Alix de Méranie

comtesse de Bourgogne, de Savoie

Alix de Méranie ou Adélaïde de Bourgogne (née vers 1218 † Évian, 8 mars 1279) est une noble, comtesse de Bourgogne de 1248 à 1279, ainsi que comtesse de Savoie par mariage. Elle hérita du comté de Bourgogne après la mort de son frère Othon III, en 1248, ce qui la fit entrer en conflit avec l'empereur Rodolphe Ier.

Alix de Méranie
Alix de Bourgogne.jpg
Adélaïde de Bourgogne (illustration de l’Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie de Samuel Guichenon, 1660).
Fonctions
Comtesse de Savoie
-
Comtesse (d)
Comté de Bourgogne
-
Titres de noblesse
Comtesse (d)
Comtesse de Bourgogne (d)
Biographie
Naissance
Décès
Famille
Père
Mère
Fratrie
Othon III de Bourgogne
Agnès de Méranie (en)
Marguerite de Méranie (d)
Béatrice d'Andechs-Méranie (en)
Élisabeth d'Andechs-Méranie (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoints
Enfants
Othon IV de Bourgogne
Renaud de Bourgogne
Guyonne de Bourgogne-Comté (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

BiographieModifier

OriginesModifier

Alix ou Adélaïde, née en 1218, est la cinquième fille du duc Othon Ier d'Andechs et de Moravie, et comte consort de Bourgogne, et de sa première femme, la comtesse Béatrice II de Bourgogne, fille aînée d'Otton Ier, comte de Bourgogne et, brièvement, comte de Luxembourg, et de Marguerite de Blois, elle-même fille d'Alix de France (fille de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine). Elle perd sa mère en 1231. Son père se remarie à Sophie d'Anhalt, fille d'Henri Ier, mais il meurt en 1234 sans descendance de cette seconde union et c'est son fils Othon III, issu de son premier mariage, qui lui succède.

Premier mariageModifier

Le 1er novembre 1236, elle épouse, en Allemagne, Hugues de Chalon, fils du comte Jean Ier de Chalon, sire de Salins[1], issu d'une branche cadette de la Maison d'Ivrée[2] et de Mathilde de Bourgogne, fille d'Hugues III. Jean dit l'Antique cherchait en effet à marier son fils à une héritière de la maison comtale et ainsi, selon une volonté familiale, de se substituer à la branche aînée[2]. Les tractations débutent durant l'année 1227 et aboutissent en 1231[2], lorsque le père d'Alix s'engage à donner une de ses filles en mariage au jeune Hugues[2].

Ils ont 13 enfants :

Toutefois ce mariage n'est pas aussi favorable à la branche cadette que celle-ci l'avait espéré[2] : en effet, c'est le frère d'Alix, Othon III, qui hérite du comté en 1234 à la mort de leur père[2] et par ailleurs, Alix n'est pas l'aînée des filles mais la cinquième, ce qui l'éloigne dans l'ordre de succession[2]. Toutefois, Othon III meurt empoisonné en 1248 sans héritier[2]. Son décès marque la fin de la lignée Impériale masculine allemande directe des comtes palatin de Bourgogne de la Maison de Hohenstaufen et de la Maison d'Andechs.

Ses sœurs sont rapidement écartées de la succession, jugées comme trop proches de l'Allemagne[2]. Seule Alix semble avoir des atouts pour devenir l'héritière désignée : elle vit dans le comté, elle parle la langue de la principauté et elle a épousé un prince lui-même descendant des deux maisons de Bourgogne, par les Anscarides en ligne paternelle et par les Capétiens en ligne maternelle[2].

Avec son époux, et surtout son beau-père qui semble prendre une place majeure dans le gouvernement[2], la lignée des comtes palatin de Bourgogne revient à la branche cadette française, de la maison d'Ivrée[4]. La "régence" exercée par Jean ier de Chalon permet de freiner les ambitions de Rodolphe Ier de Habsbourg, qui aurait souhaité réaffirmer le lien de vassalité entre le comté de Bourgogne et le royaume d'Allemagne, en cherchant notamment à se réapproprier le royaume d'Arles. Le comté de Bourgogne est placée désormais sous la suzeraineté du duché de Bourgogne et du Roi de France, depuis la première fois de son histoire à défaut de suzeraineté filiale des Empereurs Germaniques par héritage du royaume de Bourgogne par les Allemands (voir 1er comte Otte-Guillaume de Bourgogne). Les duchés d'Andechs et de Méranie retournent en revanche à l'empire.

Dans les années qui suivent, les sœurs aînées d'Alix renoncent tour à tour à leurs droits sur le comté.

Veuvage et second mariageModifier

 
Carte des duchés (à l'ouest) et comté (à l'est) de Bourgogne au XIVe siècle.

En 1266, son mari Hugues III de Chalon meurt, puis, en 1267, son beau père, le comte Jean Ier de Chalon[4]. Alix se retrouve alors seule face à l'empereur Rodolphe Ier du Saint-Empire, qui n'a pas abandonné son projet politique. En 1257, l'Empire voit s'affronter deux prétendants à l'élection impériale : Richard de Cornouailles, anglais, fils de Jean sans Terre, et Alphonse X de Castille. Ce dernier l'emporte ; or, il est soutenu par le duc de Bourgogne Hugues IV, qui cherche à agrandir son territoire en annexant le comté au duché.

Les Savoie sont au cours de cette période les alliés de l'Angleterre. En effet, deux des filles de Béatrice de Savoie, comtesse de Provence, sœur du comte de Savoie Pierre II et de l'ancien archevêque Philippe de Savoie, ont épousé pour l'une Henri III d'Angleterre et la seconde Richard de Cornouailles[5]. Une alliance avec cette maison permettrait d'obtenir une nouvelle protection. La faible probabilité d'avoir à nouveau un enfant, laisse à son fils aîné Othon IV de Bourgogne (ou Othelin), né du premier mariage, le champ libre pour garder la possession de la Bourgogne[6].

Le 11 juillet 1267, elle se remarie donc, à l'âge de quarante-huit ans, avec Philippe de Savoie. Le mariage a lieu au château de Bracon[1].

Le prince de Savoie devient de fait comte de Bourgogne. Il succède, l'année suivante, à son frère Pierre II, à la tête du comté de Savoie. Ils n'ont pas de descendance[1]. Vers 1270, elle tente de recueillir la suzeraineté sur les possessions d'Humbert de La Tour du Pin[7],[8].

La comtesse fait son testament durant le mois , à Salins, dans lequel elle institue son fils, Otton, comme héritier du comté de Bourgogne[1]. Le 8 mars 1279[1], elle meurt à Évian, dans le comté de Savoie, au bord du lac Léman à l'âge de 60 ans. Son corps est inhumé devant le grand autel de l'abbatiale de Cherlieu[1], près de Besançon.

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e et f Samuel Guichenon, Histoire généalogique de la Royale Maison de Savoie ou Histoire généalogique de la Royale Maison de Savoie justifiée par titres, fondations de monastères, manuscrits, anciens monumens, histoires, et autres preuves authentiques, chez Jean-Michel Briolo, 1660, pp. 296 (présentation en ligne).
  2. a b c d e f g h i j et k Marie-Thérèse Allemand-Gay, Le pouvoir des comtes de Bourgogne au XIIIe siècle, vol. 368, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Cahiers d'études comtoises », , 495 p. (ISBN 978-2-25160-368-1, lire en ligne), p. 144.
  3. [PDF] Laurence Delobette, « L'abbesse de Baume, Beatrix de Bourgogne (+ v. 1313) ou la dynamique de l'affranchissement », dans Nella Arambasin, coord., Les affranchies : Franc-comtoises sans frontières. Colloque transdisciplinaire, Besançon, Faculté des Lettres (17-18 juin 2011), Presses universitaires de Franche-Comté, 2013, p. 25-52.
  4. a et b Marie-Thérèse Allemand-Gay, Le pouvoir des comtes de Bourgogne au XIIIe siècle, vol. 368, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Cahiers d'études comtoises », , 495 p. (ISBN 978-2-25160-368-1, lire en ligne), p. 188.
  5. Emmanuel Davin, « Béatrice de Savoie, Comtesse de Provence, mère de quatre reines (1198-1267) », Bulletin de l'Association Guillaume Budé, vol. 1, no 2,‎ , p. 176-189 (lire en ligne).
  6. Nicole Brocard, Mémoires de la Société pour l'Histoire du Droit et des Institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, vol. 63, Dijon, Société pour l'Histoire du Droit et Institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, , 444 p. (ISBN 978-2-901075-32-5, présentation en ligne), « Le comté de Bourgogne dans la tourmente entre 1248 et 1273 ».
  7. Paul Cattin, Le château et le pont de Pont-d'Ain au début du XIVe siècle, d'après les comptes de châtellenie, Cahiers René de Lucinge, 4e série no  27, 1991, p. 5.
  8. Alain Kersuzan, Défendre la Bresse et le Bugey - Les châteaux savoyards dans la guerre contre le Dauphiné (1282 - 1355), Lyon, Presses universitaires de Lyon, (lire en ligne), p. 29.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier