Émigration géorgienne vers la France

Jeunes Géorgiens en habits traditionnels

L’émigration géorgienne vers la France date du début du XXe siècle, même si au XVIIIe siècle Saba Soulkhan Orbéliani et au XiXe siècle certains aristocrates libéraux comme Niko Nikoladzé[1] ou Georges Dekanozichvili [2] ont ponctuellement séjourné à Versailles ou à Paris[Note 1].

XVIIIe et XIXe sièclesModifier

Saba Soulkhan Orbéliani fut le premier dignitaire géorgien connu à se rendre en France : il représenta son pays deux fois à la cour de Louis XIV. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle une poignée d'aristocrates et de révolutionnaires géorgiens séjourna à Paris ; les plus célèbre furent Niko Nikoladzé (1843-1928), journaliste et écrivain, qui joua un rôle essentiel dans le réveil de la nation géorgienne, et Georges Dekanozichvili (1867-1910), ingénieur des mines, qui œuvra dans les domaines économiques et sociaux.

XXe siècleModifier

Après la révolution de 1905, le régime du tsar Nicolas II devient plus autoritaire : de jeunes Géorgiens, aristocrates, écrivains -— Léo Chenguélia, dit Léo Kiatchéli, Mikheil Djavakhichvili ou Paolo Iachvili en particulier[3] —, ou opposants politiques, s’exilent vers l’Europe occidentale et plus particulièrement vers la France : ils sont quelques dizaines et considèrent leur expatriation comme provisoire. Certains s’installent définitivement comme Joseph Davrichachvili[4],[5] qui devient pilote d'essai dans l’aviation française durant la Première Guerre mondiale sous le nom de Jean Davri, membre du service français de contre-espionnage, écrivain sous le nom de Jean Violan et résistant contre l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

En 1919, une nouvelle présence de Géorgiens en France est provoquée par la Conférence de la Paix. La Géorgie a retrouvé son indépendance le et une délégation conduite par Nicolas Tchéidzé et Irakli Tsereteli, et comptant en particulier Sossipatré Assathiany et Zourab Avalichvili, tente de convaincre les puissances alliées de reconnaître la République de Géorgie et plus tard de l’admettre à la Société des Nations. Cette mission aboutit en 1921 : elle a mobilisé des effectifs de quelques dizaines de personnes qui sont intervenues à Paris auprès de l’entourage de Georges Clemenceau, à Londres auprès de l’entourage de Lloyd George, à Rome auprès de l’entourage de Vittorio Orlando, et à Genève auprès de la Société des Nations.

Les bases de l'ouverture d'une Légation géorgienne à Paris, diplomatique et consulaire, sont ainsi jetées[6]. Les Géorgiens ont retrouvé une certaine liberté de mouvement, aristocrates, étudiants et peintres se pressent à Paris ; quelques-uns résident un temps à Montparnasse, puis s'en retournent au pays, comme les peintres Hélène Akhvlédiani, Lado Goudiachvili et David Kakabadzé[3] ; le peintre Chalva Kikodzé meurt de maladie[3]; Félix Varlamichvili[7]reste définitivement en France.

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Émigration de la classe politique en 1921Modifier

De fait, la première véritable vague d’émigration géorgienne vers la France est déclenchée en 1921 lors de l’invasion du territoire géorgien par les armées de la Russie soviétique : une grande partie de la classe politique, une petite partie de la classe militaire et quelques centaines de citoyens s’exilent en France afin de poursuivre le combat de libération[Note 2],[Note 3],[Note 4],[Note 5].

Ils ont le statut de réfugiés politiques, de nationalité géorgienne jusqu'en 1933, année à partir de laquelle ils perdent leur nationalité sur pression de l'URSS. Certains, par fidélité à leur patrie, deviennent apatrides d'origine géorgienne, d'autres prennent la nationalité française.

Émigration après l’insurrection nationale de 1924Modifier

La seconde vague d’émigration est déclenchée en août 1924, après l’échec de l’insurrection nationale géorgienne contre l’Armée rouge qui conduit à une dizaine de milliers de morts et à des déportations massives vers la Sibérie ou l’Asie centrale. Quelques milliers d’insurgés parviennent à s’échapper par la frontière turque, et parmi eux une partie du commando du colonel Kakoutsa Tcholokhachvili[8].

Quelques centaines sont accueillies en France. Ils sont généralement jeunes, trouvent des emplois similaires à ceux de leurs aînés, mais aussi dans le domaine automobile, Citroën, Peugeot et Renault recrutant afin de mettre en place leurs chaînes de fabrication. Le Centre de formation de Sochaux Montbéliard fixe des jeunes Géorgiens et donne naissance à un deuxième pôle d’immigration géorgienne, après la région parisienne. Comme leurs aînés, ils ont le statut de réfugiés politiques, de nationalité géorgienne jusqu'en 1933.

À la fin des années 1920, la Préfecture de police de Paris estime que la population de nationalité géorgienne immigrée en France pour raison politique est de l'ordre de 1 200 personnes[9]. La Paroisse orthodoxe géorgienne Sainte-Nino de Paris est fondée en 1929. L'Office des réfugiés géorgiens en France est créé en 1933, en substitution à la Légation géorgienne en France fermée sous la pression de Staline : l'office reprend les missions consulaires de la légation.

Émigration liée à la Seconde Guerre mondialeModifier

Les Géorgiens enrôlés dans l’Armée rouge combattent l’armée allemande, souvent en première ligne : en 1942 et début 1943, les prisonniers sont nombreux et envoyés dans les camps allemands. Pour en sortir, et survivre, une bonne part accepte de devenir travailleur civil (Organisation Todt) ou de rejoindre l’Ostlegionen allemande[Note 6]: de mi-1943 à mi-1944, cinq bataillons de l'Ostlegionen, composés de soldats géorgiens, sont affectés au territoire français par l'État-major allemand : 2 à 300 hommes désertent et rejoignent les maquis[10]. Différents ouvrages évoquent cette situation[11], et plus particulièrement celui de Pierre Kitiaschvili, acteur de cet épisode[12]. Après la victoire définitive des Alliés, en 1945, les Géorgiens sont destinés à un retour en URSS selon les accords entre Franklin Roosevelt et Joseph Staline (ainsi qu'entre de Gaulle et Staline) et à une déportation en Sibérie au mieux. Plusieurs dizaines parviennent à y échapper et à rester en France.

Années de Guerre froide (1945-1991)Modifier

La Guerre froide instaurée à la fin des années 1940 et jusqu'au début des années 1980, ne permet aucun mouvement de personne entre l’Est et l’Ouest de l’Europe. Pourtant quelques Géorgiens, bénéficiant d’un appui international, parviennent à quitter l’URSS[13].

Émigration postérieure au retour à l'indépendance (1991)Modifier

Peu après le retour à l’indépendance, des chefs de guerre locaux entrainent le pays dans une guerre civile, accentuée par les combats en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Un premier président, Zviad Gamsakhourdia est retrouvé mort dans des circonstances suspectes. Un second président, Edouard Chevardnadze, contesté pour son passé soviétique, contrôle difficilement la situation. Leurs partisans s’affrontent[14]. Une nouvelle émigration politique prend naissance. Parallèlement à l’ouverture des frontières, une émigration économique se met en place, légale ou clandestine. Le territoire géorgien perd 20 % de sa population, vers la Russie (personnes d’origine russe), vers Israël ou les États-Unis (personnes d’origine juive) et vers l’Europe. Durant cette période, la France accueille quelques centaines d’immigrés géorgiens[15],[16]. La Paroisse orthodoxe géorgienne Sainte-Kéthévane de Strasbourg est fondée en 1998.

Intégration militaire et civile à la société françaiseModifier

À la suite des mariages et des naissances, la population d'origine géorgienne passe à quelques milliers de personnes dont une bonne part bénéficie de la nationalité française.

Armée françaiseModifier

Sur une idée du général Maxime Weygand, les Géorgiens réfugiés en France sont en 1940 à l'origine d’une unité militaire géorgienne de l’armée française dont l’objectif est d’intervenir en Europe de l’Est : elle compte un effectif de l’ordre de la centaine[17]. Elle est dissoute après l'Armistice du 22 juin 1940, mais un grand nombre d’entre eux rejoint les Forces françaises libres, en particulier la Légion étrangère : sept futurs Lieutenant-colonels, Dimitri Amilakvari et Alexis Tchenkéli[18]-tous deux Saint-Cyriens-, Alexandre Djintcharadzé [19], Alexandre Kintzourichvili[20], Georges Odichélidzé[21], Nicolas Tokadzé[22] et Jean Vatchnadzé[23] y prennent leur commandement.

Résistance françaiseModifier

La direction de l'Office des réfugiés géorgiens en France — institution officiellement dissoute par les autorités allemandes, remplacée par un Office des réfugiés caucasiens sous contrôle allemand et un Bureau des apatrides ouvert à Paris par le régime de Vichy — œuvre discrètement afin de sauver les familles juives géorgiennes : elle argumente qu'elles appartiennent à l'ethnie géorgienne et se sont converties à la religion juive. Elle étend sa juridiction à certaines familles juives originaires des Balkans, d'Asie mineure et d'Asie centrale en géorgianisant leurs noms : 243 familles sont ainsi sauvées de la déportation[24]. Le directeur, Sossipatré Assathiany, est arrêté en février 1943 et incarcéré au fort de Romainville durant plusieurs semaines : il est libéré sur intervention[25].

Intégration civileModifier

Les exilés de la première génération sont souvent accompagnés de leur famille et subsistent économiquement grâce aux aides apportées (gouvernement polonais en particulier), au travail de la terre (domaine géorgien de Leuville-sur-Orge en Seine-et-Oise), à l’ouverture d’ateliers de production de yaourt[26] (aliment traditionnel promu auprès de la population française), au métier de chauffeur de taxi, à d’autres métiers du tertiaire (s’ils ont eu la chance d’effectuer leurs études en France antérieurement). Quelles-uns essaient de vivre de leurs talent d'artistes[27]. D'autres engagent des études supérieures dans des conditions matérielles difficiles et accèdent à des diplômes qui leur permettront de devenir docteur en médecine[28], ingénieur[29] ou professeur d'université[30].

Les générations suivantes donnent à la France une Secrétaire perpétuelle de l’Académie française[Note 7], des ambassadeurs de France[31], un ambassadeur de la République de Géorgie auprès du Saint-Siège[32], des diplomates[33], des universitaires[34], des écrivains[35], une danseuse étoile[36], des comédiennes[37], des architectes[38], des compositeurs[39], des journalistes de radio et de presse écrite[40], des journalistes de télévision[41], des docteurs en médecine, des cadres d’entreprise, des ingénieurs[42], des chefs cuisinier[43],[44], etc.

XXIe siècleModifier

Évolution du droit européen et françaisModifier

L’accord d’association entre la Géorgie et l’Union européenne -signé en 2014- établit un cadre de coopération en matière de migration et d’asile[45]. Le Conseil de l'Union européenne adopte le un règlement prévoyant une exemption de visa pour les Géorgiens qui se rendent dans l'Union européenne pour un séjour d'une durée n'excédant pas 90 jours, sur toute période de 180 jours[46]. La République française promulgue le une loi permettant à certains citoyens géorgiens, bénéficiant d'une autorisation de séjour provisoire, de travailler sur le territoire français pour une période de 18 mois : un quota de 150 est fixé pour les étudiants et de 500 pour certaines professions[47],[48].

Émigration des premières années 2000Modifier

De 2000 à 2013, le nombre de demandeurs d’asile géorgiens qui se présente à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides est inférieur à 2 000 par année. Le nombre d'acceptations oscille en fonction de la politique migratoire française, et plus particulièrement du classement -ou non- de la Géorgie dans la liste des pays d’origine sûrs[49] : ce classement accélère les procédures d’examen et durcit les conditions d’acceptation.

Émigration politiqueModifier

L’émigration géorgienne vers la France de nature politique diminue, à l’exception de personnes persécutées d'ethnies abkhaze, ossète ou yézidi[50], ou menacées comme certains opposants politiques ; peuvent être cités,

  • Bidzina Ivanichvili, milliardaire, opposant au président Mikheil Saakachvili et futur Premier ministre géorgien, est domicilié en France de 2002 à 2011 ; il obtient la nationalité française en 2010,
  • Irakli Okrouachvili, ancien ministre du président Mikheil Saakachvili et devenu opposant, réside en France d’avril 2008 à novembre 2012,
  • à l'inverse David Kézérachvili, ancien ministre de Mikheil Saakachvili, resté fidèle, n'est pas extradé de la France début 2014 à la suite du mandat international lancé par les nouvelles autorités géorgiennes après le changement de majorité.

Émigrations professionnelle et économiqueModifier

Le nombre de demandeurs d'asile est de 1903 en 2004, puis baisse régulièrement jusqu’en 2008 à 408, et remonte à 1888 en 2012 après la guerre russo-géorgienne[51]. La composante principale de l'émigration est professionnelle, art de la mode[52], arts plastiques[53], cinéma[54], échecs féminins[55],[56], musique[57], peinture[58], science (médecine, biologie, recherche)[59], sculpture[60] et sport de haut niveau (volley[61], rugby à XV[62], judokas champions de France[63],[64],[65] ou champions en herbe accédant au championnat de France[66],[67],[68],[69], lutte[70], football[71]).

Une mention particulière est à apporter à la centaine de joueurs de rugby à XV géorgiens, expatriés dans des clubs français (Top 14 ou Pro D2) depuis deux décennies et qui ont formé tour à tour l'ossature de l'équipe nationale géorgienne, la conduisant à la 12e place mondiale[72]:


Le plus fort contingent annuel d’étudiants géorgiens inscrit dans les universités françaises étudie les sciences humaines (relations internationales, géopolitique, histoire…) : il est indirectement encouragé par les initiatives de l’Ambassade de France en Géorgie (programme d’enseignement du français dans les écoles publiques géorgiennes)[73], par l’ouverture en 2006 d’une École française du Caucase (du primaire au lycée)[74] et par l’action quotidienne de l’Institut français de Géorgie pour la culture francophonie (bourses d’étude en France)[75]. Le nombre de nouveaux étudiants géorgiens entrant chaque année dans l'enseignement supérieur français (Mastères, doctorats ou licences, écoles de gestion, d'ingénieurs ou écoles militaires) est évalué à la centaine[Note 8].

Bilan 2013Modifier

Émigrations politique, professionnelle et économiqueModifier

Le consulat de Géorgie en France estime que[76] :

  • 8460 Géorgiens ont été résidents légaux durant cette année,
  • 2550 Géorgiens ont bénéficié d'un séjour temporaire,
  • 403 Géorgiens ont bénéficié du statut d'étudiants étrangers,
  • 30 Géorgiens ont obtenu la nationalité française,
  • 1995 Géorgiens ont effectué une demande d'asile et 201 l'ont obtenu.

Concernant les reconduites à la frontière de personnes illégalement présentes sur le territoire français, 183 demandes de visas rapides ont été déposées et 166 ont pu être identifiées comme de nationalité géorgienne (146 et 121 en 2012).

Le crime organisé géorgien en FranceModifier

Un facteur nuit à l'intégration aux yeux de l'opinion publique française, celui de la présence sur le territoire national — comme sur tout le territoire de l'Europe occidentale — du crime organisé géorgien, les Vor v Zakone, auteurs de multiples vols et cambriolages. Sur les personnes en détention et se déclarant de nationalité géorgienne, 286 sont identifiées, sans que l'on puisse déterminer celles qui appartiennent au crime organisé. Selon le rapport de l’Assemblée nationale française du 10 juin 2014, la coopération entre la Géorgie et la France en matière de sécurité intérieure s’est développée :2 500 personnes se réclamant de la nationalité géorgienne avait été mises en cause pour des affaires criminelles durant l’année 2012 et 275 Géorgiens étaient incarcérés en juillet 2013[77]. Les médias français font régulièrement état des exactions du crime organisé[78]. Les communautés géorgiennes en France tardent parfois à prendre conscience de l'impact psychologique de cette réalité.

Bilan 2018Modifier

La Commission européenne constate en que le nombre de demandeurs d'asile géorgiens a doublé entre le 1er semestre 2018 (9 860) et le 1er semestre 2017 (4 770), la France étant la plus concernée avec 2 700 demandes à l'OFPRA pour cette période — elle en comptabilisera 7004 sur 12 mois — : si sur le fond la pauvreté, le chômage endémique et la difficulté d'accès aux soins médicaux en sont les causes principales, sur la forme cette évolution est attribuée à l'exemption de visa pour les séjours courts[79]. La présence géorgienne sur le territoire français — citoyens géorgiens légalement présents et citoyens d'origine géorgienne ayant acquis la nationalité française (et qui ont perdu de fait leur nationalité géorgienne selon les lois de la République de Géorgie appliquées jusqu'au ) — est quantifiée à 20 000 personnes ; celle de l'immigration géorgienne clandestine n'est évidemment pas connue[80].

Bilan 2019Modifier

Les tendances de l'année précédente s'accentuent et conduisent à une situation de tension entre les autorités françaises et géorgiennes. Sur les cinq premiers mois de l’année, 4 417 demandeurs d’asile sont recensés par l’OFPRA, contingent plus fort que celui des Afghans, des Guinéens ou des Syriens ; les observateurs attribuent cette situation à 4 causes, l’insécurité face au voisin russe, la recherche de meilleures opportunités économiques, le déficit d’infrastructure médicale et l’exemption de visa pour les séjours courts[81]. Un accord bilatéral est signé le , à Tbilissi par les deux ministres de l’Intérieur, Christophe Castaner et Giorgi Gakharia, afin d’une part d’aider à l’identification des faux touristes géorgiens en partance pour la France (mise en place d'officiers de liaison français dans les aéroports géorgiens), d’autre part de faire prendre en charge par les patients géorgiens le coût des soins médicaux délivrés en France, et enfin de faciliter les mesures d’expulsion de France vers la Géorgie des citoyens géorgiens en situation irrégulière[82]. Cette dernière clause est mise en pratique dès le — un vol conduit de Toulouse à Tbilissi 26 familles géorgiennes en situation irrégulière[83] —, et renouvelée le — un vol conduit de Rennes à Tbilissi 33 Géorgiens en situation irrégulière[84] — entrainant la mobilisation d’associations caritatives[85]. A contrario, les tribunaux administratifs n'annulent qu'exceptionnellement les avis d'expulsion[86].

Le , la Cour d'assisses d'Aix-en-Provence condamne trois Géorgiens — vivant en France et appartenant selon elle au crime organisé, les vory v zakone —, le premier à la réclusion à perpétuité, le second à sept ans et le troisième à six ans de prison[87],[88].

Intégration et communautarismeModifier

L'intégration à la société française s'effectue selon différents statuts, nationalité française (sur demande de naturalisation individuelle ou suite à un mariage avec un citoyen français), double nationalité ou nationalité géorgienne : elle est facilitée par les enfants. Des noms d'origine géorgienne apparaissent dans les professions médicales[89], mais également au sein des professions libérales comme avocat[90],[91], ou encore dans les milieux politiques[90]. Les facteurs de facilitation sont multiples : les manifestations culturelles en liaison avec l'UNESCO et avec les artistes géorgiens se produisant en France (art lyrique, musique classique, cinéma, chants et danses traditionnels ...), les résultats des sportifs géorgiens ou d'origine géorgienne en France, l'ouverture de restaurants géorgiens à Paris, Rennes, Caen, Nancy, Nice et Metz[92],[93], donnent une image positive de la Géorgie et encouragent les immigrés de la première génération à s’ouvrir à la société française. Parmi les artistes géorgiens se produisant en France régulièrement peuvent être cités :

Pour la deuxième génération l’école, le lycée et les études supérieures sont un premier facteur d’intégration, mais aussi le sport (judo, lutte) : le lors des championnats de France de Judo (1ère Division) à Amiens, 5 athlètes d'origine géorgienne combattent dans toutes les catégories (Luka Mkheidzé, Giga Abuashvili, Tornike Nadirashvili, Tristan Avaliani et Luka Lomidze) : Giga Abuashvili devient vice-champion de France (- 80 kg)[94]. À contrario, certains facteurs freinent l’intégration géorgienne : la mauvaise image des Géorgiens véhiculée par les communications régulières de la Gendarmerie, la Police et la Justice concernant les Vor v Zakone géorgiens[95], celle dressée par les médias sur l'explosion du nombre de demandes d'asile géorgiennes — parfois instrumentalisée en termes de politique intérieure française[96] — ou le tourisme médical destiné aux soins gratuits[97], contribuent à un repli identitaire[98].

Le communautarisme est fragmenté par lieux géographiques, par la proximité de paroisses orthodoxes géorgiennes, par les clivages de politique intérieure géorgienne, mais parfois aussi par le clanisme selon l'historien français Pierre Razoux — auteur d'une "Histoire de la Géorgie"[99] —. Il s'affirme par le biais d'associations d’amitié franco-géorgienne, par exemple à Paris[100], à Mulhouse[101], à Rennes[102], à Bergerac[103], ou encore lors de fêtes réunissant plusieurs centaines de personnes à huis clos : le domaine géorgien de Leuville-sur-Orge, récemment transféré à l'État géorgien, en accueille deux en 2019, l’une est organisée par la Paroisse orthodoxe géorgienne Sainte-Tamar de Villeneuve-Saint-Georges fondée en 2009 sous l'autorité directe de l'Église orthodoxe de Géorgie[104].

PerspectivesModifier

L’émigration géorgienne vers la France au XXIe siècle s'oriente à la fois vers l’intégration, et à la fois vers le communautarisme : elle porte une double culture, parfois une double nationalité (possible pour les Géorgiens depuis le ), la liberté de mouvement entre Paris et Tbilissi, l'accès à l’économie française (et parfois aux aides sociales et médicales), mais aussi l’existence de structure de transmission à la deuxième génération (langue, danses et chants, religion, …) et la possibilité d’un retour éventuel au pays.

Le respect strict du droit français (et européen) et la compatibilité avec la politique d’immigration du gouvernement français, débattue en particulier à l’Assemblée nationale en octobre / novembre 2019 et recensant 3 231 823 étrangers légalement présents sur le territoire français[105], ne suffiront pas à éviter une situation de crise entre la France et la Géorgie, et en définitive à la remise en cause de l'exemption européenne de visa pour les séjours de moins de 90 jours accordée aux citoyens géorgiens, si les causes réelles — politiques, économiques, tourisme médical, ... — de l'émigration ne sont pas éradiquées en Géorgie[106].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. La transcription en langue française des patronymes géorgiens a été stable jusqu’à la fin du XXe siècle : les règles constituées par l’intermédiation de la langue russe, confirmées par la Légation de la République démocratique de Géorgie en France (1921-1933) et proches de la prononciation en langue géorgienne, étaient utilisées sans exception ; elles le sont encore aujourd’hui par le ministère français des Affaires étrangères et par la plupart des universitaires français s’intéressant à la Géorgie. L’usage a progressivement changé avec l’intermédiation de la langue anglaise et la définition d’une translittération latine proche de la transcription anglaise (2002). Ainsi გიორგუი ჯავახიძე donne Guiorgui Djavakhidzé en transcription française et Giorgi Javakhidze en transcription anglaise (et en translittération latine).
  2. Émigrent vers la France à partir de 1921, au titre de la majorité parlementaire sociale-démocrate, Rajden Arsénidzé, Valiko Djoughéli, Evguéni Guéguétchkori, Noé Jordania, Noé Khomériki, Grigol Ouratadzé, Noé Ramichvili, Akaki Tchenkéli, Bénia Tchkhikvichvili, ainsi que Nicolas Tcheidze et Irakli Tsérétéli : ces deux derniers, qui avaient antérieurement exercé le pouvoir à Petrograd pour la Russie (1917), et à Tiflis pour la Transcaucasie (1918) -— territoires arménien, azerbaïdjanais et géorgien —, occupent une position minoritaire au sein de la majorité géorgienne
  3. Émigrent vers la France à partir de 1921, au titre de l'oppositions parlementaires nationale-démocrate, Ekvtimé Takhaïchvili, Georges Gvazava.
  4. Émigre vers la France à partir de 1921, au titre de l'opposition parlementaire sociale-fédéraliste, Samson Pirtskhalava.
  5. Émigrent vers la France à partir de 1921 des militaires de haut-rang, les généraux Guiorgui Kvinitadzé et Guiorgui Mazniachvili: ils partagent souvent les positions de l'opposition.
  6. En 1942 la section géorgienne de la Ostlegionen allemande est composée de quelques dizaines de milliers de prisonniers faits à l'Armée rouge, mais aussi de quelques dizaines de réfugiés politiques géorgiens en Europe occidentale (ou de leurs fils) déterminés à libérer leur pays de l'occupation soviétique
  7. Hélène Carrère d'Encausse,née Hélène Zourabichvili, Secrétaire perpétuelle de l'Académie française, d'ascendance géorgienne, mais également d'ascendance russe, partage la culture russe
  8. Évaluation de l'Institut français de Géorgie.

RéférencesModifier

  1. Niko Nikoladze (consulté le 18 novembre 2015).
  2. Georges Dekanozichvili (consulté le 18 novembre 2015).
  3. a b et c « Les artistes géorgiens à Paris au temps des Années Folles » (consulté le 19 mars 2015).
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  5. Colisée : « Joseph Davrichachvili, pilote de chasse et membre du contre-espionnage français » (consulté le 12 mars 2015).
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  8. Mirian Méloua: « Point de vue sur le rapatriement du héros national Kakoutsa Tcholokhachvili » Site CentreEurope consulté le 3 novembre 2015
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  11. Jean-Jacques Gillot et Pascal Audoux, « Les mystères du Périgord », sur FNAC, (consulté le 1er novembre 2019).
  12. Pierre Kitiaschvili, « Du Caucase à l'Atlantique. De l'Armée rouge au maquis de France », sur Les Libraires, (consulté le 1er novembre 2019).
  13. L’orfèvre Goudji Amachoukéli et le pianiste Irakly Avaliani parviennent à quitter la Géorgie avant la chute du rideau de fer.
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  36. Ethéry Pagava danseuse étoile.
  37. Maria Meriko comédienne.
  38. Achille Tsitsichvili, Alexis Kobakhidzé et Mérab Odichélidzé architectes.
  39. Nicolas Zourabichvili compositeur.
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Voir aussiModifier

Articles connexesModifier