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Victor Chatenay

personnalité politique française
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Châtenay.

Victor Chatenay
Fonctions
Sénateur (1948 - 1951)
Député (1951 - 1959)
(député) –
Gouvernement IVe République - Ve République
Groupe politique Union pour la nouvelle République (Ve Rép.)
Membre du Conseil constitutionnel
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Edmond Michelet
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 98 ans)
Résidence Première circonscription de Maine-et-Loire

Victor Chatenay est un homme politique français né le 3 avril 1886 à Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) et décédé le 11 mars 1985 à Angers (Maine-et-Loire).

Sommaire

BiographieModifier

Première Guerre mondialeModifier

Il participa à la Première Guerre mondiale et fut notamment décoré de la croix de guerre. Gravement blessé à la mâchoire par balle et laissé pour mort sur le champ de bataille, son frère Marcel dont le régiment montait au front dans ce secteur, voulut aller récupérer son cadavre. Victor était encore en vie, et son frère le sauva ainsi d'une longue agonie. Par la suite, il réchappa une nouvelle fois de peu à la mort.

Victor Chatenay était particulièrement intéressé par l'aviation et la photographie, sans oublier l'automobile, toutes des nouveautés alors. Atteint de déficience visuelle, il ne put poursuivre cette première voie sous l'uniforme, mais nombre de ses photographies sont toujours conservées au SIRPA, les archives audio-visuelles militaires françaises.Victor Chatenay était titulaire du permis de conduire n° 0007 du Maine-et-Loire. Il racontait avoir participé à la première édition des 24 Heures du Mans en tant que "mécanicien embarqué" d'un pilote connu.

En 1914, il s'enrôla sous sa propre autorité à la caserne de Versailles, mais eut une vive altercation avec un adjudant, et jugea plus prudent de s'acheter lui-même sa tenue et son armement de soldat et de joindre à la première unité qui partirait pour le front. Quelques mois plus tard, installé aux Invalides, à Paris, comme chauffeur pour les généraux. Il fut rattrapé par sa "désertion" de Versailles, fut arrêté et emmené dans une compagnie disciplinaire, en compagne de criminels de tous types. Ils devaient creuser des tunnels sous les lignes ennemies pour y installer au bout des charges explosives. Ce travail de sapeur, éreintant et très dangereux, avait des résultats peu convaincants. À son retour de convalescence pour blessure, il fut conducteur de camion, notamment pendant la première année de la bataille de Verdun. Devenu sous-lieutenant, il retourna à Verdun, en tant que commandant d'une unité d'ambulances automobiles chargé de l'évacuation des blessés. Dans le récit de sa guerre, "Mon Journal de Quatorze-Dix-huit" (Ed. du Courrier de l'Ouest, Angers,1968), il dit avoir été l'un des meilleurs connaisseurs des routes et chemins du champ de bataille de Verdun.

En 1917, il prit le commandement d'un groupe d'ambulancières volontaires issues de la haute société britannique et américaine. L'une d'entre elles, Barbara Stirling, deviendra sa femme, et la mère de Louis-Pierre (dit "Peter", né en 1920), Michel (dit "Moonie"), Jacques, Antoine (dit "Toni") et Anne-Marie.

Après la guerre, il dirigea les établissements Brisset (une entreprise d',épicerie à succursales multiples) à Angers de 1928 à 1939.

La RésistanceModifier

Victor Chatenay a raconté ses aventures entre 1940 et 1945 dans son livre, Mon Journal du temps du malheur (Éd. du Courrier de l'Ouest, Angers, 1967). Dès juin 1940, il a fondé le premier réseau de Résistance angevin, "Honneur et Patrie", qui comptait 300 membres, dont 107 furent arrêtés, 89 furent déportés et 47 sont morts. Grâce aux contacts de sa belle-famille anglaise (son beau-frère Douglas Stirling était général de l'armée britannique), il se mit rapidement en contact avec les services de renseignement britanniques, l'Intelligence Service. Le général de Gaulle, tout en reconnaissant le patriotisme de Victor Chatenay, ne lui pardonna pas d'avoir refusé, en 1941, de quitter les Britanniques et de se mettre au service de renseignement de la France libre, le BCRA, et ne le fit pas Compagnon de la Libération. (Reste que de Gaulle, pendant sa "Traversée du désert" de 1946 à 1958, séjourna à deux reprises chez Victor Chatenay à la Romanerie.)

Lors d'un rendez-vous, le 9 août 1943, au café Dupont, en face de la Gare Saint-Lazare à Paris, le membre du réseau auquel il devait remettre des documents d'identité falsifiés avait été retourné et travaillait pour la Gestapo. Pour passer le plus inaperçu possible, Victor Chatenay s'était fait accompagner par son plus jeune fils, Antoine, 17 ans. Lorsque les agents allemands, qui avaient pris place à des tables voisines de la terrasse du café, se levèrent pour l'arrêter, il décida de s'échapper. Atteint au genou par une balle de pistolet, il réussit à ramper parmi les tables, puis à s'engouffrer dans une bouche de métro et à semer les Allemands. Le traître fut exécuté par la Résistance quelque temps plus tard. Antoine fut arrêté par la Gestapo et torturé au QG de la rue Lauriston, à Paris (il lui arrivait de décrire les "joies" d'être pendu par les pouces). Il ne parla pas pour la simple raison qu'il ne "savait rien des activités et des planques de son père". Déporté à Buchenwald et affecté au camp de travail de Magdebourg, en Allemagne, il survécut, en partie grâce au soutien d'un groupe de déportés communistes français.

Barbara Chatenay fut arrêtée quelques mois plus tard par la Gestapo au métro Pont de l'Alma. Elle portait sur elle des plans de la base des sous-marins allemands à Saint-Nazaire, un objectif prioritaire pour les Alliés. Elle fut torturée puis déportée au camp de concentration de Ravensbrück où elle aussi échappa à la mort de justesse. Elle était appréciée de ses camarades déportées pour sa force de caractère et son inventivité : elle leur avait appris à se frotter les doigts sur les briques des baraques du camp pour se farder les joues et avoir bonne mine lors du "tri" quotidien, afin d'échapper à la chambre à gaz. À plusieurs reprises, elle ne dut la vie qu'à la bienveillance du médecin du camp, qui l'appelait "ma petite Anglaise". Cela n'empêcha pas Barbara de témoigner à charge au procès du médecin, qui fut condamné à mort et exécuté pour ses "expériences médicales" sur les détenues. Son expérience est rapportée dans un ouvrage de Sarah Helm (en) sur le camp[1].

Quant à ses fils, Louis-Pierre participa aux activités de résistance de son père, notamment en aidant des aviateurs alliés, abattus au-dessus de la France, à gagner la Suisse ou l'Espagne. Il franchit à pied les Pyrénées vers l'Espagne en 1943, fut emprisonné par le régime franquiste, rejoignit Londres, devint officier de liaison auprès de l'armée américaine, participa au débarquement en Normandie, et termina la guerre à Munich. Il a été décoré de la "Bronze Star" américaine pour bravoure. Michel, parachutiste de la France libre et du SAS britannique, participa notamment à l'opération Amherst. Jacques, également parachutiste du 4th SAS Regiment, une unité de la France Libre, fut tué en juillet 1944 à La Gacilly, alors qu'il participait aux opérations en Bretagne. Anne-Marie, en raison de son jeune âge, était souvent chargée de transporter des messages pour la résistance.

Rappelé pour sa propre sécurité à Londres, Victor Chatenay travailla en étroite collaboration avec les services de renseignement britanniques - et français - pour la préparation du débarquement en Normandie. Il participa ensuite à établir l'autorité des Forces françaises de l'intérieur (FFI) favorables au général de Gaulle dans les zones libérées par les armées alliées, notamment à Angers, aux côtés du préfet Michel Debré.

Vie politiqueModifier

Vouant une admiration inconditionnelle au général de Gaulle, membre de tous les mouvements politiques gaullistes du RPF au RPR, il fut maire d'Angers de 1947 à 1959.

Il fut élu sénateur de 1948 à 1951 puis député de Maine-et-Loire de 1951 à 1959.

Le 20 février 1959, il fut nommé au premier Conseil constitutionnel de la Ve République par le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas. Il fera ainsi partie des neuf premiers membres de cette institution. Il y siège de 1959 à 1962. Cette nomination est une compensation pour un désagrément subi lors de la composition du premier gouvernement de Michel Debré, en janvier 1959 : à la suite d'une confusion avec son homonyme Pierre Chatenet, on avait annoncé au député-maire d'Angers qu'il allait entrer dans ce gouvernement en qualité de Secrétaire d'État. Michel Debré l'appela ensuite pour s'excuser et lui assurer qu'il lui "revaudrait cela" ; c'est chose faite avec cette nomination au Conseil constitutionnel[2]

Victor Chatenay décéda à presque 99 ans le 12 mars 1985 à Angers. On a donné son nom à une avenue de la ville, non loin de sa propriété de La Romanerie, sur la commune de Saint-Barthélémy-d'Anjou.

DécorationsModifier

Il était grand officier de la Légion d'honneur, commandeur des Palmes académiques, commandeur du Mérite civique, et titulaire de la Croix de guerre 14-18 et 39-45, de la rosette de la Résistance, et la King's Medal For Courage britannique.

RéférencesModifier

  1. (en) Sarah Helm, If this is a Woman : Inside Ravensbruck: Hitler’s Concentration Camp for Women, Hachette UK, , 848 p. (ISBN 9780748112432, lire en ligne)
  2. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0399-0826_1996_num_103_1_3863?_Prescripts_Search_tabs1=standard&

AnnexesModifier

SourcesModifier

Liens externesModifier