Évariste Ndayishimiye

personnalité politique burundaise

Évariste Ndayishimiye
Illustration.
Évariste Ndayishimiye en 2018.
Fonctions
Président de la République du Burundi
En fonction depuis le
(14 jours)
Élection 20 mai 2020
Vice-président Prosper Bazombanza
Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni
Prédécesseur Pierre Nkurunziza
Secrétaire général du CNDD-FDD
En fonction depuis le
(3 ans, 10 mois et 12 jours)
Prédécesseur Pascal Nyabenda (président)
Président du Comité national olympique du Burundi

(8 ans)
Successeur Lydia Nsekera
Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique

(1 an, 7 mois et 28 jours)
Prédécesseur Salvator Ntacobamaze
Successeur Venant Kamana
Biographie
Date de naissance (51-52 ans)
Lieu de naissance Commune de Giheta
Nationalité Burundaise
Parti politique CNDD-FDD
Religion Catholicisme

Évariste Ndayishimiye
Présidents de la République du Burundi

Évariste Ndayishimiye, né en 1968 dans la province de Gitega, est un militaire et homme d'État burundais, président de la République depuis le .

Entre 2016 et 2020, il est secrétaire général du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie, le parti au pouvoir. Candidat à l'élection présidentielle de 2020, il est élu dès le premier tour.

OriginesModifier

De confession catholique[1], Évariste Ndayishimiye est né dans la commune de Giheta dans la province de Gitega, au centre du Burundi[2] en 1968[3]. En 1995, Ndayishimiye est l'un des rares étudiants hutus à l'université du Burundi. Il échappe de peu au nettoyage ethnique contre les étudiants hutus menées par des étudiants tutsis[2],[4].

Guerre civileModifier

Il s'enfuit et fait partie des premiers à rejoindre l'opposition armée des Forces de défense de la démocratie (FDD), créée après l'assassinat du président hutu Melchior Ndadaye ; une partie de sa famille est cependant exécutée[2],[4]. Pendant une décennie, dans les maquis des FDD dans la forêt de la Kibira (au Burundi) et dans l'est de la république démocratique du Congo (dans la presqu'île d’Ubwari), Évariste Ndayishimiye est commandant dans différentes régions et gravit tous les échelons militaires[4]. À la fin de la guerre, il est président du bureau chargé de la conception et de la planification de la politique de la lutte[2].

Carrière militaireModifier

L'accord d'Arusha, signé en 2000, met progressivement fin à la guerre civile burundaise : les FDD acceptent de le signer fin 2002 et renoncent au combat armé. En 2005, Évariste Ndayishimiye est nommé chef d'État major adjoint des nouvelles Forces de défense nationale (FDN) avec rang de général[2],[4].

Ascension politiqueModifier

Ministre de l'IntérieurModifier

Entre 2006 et 2007, il est ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique[2].

Au sein du cabinet présidentielModifier

Ndayishimiye devient ensuite chef de cabinet militaire à la présidence, poste qu'il occupe jusqu’en 2014 pour prendre, l'année suivante, la tête du cabinet civil du président Pierre Nkurunziza[5].

À la tête du parti au pouvoirModifier

En août 2016, il est élu secrétaire général du CNDD-FDD où il remplace Pascal Nyabenda. Contrairement à ce dernier qui s'en prenait à la communauté internationale et à l'Occident, Ndayishimiye se montre plus conciliant[2]. Depuis 2005, Ndayishimiye est l'un des hommes poliques les plus influents au Burundi[4].

Président de la RépubliqueModifier

Élection présidentielle de 2020Modifier

 
Évariste Ndayishimiye en 2020.

Lors d'un congrès organisé le 26 janvier 2020 à Gitega, dans le centre du pays, les délégués du CNDD-FDD choisissent Évariste Ndayishimiye pour candidat à l’élection présidentielle du 20 mai 2020[6]. Son discours d'investiture reflète alors la tournure chrétienne évangélique prise par le parti depuis la crise de 2015. Ndayishimiye assure ainsi avoir reçu des « signes » de « Dieu le Tout-Puissant » pour ce « destin hors du commun », tel le passage d'un pigeon s'étant posé sur la tête de son épouse[7],[8],[9]. Il est ainsi préféré par les généraux à Pascal Nyabenda, qui avait les faveurs de Nkurunziza[10]. Du fait de la répression exercée à l'encontre de l'opposition, Ndayishimiye apparait comme le grand favori du scrutin. Il est cependant considéré comme plus modéré que le président sortant[11].

Ndayishimiye remporte l'élection avec 68,72 % des voix, selon les chiffres préliminaires officiels annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Il devance ainsi très largement le principal candidat de l'opposition, Agathon Rwasa, président du Conseil national pour la liberté (CNL), qui réunit 24,19 % des voix[12]. Il doit alors s'agir de la première passation de pouvoir entre deux présidents élus depuis l'indépendance du pays 58 ans plus tôt.

TransitionModifier

La transition est cependant modifiée lorsque le président sortant meurt subitement, probablement de la Covid-19 le 8 juin, à l'âge de 55 ans. Nkurunziza était hospitalisé depuis plusieurs jours à la suite d'un malaise. Le 30 mai 2020, son épouse est évacuée vers le Kenya pour des raisons médicales. La première dame a été infectée par le Covid-19, alors que la présidence évoque une « ulcère »[13],[14].

Le , le gouvernement annonce la mort de Pierre Nkurunziza, survenue le à l’hôpital du Cinquantenaire Natwe Turashoboye de Karuzi à la suite d'un « arrêt cardiaque » peu de temps avant la passation de pouvoir prévue pour le mois d'[15],[15]. Le communiqué indique que cet arrêt cardiaque est consécutif à un malaise survenu le 6 juin[16]. Pourtant, la veille, des sources gouvernementales avaient démenti les rumeurs sur son état de santé[17], alors que des sources le disaient lui-même atteint du coronavirus[18], alors que des sources le disaient dans un état grave[19]. Un deuil national de sept jours est décrété à partir du 9 juin,[20]. Ceci amène de nombreux observateurs à avancer l'hypothèse d'une contagion responsable de son décès, que le gouvernement chercherait à cacher en raison de sa négation de la pandémie au cours des mois précédents[21],[18].

Gouvernement et opposition sont en désaccord quant à la succession et à la suite des événements. Alors que le gouvernement planche sur une investiture anticipée de Ndayishimiye, l'opposition exige, en s'appuyant sur la Constitution du Burundi, à ce que le président de l'Assemblée nationale, Pascal Nyabenda, assure l'intérim et convoque un nouveau scrutin[22],[23]. Le 11 juin, du fait que le pays se trouve dans une situation de transition constitutionnelle, le gouvernement et les deux vice-présidents saisissent la Cour constitutionnelle pour constater la vacance présidentielle et indiquer la marche à suivre[24]. Dans les faits, un comité de crise, composé de généraux et de membres du parti au pouvoir[25], se réunit pour trancher la succession, entre une investiture rapide du président élu, un intérim ou encore un intérim écourté[26]. Le Soir affirme que Ndayishimiye et Nyabenda ont également été contaminés par le coronavirus[27].

Le 12 juin, la Cour constitutionnelle du Burundi estime qu'une période d'intérim n'est pas nécessaire, et ordonne d'investir « le plus rapidement possible » Évariste Ndayishimiye. La décision est largement attribuée au comité de crise[28]. La vacance du pouvoir s'étend ainsi du 8 au 18 juin. La Cour constitutionnelle décide de ne pas recourir à une présidence par intérim du président de l'Assemblée, Pascal Nyabenda, comme pouvait le prévoir la Constitution, arguant de l'existence d'un président élu. La juridiction décide cependant d'avancer du 20 août au 18 juin la prise de fonction d'Évariste Ndayishimiye[29],[30].

Le 16 juin, Ndayishimiye fait sa première apparition depuis le décès de son prédécesseur. Lui rendant hommage en le comparant à Jésus-Christ et à Moïse, il évoque une « épreuve » due à la « volonté de Dieu »[1].

Débuts de la présidenceModifier

Il est investi le 18 juin 2020[31] dans le stade Ingoma de Gitega[32]. Il promet d'œuvrer à la « continuité » avec le mandat de son prédécesseur. Du fait de la pandémie de Covid-19, la cérémonie a lieu sans la présence de dirigeants étrangers[33].

Le futur gouvernement — comportant un Premier ministre et un vice-président — ne doit initialement être formé qu'à partir du 20 août, date de l'entrée en fonction de la nouvelle législature, alors que le Sénat reste à pourvoir le 20 juillet[34]. Le 23 juin, le Parlement sortant approuve Prosper Bazombanza et Alain-Guillaume Bunyoni respectivement comme vice-président et Premier ministre[35].

Notes et référencesModifier

  1. a et b « Burundi: l'hommage biblique du président élu Évariste Ndayishimiye à son prédécesseur », sur RFI, RFI, (consulté le 20 juin 2020).
  2. a b c d e f et g Armel Gilbert Bukeyeneza, « Burundi : cinq choses à savoir sur Evariste Ndayishimiye, le nouveau patron du CNDD-FDD », Jeune Afrique,
  3. Deutsche Welle (www.dw.com), « Evariste Ndayishimiye candidat du pouvoir au scrutin de mai au Burundi », sur DW.COM (consulté le 20 juin 2020).
  4. a b c d et e Jean-Philippe Rémy, « La prestation de serment du chef de l'Etat burundais devrait marquer la fin de douze années de guerre », Le Monde,
  5. « Au Burundi, un gouvernement de fidèles et de « durs » autour de Pierre Nkurunziza », AFP et Le Monde,
  6. « Burundi : Évariste Ndayishimiye désigné candidat à la présidentielle par le CNDD-FDD », AFP et Jeune Afrique,
  7. « Les présidentielles à suivre dans le monde en 2020 », sur Villes et Communes, https:web.facebook.comVillesetcommunestv, (consulté le 7 février 2020).
  8. « Burundi: le général Ndayishimiye candidat du CNDD-FDD à la présidentielle », sur rfi.fr, Radio France internationale, (consulté le 30 mai 2020).
  9. AFP, « Evariste Ndayishimiye, le nouveau visage du régime burundais », sur VOA, VOAAfrique (consulté le 30 mai 2020).
  10. « Burundi: rumeurs sur la disparition de Pierre Nkurunziza — La Libre Afrique », sur La Libre Afrique, lalibreafrique, (consulté le 19 juin 2020).
  11. « Burundi: Ndayishimiye, un homme du sérail plus ouvert que son mentor », sur TV5MONDE, (consulté le 11 juin 2020).
  12. « Évariste Ndayishimiye élu président du Burundi (officiel) », RFI,
  13. « Burundi : la première dame a-t-elle été évacuée pour se faire soigner du coronavirus ? – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com, jeuneafrique1, (consulté le 11 juin 2020).
  14. « Burundi: la Première dame Denise Nkurunziza hospitalisée au Kenya », RFI, .
  15. a et b « Burundi: décès du président Pierre Nkurunziza »
  16. « Burundi : le président Pierre Nkurunziza est mort », sur TV5MONDE, (consulté le 11 juin 2020).
  17. « Burundi: décès du président Pierre Nkurunziza », sur rfi.fr, Radio France internationale, (consulté le 11 juin 2020).
  18. a et b Maria Malagardis, « Burundi : mort de Pierre Nkurunziza, chef rebelle devenu despote », sur liberation.fr, (consulté le 10 juin 2020)
  19. Colette Braeckman, « Le président sortant du Burundi Nkurunziza serait dans un état grave », sur Le Soir, (consulté le 11 juin 2020).
  20. « Pierre Nkurunziza, le président du Burundi, est mort », Le Monde, 9 juin 2020.
  21. « Burundi : après la mort du président Nkurunziza, les Burundais entre stupeur et inquiétude », sur france24.com, (consulté le 10 juin 2020)
  22. « Burundi: après la mort du président, désaccord entre pouvoir et opposition sur la succession », sur RFI, RFI, (consulté le 12 juin 2020).
  23. « Mort de Pierre Nkurunziza: quelles conséquences pour le Burundi? », sur rfi.fr, Radio France internationale, (consulté le 11 juin 2020).
  24. « Burundi : Qui succédera à Nkurunziza? A la Cour constitutionnelle de le dire — La Libre Afrique », sur La Libre Afrique, lalibreafrique, (consulté le 12 juin 2020).
  25. « Burundi: réunion extraordinaire du conseil des ministres après le décès du président », sur Le Figaro.fr, lefigaro, (ISSN 0182-5852, consulté le 12 juin 2020).
  26. AFP/VOA, « Le gouvernement burundais se tourne vers la Cour constitutionnelle pour la transition », sur VOA, VOAAfrique (consulté le 12 juin 2020).
  27. Colette Braeckman, « Burundi: le Covid-19 décapite la classe dirigeante et plonge le pays dans l’angoisse », sur Le Soir Plus, (consulté le 12 juin 2020).
  28. « Burundi : la Cour constitutionnelle ordonne l'investiture d'Évariste Ndayishimiye au plus vite », sur france24.com, (consulté le 12 juin 2020)
  29. FRANCE24, « Burundi : la Cour constitutionnelle ordonne l'investiture d'Évariste Ndayishimiye au plus vite », sur France 24, FRANCE24, (consulté le 16 juin 2020).
  30. « Burundi: la Cour constitutionnelle ordonne l'intronisation du président élu », sur RFI, RFI, (consulté le 12 juin 2020).
  31. « Le président Ndayishimiye prend la tête d'un Burundi fragilisé - Le Point », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 18 juin 2020).
  32. « Burundi : le nouveau président Évariste Ndayishimiye a prêté serment », sur france24.com, (consulté le 18 juin 2020)
  33. « Burundi: le président Ndayishimiye dans la ligne de Nkurunziza pour son investiture », sur Boursorama, (consulté le 19 juin 2020).
  34. « Evariste Ndayishimiye entre deux Constitutions – IWACU », sur www.iwacu-burundi.org (consulté le 20 juin 2020).
  35. « Burundi: le Premier ministre et le vice-président approuvés tambour battant », sur RFI, (consulté le 24 juin 2020)