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Nicolas Tcheidze

homme politique géorgien

Nicolas Tchkhéidzé
ნიკოლოზ (კარლო) ჩხეიძე
Nicolas Tchkhéidzé en 1922
Nicolas Tchkhéidzé en 1922
Fonctions
Président du Comité exécutif du Soviet de Petrograd (ex-Empire russe)

(8 mois)
Successeur Trotski
Président de l' Assemblée parlementaire transcaucasienne (Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie)

(3 mois)
Président des assemblées parlementaires de la République démocratique de Géorgie

(2 ans et 10 mois)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Pouti (Géorgie)
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Date de décès (à 61 ans)
Lieu de décès Leuville-sur-Orge
Drapeau de la France France
Nature du décès Suicide
Sépulture Cimetière du Père Lachaise (Paris)
Nationalité russe, puis géorgienne
Parti politique Parti ouvrier social-démocrate, menchevik
Profession Directeur d’hôpital

Nicolas Tcheidze

Nicolas Tchkhéidzé, [Note 1], parfois transcrit Nicolas Tchkhéidzé, ou Nicolas Tchkhéidzé ou Nicolas Tchkhéidzé en français (en géorgien : ნიკოლოზ (კარლო) ჩხეიძე, Nikoloz (Carlo) Tchkhéidzé, en anglais : Nikolay Tchkhéidzé), né le dans le village de Pouti, district de Chorapni, région de Koutaïssi, en Géorgie et suicidé le 13 juin 1926 dans le domaine géorgien de Leuville-sur-Orge, en Seine-et-Oise, en France, est un social-démocrate russe et géorgien du courant menchevik[1],[2].

Issu d'une famille aristocratique (noblesse Aznaouri), il est le chef de l'opposition au tsar Nicolas II au sein des 3e et 4e Douma russe (1907-1917), président du Comité exécutif du Soviet de Petrograd (février à octobre 1917), président de l'Assemblée parlementaire transcaucasienne (de février à mai 1918), président des différentes assemblées parlementaires géorgiennes (Conseil National, Assemblée constituante et Parlement de mai 1918 à mars 1921), interlocuteur de Georges Clemenceau, Lloyd George, Thomas Woodrow Wilson et Emanuele Orlando à la Conférence de paix de Paris (1919) au titre de la Géorgie, brillant orateur en langue russe et en langue géorgienne, il est l'un des plus redoutables opposants au pouvoir tsariste et au pouvoir bolchévique du début du XXe siècle.

BiographieModifier

La jeunesseModifier

Après des études au lycée de Koutaïssi, il entre à l'Université d'Odessa, puis à l'Institut vétérinaire de Kharkov qu'il quitte lors de mouvements étudiants en 1889.

Il devient directeur de l'hôpital de Batoumi, en Adjarie. Il entreprend des cours d'alphabétisation et de formation politique pour les ouvriers de cette région industrialisée du Sud-Ouest de la Géorgie. En 1901, il se heurte à Joseph Djougachvili (le futur Staline), dont il réprouve les méthodes, et qu'il soupçonne d'être un agent de la police politique tsariste, l'Okhrana.

Député de l'Empire russe (1907 à 1917)Modifier

Avec son frère Kaléniké, il est sensibilisé très jeune aux idées marxistes. En décembre 1892 en Imérétie, sous l'initiative d'Egnaté Ninochvili, il prend part avec Silibistro Djibladzé et Noé Jordania à un club de réflexion appelé « Troisième Groupe », Messamé Dassi. En 1893 à Tiflis, il participe à la naissance du Parti ouvrier social-démocrate géorgien, parti qui s'intégrera jusqu'en 1917 au Parti ouvrier social-démocrate de Russie. En 1903, lors des débats idéologiques entre la tendance menchévique et la tendance bolchévique, il se range dans la tendance menchévique s'opposant à Lénine.

De 1907 à 1917, il est élu député aux 3e et 4e Douma russe, représentant la Géorgie, et devient chef de l'opposition parlementaire aux gouvernements soutenant le tsar Nicolas II : ses talents d'orateur en langue russe en font un dangereux débatteur pour le pouvoir en place. En 1913, après une prise de position résolument républicaine, son arrestation et sa déportation sont décidées. La visite de Raymond Poincaré en Russie empêche l'exécution de ces mesures. Il lui est attribué une appartenance maçonnique au Grand Orient de l’Empire russe[3], par un historien polonais[Note 2].

Président du Comité exécutif du Soviet de Petrograd (février à octobre 1917)Modifier

En février 1917, Nicolas Tcheidze est élu président du Comité exécutif du Soviet de Petrograd, qui devient le Soviet des soviets de « toutes les Russies ». Le gouvernement provisoire russe présidé par Aleksandr Kerenski lui propose à plusieurs reprises de devenir ministre — notamment ministre du Travail —, mais il refuse s'estimant plus utile à la tête du Soviet.

Président de l'Assemblée parlementaire transcaucasienne (février à mai 1918)Modifier

Le , à Tiflis, il est élu président de l'Assemblée parlementaire transcaucasienne provisoire, dite Sejm, et composée des députés élus sur les territoires arménien, azerbaïdjanais et géorgien lors des élections constituantes de l'ex-Empire russe du .

Président des Assemblées parlementaires géorgiennes successives (mai 1918 à mars 1921)Modifier

Nicolas Tcheidze est élu président de l'Assemblée parlementaire provisoire géorgienne le (émanation du Conseil national géorgien et composée des députés élus sur le territoire géorgien lors des élections constituantes de l'ex-Empire russe du ), puis président de l'Assemblée constituante de Géorgie le (élue lors des élections constituantes géorgiennes du 14 au 17 février 1919), puis président du Parlement de Géorgie du au (renomination de l'Assemblée constituante de Géorgie devant l'invasion de l'Armée rouge et avant l'exil). Parallèlement il préside durant les premiers mois 1919 la délégation géorgienne à la Conférence de la Paix de Paris : il propose en particulier au Français Georges Clemenceau et au Britannique Lloyd George la mise sous protectorat britannique (ou français) de la Géorgie afin de se garder de la menace soviétique à la condition expresse que l'administration des affaires intérieures restent de la responsabilité du gouvernement géorgien. Le , il pose la première demande d'admission de la République démocratique de Géorgie à la Société des Nations[Note 3]. Le , la demande est renouvelée auprès du Secrétariat général[Note 4]. Les représentants de la France (ainsi d'ailleurs que ceux de la Grande-Bretagne) expriment leurs réserves, craignant de ne pouvoir porter secours en cas d'agression : la demande est rejetée le , 19 pays ne prennent pas part au vote, 13 États votent contre et 10 États vote pour[4].

Exilé en France (1922 à 1926)Modifier

 
Tombe de Nicolas Tcheidze et d'Alexandra Taganova au cimetière du Père-Lachaise.

Il rejoint la France, ainsi que pratiquement toute la classe politique géorgienne, pensant mener le combat de la libération de l'extérieur. Au sein du Parti ouvrier social-démocrate géorgien en exil, il conduit la tendance minoritaire, Oppozitsia, opposée à la préparation à distance d'une insurrection nationale sur le territoire géorgien estimant que le prix à payer pour attirer l'attention de la communauté internationale sur le sort de la Géorgie serait trop fort, l'Armée rouge et la police politique bolchévique, la Tchéka, y étant trop bien implantées. L'insurrection sera déclenchée en août 1924, entre 7 000 et 10 000 insurgés seront fusillés, plusieurs dizaines de milliers de personnes seront déportées, l'organisation clandestine du Parti ouvrier social-démocrate géorgien sera complètement démantelée. Nicolas Tcheidze se suicide dans le domaine géorgien de Leuville-sur-Orge le et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (95e division) à Paris[5].

L'hommeModifier

Marxiste comme pouvait l'être un aristocrate de la seconde moitié du XIXe siècle, membre influent de la IIe internationale socialiste, fondamentalement attaché au régime parlementaire (la Constitution géorgienne ne comportait pas de présidence de la république, le président du gouvernement ne pouvait solliciter que deux mandats successifs d'un an devant le parlement), Nicolas Tchéidzé était convaincu que les nations composant l'Empire russe n'accéderaient à la démocratie d'une manière définitive que si la Russie elle-même accédait à la démocratie. En exil, il vit très mal le sort réservé au peuple géorgien ; il se reproche de ne pas avoir assez convaincu[6].

De son mariage avec Alexandra Taganova (X-1943), il aura plusieurs enfants[7] dont une fille, Véronique (1909-1986), dite Lala[8] : elles le suivront dans ses différents périples, d'abord entre Tiflis et Petrograd où il défend ses convictions républicaines et sociales-démocrates, puis entre Paris, Londres, Rome et Genève où il tente de faire reconnaitre la République de Géorgie par les grandes puissances et la Société des Nations (s'initiant aux langues française et anglaise), enfin Paris et les capitales européennes afin de plaider la cause de son pays envahi par l'Armée rouge, comme l'atteste son passeport diplomatique[9]

HéritageModifier

Le , à Paris, le passeport diplomatique de Nicolas Tcheidze est remis au président du Parlement de Géorgie, Irakli Kobakhidze, par les filleuls de sa fille Véronique lors d'une cérémonie protocolaire : une délégation parlementaire géorgienne composée de députés de la majorité et de l'opposition dépose ensuite une gerbe de fleurs sur sa tombe, premier hommage officiel depuis presque un siècle[10],[11].

NotesModifier

  1. L'orthographe Nicolas Tcheidze figure sur le passeport diplomatique établi par les autorités françaises en 1921 et dans les fichiers de la Légation géorgienne en France numérisés par l'OFPRA.
  2. Ludwik Hass (1918-2008), historien, spécialiste de la franc-maçonnerie, estime qu’en 1913, il existe environ 400 francs-maçons dans l’Empire russe, regroupés en 40 loges dont une à Tiflis et une autre à Koutaïssi, dans lesquelles cohabitent certains K.D., certains sociaux-révolutionnaires et certains sociaux-démocrates : Nicolas Tcheidze est l’un de ces derniers
  3. Lettre du Président de la Délégation géorgienne à la Conférence de la Paix, au Comité exécutif et à l'Assemblée de la Société des Nations: 37 rue de la Pérouse, Paris, le 21 mai 1919. La Délégation de la République géorgienne au nom du peuple et du gouvernement géorgien a l'honneur de solliciter l'admission de la Géorgie dans la Société des Nations, conformément aux stipulations du Pacte du 28 avril 1919. Signée Nicolas Tcheidze.
  4. Lettre du Président de l'Assemblée constituante de Géorgie et de la Délégation géorgienne à la Conférence de la Paix : Londres 1er septembre 1920, demandant inscription à la prochaine Assemblée générale à Genève et annonçant un mémorandum explicatif (envoyé le 18 septembre 1920). Signée Nicolas Tcheidze.

BibliographieModifier

  • Alexandre Manvelichvili, Histoire de Géorgie, Nouvelles Éditions de la Toison d’Or,
  • Nodar Assatiani, Histoire de la Géorgie, Éditions L'Harmattan,
  • L’Internationale socialiste et la Géorgie. Édition du Comité central du Parti social-démocrate ouvrier de Géorgie, Paris, 1921.
  • Documents du Parti ouvrier social-démocrate géorgien. Éditions du bureau du P.S.D.O.G., Imprimerie de la Gazette de Seine et Oise, Arpajon, 1925.
  • La Révolution de février 1917. La sociale-démocratie contre le bolchévisme. Tsérétéli face à Lénine, de Michel Khoundadzé. Anthropos, Paris, 1988. (ISBN 2-7178-1604-6).

RéférencesModifier

  1. (ka) « ნიკოლოზ ჩხეიძე », sur First Republic.
  2. « Nicolas Chéidzé (1864-1926), homme d'État russe et géorgien », sur Colisée, .
  3. (en) Ludwik Hass, « The Russian masonic movement in the years 1906-1918 », sur Acta Poloniae Historica, , p. 113.
  4. Alexandre Manvelichvili 1951, p. 434.
  5. « Photographie des dirigeants politiques géorgiens en exil en France, aux obsèques de Nicolas Tcheidze en 1926, au cimetière du Père Lachaise, à Paris », sur Samchoblo,
  6. (en) « Hidden Story of the Georgian Hero », sur Georgia Today, .
  7. (ka) ლილე ჯაფარიძის კოლექცია (Collection de Lali Japaridze), « ჩხეიძეების ოჯახი, სოფელ ფუთში, საგვარეულო სახლის წინ (Famille Tcheidze, village de Pouti, Iméréthie, 1916) », sur Archive Georgia,‎ .
  8. « Véronique Chéidzé (1909-1986), fille du 1er président de Parlement géorgien », sur Colisée,
  9. (en) « The meeting of Irakli Kobakhidze with the descendants of the Chairman of the Parliament and the Constituent Assembly of the First Democratic Republic of Georgia, Nikoloz (Karlo) Chkheidze », sur Parliament of Georgia, .
  10. (ka) « ირაკლი კობახიძე საქართველოს დემოკრატიული რესპუბლიკის პარლამენტისა და დამფუძნებელი კრების თავმჯდომარის, ნიკოლოზ ჩხეიძის შთამომავლებს შეხვდა », sur Interpress News,‎
  11. (ka) « პარლამენტის თავმჯდომარის ვიზიტი საფრანგეთში », sur Imedi TV,‎ .

Liens externesModifier