée » en grec. Bien que sa signification semble éloignée de la notion de choc, nous pouvons regrouper par ce terme les notions de choc et de poussée. Au regard des textes antiques, ainsi que de la recherche historique, le terme d’« ὠθισμὸς» est polysémique  : pour qu’il y est une poussée, il faut que la phalange dispose d’une force d’inertie suffisante. Cette inertie est possible par la charge : deux phalanges qui disposent d’une force d’inertie suffisante ne s’arrêtent logiquement pas à leurs rencontres. Un choc est donc inévitable. Ainsi, l’étymologie du terme est en lui-même polysémique, car « ὁ ὠθ-ισμός » désigne « la poussée », mais aussi « le choc », « la mêlée ».

La « monomachia » à l’inverse est un terme simple et sans équivoque. Dérivé du grec ancien « μονομαχία », soit de « μόνος » (« seul ») et de « μάχομαι » (« combattre »), la monomachie désigne un duel, un combat unique. Les notions de collectif et de combat en groupe sont totalement exclues par ce terme, désignant donc des duels, qui se réfèrent beaucoup plus à l’époque homérique.

Querelle historiographique sur la questionModifier

Les historiens ont longtemps débattu sur deux visions, une "orthodoxe" et une autre "hérétique"[24] :

  • Avant les années 90’s, l’othismos dominait la vision de la bataille hoplitique. Parmi les historiens « orthodoxe » ( J. K. Anderson, S. Mitchell, P. Cartledge, J. Lazenby, N. Sekunda, P. Connolly ou encore J. E. Lendon entre autres), la formation serrée était essentielle pour la sécurité des hoplites. Seul le choc et la poussée sont possibles pour la phalange. La vision orthodoxe a surtout été défendue et « popularisée » par l’historien Victor Davis Hanson en 1990, par son ouvrage Le Modèle occidental de la guerre .
  • Cependant, la théorie de la « monomachia » est à contre-courant avant les années 90’s, des historiens comme Pritchett[25] ou Peter Krentz[26] affirmant que « la bataille hoplitique consistait en une multiplicité de combats individuels ». Selon Krentz, l’othismos, en tant que choc et poussée, était purement métaphorique. Seul le bon ordre compte pour les partisans de la « monomachia » : l’utilisation des armes était primordiale pour ses partisans.

Malgré la percée "hérétique" dans les années 90’s, la vision orthodoxe a toujours été dominante dans les travaux historiques. Même aujourd’hui cette vision fait consensus.

Et un schéma ressort du débat : on a constamment une charge, suivi d’un choc. L’othismos est un chaos d’armes, et surtout une poussée. Ensuite, vient l’effondrement d’une des deux phalanges, et une fuite chaotique.

Ce schéma peut être résumé ainsi : Charge + Choc + Othismos + effondrement + fuite

Dans la culture populaireModifier

Jeux vidéoModifier

Notes et référencesModifier

  1. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck, 1999 (édition mise à jour), 1447 p. (ISBN 978-2-25203-277-0) au mot ὅπλον.
  2. François Lissarrague, « Le temps des boucliers », Images Re-vues. Histoire, anthropologie et théorie de l'art, no Hors-série 1,‎ (ISSN 1778-3801, lire en ligne, consulté le 6 septembre 2019)
  3. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XV, 44, 3.
  4. J.F. Lazenby et D. Whitehead, « The Myth of the Hoplite's Hoplon », CQ no46/1 (1996), p. 27-33.
  5. Pierre Ducrey, Guerre et guerriers dans la Grèce antique, Hachette 1999 [première édition : Office du Livre, Fribourg, 1985], p. 46. Voir, pour un élément similaire, les ptéryges sur le soldat romain.
  6. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 47 ; XIX, 390, etc.
  7. Théophraste, Histoire des plantes, III, 12, 2.
  8. Anderson, p. 24.
  9. Plutarque, Apophtegmes lacédémoniens, 237e.
  10. Anderson, p. 25.
  11. P. Cartledge, « Hoplites and Heroes: Sparta's Contribution to the Technique of Ancient Warfare », JHS 97 (1977), p. 13 [11-27].
  12. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne] Solon, XXIII, 3.
  13. a et b A.H. Jackson, « Hoplites and the Gods. The Dedication of Captured Arms and Armour » dans V.D. Hanson, Hoplites: The Classical Greek Battle Experience, Routledge, 1993 (1re édition 1991), p. 229 [228-249].
  14. Jean-Christophe Couvenhes, Mondes en guerre – Tome 1. De la préhistoire au Moyen Âge, Paris, Passés composés ; Ministère des armées, , p. 151-152
  15. (en) Anthony Snodgrass, Arms and Armor of the Greeks, Londres, The Johns Hopkins University Press, , 200 p.
  16. Pascal Payen, La guerre dans le monde grec (VIIIe-Ier siècles avant J.-C.), Paris, Armand Colin, , p. 191-199
  17. Diogène Laërce, Vie de Diogène

    « VI, 30 : « A la palestre, il recommandait au pédotribe de les entraîner non pas comme des athlètes, mais juste pour avoir de belles couleurs et une bonne constitution. » »

  18. Geneviève Hoffmann, Naître et devenir Grec dans les cités antiques, Paris, Editions Macenta, , p. 167-193
  19. Aristote, Constitution d’Athènes

    « XLII, 2-5 / XLIII, 1. : Après que les éphèbes ont subi cet examen, leurs pères se réunissent par tribus et, après avoir prêté serment, élisent, parmi les membres de la tribu âgés de plus de quarante ans, les trois citoyens qu’ils jugent les plus honorables et les mieux faits pour prendre soin des éphèbes. Sur ces trois, le peuple en élit à main levée un pour chaque tribu comme sophroniste. Le cosmète est élu parmi les autres athéniens comme chef de tous les éphèbes. Ces chefs, après avoir réuni les éphèbes, commencent par faire avec eux la tournée des sanctuaires, puis se rendent au Pirée où ils tiennent garnison, les uns à Munichie, les autres à l’Acté. Le peuple nomme encore à main levée deux pédotribes et des maîtres spéciaux qui leur apprennent à combattre comme hoplites, à tirer de l’arc, à lancer le javelot, à manoeuvrer la catapulte. Il est alloué à chacun sophronistes une drachme par jour pour sa nourriture, et aux éphèbes quatre oboles par tête. Le sophroniste reçoit l’argent pour les éphèbes de sa tribu et achète ce qu’il faut pour la nourriture commune de tous ; car ils prennent leurs repas par tribu. Il a soin de tout ce qui les concerne. Ils passent ainsi la première année de l’éphébie. La seconde année, une assemblée du peuple est tenue au théâtre et les éphèbes y sont passés en revue pour les manoeuvres de compagnie. Ils reçoivent alors de la cité un bouclier rond et une lance, font des marches militaires dans le pays et tiennent garnison dans les forts. Pendant ces deux années de garnison, ils portent une chlamyde et sont exempts de toute charge. Afin qu’ils n’aient pas de prétexte pour s’absenter, ils ne peuvent ester en justice ni comme défendeurs ni comme demandeurs, excepté lorsqu’il s’agit de recueillir une succession, une fille épiclère ou un sacerdoce de famille. A l’expiration des deux années, ils sont désormais confondus avec les autres citoyens. Voilà ce qui concerne l’inscription des citoyens et l’éphébie. »

  20. Bernard Legras, Education et culture dans le monde grec, Paris, Armand Colin, , p. 65
  21. Plutarque, Vie de Lycurgue

    « 14, 4-5 : « Ecartant la mollesse d’une éducation casanière et efféminée, il n’habitua pas moins les jeunes filles que les jeunes gens à paraître nues dans les processions, à danser et à chanter lors de certaines cérémonies religieuses en présence et sous les yeux des garçons. […] Elles leur inspiraient ainsi un grand amour de la gloire et une grande émulation pour la vertu. » / 15, 1 : « C’était aussi un moyen d’exciter au mariage que ces processions, cette nudité et ces luttes des jeunes filles sous les yeux des jeunes gens, qui se sentaient entraînés, comme dit Platon, par la force contraignante de l’amour, bien différente de celle de la géométrie. »

  22. Jean Ducat, "L'enfant Spartiate et le renardeau", dans Revue des Etudes Grecques, , p. 125-140
  23. Nicolas Richer, Sparte. Cité des arts, des armes et des lois, Paris, Perrin, , p. 180-181
  24. (en) A. J. Holladay, " Hoplites and Heresies ", in The Journal of Hhellenic Studies, vol. 105, , p. 94-103
  25. (en) Kendrick W. Pritchett, " The Pitched Battle ", in The Greek State At War : Part IV, Londres, University of California Press,
  26. (en) Peter Krentz, " The Nature of Hoplite Battle ", in Classical Antiquity, vol.4, No.1, , p. 50-61
  27. (en) BradyGames (Firm), Spartan total warrior : official strategy guide., BradyGames, , 125 p. (ISBN 978-0-7440-0651-3, lire en ligne)
  28. (en) ASSASSIN'S CREED ODYSSEY : official collector's edition guide., PRIMA GAMES, , 352 p. (ISBN 978-0-7440-1894-3, lire en ligne)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • (en) J. K. Anderson, « Hoplite weapons and offensive arms » dans V. D. Hanson (éd.), Hoplites. The Classical Greek Battle Experience, Routledge, Abingdon et New York, 1991 (ISBN 0-415-09816-5).
  • Giovanni Brizzi, Le Guerrier de l'Antiquité classique : de l'hoplite au légionnaire, éd. du Rocher, coll. « L'Art de la guerre », 2004.
  • Pierre Ducrey, Guerre et guerriers dans la Grèce antique, Hachette, coll. « Pluriel », Paris, 1999 (rééd.).
  • Jean-Claude Poursat, La Grèce préclassique, des origines à la fin du VIe siècle, Seuil, coll. « Points », Paris, 1995.
  • Victor Davis Hanson, Le modèle occidental de la guerre, éd. Tallandier, coll. « Texto », Paris, 2007.
  • Margaret Howatson (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité : Mythologie, Littérature, Civilisation, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 516.
  • Theodore Chr. Sarikakis, The Hoplite general in Athens, Princeton : Departement of classics, 1951.
  • Nicholas Sekunda, Greek hoplite : 480 - 323 BC, Oxford, Osprey, 2000.
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  • Kagan Donald, Viggiano Gregory F., Men of Bronze – Hoplite Warfare in Ancient Greece, United Kingdom, Princeton University Press, 2013.
  • Lynn John, De la guerre – une histoire du combat des origines à nos jours, Paris, Editions Tallandier, 2006.
  • Drévillon Hervé (dir.), Mondes en guerre – Tome 1. De la préhistoire au Moyen Âge, Paris, 2019.

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