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Académie Goncourt

cénacle littéraire
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Goncourt.
Académie Goncourt
Histoire
Fondation
Cadre
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Siège social
Pays
Organisation
Fondateur
Président
Site web

L’académie Goncourt est un cénacle[1] littéraire, fondé en 1900, suivant le désir formulé par Edmond de Goncourt (1822-1896) dans son testament olographe déposé le chez son notaire Maître Duplan, désir auquel il associait son frère précédemment disparu, Jules de Goncourt (1830-1870), les deux frères ayant décidé dès 1862 de laisser après eux des mémoires et une académie en leur nom pour « forcer les portes de la gloire ». L'objectif originel de cette disposition est bien l'attribution chaque année d'un prix à « un ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année », mais aussi l'allocation d'indemnités substantielles à chacun des membres de la société.

Outre le prestigieux prix Goncourt décerné début novembre, l'Académie attribue au printemps le prix Goncourt de la poésie « Robert Sabatier », le prix Goncourt du premier roman et prix Goncourt de la nouvelle. En juin, elle proclame le prix Goncourt de la biographie « Edmonde Charles-Roux » remis en septembre à Nancy pendant la manifestation du Livre sur la Place. Organisé par le Ministère de l'Éducation nationale et la Fnac, le prix Goncourt des lycéens est décerné à l'un des quinze romans de la première sélection du prix Goncourt qu'annoncent les Académiciens début septembre.

En lien avec les Instituts français, à partir de l'une des trois sélections du prix, treize pays décernent ensuite leur Choix Goncourt. Cette opération unique de promotion de la littérature française permet au lauréat d'y voir son roman traduit très rapidement.

HistoireModifier

Création de l'académie GoncourtModifier

Les frères Goncourt touchant une rente de 5 000 francs par an[2] depuis le décès de leur mère en 1848, peuvent vivre de leur plume, contrairement à de nombreux auteurs du XIXe siècle qui sont obligés pour faire vivre leur famille de se tourner vers la « littérature de consommation » (le théâtre de boulevard, le vaudeville ou les romans-feuilletons), sous peine de connaître des difficultés ; ce fut le cas entre autres pour Charles Baudelaire ou Gérard de Nerval.

En 1862, ils décident par testament qu’après leur mort, leurs biens doivent être vendus — par une vente aux enchères, englobant leur collection de livres et d'œuvres d'art, que le capital doit être placé et que les intérêts de cette somme doivent servir à une « académie » chargée de rémunérer, sous certaines conditions, dix hommes de lettres[3] à hauteur de 6 000 francs (rente annuelle de chaque membre de l'académie) et de décerner un prix annuel de 5 000 francs, lors d'un dîner fixé en décembre[4]. Edmond de Goncourt dépose un nouveau testament olographe le chez son notaire Maître Duplan : dans ce document, il exprime le désir d'associer le nom de son frère disparu, Jules de Goncourt (mort en 1870). L'objectif originel de cette disposition est bien de décerner chaque année un prix pour « un ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année », mais aussi d'allouer des indemnités annuelles substantielles à chacun des membres de la société.

L'exécution des volontés d'Edmond de Goncourt, confiée par celui-ci à Alphonse Daudet et Léon Hennique, rencontre, peu après la mort d'Edmond en 1896, l'hostilité de sa famille et une bataille juridique s'engage[5]. Défendue par l'avocat Raymond Poincaré, la nouvelle société littéraire gagne finalement son procès le , année de sa première réunion avec l'effectif complet le à Passy, au domicile de Léon Hennique[6]. La Société littéraire des Goncourt, dite « Académie Goncourt », est fondée lorsque ses statuts sont établis en 1902 mais c'est le décret du du président du Conseil Émile Combes, par lequel l'Académie Goncourt se voit attribuer la qualité d'association d'utilité publique, qui marque sa naissance officielle. Ce régime juridique particulier distingue l’Académie Goncourt des autres jurys littéraires, qui sont dépourvus de statuts et ne disposent pas de la personnalité morale[7]. Le premier prix Goncourt sera décerné dans la foulée du décret, le [8].

Décédé, Alphonse Daudet ne put se voir attribuer l'un des couverts de la société, lequel échut à son fils Léon Daudet, tandis que Léon Hennique en obtenait un autre (cf. la liste des premiers jurés ci-dessous).

Première académie GoncourtModifier

L'Académie se réunit finalement lors d'un déjeuner mensuel (le premier mardi de chaque mois, sauf en août), de 1903 à 1919 dans divers restaurants de Paris — d'abord au Grand Hôtel boulevard des Capucines, puis chez Champeaux, au Café de Paris et enfin, à partir de 1920, au restaurant Drouant, rue Gaillon[9]. Le restaurant est célèbre pour son escalier Ruhlmann et son salon du premier étage, où a lieu la délibération ; celle-ci n'a été espionnée qu'une seule fois, en 1958, par le futur éditeur de presse Alain Ayache, alors jeune journaliste, qui s'était caché dans un placard[10]. Le repas de l'académie Goncourt est servi dans un couvert en vermeil, dont chaque pièce est gravée, depuis 1961, au nom du juré qui en est titulaire[11],[12].

Membres actuels et organisationModifier

Au , les membres de l'académie Goncourt sont :

De 1998 à 2018, Marie Dabadie est la secrétaire de l'Académie, seule salariée de la société littéraire, ses membres en étant tous bénévoles[13]. Depuis , Françoise Rossinot, journaliste et commissaire générale jusqu'à cette date d'un important salon littéraire, est la déléguée générale de l'Académie, dont elle assure le fonctionnement et la communication. Sous son mandat, un nouveau site web a été créé et l'Académie Goncourt est désormais présente sur les réseaux sociaux[14].

Le 3 décembre 2019, Bernard Pivot annonce, via un communiqué de l'AFP, qu'il quittait l'Académie Goncourt après y avoir siégé pendant 14 ans et après 5 ans de présidence. Il deviendra membre d'honneur de l'Académie.[15]

Liste des académiciens par couvert[16]Modifier

Premier couvertModifier


1900-1942 : Léon Daudet
1942-1944 : Jean de La Varende
1944-1954 : Colette
1954-1970 : Jean Giono
1971-1977 : Bernard Clavel
1977-2004 : André Stil
2004-2019 : Bernard Pivot
2020- : à venir

Deuxième couvertModifier


1900-1907 : Joris-Karl Huysmans
1907-1910 : Jules Renard
1910-1917 : Judith Gautier
1918-1924 : Henry Céard
1924-1939 : Pol Neveux
1939-1948 : Sacha Guitry
1949-1983 : Armand Salacrou
1983-2016 : Edmonde Charles-Roux
2016- : Éric-Emmanuel Schmitt

Troisième couvertModifier


1900-1917 : Octave Mirbeau
1917-1947 : Jean Ajalbert
1947-1973 : Alexandre Arnoux
1973-1995 : Jean Cayrol
1995- : Didier Decoin

Quatrième couvertModifier


1900-1940 : J.-H. Rosny aîné
1940-1942 : Pierre Champion
1943-1971 : André Billy
1971-2012 : Robert Sabatier
2013- : Paule Constant

Cinquième couvertModifier


1900-1948 : J.-H. Rosny jeune
1948-1967 : Gérard Bauër
1967-1968 : Louis Aragon
1969-1983 : Armand Lanoux
1983-2008 : Daniel Boulanger
2008- : Patrick Rambaud

Sixième couvertModifier


1900-1935 : Léon Hennique
1936-1950 : Léo Larguier
1951-1977 : Raymond Queneau
1977-2008 : François Nourissier
2008- : Tahar Ben Jelloun

Septième couvertModifier


1900-1918 : Paul Margueritte
1919-1923 : Émile Bergerat
1924-1937 : Raoul Ponchon
1938-1948 : René Benjamin
1949-1971 : Philippe Hériat
1972-2011 : Michel Tournier
2011-2015 : Régis Debray
2016- : Virginie Despentes

Huitième couvertModifier


1900-1926 : Gustave Geffroy
1926-1929 : Georges Courteline
1929-1973 : Roland Dorgelès
1973-1995 : Emmanuel Roblès
1995- : Françoise Chandernagor

Neuvième couvertModifier


1900-1925 : Élémir Bourges
1926-1937 : Gaston Chérau
1937-1958 : Francis Carco
1958-1996 : Hervé Bazin
1996-2011 : Jorge Semprún
2012- : Philippe Claudel

Dixième couvertModifier


1900-1949 : Lucien Descaves
1950-1970 : Pierre Mac Orlan
1970-2011 : Françoise Mallet-Joris
2012- : Pierre Assouline

Notes et référencesModifier

  1. Pierre Descaves, Mes Goncourt, Laffont, .
  2. Sous le Second Empire, le salaire journalier d'un ouvrier était de 5 francs (d'apr. Émile Zola, in Germinal : la rente des Goncourt est donc tout à fait moyenne.
  3. Hommes refusés par l'Académie française et qui devront se réunir au cours d'un dîner les mois de novembre, janvier, février, mars, avril et mai.
  4. Robert Kopp, « Une machine à faire lire », sur L'Alsace, .
  5. Pour une analyse détaillée du testament, lire Léon Deffoux, Du Testament à l'académie Goncourt, suivi d'une petite chronologie du Testament de l'Académie et du prix Goncourt, Paris, Société anonyme d'éditions et de librairie, 1920, 79 pages.
  6. Michel Caffier, L'Académie Goncourt, Presses Universitaires de France, , p. 19.
  7. « Statuts de la société littéraire », sur Académie Goncourt (consulté le 26 octobre 2019)
  8. Paul Delnoy, Les libéralités et les successions : Précis de droit civil – 3e édition, De Boeck Supérieur, , p. 151-190.
  9. « Du côté de chez Drouant : Le Goncourt de 1903 à 1921 » émission de Pierre Assouline sur France Culture le 27 juillet 2013.
  10. « Céline furax, des jurés séniles, un micro au plafond... 10 histoires sur le Prix Goncourt », sur France Culture, (consulté le 21 octobre 2019)
  11. Emmanuel Rubin, « Au régal des Goncourt », Le Figaro, encart « Culture », samedi 1er / dimanche 2 novembre 2014, page 31.
  12. « Les 10 couverts », sur Académie Goncourt (consulté le 26 octobre 2019)
  13. « Les secrets du Goncourt avec son "onzième juré" », rts.ch,‎ (lire en ligne, consulté le 30 septembre 2017)
  14. www.academiegoncourt.com
  15. « Bernard Pivot quitte l’Académie Goncourt. », sur Nouvelobs.com, (consulté le 3 décembre 2019)
  16. « Les 10 couverts », sur academiegoncourt.com (consulté le 6 décembre 2019)

AnnexesModifier