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L'Utopie

roman de Thomas More
(Redirigé depuis Utopia)
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Utopia (homonymie) et Utopie.

L'Utopie

ou La meilleure forme de gouvernement et la nouvelle île d'Utopie

Image illustrative de l’article L'Utopie
Gravure de la carte de l'île d'Utopie par Ambrosius Holbein, pour les éditions imprimées en 1518 chez Johann Froben.

Dans le coin en bas à gauche, le voyageur Raphaël Hythlodée pointe l'île d'Utopie à Thomas More.


Auteur Thomas More
Pays Angleterre
Genre Satire
Version originale
Langue Latin
Titre De optimo reipublicæ statu, deque nova insula Utopia
Éditeur Dirk Martens (imprimeur)
Lieu de parution Louvain (Dix-Sept Provinces)
Date de parution 1516

L'Utopie est un ouvrage de Thomas More écrit en latin et publié en 1516. Thomas Morus (latinisé) fut un chanoine, juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais.

Le titre complet de cet œuvre est De optimo reipublicæ statu, deque nova insula Utopia (L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement[1]). La page de titre de la première édition indique : Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus. De optimo rei publicæ statu, deque nova insula Utopia[2].

Il s'agit d'un livre fondateur pour la pensée utopiste. Désormais entré dans le langage courant, le mot « utopie » provient du titre abrégé de cet ouvrage, qui connut un succès particulier en France au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle sous ce titre : L'Utopie.

Aujourd'hui, le mot « utopie » est généralement employé pour désigner « ce qui appartient au domaine du rêve, de l'irréalisable[3]. » Ce mot est alors employé au sens figuré. Thomas More, dans son Utopia, ne convoqua jamais le domaine du rêve ; quant à « l'irréalisable », il n'en fut pas question dans son livre. Dans le domaine socio-politique une « utopie » désigne soit un « plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun »[3], soit un « système de conceptions idéalistes des rapports entre l'homme et la société, qui s'oppose à la réalité présente et travaille à sa modification[3]. » Dans son Utopia, More n'écrivit ni l'un, ni l'autre. Par métonymie, on peut appeler « utopies » des « idées qui participent à la conception générale d'une société future idéale à construire, généralement jugées chimériques car ne tenant pas compte des réalités[3]. » Aussi par métonymie, un « ouvrage qui conceptualise une société idéale à construire »[3] peut être qualifié d'« utopie ». Mais là encore, Thomas More n'écrivit ni les unes, ni l'autre. Par contre, toutes ces définitions conviennent peu ou prou aux œuvres influencées par l'Utopia.

Pour comprendre cette œuvre qu'est L'Utopie, il faut d'abord s'intéresser à la vie de son auteur, puis replacer ce livre dans son époque et son cercle humaniste, ensuite il faut lire et relire ce livre, regarder comment il fut écrit et, surtout, ne jamais oublier son titre originel : Un vrai livre d'or, non moins salutaire que divertissant, sur la meilleure forme de gouvernement et sur la nouvelle île d'Utopie[4].

Sommaire

ContexteModifier

L'auteurModifier

Article détaillé : Thomas More.

Une biographie de l'auteur jusqu'au moment de la publication de l'Utopia est nécessaire pour saisir comment T. More entremêle le vrai et le faux dans le texte de son Utopie.

Né à Londres le 7 février 1478, Thomas More est le fils de l'homme de loi londonien John More (c. 1451-1530)[5], et d'Agnes More[6]. En 1490, Thomas More entre en qualité de page dans la maison de John Morton[7], nommé archevêque de Cantorbéry en 1486 grand chancelier du royaume en 1490 et Cardinal en 1493. Thomas More n'a que douze ans lorsqu'il commence son initiation politique auprès de cet homme. Il reçoit une formation intellectuelle de qualité et apprend les règles du savoir vivre : le page devait servir à table[8].

More part étudier à l'université d'Oxford à partir de 1491[9], au Cantorbéry College dont Morton est le protecteur. Il y étudia le Grec auprès de William Grocyn et Thomas Linacre[10]. En 1494, « à son grand regret, son père le rappela à Londres pour apprendre le droit[10] » à New Inn ; puis en 1496, à dix-huit ans, il entre comme étudiant à Lincoln's Inn, « où il obtient le grade de utter barrister, bachelier en droit en 1498, il est inscrit au barreau avec le titre de barrister[11]. » Parmi ses maîtres John Colet et Érasme, qu'il rencontre en 1499 chez Lord Mountjoy, deviendront ses amis. En 1501, More est nommé "bencher", membre du conseil des avocats et élu par ses pairs, reader, professeur de droit à Lincoln's Inn[11]. Il donne des conférences publiques sur le De Civitate Dei de Saint Augustin (La Cité de Dieu) et, inscrit à vingt-et-un ans au barreau des avocats, il devient l'avocat des marchands de la City. « Entre 1501 et 1505, More prend pension à la Chartreuse de Londres et y mène une vie de prière et d'étude où il acquiert une connaissance approfondie de la Bible[11]. » À partir de 1504 il devint Membre du Parlement et entra à la Chambre des Communes, il s'éleva contre les taxes demandées par le roi Henri VII « à l'occasion du mariage de la princesse Marguerite avec le roi d'Écosse[10]. »

Entre 1507-1508 : « Son père qui s'est élevé contre les exigences de Henry VII en matière de taxation et d'impôts est enfermé dans la Tour de Londres. Thomas More qui tolère mal l'intransigeance tyrannique d'Henri VII s'éloigne de l'Angleterre et dans sa lettre à Dorp (1515) il parle de son voyage d'études sur le continent. Il séjourne à Louvain et à Paris, cherchant à mieux connaître la vie des universités dont il observe l'organisation et les méthodes d'enseignement[12]. »

En 1509 « Henri VIII, qui se pique d'humanisme et d'amitié pour les humanistes, monte sur le trône au milieu d'un indicible enthousiasme et Thomas More salue l'évènement d'une élégie latine où une espérance sincère se lit sous les hyperboles habituelles[13]. » More revient à Londres, et reprend sa profession d'avocat. Débute la seconde partie d'une brillante activité politique de plus de vingt ans. D'abord, « Henri VIII, lors d'une audience, remarque More et le prie d'entrer à son service[12]. » Puis, More fut élu juge (under-sheriff, ou vice-shérif) en 1510 par les habitants de Londres, il redevient l'avocat des marchands de la cité[12] et, en 1512, il est élu au Parlement[14]. Ensuite, en 1514 : il entra au service du tout-puissant cardinal Thomas Wolsey, comme administrateur de ses biens ; il fut nommé par le roi maître des requêtes ; il atteignit le sommet de l'échelle académique : il devint Lent Reader à Lincoln's Inn. « En 1515, les négociants de la ville lui demandent de se joindre à une mission commerciale qu'ils envoient aux Pays-Bas[15]. » Le roi, officiellement, l'envoya en mission diplomatiques et commerciales aux Pays-Bas à Bruges puis à Anvers de mai à octobre 1515, où il rédigea L'Utopie[16], puis à Calais (1517) ; enfin, en 1517, Henri VIII le nomma à son Conseil Privé[17],[18].

Après L'Utopie, plus brièvement : Henri VIII conviera Thomas More au Camp du Drap d'Or en juin 1520 ; il l'anoblira en 1521 ; en 1523, More deviendra président de la Chambre des Communes ; le roi l'enverra à Amiens en 1527[19] et à Cambrai en 1529 pour la signature des traités de paix entre la France et l'Angleterre[15]. En octobre 1529, Henry VIII lui offrira la succession de Wosley et le nommera chancelier d'Angleterre[15]. En 1534, More refusera de prêter serment à l'acte du Parlement anglais validant le mariage d'Henri VIII et Anne Boleyn, après un second refus il sera envoyé à la Tour de Londres puis mis au secret à la fin de l'année ; More sera jugé le 1 juillet 1535, le 6 juillet du même mois Henri VIII fera décapiter Thomas More[20].

Repères historiquesModifier

Quelques dates d'évènements et de faits historiques permettront de comprendre quelques références et quelques allusions présentes dans le texte de L'Utopie :

  • 1300 (autour de), en Angleterre, réalisation de la carte de Hereford, une mappa mundi représentant la totalité du monde connu ;
  • 1412, en Angleterre, la tour de l'horloge de St Albans est achevée ;
  • 1450, en Angleterre, Révolte paysanne de John Cade, dont les rangs sont grossis de soldats en attente de leur solde ;
  • 1451, parution du premier livre européen imprimé avec des caractères mobiles, il s'agit de la grammaire latine de Donatus publiée par Gutenberg[21] ;
  • 1455, en Angleterre, la bataille de Saint Albans, qui oppose le clan royal des Lancastre (dont l’emblème est une rose rouge) au clan York (qui arbore une rose blanche), ouvre la Guerre des Deux-Roses ;
  • 1465, De officiis de Cicéron est le premier ouvrage au monde imprimé en latin, par Johann Fust et Peter Schoeffer à Mayence ;
  • 1469 (à 1475), le Portugais Fernão Gomes explore la côte occidentale de l’Afrique équatoriale. Par la suite, les Portugais découvrent la Côte-de-l'Or (Ghana actuel) et avancent jusqu'à la côte du Gabon[22] ;
  • 1476, en Angleterre, William Caxton installe dans une dépendance de l’abbaye de Westminster la première presse à imprimer d’Angleterre ;
  • 1485, en Angleterre, le 22 août : fin de la Guerre des Deux-Roses, victoire d'Henri Tudor ; le 7 novembre le Parlement d'Angleterre reconnaît Henri VII comme roi d'Angleterre ;
  • 1489, en Angleterre, le 28 avril : soulèvement du Yorkshire ; aussi : premières mesures pour restreindre l'« enclosure », qui entraîne le développement de pâturages clos au dépens des biens communaux ;
  • 1492, découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ;
  • 1496, en Angleterre, le 5 mars : Henri VII s'attache les services du navigateur vénitien Jean Cabot par lettre patente pour découvrir des terres inconnues[23] ;
  • 1497, le 10 mai : départ du « Premier voyage » d'Amerigo Vespucci sous pavillon espagnol, retour en octobre 1498 (La participation de Vespucci à ce voyage est discutée) ;
  • 1497, en Angleterre, 14 juin : révolte anti-fiscale de Cornouailles, bataille de Guildford ; le 17 juin, les rebelles de Cornouailles, conduit par Michael An Gof, sont écrasés à la bataille de Deptford Bridge ou de Blackheath.
  • 1499, le 16 mai : départ de Cadix de l'expédition d’Alonso de Ojeda, Juan de la Cosa et d’Amerigo Vespucci le long des côtes du Venezuela et de Guyane, dit « Deuxième voyage » (La participation de Vespucci à ce voyage est attestée). Ils atteignent la côte Nord du Brésil (retour le 8 septembre 1500)[24] ;
  • 1501, Érasme rédige une préface pour le De officiis de Cicéron ;
  • 1503, Érasme publie Enchiridion militis christiani ;
  • 1503, en mars-avril, dans sa lettre Mundus Novus, le navigateur Amerigo Vespucci émet l'hypothèse que les terres découvertes par Christophe Colomb ne sont pas les Indes mais un nouveau continent ;
  • vers 1504-1508, l'horloger Peter Henlein, de Nuremberg fabrique des montres portatives.
  • 1507, parution d'un petit ouvrage en latin intitulé Cosmographiae Introductio, accompagné de deux cartes imprimées ; le cartographe allemand Martin Waldseemuller et le lettré alsacien Matthias Ringmann y nomment le Nouveau Monde America (Amérique), dérivé du prénom d'Amerigo Vespucci ;
  • 1508, début de la guerre de la Ligue de Cambrai ;
  • 1511, Érasme publie l'Éloge de la Folie ;
  • 1512, en Angleterre, le 6 février : à Londres le doyen de la cathédrale Saint-Paul, John Colet, dénonce dans un sermon « la manière séculière et mondaine de vivre du clergé » et exhorte les prélats à « (faire) que soient respectées les lois contre la faute de simonie » ou celles qui « commandent la résidence personnelles des curés dans les paroisses » ;
  • 1516, Érasme propose sa traduction du Novum Testamentum.

Le royaume d'Angleterre au début du XVIe siècleModifier

Associés aux repères historiques mentionnés ci-dessus, ce bref tour d'horizon du royaume d'Angleterre permettra de saisir comment L'Utopie s'inscrit dans son temps.

Entre féodalité et modernitéModifier

 
Portrait d'Henri VII tenant une Rose Tudor et portant un collier de l'Ordre de la Toison d'Or, datant de 1505, par un artiste inconnu, National Portrait Gallery, Londres.

Thomas More naît en 1478 durant la Guerre des Deux-Roses. En 1485, Richard III (du clan York) est vaincu et tué à la bataille de Bosworth. La couronne est offerte à Henri Tudor (du clan Lancastre, descendant de Catherine de Valois) ; il prend le nom d’Henri VII, épouse Elisabeth d’York (fille d’Édouard IV) et choisit pour emblème la rose Tudor (rose double : rouge au cœur blanc), qui symbolise la réconciliation entre Lancastriens et Yorkistes. La guerre des Deux Roses est terminée. En cette fin de XVe siècle, l'Angleterre ne compte que quatre millions et demi d’habitants, à peine plus que l'Écosse, et elle se retrouve exsangue des suites de la guerre des Deux Roses. Toutefois, Henri VII, par une politique mercantiliste, s’emploie à développer l’industrie et le commerce, il favorise l’expansion maritime et laisse à sa mort en 1509 un royaume prospère et pacifié. En 1509 débute le règne d'Henri VIII, âgé de 18 ans ; il est ce prince idéal, intelligent et cultivé que T. More espérait pour le royaume. Henri VIII deviendra par la suite un tyran ventripotent et sanguinaire, non sans avoir posé les bases de l’Angleterre moderne.

Parmi ces bases, on trouve les prodromes d'une nouvelle forme d'organisation politique : l'État moderne[25]. Certes, nombre d'éléments du régime féodal sont encore présents au début du XVIe siècle, néanmoins le régime anglais se transforme. Une nouvelle conception du souverain apparaît : « La transition décisive est celle du passage de l'idée du souverain "défendant son état" (c'est-à-dire ni plus ni moins que préservant sa place) à celle de l'existence d'un ordre légal et constitué séparé, celui de l'État, que le souverain à le devoir de défendre[26]. » Au Livre Premier de L'Utopie, des propos mis dans la bouche du personnage « Raphaël Hythlodée » par Thomas More expriment ce changement de perspective sur les devoirs du souverain[27].

Aussi, lorsque cette nouvelle conception du souverain commence à être formulée au cours du XVe siècle, un organe du pouvoir voit sa place confortée : « le gouvernement des grandes principautés et des monarchies d’Europe associe au pouvoir personnel des princes l’aristocratie féodale et les élites urbaines tandis que s’affirme une bureaucratie en voie d’intégration nobiliaire. […]. Au sommet de la pyramide gouvernementale, le Conseil est l’organe qui gouverne et qui, en premier et en dernier ressort, lie le prince aux territoires sur lesquels il exerce sa souveraineté[28]. » Au début du XVIe siècle, Thomas More fait partie de ces élites urbaines ; il sera l'un des rares « clercs laïcs » présent au conseil du roi et figurera parmi ses membres les plus actifs[29].

T. More fut un membre actif de cette autre institution du pouvoir anglais qui gagnera en importance par la suite, le Parlement anglais. More commence sa carrière politique en étant élu membre de la Chambre des Communes en 1504, avec fermeté il vote contre une demande de 113 000 Livres que réclame Henri VII pour le mariage de la Princesse Margaret avec le roi d'Écosse[12]. En 1512 Strode, membre du Parlement, est condamné à une amende qu’il refuse de payer, il est conduit en prison et empêché de défendre un texte législatif. Le Parlement annule la décision de la juridiction locale, consacrant ainsi l’immunité du parlementaire (avec l’adoption du Privilege of Parliament Act 1512)[30] et affirmant, par la même, son rôle dans la politique du royaume. Plus tard en 1523, Thomas More prononcera une Petition for Freedom of Free Speech lors de son premier discours comme Speaker de la Chambre des Communes : il défendra la liberté du Parlement de discuter des affaires publiques sans intrusion de la Couronne ou de ses mandataires[31].

Une économie qui redémarreModifier

Autre base de l'Angleterre moderne plongeant ses racines au XVe siècle, le redressement de l'économie après une longue dépression qui débute peu avant le milieu du XIVe siècle. Cette dépression fut caractérisée par une baisse de la production agricole résultant de la baisse des surfaces cultivées, par une diminution du commerce (notamment international) et par le déclin de la prospérité urbaine. « Le développement de l'industrie rurale du textile ne suffit pas à contrebalancer le déclin des villes et la baisse des exportations, dont le produit principal, dans la période antérieure, avait été la laine brute, destinée aux industries flamandes, brabançonnes et italiennes[32]. »

 
Carte du monde Universalis Cosmographia (1507, Martin Waldseemüller). Le nom "America" apparaît dans la partie basse du continent sud-américain.

Pire, cette industrie rurale du textile, qui « était l'industrie anglaise la plus importante du bas moyen âge »[33], fut celle « qui excita le mouvement d'enclosure au XVe siècle »[33] ; à tel point que des troubles sociaux dus à l'enclosure eurent lieu avant le milieu XVe siècle et que ce mouvement d'enclosure devient un scandale public au XVIe siècle[34]. Pour synthétiser : certains nobles « voyant que l'industrie textile fournissait un marché de la laine constant et tendant à s'élargir — sans que les prix de la laine subissent des variations —, se rendaient compte que les frais d'élevage étaient inférieurs à ceux de la culture et plus profitables que la perception des loyers auprès d'une paysannerie intransigeante »[35]. Ainsi, il fut plus rentable d’élever des moutons et de vendre la laine à l’industrie que de travailler la terre. Certains nobles usèrent même de leur autorité pour passer outre les lois et prirent possession de terres communales que, jusqu'à lors, les paysans se partageaient et cultivaient pour leur propre consommation. Ce mouvement d'enclosure amplifia la raréfaction des terres cultivables et par suite celle de le nourriture et, par contrecoup, l'augmentation du prix des denrées et, autre conséquence, ce mouvement jeta sur les routes nombres d'ouvriers agricoles qui se retrouvèrent au chômage. Henri VII prit des mesures pour lutter contre ce mouvement à la fin du XVe siècle ; mais, sous le règne d'Henri VIII, l'expansion des enclosures reprend de plus belle.

Tandis que la situation dans les campagnes se dégrade, Londres confirme sa place de premier foyer commercial et de principal centre financier de l'Angleterre en ce début de XVIe siècle. À cette époque, le Palais de Westminster est encore la résidence royale, et les membres de la cour du roi réside à Londres ou dans ses environs. La Merchants of the Staple et la Company of Merchant Adventurers of London fleurissent grâce au commerce extérieur, qu'Henri VIII s'efforce de soutenir. De Londres partent différentes marchandises destinées au continent : de la laine et des draps, des produits alimentaires (poisson, blé et bière), ainsi que d'autres produits divers (charbon et tuiles par exemple). Le principal port d'arrivée de ces marchandises sur le continent est celui de la ville d'Anvers.

 
Henri VIII après son couronnement en 1509. (Portrait attribué à Meynnart Wewyck)

Guerres et religionModifier

Au début du XVIe siècle Henri VIII entreprend différentes guerres, soit pour reconquérir des territoires perdus durant le Guerre de Cent Ans, soit pour gagner d'autres territoires sur le royaume de France. En 1511, il rejoint la Ligue catholique dirigée contre la France. En 1513 il rejoint la ligue de Malines, avec ses troupes ils battent une armée française à Guinegatte dans le Pas-de-Calais et s'emparent de Tournai lors de la célèbre bataille des Éperons. Le Traité de Londres du 14 octobre 1518 entérine la restitution de Tournai à la France contre 600 000 couronnes.

Un dernier point important doit être mentionné : « Au début du XVIe siècle, l’Angleterre appar[aît] comme un royaume catholique modèle. Les rois Tudor, qui exhib[ent] leur piété de manière théâtrale, pourv[oient] leur épiscopat d’administrateurs de talent, d’humanistes érudits, et — à l’occasion — d’hommes possédant une réelle envergure spirituelle[36]. » À l'exception des dissidents chrétiens appelés Lollards, dont le nombre d'adeptes ne cesse de décroître, et à l'exception d'une petite communauté juive, « tous les habitants des îles étaient des chrétiens baptisés[36]. » En 1516 lorsque paraît L'Utopie, les 95 thèses de Martin Luther ne sont pas encore affichées (1517) et Henri VIII, depuis son mariage avec Catherine d'Aragon en 1509, apporte un soutien sans faille à la papauté. À cette époque, Thomas More est toujours optimisme quant à la diffusion du christianisme.

L'humanismeModifier

Thomas More inscrit ses activités et ses œuvres au sein de la République des Lettres. Cette « res publica literaria » est un réseau informel de lettrés constitué par des hommes qui appartiennent à la « res publica christiana » et dont les activités sont diverses (philologie, traduction, édition, etc.). La République des Lettres « est d’emblée animée d’un idéal d’accomplissement moral, intellectuel et politique qui s’identifie dans l’image idéalisée de l'orator cicéronien et s’incarne dans des offices — chancelier ou secrétaire, ambassadeur, conseiller du prince — permettant de mettre un savoir-faire au service de la chose publique[37]. »

Cette « image idéalisée » fut modelée lorsque l'humanisme prit son essor dans l'Italie du XIVe siècle. L'humanisme est un mouvement culturel fondé sur un retour aux auteurs de l’Antiquité : il prône le renouveau des études des humanités (les studia humanitatis) et il propose une nouvelle vision de la place de l’homme dans le monde[38]. Progressivement, l'humanisme s'impose comme un modèle culturel dominant à l’échelle européenne, il réévalue et réinterprète l'héritage européen : les manuscrits copiés et conservés au fil du temps qui ont transmis les œuvres des « autorités » (Platon, Aristote, Cicéron, etc.), les vestiges monumentaux qui jonchent les cités (à Rome par exemple), ou encore les figures des grands hommes représentées dans l’iconographie ou évoquées dans la littérature[39]. « Mais cette mémoire survit aussi, plus profondément, dans le langage (grâce au latin surtout) et dans les systèmes de représentation politique et sociale. De tels legs constituent un réservoir d’idées, de formes et de valeurs communes, en somme, qui fait l’objet de multiples réemplois. C’est sur ce terreau que se développe l’humanisme et, avec lui, une conscience nouvelle du rapport des Européens à leur passé, appelée à s’imposer avec le terme de "Renaissance"[39]. »

Lors de leur première rencontre en 1499 chez Lord Mountjoy, c'est Érasme qui introduisit et présenta à Thomas More cette République des Lettres[40]. Ainsi, dans la lignée humaniste, T. More et son ami William Lilly traduisent des épigrammes grecques en latin en 1501, et en 1506 il publie sa traduction des Dialogues de Lucien de Samosate ; dans une perspective nouvelle, il écrit des poèmes en anglais et il rédige des épigrammes (dont certains seront compilés dans les éditions de L'Utopie parues en 1518). En 1511, T. More publie sa traduction de la vie et de quelques écrits de Jean Pic de la Mirandole, qu'il traduit du latin sous le titre The Life of Pico della Mirandola, The Writings of the Same[14]. Aussi, T. More participe activement aux discussions qui animent l'humanisme contemporain en rédigeant de longues lettres.

« En effet, l’un des principaux vecteurs de cohésion de cette communauté de savants est l’échange de lettres grâce auxquelles sont partagées, puis relayées à plus large échelle encore, les découvertes de textes ou de monuments antiques, les nouveautés sur les traductions et les œuvres à la mode, les informations sur les possibles patrons, sur les amitiés, mais aussi sur les conflits et les polémiques entre pairs partageant, sinon le même statut social, du moins des pratiques et des goûts communs[37]. »

Ces échanges épistolaires sont souvent accompagnés d'échanges de livres : « la "République des lettres" se confond en réalité avec le patrimoine commun des belles lettres (literae humaniores), grâce auxquelles les hommes pratiquant les "humanités" peuvent acquérir la vertu et s’employer au bien commun[37]. » Dès la première édition de L'Utopie, Érasme et Thomas More jouent avec ces codes propres à la communauté humaniste : des lettres d'amis humanistes précèdent le texte de l'Utopia. Dans les autres éditions qu'ils supervisent, Érasme et T. More ajoutent et suppriment des lettres jusqu'à, finalement, entourer le texte Utopia de lettres.

Un succès éditorialModifier

 
Colophon de Thierry Martens, à la dernière page de la première édition du livre Utopia publié en 1516. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

Utopia paraît en 1516 chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Brabant (Pays-Bas des Habsbourg). Thomas More, érudit et philanthrope, participe alors pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise la Renaissance, ainsi qu'à l'humanisme dont il est le plus illustre représentant anglais. « À cette époque, More est le premier avocat de Londres, tenu en grande estime par le roi aussi bien que le peuple de la cité[15]. »

L'ouvrage, auquel contribuèrent quelques humanistes de renom, connut un succès immédiat au sein de la République des Lettres. La diffusion de L'Utopie dans les milieux lettrés ou influents de l'époque fut dirigée de main de maître par T. More, Érasme et Pierre Gilles : « Thomas Lupset, Cuthbert Tunstall, Lord Mountjoy, William Warham, Richard Pace, en Angleterre ; Jean le Sauvage, Guillaume Budé, Pierre le Barbier, Guy Morillon, Jean Ruelle, Guillaume Cop, en France ; Jean Desmarais, Jérôme de Busleyden, Cornelis de Schrijver, Gerhard Geldenhauer, en Flandres ; Martin Luther, Willibald Pirckheimer, Beatus Rhenanus, en Allemagne ; Antonio Bonvisi, Aloïs Mariano, en Italie, sont quelques-uns des érudits dont les noms paraissent, à propos de l'Utopie, dans les correspondances du temps[41]. »

Les humanistes qui se consacraient à la redécouverte de l’Antiquité et de ses savoirs, les clercs qui s’interrogeaient sur le présent et l’avenir de l’Église romaine, les magistrats au service du droit et des États, ainsi que les bourgeois instruits des villes marchandes, assurèrent la réputation de l'Utopia. Rapidement, d'autres éditeurs entreprirent de publier l'Utopia (toujours en latin) : Gilles de Gourmont à Paris en 1517, Johann Froben à Bâle en 1518, les Giunta à Florence et l'imprimerie des Manuce à Venise en 1519.

Thierry Martens, l’éditeur brabançon qui en avait eu la primeur, tira huit rééditions de la première édition entre 1516 et 1520. Quant au célèbre J. Froben de Bâle, il imprima deux éditions différentes de l'Utopia, dont la version définitive.

Utopia fut rapidement traduit en langues vernaculaires : l'allemand à Basel en 1524, l'italien à Venise en 1548, le français à Paris en 1550, l'anglais à Londres en 1551 et le hollandais à Anvers en 1553.

L'œuvreModifier

Quatre éditionsModifier

 
Page 19 de l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben. C'est la page de la Lettre-PréfaceThomas More nomme pour la première fois son livre Utopia. Au deux dernières lignes, il s'adresse à son ami Pierre Gilles : « j'ai terminé L'Utopie et je vous l'envoie, cher Pierre ». (Édition « GF », p. 75)

Le contexte de rédaction de l'Utopia est celui des découvertes de contrées inconnues ; celui où, grâce au développement de l'imprimerie, les récits de voyage rencontrent un grand succès ; celui, enfin, de la République des lettres et des échanges épistolaires soutenus entre humanistes. Thomas More, qui fut un lecteur de Lucien de Samosate dont il apprécia les Histoires vraies, conçu le projet d'une édition de l'Utopia qui singerait les éditions de récits de voyage[42]. Il demanda à ses amis humanistes, Érasme, P. Gilles, J. Desmarais, G. Budé, J. de Busleyden, G. Geldenhauer et C. Schrijver, de rédiger des lettres, des poèmes et de faire graver des cartes[43] pour authentifier son texte, dont une carte gravée par Ambrosius Holbein ; deux frontispices furent gravés par Hans Holbein le Jeune[44],[45] ; enfin, plus d'une centaine de manchettes[46] attribuées[47] à. P. Gilles et/ou à Érasme parsèment le texte de la Lettre-Préface et les livres Premier & Second de l'Utopia[48].

De son vivant, accompagné de Pierre Gilles (qui fut éditeur et correcteur chez T. Martens) et d'Érasme (qui édita et publia des livres chez T. Martens et chez J. Froben), Thomas More composa quatre éditions de l'Utopia chez trois éditeurs différents. Les éditions réalisées chez Thierry Martens[49], chez Gilles de Gourmont[50] et chez Johann Froben[51],[52] proposent des paratextes (ou parerga) différents et les ordonnent différemment[53]. Ce n'est qu'à la troisième édition, chez J. Froben, que l'ordonnancement et le nombre de ces paratextes furent arrêtés, et c'est la quatrième édition de l'Utopia, toujours chez Froben, qui scella définitivement la composition de l'œuvre. (Voir en annexe pour le détail de chaque édition.)

Au gré des éditions postérieures à novembre 1518 et des traductions successives une partie seulement, la plupart du temps aucun, de ces paratextes furent repris ; parfois pire, par exemple : le premier traducteur italien de L'Utopie, Claudius Cantiuncula, ne traduisit que le Livre Second afin de proposer l'organisation de l'île d'Utopie « comme solution concrète aux problèmes de la ville de Bâle[54]. » Le livre et le texte présentés ainsi, la lecture et la compréhension de L'Utopie furent complètement modifiées[47]. Par ailleurs, ces éditions[55] et ces traductions[56],[57] postérieures ne s'appuyèrent pas toutes sur la même édition de l'Utopia en latin, pas sur la même œuvre[58] ; ceci pourrait, en partie, expliquer les différentes réceptions de cette œuvre et les diverses interprétations qui en furent faites.

Aujourd'hui, exceptées les éditions de référence (Voir la bibliographie), la plupart des éditions contemporaines de L'Utopie ne reprennent ni ne suivent la quatrième édition définitive de l'Utopia, ou alors elles proposent des paratextes séparément[59]. « Ces coupures et reconfigurations des éditions originales paraissent extrêmement significatives : elles nous semblent étroitement liées à une lecture de L’Utopie qui paraît déformée par notre conception moderne du livre et de l’auteur[47]. » Aussi, ôter ses paratextes à L'Utopie, c'est effacer son intention et son ambition d'occuper les discussions des humanistes en Europe : « lettres d'Érasme le Hollandais à Froben le Suisse, de Budé le Parisien à Lupset le Londonien, de Pierre Gilles d'Anvers à Busleyden de Malines, de Busleyden à Thomas More ; pièces en vers de Geldenhauer [le Hollandais], de Schryver [le Flamand], Desmarais ; lettre de ce dernier, qui est orateur de l'université de Louvain ; enfin, et peut-être surtout, alphabet Utopien, dont l'exécution obligea Thierry Martens à une dépense considérable, indice de son importance mystérieuse[60]. »

Un livre adressé aux humanistesModifier

L'Utopie fut écrit dans un latin de lettrés[61] et pour des lettrés[62]. « À une époque où les langues vernaculaires acquièrent une pleine dignité, le latin devient la langue distinctive d’un groupe social et intellectuel restreint qui, à travers la maîtrise de ce dernier, revendique un rôle administratif et politique[63]. » La question de la réception de L'Utopie au sein de la communauté humaniste lors de sa parution reste toujours discutée[64],[65] : en pleine redécouverte de l'Antiquité, L'Utopie fut-il lu comme un livre mettant en balance l'otium et le negotium dans la vie d'un humaniste[66] ? Alors qu'Érasme publiait sa traduction du Nouveau Testament, L'Utopie, dont le texte est émaillé de références à la Bible, fut-il un appel à l'ailleurs, un écrit porteur d'une nouvelle spiritualité[67] ? Au vu des actions politiques des princes contemporains, L'Utopie fut-il lu comme une satire politique ? Ou plutôt, au vu de l'engagement des humanistes auprès des princes, L'Utopie fut-il lu comme un livre de « miroir des princes »[68] ? Ou encore : lors même que le développement de l'imprimerie accélérait la diffusion des récits de voyage et que la littérature apparaissait comme un genre à part entière, L'Utopie fut-il lu comme une création littéraire novatrice[69] ?

 
Lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden, édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)
 
En bas de cette page figure le début de la lettre de Jérôme de Busleyden à Pierre Gilles, édition de 1516 chez Thierry Martens. Au-dessus, se trouvent la fin du poème de Jean Desmarais, puis les poèmes de Gerhard Geldenhauer et de Cornelis de Schrijver. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

Pour comprendre la singularité de L'Utopie, il faut mentionner quelques livres célèbres qui furent rédigés et publiés en même temps ou peu après. Thomas More publia L'Utopie en 1516, Érasme publia son Institutio principis christiani en 1516[70], Guillaume Budé publia De l'institution du prince en 1547 et Nicolas Machiavel publia Le Prince, rédigé en 1513, en 1531[71]. L'Utopie est entouré de « miroirs des princes »[72], c'est-à-dire de livres dont la portée et la visée politiques sont manifestes, de plus : ce sont des livres directement adressés à des princes en exercice. Érasme adresse son livre au futur Charles Quint, G. Budé adresse son livre à François Ier et Machiavel adresse le sien à Laurent II de Médicis.

Au premier abord, L'Utopie semble emprunter au canon du miroir des princes : le prince y est mentionné dès la première page, Henry VIII ; ensuite, la portée et la visée politiques sont manifestes, la question des enclosures ou celle des inégalités sociales sont abordées sans détour. Pour autant, au second abord, L'Utopie ne s'y conforme pas : le livre n'est pas adressé ni même dédicacé au prince ; aussi, le Livre Premier est une discussion entre conseillers du prince et le Livre Second décrit une république lointaine, l'île d'Utopie. Enfin, le fait que cette discussion et cette description soient rapportées avec perplexité par Thomas More éloigne ce texte des certitudes et des conduites d'habitude suggérées par les miroirs des princes.

Plus vraisemblablement, L'Utopie serait destinée à la communauté des humanistes[73],[47],[74] qui se retrouve, ou souhaite être, en position de conseiller le prince[75]. Ainsi, deux lettres significatives entourent le texte L'Utopie[76] : la lettre de P. Gilles à J. de Busleyden et la lettre de J. de Busleyden à T. More. En 1516, lors de la publication de L'Utopie, Jérôme de Busleyden est membre du Grand Conseil de Malines puis, en 1517, il devient le conseiller du Prince Charles, ou Charles de Castille et futur Charles Quint[77]. Aussi, au Livre Premier, le dialogue entre Raphaël Hythlodée, P. Gilles et T. More tourne autour de la manière de conseiller un prince et des difficultés rencontrées lorsque des conseils sont suggérés[78], tandis que le héros de L'Utopie R. Hythlodée refuse de conseiller un prince[79] Thomas More est, dans la réalité, déjà approché pour devenir conseiller du roi ; quant au Livre Second, la description de l'île d'Utopie par R. Hythlodée présente des exemples qui, apparemment, devraient être suggérés au prince. Le personnage More dit au dialogue du Livre Premier :

« Il est bien évident, cher Raphaël, que vous n'êtes altéré ni de richesse, ni de puissance ; un homme qui pense comme vous m'inspire, à moi, autant de respect que le plus grand seigneur. Il me semble toutefois que vous feriez une chose digne de vous, de votre esprit si noble, si vraiment philosophe, en acceptant, fût-ce au prix de quelque inconvénient personnel, d'utiliser votre intelligence et votre savoir-faire au bénéfice de la chose publique. Et vous ne pourriez le faire plus efficacement qu'en entrant dans le conseil de quelque grand prince, auquel, j'en suis sûr d'avance, vous donneriez des avis conformes à l'honneur et à la justice. Car c'est du prince que ruissellent sur le peuple entier, comme d'une source intarissable, les biens et les maux[80]. »

Dans une note pour éclairer ce passage, Marie Delcourt rappelle que « More entra au Conseil du Roi en octobre 1517, au moment où paraissait à Paris, un an après la première, la seconde édition de L'Utopie, […][80]. » Et elle ajoute : « Il décrit ici, en les mettant dans la bouche de son contradicteur [R. Hythlodée], les difficultés qu'il est sûr de rencontrer mais qu'il accepte d'avance[80]. » Entre la première édition de 1516 et l'édition finale de novembre 1518, Thomas More ne changea pas un seul mot de son texte.

Cette brève mise en contexte du livre ne clôt pas la question de son interprétation : la Lettre-Préface, le Livre Premier et le Livre Second sont riches de sens et abordent d'autres questions (politiques, éthiques, philosophiques, etc.) ; par ailleurs, il ne faut pas oublier que l'ensemble des paratextes ajoutent et superposent d'autres couches de sens à L'Utopie. (Voir plus bas "Interprétations".)

Un titre non moins politique que plaisantModifier

Ce titre, L'Utopie, est construit à partir d'un mot de la langue grecque : « topos » (τοπος), un mot qui signifie « lieu ». Thomas More, latiniste et helléniste[81], associa à ce terme « topos » une préfixe négatif : « ou » (οὐ) ; ceci donne le mot « ou-topos » (οὐ-τοπος) qui, latinisé, devient « Utopia »[82]. Une traduction mot à mot donne : « lieu qui n'est de nulle part » ou « lieu qui n'est nulle part ». À l'origine, ce livre devait porter un titre latin : « Nusquama », dérivé du latin « nusquam » qui signifie « nulle part »[83],[84]. Ce n'est que peu de temps avant la première édition du livre[85] que Thomas More inventa ce mot de toute pièce, Utopia, ce mot qui est le premier indice donné au lecteur érudit (helléniste et latiniste) que ce dernier va parcourir des pages qui entremêlent le vrai et le faux sur un mode distrayant[86]. Mais il y a plus.

 
« Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Thomas More), édition de novembre 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

Dès la première édition de L'Utopie, dans les paratextes qui accompagnent le texte, Thomas More et ses amis humanistes enrichirent et élargirent le sens du néologisme Outopos. Dans le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu d'Hythlodée par sa sœur », poème intitulé « L'île d'Utopie » (voir ci-contre à droite), le lecteur peut lire :

« Utopie, pour mon isolement par les anciens nommée,

Émule à présent de la platonicienne cité,

Sur elle, peut-être l'emportant (car, ce qu'avec des lettres

Elle dessina, moi seule je l'ai montré

Avec des hommes, des ressources et d'excellentes lois)

Eutopie, à bon droit, c'est le nom qu'on me doit[87]. »[88]

Ainsi : « Outopos, le non-lieu, peut se lire aussi eutopos, le lieu du bonheur. Paradoxe : lieu d'un bonheur prétendu de nulle part, mais ce nulle part est un topos. Utopia est une cité de discours qui établit les fondements d'une cité égalitaire avec des exemples concrets[89]. » Ce n'est pas tout. Dans sa lettre à Thomas Lupset, Guillaume Budé introduit une nouvelle variation dans le titre de ce livre : « Quant à l'île d'Utopie qui, à ce que j'entends, s'appelle même Udépotie, par une heureuse et singulière fortune, s'il faut en croire ce qu'on nous en rapporte, elle s'est imprégnée des usages chrétiens et de l'authentique et vraie sagesse dans la vie publique et dans la vie privée »[90]. Dans sa note complémentaire, André Prévost précise : « "Udépotie", du mot grec, oὐδέποτε, jamais. Joignant le burlesque à la contrepèterie, Budé fait de l'Île-de-nulle-part, Oὐτοπος, l'Île-de-jamais[91]. »

Dans son invention, dans son vocable grec, ce mot recèle une ambiguïté : « Utopia, lieu de nulle part, ou bien Udetopia, lieu d'aucun temps, ou bien Eudetopia, lieu de félicité où tout est bien ; pluralité de sens, pluralité d'inspirations, pluralité de formes comme si, à travers le jeu introduit par cette pluralité, L'Utopie parvenait à conquérir son unicité et l'auteur à préserver sa liberté[92]. » Pour Simone Goyard-Fabre, ce titre abrégé, ce mot Utopia doit être bien compris : « Sous le signe du négatif et de l'anti-réalité, le pays de Nulle-Part est tout ensemble u-topie et u-chronie. Mais, en fabriquant à plaisir un vocabulaire ésotérique et provoquant, More ne cède nullement aux sortilèges de la fantasmagorie : l'apparemment impossible est pour lui plus prégnant et plus vrai que le réel en sa platitude. Il ne s'égare pas dans un rêve mais s'attache à une logique de l'ailleurs qui n'a rien de chimérique[93]. »

En effet, il ne faut pas oublier que le titre arrêté par Thomas More est : De optimo rei publicæ statu, deque nova insula Utopia. Le propos de T. More est aussi politique, selon les traductions ce titre est rendu ainsi : Jean Bodin, dans Les Six Livres de la République, désigne l'ouvrage comme la République de Thomas More ou comme la République d'Utopie[84] ; dans son édition Marie Delcourt propose la traduction : Le Traité de la meilleure forme de gouvernement ou L'Utopie[94] ; dans son édition André Prévost traduit par : La Meilleure Forme de Communauté Politique et la Nouvelle Île d'Utopie[95], selon lui : « le mot "république" a perdu depuis la Révolution de 1789, son sens de "chose publique" pour évoquer désormais une forme de régime politique, différent de la monarchie et de l'empire. Il semble donc indiqué de traduire respublica par l'expression "communauté politique". Quant au mot "status" du texte latin, il ne saurait se traduire par "État", mot qui a pris, lui aussi, une acception spéciale et désigne communément l'appareil politique qui incarne les pouvoirs souverains de la communauté. La traduction qui répond le mieux à ce mot "status" est celle de "forme" prise par une certaine communauté politique. La version "la meilleure forme de communauté politique" se trouve singulièrement illustrée par son apposition à "la nouvelle île d'Utopie"[96]. »

Il faut ajouter que la question de la « meilleure forme de gouvernement », ou du « meilleur régime », est une question politique fortement présente dans la tradition philosophique convoquée par Thomas More[97] : de Platon[98] à Aristote[99] en passant par Cicéron[100]. D'ailleurs, Thomas More rend hommage au début de La République de Platon[101] lorsque, au Livre Premier de L'Utopie, le personnage de Raphaël Hythlodée entre en scène : « Je me trouvais un jour dans l'église Notre-Dame, monument admirable et toujours plein de fidèles ; j'avais assisté à la messe, et, l'office terminé, je m'apprêtais à rentrer à mon logis, quand je vis Pierre Gilles en conversation avec un étranger, […] »[102].

Le titre de ce livre avertit ainsi le lecteur : dans les pages qui suivent, il sera profondément question de politique, sur un mode agréable et distrayant.

Une collection d'illustres personnagesModifier

La mise en forme de cette section ne suit pas les recommandations concernant la typographie, les liens internes, etc. (octobre 2019). Découvrez comment la « wikifier ».

Dans le texte de L'Utopie (Lettre, Livre Premier, Livre Second), chaque nom et chaque personnage a une fonction essentielle. Certains de ces personnages ont réellement existé : Thomas More, Pierre Gilles, Henry VIII, Le Prince Charles, John Morton, etc. Certains d'entre eux sont de pures inventions : Raphaël Hythlodée, le jurisconsulte, les Polylérites, les Achoriens, etc. Par ailleurs, certains personnages sont seulement mentionnés dans le texte et le lecteur ne lira aucun de leur propos, par exemple : Henry VIII, Le Prince Charles ou Améric Vespuce. De même, le lecteur n'aura pas accès à la parole du fondateur de l'île d'Utopie, Utopos, qui est pourtant l'un des personnages les plus importants du livre.

Les personnages réels permettent à T. More d'ancrer son écrit dans la réalité et de lui donner de l'autorité ; tandis que les personnages inventés, quand bien même ils sont fortement inspirés de personnes réelles tel le jurisconsulte ou le parasite, permettent à T. More de développer son propos politique sur la meilleure forme de gouvernement. De cette rencontre entre personnages réels et inventés naît une atmosphère de vraisemblance pour le lecteur d'alors et d'aujourd'hui. Les humanistes de la République des lettres étaient parfaitement conscients de ce procédé d'écriture qui ajoutait du plaisir à la lecture.

 
Première page de la Lettre-Préface de Thomas More à Pierre Gilles, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Est repris ici le frontispice gravé par Hans Holbein le Jeune pour la page de titre de cette quatrième édition. (Voir en annexe)

Parmi tous les personnages présents dans L'Utopie, les principaux protagonistes sont : Thomas More, Pierre Gilles, Raphaël Hythlodée, l'île d'Utopie, Utopos et les Utopiens. Néanmoins, deux personnages se distinguent des autres par leur importance :

« Thomas Morus ». Comme le rappellent nombre d'éditeurs et commentateurs de L'Utopie[103],[104],[105],[106],[107],[108] : il ne faut pas confondre, d'une part, le personnage de « Thomas More » dans le texte de L'Utopie et, d'autre part, l'auteur de L'Utopie Thomas More. Ce dernier utilise son nom, et ceux de P. Gilles et J. Morton au Livre Premier, pour inscrire son propos dans la réalité, pour donner à son propos une véridicité et de l'autorité. Les traits d'ironie et les propos paradoxaux, voire contradictoires, que tient le personnage « Thomas More » tout au long de L'Utopie sont là (entre autre) pour rappeler cet artifice ;
« Raphaël Hythlodaeus ». Le marin philosophe est celui qui rapporte l'existence de l'île d'Utopie (d'Utopos et des Utopiens) en Europe ; c'est son discours, et le sien seulement, qui donne vie à Utopie. Il est appelé Raphaël Hythlodée. Son prénom renvoie à l'archange Raphaël, et précisément à cet épisode du récit biblique : dans le livre de Tobit, Raphaël est envoyé par Dieu pour guérir la cécité de Tobit, le père de Tobie, et l’aider à rencontrer Sarah afin d’assurer la descendance d’Abraham ; il accompagne également le jeune Tobie dans son voyage. Dans L'Utopie, Raphaël Hythlodée est envoyé par T. More pour dessiller et accompagner le lecteur dans son voyage en Utopie. Son nom de famille « Hythlodée » s'écrit, en latin, Hythlodaeus ; ce nom est formé de deux racines grecques, uthlos, balivernes, bavardages et daios, expert, habile. Ainsi, ce marin philosophe est un « expert en bavardages » ou un « conteur de sornettes[109] », ou encore un « archange diseur de non-sens[110] » sur le témoignage de qui va se fonder le récit.
 
Première page du Livre Premier, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. La gravure, de la main de Ambrosius Holbein, représente Raphaël Hythlodée, Thomas More et Pierre Gilles discutant dans un jardin. (Après s'être salués devant l'église Notre-Dame d'Anvers, tous trois se rendent dans le jardin de la résidence de More à Anvers où ils tiennent la discussion du Livre Premier. Le page qui s'avance sur la gauche est John Clement, le secrétaire de T. More. La description de l'île d'Utopie par Hythlodée au Livre Second, a lieu dans ce même jardin, sans J. Clement.)

Dans la liste (non exhaustive) ci-dessous, les personnages sont mentionnés selon leur ordre d'apparition.

La Præfatio 
Thomas More, auteur de la lettre et rapporteur du dialogue du Livre Premier ainsi que de la description au Livre Second, est avocat et sous-shérif de Londres ; il est aussi professeur à l'école de droit de Lincoln's Inn et conseiller en matière économique à Londres ;
Pierre Gilles, ami de T. More et d'Érasme, est secrétaire de la ville d'Anvers, il présenta Raphaël Hythlodée à T. More lorsque ce dernier se rendit à Anvers au Livre Premier ;
Raphaël Hythlodée, explorateur de retour de l'île Utopie, raconta ses voyages à P. Gilles et T. More, tous les trois discutèrent des mérites de l'île d'Utopie et de l'opportunité de conseiller un prince au Livre Premier, au Livre Second R. Hythlodée décrit l'île d'Utopie à P. Gilles et T. More qui l'écoutèrent sans dire un mot ;
John Clement fut le secrétaire de Thomas More lors de la mission diplomatique confiée par Henry VIII au Livre Premier, bien plus tard J. Clement sera le précepteur des enfants de T. More.
Au Liber Primus 
Henry VIII, roi d'Angleterre, qui a un différend avec le Prince Charles, envoie Thomas More en mission diplomatique aux Pays-Bas des Habsbourg (à Bruges) pour régler ce différend avec les représentants du Prince Charles ;
le Prince Charles ou Charles de Castille, prince de Castille et futur Charles Quint, a un différend commercial avec Henry VIII ;
Thomas More, rapporteur du dialogue qui va suivre, est en mission diplomatique à Bruges, il rencontrera par l'intermédiaire de son ami P. Gilles Raphaël Hythlodée, avec lequel il discutera de l'île d'Utopie ;
Cuthbert Tunstall, évêque de Londres et diplomate de Henry VIII, est envoyé à Bruges avec T. More.Le Préfet de Bruges, mandataire du Prince Charles, participe aux tractations diplomatiques à Bruges ;
Georges de Temsecke, mandataire du Prince Charles, membre du Grand conseil de Malines, participe aux tractations diplomatiques à Bruges ;
Pierre Gilles, secrétaire de la ville d'Anvers, ami de T. More, présente R. Hythlodée à T. More lorsque ce dernier le visite à Anvers ;
Raphaël Hythlodée, explorateur de retour de l'île Utopie, raconte ses voyages à P. Gilles et T. More, tous trois discutent des mérites de l'île d'Utopie dans ce Livre Premier ;
Améric Vespuce ou Amerigo Vespucci, commerçant florentin au service des Médicis, également navigateur au service du royaume de Portugal et de la couronne de Castille. Raphaël Hythlodée a voyagé avec lui, puis il a poursuivi son voyage jusqu'à l'île d'Utopie ;
John Morton ou Le cardinal, évêque d'Ely sous Edouard IV, fut chancelier sous le règne de Henry VII, T. More le connu. Raphaël Hythlodée partagea un repas et des idées à la table du cardinal au retour de son voyage sur l'île d'Utopie. Il relate ce repas à T. More et P. Gilles ;
le jurisconsulte, un convive à la table du cardinal, apporte la contradiction à Raphaël Hythlodée ;
les Polylérites sont un peuple de Perse, dont Raphaël Hythlodée cite en exemple leur tradition concernant la vol ;
le parasite, un fou ou un bouffon, est un autre convive à la table du cardinal, il participe à la discussion ;
un frère, un théologien, est un autre convive à la table du cardinal, il participe à la discussion ;
les Achoriens, un peuple qui habite au sud-est de l'île d'Utopie, sont cités en exemple par Raphaël Hythlodée pour une décision qu'ils ont fait prendre à leur roi.
 
Première page du Livre Second, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.
Au Liber Secundus 
Raphaël Hythlodée, explorateur qui décrit l'île Utopie : ses dimensions, ses habitants (histoire, mœurs, lois, activité et loisirs), ses voisins, etc. ;
l'île d'Utopie, l'île en tant que telle (formation, dimensions, climat, faune et flore, etc.) est un personnage à part entière ;
Utopus, mort depuis des années, reste le concepteur génial de tout ce qui se trouve sur l'île. La formation de l'île, les rues, les égouts, les remparts, les habitations, les lois, les règles sociales... résultent de son œuvre ;
les Utopiens, qui vaquent à leurs occupations sous les yeux du lecteur, et dont Raphaël Hythlodée décrit les mœurs, les lois, les activités et les loisirs ;
Thomas More, rapporteur de la description de l'île d'Utopie par Raphaël Hythlodée, intervient à la dernière page : il accompagne le lecteur au sortir d'Utopia, puis il clôt le Livre Second par une formule consacrée.

De optimo rei publicæ statu, deque nova insula Utopia (ou L'Utopie)Modifier

Les descriptions ci-après concernent le texte de L'Utopie tel qu'il est couramment édité aujourd'hui en format de poche, avec : la Lettre, le Livre Premier, le Livre Second.

Bien que la postérité littéraire et politique de L'Utopie repose principalement sur le Livre Second, ni le Livre Premier ni la Lettre ne doivent être négligés. Brièvement résumés : le Livre Second présente au lecteur l'île d'Utopie dans ses moindres détails, Raphaël Hythlodée décrit tout ce qu'il a vu ou entendu ; le Livre Premier met en scène une question fort débattue au sein de la communauté humaniste contemporaine, une question que Thomas More se pose lui-même : servir le prince ou non, entrer au conseil d'un roi ou non, et si tel est le cas comment conseiller ? Quant à la Lettre adressée à Pierre Gilles, elle offre au lecteur toutes les clés pour lire L'Utopie ; ainsi elle fait véritablement office de préface, chaque paragraphe, chaque tournure de phrase et chaque mot comptent. Dans cette Lettre-Préface, Thomas More guide son lecteur au moment d'entrer en Utopia.

Précision : afin de rappeler qu'ils sont des personnages, Thomas More est nommé Morus, Pierre Gilles nommé Ægidio.

Thomas Morus Petro Ægidio s. d. (ou Préface)Modifier

 
Page 20 de L'Utopie, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. La première manchette du livre apparaît ici, il est écrit : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge. » Aux trois dernières lignes de la page, il est écrit en latin : « si quid sit in ambiguo, potius mendacium dicam quam mentiar, quod malim bonus esse quam prudens. »

Thomas Morus écrit à son ami Petro Ægidio pour l'informer qu'il a terminé la rédaction du livre relatant leur rencontre et leur discussion avec Raphaël Hythlodée : « je vous envoie ce petit livre sur la république d'Utopie »[111]. Ce livre, que le lecteur tient entre ses mains, doit être soumis à relecture. Morus s'excuse du retard de son envoi, alors même qu'il n'avait qu'à retranscrire ce que Hythlodée lui dit un an plus tôt[note 1] : « Vous saviez en effet que, pour rédiger, j'étais dispensé de tout effort d'invention et de composition, n'ayant qu'à répéter ce qu'en votre compagnie j'avais entendu exposer par Raphaël[112]. »[note 2] Puis Morus, s'adressant toujours à Ægidio, précise : « Je n'avais pas davantage à soigner la forme, car ce discours ne pouvait avoir été travaillé, ayant été improvisé au dépourvu par un homme qui, au surplus, vous le savez également, connaît le latin moins bien que le grec[113]. »[note 3]

Morus attribue ce retard à ses « affaires »[113] et à ses charges, ceci lui permet de montrer ou de rappeler au lecteur qu'il est engagé dans les affaires du monde, un citoyen au service de la chose public et un homme politique[113],[note 4]. « Quand arriver à écrire[114] ? » S'exclame-t-il. Toutefois ajoute-t-il : « j'ai terminé L'Utopie et je vous l'envoie, cher Pierre »[114]. Morus presse son ami Ægidio de demander à Raphaël Hythlodée de vérifier l'exactitude de la retranscription de leur discussion. En effet, John Clement[note 5] émet des doutes sur la largeur du fleuve Anydre qui traverse la capitale de l'île d'Utopie Amaurote. Morus de préciser : « S'il subsiste un doute, je préférerai une erreur à un mensonge, tenant moins à être exact qu'à être loyal[115]. » (Ci-contre en latin, page 20[note 6])

Autre embarras, autre malice, Morus ne se souvient plus où est située l'île d'Utopie[115]. C'est un problème : « un homme pieux, de chez nous, un théologien de profession, brûle, et il n'est pas le seul, d'un vif désir d'aller en Utopie[116]. » Morus relance alors Ægidio : « C'est pourquoi je vous requiers, mon cher Pierre, de presser Hythlodée, oralement si vous le pouvez aisément, sinon par lettres, afin d'obtenir de lui qu'il ne laisse subsister dans mon œuvre rien qui soit inexact, qu'il n'y laisse manquer rien qui soit véritable. Je me demande s'il ne faudrait pas mieux lui faire lire l'ouvrage[116]. »

Morus doute même de vouloir publier ce livre, que le lecteur tient pourtant entre ses mains. « À vrai dire, je ne suis pas encore tout à fait décidé à entreprendre cette publication[116]. » Pourquoi ? « Les hommes ont des goûts si différents ; leur humeur est parfois si fâcheuse, leur caractère si difficile, leurs jugements si faux qu'il est plus sage de s'en accommoder pour en rire que de se ronger de soucis à seule fin de publier un écrit capable de servir ou de plaire, alors qu'il sera mal reçu et lu avec ennui[117]. » Morus brosse alors le portrait acide des lecteurs contemporains qui, pour la plupart, sont des lettrés. Une dernière fois, il s'adresse à Ægidio : « Entendez-vous avec Hythlodée, mon cher Pierre, au sujet de ma requête, après quoi je pourrai reprendre la question depuis le début. S'il donne son assentiment, puisque je n'ai vu clair qu'après avoir terminé ma rédaction, je suivrai en ce qui me concerne l'avis de mes amis et le vôtre en premier lieu[118]. »[note 7]

Morus termine sa lettre par une formule de politesse.

Liber Primus (ou Dialogue de conseil)Modifier

La mission diplomatique

Morus rappelle les conditions qui l'ont amené aux Pays-Bas : une mission diplomatique pour son roi Henri VIII. Ceci permet à T. More d'inscrire les propos qui vont suivre dans la réalité géopolitique d'alors : le différend commercial qui oppose le Prince Charles de Castille au roi d'Angleterre Henri VIII. T. More, accompagné de Cuthbert Tunstall, fut réellement envoyé en mission diplomatique pour régler ce différend à Bruges, où il rencontra le Préfet de Bruges et Georges de Temsecke envoyés par le Prince Charles.

Les tractations ne sont pas évoquées.

La rencontre

Morus profite d'une pause dans les tractations pour rendre visite à son ami Ægidius, qui habite Anvers. Par hasard, il rencontre son ami Ægidius dans l'église Notre-Dame d'Anvers (La Collégiale d'Anvers), ce dernier converse avec Raphaël Hythlodée : « un étranger, un homme sur le retour de l'âge, au visage hâlé, à la barbe longue, un caban négligemment jetée sur l’épaule, sa figure et sa tenue me parurent celles d'un navigateur[102] » dit Morus.

Le dialogue

Ægidius présente Raphaël Hythlodée à Morus, il s'en suit une discussion. R. Hythlodée relate ses voyages, d'abord en compagnie d'Améric Vespuce puis seul ; il décrit les peuples qu'il a rencontrés et les contrées qu'il a découvertes.

« Assurément, il a relevé parmi ces peuples inconnus beaucoup de coutumes absurdes, mais aussi d'autres, assez nombreuses, que l'on pourrait prendre comme modèles pour corriger des erreurs commises dans nos villes, nos pays, nos royaumes. Tout cela, je le répète, j'en parlerai ailleurs [dit T. Morus]. Ma seule intention aujourd'hui est de rapporter ce qu'il a dit des mœurs et des institutions des Utopiens ; […][119]. »

Les descriptions de R. Hythlodée, précises et argumentées quant à la diversité des mœurs et des lois dans les différentes sociétés qu'il a pu observer, amènent Ægidius et Morus à reconnaître en lui un homme avisé et, potentiellement, un homme dont les expériences et les conseils s'avéreraient utiles à un Prince. « Il possédait en effet les coutumes et les institutions de chaque pays comme s'il avait passé sa vie entière dans chacune des régions qu'il avait traversées[120]. » Alors, la discussion dérive vers l'opportunité, ou non, de mettre ses expériences et ses conseils au service d'un Prince. R. Hythlodée refuse, prenant pour exemple une discussion à la table du cardinal Morton, dont T. More fut « page » lorsqu'il était adolescent[121], et qui fut le chancelier du royaume d'Angleterre sous Henry VII. C'est à la table du cardinal que Raphaël Hythlodée prononce sa fameuse tirade :

« Vos moutons, […]. Normalement si doux, si facile à nourrir de peu de chose, les voici devenus, me dit-on, si voraces, si féroces, qu'ils dévorent jusqu'aux hommes, qu'ils ravagent et dépeuplent les champs, les fermes, les villages. […][122] »

R. Hythlodée poursuit la discussion en convoquant des exemples issus de traditions, de mœurs, de législations et de décisions politiques observés chez les Romains, les Polylérites, les Achoriens ou chez les Macariens, par exemple. Mais R. Hythlodée prend aussi comme exemple la situation du roi de France ; ce nouvel exemple ancre de nouveau le lecteur dans la réalité. Surtout : « On en vient alors au nœud de la question : quelles dispositions prendre à l'égard de l'Angleterre[123] ? » dit R. Hythlodée. Cette citation, sortie de son contexte, tisse toute la trame du dialogue du Livre Premier, en effet : quelles dispositions, quelles mesures, quelles décisions prendre lorsqu'on se trouve au service du Prince, et dans le cas de Thomas More (et des humanistes auquel ce livre est adressé) au service d'un roi ? Raphaël Hythlodée, bien qu'il refuse de servir un Prince, va décrire à Morus et Ægidius un royaume où les mœurs, les traditions, les activités et les lois sont parfaitement réglés : Utopia. Ainsi, Thomas More et ses pairs humanistes pourront prendre exemple sur ce royaume où règne le bonheur.

Ægidius invite ses convives à déjeuner, Rapahël Hythlodée décrira l'île d'Utopie au Livre Second.

Le Livre Premier s'achève.

Liber Secundus (ou Discours sur l'île d'Utopie)Modifier

 
La page 71 est la deuxième page du Livre Second, dans l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Traduction des lignes soulignées en ocre-jaune (Édition « GF », p. 138) : « […] la région autrefois n'était pas entourée par la mer avant d'être conquise par Utopus, qui devint son roi et dont elle prit le nom. Elle s'appelait auparavant Abraxa. » Dans la marge, la manchette dit : « L'île s'appelle Utopie, du nom de son chef, Utopos[124]. »

Récit fondateur

Utopus conquiert Abraxa, terre rattachée au continent, et lui donne son nom. « C'est Utopus qui amena une foule ignorante et rustique à un sommet de culture et de civilisation qu'aucun autre peuple ne semble avoir atteint actuellement[125]. » Ensuite, il fait creuser un isthme et la terre d'Abraxa devient une île, l'île d'Utopie. La genèse de l'île est symbolique des intentions d'Utopus : il a voulu en faire un lieu protégé, rebutant les voyageurs par sa difficulté d'accès, les barrières naturelles mettent l'île à l'abri des influences extérieures. Quant au terme d'Abraxa, il n'est pas insignifiant : il désigne la ville des fous dans l'Éloge de la Folie de son ami Érasme[126].

Description d'Utopie

La base de l’organisation utopique est la stricte égalité entre les êtres. Pour assurer cette égalité, il n’existe ni propriété, ni argent. C'est le point central sur lequel le débat s'engage avec Morus qui semble d’abord sceptique vis-à-vis de cette idée, qui encouragerait selon lui la fainéantise. C’est alors que le voyageur Raphaël décrit toute l’organisation d’Utopie : chacun se voit prêter une maison pour dix ans. Tous sont agriculteurs pendant deux ans (ou plus s’ils le souhaitent), et travaillent 6 heures par jour. Il n’y a aucun oisif (pas de « nobles » par exemple). Tous ont les mêmes vêtements. Ils prennent leur repas en commun. Le temps libre est consacré à des loisirs comme les échecs ou l'apprentissage des belles lettres. Il y a des cours gratuits pour adultes, la culture devant être accessible à tous. Les Utopiens ne sont pas superstitieux, il n’existe aucune forme de divination ou d’augure. Les jeux de hasard sont interdits, le luxe inexistant. La chasse est interdite, sauf pour les bouchers (qui sont des esclaves), par nécessité, il ne s’agit donc pas d’un amusement. L'or et l’argent (le matériau) n’ont aucune importance. Un système de péréquation entre les villes permet d’aider les plus pauvres. C’est seulement par un tel système qu'on peut se soucier réellement de l’intérêt général, quand la fortune de l'État est bien distribuée. Il n’y a pas de pauvres en Utopie. Au contraire, dans les autres formes d’organisation, chacun doit toujours penser à lui-même, et il y a une « conspiration des riches », qui font les lois, et parviennent par ces lois à maintenir leur domination et à exploiter les pauvres. Ils veulent rester supérieurs et se réjouir en se comparant aux pauvres, plus bas qu’eux. « L'orgueil ne mesure pas le bonheur sur le bien-être personnel, mais sur l'étendue des peines d'autrui. »

Les Utopiens sont épicuriens, ils conçoivent le bonheur avant tout comme le plaisir de l’absence de troubles, mais ils ont une religion, ils croient en Dieu et à la vie après la mort (contrairement à Épicure). Ils pratiquent l’euthanasie quand ils la jugent nécessaire.

Les futurs époux se voient nus avant le mariage, pour juger correctement de l’autre. Le divorce par consentement mutuel est autorisé. La récidive en matière d’adultère est punie de mort.

 
Dernière page du Livre Second, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Thomas More vient de prononcer ses dernières réflexions, le livre se clôt sur la formule suivante (en lettres capitales) : « Fin du discours d'après-midi de Raphaël Hythlodée sur les lois et les institutions de l'île d'Utopie, peu connue jusqu'à présent, par le très célèbre et très savant Thomas Morus, citoyen et vice-shérif de la cité de Londres. » (Édition « GF », p. 235)

Les lois sont en petit nombre, d’où l’absence d’avocats.

La vanité est partout rejetée. Notamment, il est honteux de chercher la gloire militaire ; les rois européens et leurs perpétuelles guerres d’expansion sont vertement critiqués par le voyageur Raphaël. Celui-ci refuse d’ailleurs de mettre son intelligence au service des rois. Il s’imagine déjà ridicule dans les discussions des conseillers royaux, lui prêchant la paix et la sobriété alors que les autres parlent de guerre. Pourtant il est vrai selon lui que les rois doivent devenir philosophes ou les philosophes rois, comme l’a dit Platon ; mais il ne sert à rien de donner des philosophes comme conseillers à des rois non philosophes. Plusieurs références explicites sont faites à La République de Platon.

En Utopie, seules les guerres défensives sont permises, ou les guerres en vue du « bien de l’humanité ». On y méprise les mercenaires qui se font payer. Les guerres sont menées avec les utopiens, mais aussi les femmes utopiennes qui sont volontaires, et même avec les enfants (surtout en tant qu’observateurs).

Plusieurs religions sont tolérées en Utopie (même si elles tendent à devenir une) : la religion du soleil, la religion des grands hommes, etc. Mais la majorité des Utopiens croit en l’existence d’un Père incompréhensible, ainsi qu’en Jésus. « Dans les idées utopiennes, le Créateur […] expose sa machine du monde aux regards de l'homme, seul être capable de comprendre cette belle immensité. Dieu voit avec amour celui qui admire ce grand œuvre, et cherche à en découvrir les ressorts et les lois ; il regarde avec pitié celui qui demeure froid et stupide à ce merveilleux spectacle, comme une bête sans âme. »

La tolérance religieuse et la liberté de conscience existent, en revanche le matérialisme et l’athéisme sont honteux, censés mener à l’égoïsme.

Derniers mots de Morus

« Espérons que ce moment arrivera [de nous entretenir plus longuement avec Raphaël Hythlodée]. Entre-temps, sans pouvoir donner mon adhésion à tout ce qu'a dit cet homme [R. Hythtlodée], très savant sans contredit et riche d'une particulière expérience des choses humaines, je reconnais bien volontiers qu'il y a dans cette république utopienne bien des choses que je souhaiterais voir dans nos cités. Je le souhaite, plutôt que je ne l'espère[127]. »

Ces mots forment le dernier paragraphe par lequel Morus rapporte la description de l'île d'Utopie par R. Hythlodée[128].

InterprétationsModifier

 
Carte de l'île d'Utopie (de la main d'Ambrosius Holbein), édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Cette carte apparut pour la première fois dans l'édition de mars 1518, chez le même éditeur.
 
Carte de l'île d'Utopie, gravée pour la première édition chez Thierry Martens en 1516. Elle disparut de l'édition de 1517 imprimée chez Gilles de Gourmont.

La variété et la profusion des interprétations de L'Utopie, qui résultent de sa réception (c'est-à-dire : des personnes par qui elle fut lue et des époques où elle fut lue), ne peuvent être présentées ni résumées ni mêmes esquissées ici.

Par exemple, dès sa parution la réception de L'Utopie ne fut pas la même dans le cercle des humanistes proche de Thomas More et dans le cercle élargi des humanistes. Autre exemple, cette réception fut différente dans le public français au XVIe siècle et au XVIIe siècle, au XVIIIe siècle et au XIXe siècle. Dernier exemple : cette réception fut différente au sein même du communisme au XXe siècle.

Certaines de ces interprétations, et d'autres, seront mentionnées plus bas dans la partie « Influence ». Par contre, ne seront pas mentionnés ici des interprétations étudiées aux articles « utopie » ou « dystopie ».

Ci-dessous, seront mentionnées des interprétations formulées au XXe siècle. Elles ne sont pas canoniques, mais elles tentèrent de rester au plus près du texte de Thomas More. C'est-à-dire qu'elles prirent en compte l'ensemble de l'œuvre (avec ses paratextes) ou l'ensemble du livre (Lettre-Préface, Livre Premier et Livre Second). Aussi, la plupart de ces interprétations prirent appuis sur de nouveaux travaux d'établissement du texte de L'Utopie (nouvelles éditions latines, nouvelles traductions) ou, mieux, ces interprétations bénéficièrent de la découverte des étapes de la rédaction du livre.

La découverte des étapes de la rédaction de L'UtopieModifier

Au milieu du XXe siècle, la découverte des étapes de la rédaction de L'Utopie a relancé la question du propos de Thomas More[129].

L'Utopie est un livre écrit en deux temps[130],[131],[84]. À l'origine, le Livre Second fut un texte composé par T. More tel un exercice de rhétorique répondant au texte l'Éloge de la Folie de son ami Érasme[131] (que ce dernier lui a d'ailleurs dédié, extraits de l'Éloge de la Folie). Ce texte fut rédigé en 1515 alors que T. More fut en mission diplomatique aux Pays-Bas pour son roi Henry VIII. Au retour de cette mission, T. More rédigea un dialogue entre un marin imaginaire et sa personne. Érasme le relate dans sa correspondance : « Mettant à profit une période de loisir [lors de sa mission diplomatique], il avait d'abord écrit ce qui est le second livre ; bientôt il jugea opportun d'y ajouter le premier livre : la hâte avec laquelle il dut l'improviser explique une certaine inégalité de style[132]. » T. More assembla le tout et peaufina l'ensemble : une mise en contexte du dialogue, des rappels thématiques entre le Livre Premier et le Livre Second, la Lettre-Préface pour parachever le texte[131].

La découverte des étapes de la rédaction de L'Utopie a permis de jeter un nouveau regard sur l'écriture du texte, sur l'écriture humaniste et sur l'écriture propre de Thomas More[133]. Au Livre Second, la description de l'île d'Utopie par Raphaël Hythlodée est un éloge paradoxal[134] qui correspond à un style rhétorique précis : la declamatio[135],[136]. Cette declamatio correspond à un genre particulier : non au genre judiciaire qui « porte sur le passé », ni au genre délibératif qui « porte sur l'avenir », mais au genre épidictique qui « porte sur le présent », où « l'orateur se propose à l'admiration des spectateurs, tout en tirant argument du passé et de l'avenir[137]. » C'est pourquoi le lecteur a l'impression que la description de l'île d'Utopie se déroule sous ses yeux, au présent. Dans une première version, tout comme la folie parle en son nom dans le livre écrit par Érasme, la sagesse (à savoir : l'île d'Utopie) parlait en son nom propre. Ce n'est que lorsque le Livre Premier fut écrit, et que le personnage de Raphaël Hythlodée apparut, que cette declamatio devint un discours qui fut mis dans la bouche du marin-philosophe.

Au Livre Premier l'écriture procède autrement : « Le dialogue est la formulation écrite d'un débat autour d'une question théorique ou pratique[138]. » Servir le prince ou non ? Dans sa forme, ce dialogue emprunte aux modèles platonicien et cicéronien[139]. Outre le fait que More/Morus soit présent comme Socrate et qu'il utilise l'ironie, un ton singulier et des figures de styles ciselés[140], T. More suit les dialogues de Platon sur un point particulier : « Ce n'est […] pas l'échange avec un autre qui est constitutif du dialogue : le dialogue de l'âme avec elle-même est le dialogue originaire et ce qui lui est essentiel est le mouvement de l'interroger-répondre. Cela seul mérite le nom de "pensée", et c'est cela qui impose à Platon son écriture dialoguée[141]. » Morus-Ægidio-Raphaël, trois personnages qui s'interrogent et se répondent sur le futur engagement de T. More comme conseiller du prince. À Cicéron[142], T. More emprunte une conception différente du dialogue : « D'abord la discussion des idées prend un tour plus libre et varié, plus animé aussi ; au lieu de la lourdeur didactique, c'est l'allure souple et l'aisance de la conversation familière ; au lieu de la sécheresse d'une théorie abstraite, l'intérêt et la vie qui naissent de la mise en scène, des acteurs et de la lutte, même courtoise, des personnages aux prises : un petit drame se joue sous nos yeux[143]. » Aussi, le dialogue est parsemé de noms dont le prestige et la réputation est reconnue : « il faut que les interlocuteurs aient assez d'autorité pour que leur propos soient écoutés avec attention[144]. »

Ainsi, L'Utopie est un texte d'une riche densité[47], les sources d'inspiration sont variées et la rhétorique architecture le propos. Mais, pour Simone Goyard-Fabre : « Comme Machiavel, dont il est l'exact contemporain, il [T. More] est sensible au réalisme des situations politiques et économiques, au caractère dramatique de la condition sociale. Aussi bien L'Utopie n'est-elle pas — pas davantage en tout cas que l'Éloge de la Folie ou Le Prince — un simple exercice de rhétorique[145]. »

 
Portrait d'Érasme par Quentin Metsys peint en 1517. Première partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et Pierre Gilles, puis offert à Thomas More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, ce portrait est à Rome à la Galleria Nazionale[146].
 
Portrait de Pierre Gilles par Quentin Metsys peint en 1517. Seconde partie du diptyque commandé à l'artiste par Érasme et Pierre Gilles, puis offert à Thomas More lorsque ce dernier fut en mission à Calais en 1517. Aujourd'hui, le musée d'Anvers en possède une copie[146].

Exégèses religieusesModifier

Thomas More fut un fervent chrétien. Il est vénéré comme saint par l'Église catholique (saint Thomas More), béatifié, en 1886, par le pape Léon XIII et canonisé, en 1935, par le pape Pie XI[5]. Dans le calendrier liturgique, à partir de 1970, son culte et sa fête sont étendus à l'Église universelle par le pape Paul VI. En l'an 2000, le pape Jean-Paul II le fait saint patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques[147],[148]. Parmi ses écrits et ses ouvrages qui témoignent d'une spiritualité profonde, on peut citer son Dialogue du réconfort dans les tribulations[149].

L'Utopie, sans être un écrit proprement religieux, est un texte qui fourmille de référence aux écrits religieux, notamment à la Bible. Dans son édition de L'Utopie[150], André Prévost recense toutes ces références (voir ses notes complémentaires), et il propose une exégèse religieuse du texte de Thomas More dans son introduction au texte.

Observations philosophiquesModifier

Thomas More étudia à Oxford, il y eut comme maîtres William Grocyn et Thomas Linacre. Ce dernier forma le Cercle d'Oxford, une brillante coterie de lettrés qui comptait parmi ses membres John Colet, William Latimer et Grocyn. Auprès de ce dernier, More reçu des leçons de philologie, de critique et d'exégèse ; tandis que Linacre lui enseigna et lui expliqua Aristote[151]. Le clin d'œil à Platon dans le « Sizain d'Anémolius » signale que More fut familier de ses écrits, et quelques allusions dans L'Utopie signalent que More lut les écrits d'Augustin. Sans être un écrit proprement philosophique, il y de la philosophie dans le texte de l'Utopia, certains interprètes de ce texte firent quelques observations philosophiques à ce sujet. (Marie Delcourt, Simone Goyard-Fabre, Jean-Yves Lacroix).

Lectures politiquesModifier

 
« Sizain d'Anémolius, poète lauréat » (vraisemblablement écrit par Thomas More), édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Quelle est la politique, quelle est la visée politique ou quel est le propos politique de Thomas More[152] ? Peut-on réellement y voir les prémisses du socialisme ou du communisme ?S'adressait-il directement au peuple ? Les lectures politiques faites de L'Utopie se sont attardées sur l'une ou plusieurs de ces questions, certains commentateurs ne s'attardèrent que sur le Livre Premier ou sur le Livre Second, certains commentateurs s'attardèrent sur un point politique précis traversant tout L'Utopie, quand d'autres commentateurs s'attardèrent à la manière dont L'Utopie fut rédigée et présentée au lecteur. Schématiquement, il y a deux façons d'aborder politiquement L'Utopie : la présentation des propos et des propositions politiques (écriture, éditions, formulations, etc.) ; les propos, les propositions et les réalisations politiques en elle-même (leurs principes, leurs contenus, leurs faisabilités, etc).

Une écriture politiqueModifier

Pour commencer, il faut peut-être s'attarder sur la rhétorique qui innerve ce livre. Selon Laurent Cantagrel :

« Si le lettré de la Renaissance, homme du livre et de l'écrit autant, sinon davantage, qu'homme du discours public, continue à considérer son travail d'écriture comme une variante de l'art oratoire, c'est parce qu'il le pense comme destiné à un public sur lequel il veut exercer une action (et non pas seulement une émotion esthétique). Rappelons que les débats de l'époque sur la rhétorique et l'éloquence impliquent la question de savoir si le philosophe doit participer activement à la vie de la cité[153]. »

Pour Miguel Abensour, c'est l'écriture même de L'Utopie qui est politique, pas simplement sa forme ni la tradition dans laquelle elle s'inscrit[152].

Des propositions politiquesModifier

Dans L'Utopie, les personnages Thomas More et Raphaël Htyhlodée tiennent un grand nombre de propos politiques et ils exposent un nombre impressionnant de réalisations politiques. Tout ou partie de ces propos et réalisations politiques furent questionnés par les commentateurs.

Abords de l'imagination et de l'imaginaireModifier

Dans L'Utopie, Thomas More semble faire preuve d'une inventivité sans limite. Mais il ne fut pas le seul auteur à décrire une cité idéale, d'autres le firent avant lui et d'autres après lui. Aussi, certains interprètent ont vu dans cette récurrence des descriptions de cités idéales (certes fort diverses) une constante de l'imagination, un sorte de schème réflexif. (Claude Gilbert Dubois, Jean-jacques Wunenburger).

D'autres interprètes se sont attachés à étudier cet imaginaire à l'œuvre dans L'Utopie (Louis Marin).

Approches littérairesModifier

 
Lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden, placée avant la Lettre-Préface de Thomas More dans l'édition de novembre 1518 chez Johann Froben.
 
Lettre de Jérôme de Busleyden à Thomas More qui est placée après le Livre Second, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

L'Utopie a donné naissance à un genre littéraire à part entière, le genre utopique. Ce genre naquit de l'essor de la littérature au XVIe siècle, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, un essor permis, entre autre, par le développement de l'imprimerie et l'augmentation progressive de la diffusion des livres dans les différentes couches de la société. Par ses caractères singuliers et pluriels (au croisement des récits de voyage, des propos et propositions politiques, de la vérité et de la fausseté, du sérieux et du futile), le genre utopique, L'Utopie, sont étudiés aujourd'hui sous le genre littéraire narratif. L'Utopie est alors abordée comme une fiction : l'épopée d'Utopos qui conquiert Abraxa ou le récit de voyage de Raphaël Hythlodée.

Toutefois, la composition et l'écriture de L'Utopie emprunte à d'autres genres littéraires : épistolaire (la simple correspondance exemplifiée par la lettre d'Érasme à J. Froben, le genre épistolaire avec l'échange entre P. Gilles et J. de Busleyden, enfin l'épître avec la lettre-préface de G. Budé), poétique (les épigrammes conclusifs de l'édition de 1518), argumentatif (nombre de paraboles sont présentes dans L'Utopie, l'influence des fabliaux ne peut être exclue). Pour finir, une autre branche des études littéraires s'est penchée sur une composante importante de L'Utopie : la rhétorique. Et il ne faut pas oublier la satire ou le dialogue philosophique.

Traditions et inspirationsModifier

Lorsqu'il rédige L'Utopie, Thomas More emprunte et singe de nombreuses forme d'écrits dont il avait connaissance, par exemple : l'épopée, le fabliau, le récit de voyage, le dialogue philosophique ou la satire. Il met à profit toute les dimensions de l'art rhétorique : sa tradition, ses composantes et la façon dont il est enseigné dans les écoles d'alors. Une dimension essentielle de l'art rhétorique est présente dans L'Utopie : l'oralité. À l'époque les livres sont lus à voix haute, ainsi chaque lecteur de L'Utopie lisait ce texte à voix haute.

NovationsModifier

L'Utopie est un livre fondateur pour la pensée utopiste. Cette œuvre, ce livre, sont devenus la matrice littéraire d'un genre littéraire : l'utopie. Différentes formes d'écrits sont articulés différemment et créent ainsi une nouvelle forme d'écrit. C'est cette articulation qui fait le noyau d'un écrit utopique : la description d'un pays autre et la discussion des ses institutions. Rétrospectivement, ce sont ces deux éléments qui forment le genre utopique, ces deux éléments qui font d'une fiction littéraire : une utopie.

Ainsi, Raymond Trousson dans son Voyages au pays de nulle part, sous-titré : Histoire littéraire de la pensée utopique.

InfluenceModifier

Article détaillé : Utopie.

L'Utopie de Thomas More influença un grand nombre d'auteurs : certains mentionnèrent l'île d'Utopie dans leurs textes ou rendirent grâce à son auteur ; d'autres imitèrent la composition d'Utopia pour rédiger leur propre utopie ; d'autres encore s'en inspirèrent librement, ne retenant qu'une idée, que la trame littéraire ou qu'un détail de L'Utopie.

Ces écrits sont si nombreux que l'utopie est devenu un genre littéraire à part entière ; en parallèle, une autre littérature vit le jour où le récit, au lieu de décrire un ailleurs idyllique, décrit un ailleurs dramatique : la « dystopie ». Enfin, il faut mentionner qu'à l'instar du Prince de Machiavel, L'Utopie de Thomas More suscita des « anti-utopies » et des « contre-utopies ».

Seulement quelques utopies et utopistes sont évoqués ci-après, celles et ceux relevant du champ politique sont privilégiés.

 
« Lettres Utopiques & Voluntaires », typographie réalisée par Geoffroy Tory pour son ouvrage Champ fleury paru en 1529. On peut remarquer que Geoffroy a légèrement redessiné quelques lettres. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

Au XVIe siècleModifier

Parmi les auteurs qui convoquèrent l'île d'Utopie, on peut mentionner François Rabelais (auteur de l'Abbaye de Thélème) qui cite L'Utopie à deux reprise dans Pantagruel en 1532 : la mère de Pantagruel est « fille du roi des Amaurotes en Utopie » et la fameuse lettre de Gargantua à Pantagruel dressant un programme éducatif idéal est signée « de Utopie »[154].

Un imprimeur et libraire nommé Geoffroy Tory, dans son traité de dessin de caractères intitulé Champ fleury[155], publie sur une page entière le dessin des lettres de l'alphabet utopique légèrement reprises, nommé « Lettres Utopiques & Voluntaires », en hommage à Thomas More.

Parmi les premières utopies rédigées à la manière de L'Utopie de Thomas More au XVIe siècle, certaines furent italiennes. Anton Francesco Doni, écrivain et polygraphe, édita en 1548 la première traduction italienne de L'Utopie et il fut l'auteur d'une « fiction utopique, à la fois ludique et substantielle, qui va influencer la production ultérieure[156]. » Cette fiction s'appelle « Monde sage, Monde fou » (1552). Dans la cité qui y est décrite, il n'y a pas de véritable gouvernement, pas d'armée, ni guerre, ni famille, ni hiérarchie. L'égalité est complète, la liberté sexuelle totale, la religion sans mystique. De cette fiction, Adelin Charles Fiorato dit : « Les Mondes de Doni, qui abordent les principaux thèmes de l'utopie antique et "moderne", laissent transparaître la "folie" d'Érasme et les renversements ironiques de Thomas More, […], dans un dialogue entre deux fous/sages, qui ne semblent être que les deux faces de l'auteur[157]. »

Francesco Patrizi, philosophe italien, composa son utopie en 1551 (publiée en 1553). « Sa Cité heureuse s'éloigne sensiblement des utopies à caractère égalitaire et communautaire, qui fleurissent au XVIe siècle. Entendant ordonner sa république selon la raison, et tout imbu des conceptions platoniciennes et aristotéliciennes, Patrizi propose en effet une Cité-État aristocratique et élitaire, organisée en une pyramide sociale des plus rigides : au sommet, les magistrats, les hommes de guerres et les prêtres, qui peuvent accéder à la à la spéculation et à la contemplation divine ; cependant qu'au bas de l'échelle, les marchands, les artisans et les paysans, voués à satisfaire les biens matériels des premiers, sont privés de tout droit politique, puisqu'ils représentent, selon le schéma des philosophes grecs, la partie irrationnelle et mécanique de la cité[158]. »

Sinon, certains soulèvements et certaines révoltes, contemporaines de la publication de L'Utopie, sont parfois qualifiés d'utopies ou d'être utopiques ; par exemple : l'anabaptisme. Cependant, il n'est pas établit que leurs protagonistes aient lus ou eus accès à L'Utopie.

 
Carte de l'île d'Utopie dessinée par Abraham Ortelius entre 1595 et 1596.

Première traduction en langue françaiseModifier

La première traduction de L'Utopie en langue française est due à l'humaniste normand Jehan Le Blond : La description de l'isle d'Utopie, où est comprins le miroer des républicques du monde[159] (Paris, édition de C. L'Angelier, 1550, un in-8 de 112 feuillets).

Cette traduction est précédée d'une épître de Guillaume Budé, (les autres paratextes ne furent pas repris), un portrait gravé de Thomas More suit la page de titre et le traducteur joint un poème de sa main. La Lettre-Préface de T. More adressée à Pierre Gilles a disparu et est remplacée par une présentation de Rapahël Hythlodée.

Quant à sa réception en France, Claire Pierrot indique : « les textes montrent que More est connu en France, notamment par l'Antimorus de De Brie, et les feuilles qui circuleront à Paris, après son exécution. La divulgation de l'Utopie est rapide et se caractérise par des éditions accompagnées d'un paratexte diversifié lettres, poèmes, alphabet et carte [(celles de T. Martens, G. de Gourmont et J. Froben)]. L'édition française se démarque par son caractère didactique et la présence d'une lettre critique de Budé. Les traductions (Leblond, Aneau, Chappuys) font preuve d'une certaine fidélité, même si elles censurent les attaques contre la religion et le politique. […]. Le statut de l'imaginaire ne saurait définir le genre utopique tandis que les penseurs politiques, tels que Bodin, rejettent l'Utopie au nom du réalisme et du refus de la communauté de biens. Les reprises littéraires, l'œuvre de Rabelais et le roman Alector de B. Aneau permettent de définir l'utopie comme un genre qui se caractérise par la complexité des stratégies énonciatives (contradiction, ironie), par la remise en cause de la notion d'idéalité (présence du mal, rapport au christianisme), et cela en opposition au didactisme d'Antangil, où l'utopie n'est qu'un prétexte[160]. »

Au XVIIe siècleModifier

Ce siècle est le premier où L'Utopie commence véritablement à influencer d'autres auteurs et à toucher d'autres lecteurs. D'une part, le texte latin est définitivement sorti des cercles et des lectures humanistes ; d'autre part ce texte, traduit avant la fin du XVIe siècle dans diverses langues vernaculaires européennes (allemand, italien, français et anglais), voit sa diffusion géographique s'élargir et ses lecteurs augmenter. Désormais, et pour toujours, L'Utopie touche un lectorat auquel ce texte n'était pas destiné.

 
Lettre d'Érasme à Johann Froben, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Parmi les auteurs qui reprirent la composition d'Utopia, on peut mentionner Tommaso Campanella dont l'ouvrage La Cité du Soleil (1604) décrit ce que pourrait être une société idéale : « la Cité du soleil est une œuvre messianique ou, si l'on préfère, le lieu dans lequel la tradition prophétique-messianique se transforme en genre utopique[161]. » Le texte de Tommaso Campanella reprend le modèle de L'Utopie de Thomas More : « c'est le récit d'un navigateur qui a découvert une cité parfaite, bâtie sur une île perdue dans l'océan. Le voyageur est "un Génois marin de Colomb", et la cité est à juste titre un nouveau monde[162]. » Pour Adelin Charles Fiorato : « Si La Cité du soleil est la plus accomplie des utopies italiennes, ce n'est pas seulement parce que Campanella est un philosophe dont l'envergure dépasse de loin celle des autres utopistes polygraphes, mais aussi parce que ce dominicain calabrais, […], a sublimé en elle les ambitions avortées d'un mouvement révolutionnaire qu'il avait lui-même inspiré et en partie organisé[163]. »

La composition de La Nouvelle Atlantide (1622) peut être considérée comme la « seule utopie au sens littéraire du terme[164] » rédigée par Francis Bacon. Scientifique et philosophe, grand chancelier d'Angleterre sous Jacques Ier, il souhaitait « donner à la science un espace théorique indépendant de l'espace sacré[164]. » Son utopie se différencie grandement de L'Utopie de Thomas More et de La Cité du Soleil de Campanella : « L'utopie de de Bacon se situe […] à un double niveau, épistémologique et politico-institutionnel. D'une part, l'espérance devient une vertu scientifique qui [lui] permet de faire éclater le monde clos et statique de savoirs obscurcis par les préjugés, et de penser la science en mouvement. […]. D'autre part, le projet baconien pose explicitement la question du centre d'impulsion de la réforme et l'encadrement politique des progrès scientifiques. C'est à l'État que le grand chancelier assigne cette nouvelle fonction, […] »[164].

En France, L'Utopie eut un retentissement particulier avec une nouvelle traduction[165] publiée en 1643, due à Samuel Sorbière. Un livre, devenu classique, porte quelques traces de L'Utopie dans sa composition au XVIIe siècle : la Suite du quatrième livre de l'Odyssée d'Homère ou les Aventures de Télémaque fils d'Ulysse (1699), de Fénelon. « Pour les spécialistes de l'utopie en tant que genre littéraire (suivant le canon de L'Utopie de Thomas More), seuls quelques épisodes de l'ouvrage méritent d'être qualifiés d'utopiques : principalement les tableaux de la Bétique (livre VII) et de Salente — avec des traits caractéristiques, comme à Salente, livre X […], le port d'un même vêtement pour toutes les classes sociales, distinguées seulement par une marque de couleur[166]. »

Sinon, des révoltes à la fois sociales et religieuses retinrent de L'Utopie sa présentation de la communauté des biens en accord avec les Écritures (son communisme) ; ainsi, les Diggers ou les Levellers essayèrent de traduire en actes leur lecture "communiste" de l’Évangile en collectivisant les terres.

Au XVIIIe siècleModifier

Au XVIIIe siècle des éditions, des rééditions et des traductions de L'Utopie en 1715[167], 1730[168], 1780[169] et 1789[170] firent de cette œuvre l’un des livres les plus lus de la littérature européenne moderne pendant les Lumières, au point que de nombreux auteurs écrivirent leur utopie[171],[172],[173]. « Jean Michel Racault constate pour les années 1675-1765 la parution de 88 utopies en France et de 72 utopies en Angleterre[174]. Les chiffres correspondants de Raymond Trousson sont de 37 pour la France et de 8 pour l'Angleterre[69],[175] et Hans-Gunter Funke constate la parution de 9 utopies entre 1600-1700 et de 83 entre 1700 et 1800[176]. Pour les voyages imaginaires, Philip Babcock Gove avance le chiffre de 67 parutions pour l'Angleterre, de 65 pour la France et de 59 pour l'Allemagne entre 1700 et 1800[177],[178]. »

 
Lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset, édition de novembre 1518 chez Johann Froben.

Voltaire, dans son conte philosophique Candide (1759), reprend l'idée du voyage dans un pays autre. Au sein de quelques chapitres (I, XVIII et XXX[179]) le lecteur trouve des descriptions (celle de L'Eldorado par exemple) qui s'inscrivent dans la genre littéraire de l'utopie : ces descriptions de mœurs différents et d'autres sociétés ne font, par décalages, que pointer les dysfonctionnements de la société du XVIIIe siècle.

L'An 2440, rêve s'il en fut jamais est un roman publié par Louis-Sébastien Mercier en 1771, il s'agit de la première utopie qui se situe ailleurs dans un autre temps et non plus ailleurs dans un autre espace. « Précisons : de l'utopie, Mercier refuse le rapport à un espace exotique et imaginaire, ainsi que la constitution d'une société parfaite, conçue et exposée sous la forme d'un système. L'An 2440 est d'abord l'histoire d'un homme du XVIIIe siècle qui se réveille en perruque poudrée en plein Paris du XXVe siècle siècle[180]. »

Écrit en 1772 et publié pour la première fois en 1796, le Supplément au Voyage de Bougainville de Denis Diderot peut, dans une certaine mesure, être lié au genre utopique. « Le point de départ, ce sont les chapitres IX et X de la relation de ses voyages par un parfait homme des Lumières, militaire valeureux, mathématicien de qualité, "philosophe" de belle prestance, passablement libertin, qui avait redécouvert la "Nouvelle Cythère" : Tahiti. Diderot a sciemment gauchi, stylisé, idéalisé la relation de Bougainville, à partir d'un compte rendu qu'il en avait fait pour la Correspondance littéraire. Mais il faut être circonspect : non seulement il utilise ici "la voix de Tahiti" d'abord comme dénonciation de notre monde, comme La Hontan dans ses Mémoires et non dans l'esprit de l'idylle, mais il signale lui-même son "utopie" comme fiction transitoire et, en passant, met en doute, mezza voce, la possibilité de l'harmonie insulaire heureuse[181]. »

Un acteur de la Révolution française est aujourd'hui parfois associé à l'utopie : Babeuf. « L'utopie de Gracchus Babeuf, celui qui est considéré par Karl Marx comme le premier communiste agissant, mort sur l'échafaud à trente-six ans, est de vouloir réaliser le bonheur commun[182]. » Qu'est-ce que le bonheur commun pour Babeuf ? « Il entend par là une société (non une communauté sectaire !) garante pour tous d'une vie décente, au moyen de la mise en commun des biens, d'un partage égale des richesses, quelque talent particulier qu'ils apportent avec eux : car les hommes sont ensemble souverains[182]. »

Au XIXe siècleModifier

Après la Révolution française, L'Utopie voit sa réception et son influence sur les auteurs d'alors changer. À la littérature utopique du XVIIIe siècle qui jouait avec L'Utopie (ses codes et ses possibilités), succède une littérature sociale et politique du XIXe siècle qui, souvent, n'est pas tendre avec L'Utopie, l'utopie et l'idée même d'utopie[183]. Pour autant : certains auteurs reprendront ce mot à leur compte et feront de L'Utopie leur source d'inspiration, certains iront même jusqu'à réaliser concrètement des utopies qui ne furent au départ que suggérées et imprimées sur du papier.

Charles Fourier, philosophe français et fondateur de l’École sociétaire, écrit dans ses Manuscrits (manuscrits publiés par la Phalange, Revue de la science sociale, IV, 1857-1858) : « Qu'est-ce que l'utopie ? C'est le rêve du bien sans moyen d'exécution, sans méthode efficace »[184]. Auteur de nombreux ouvrages, ce sont les plans du Phalanstère, les réalisations de phalanstères indirectement inspirées de ses écrits et la qualification a posteriori de « socialiste critico-utopique » par Karl Marx et Friedrich Engels qui rangèrent Fourier parmi les utopistes. Franck Malécot écrit : « l'épithète utopie ne peut être attribuée à la pensée de Fourier que par un retournement de sens relativement à son acception la plus courante, comme à l'usage qu'il en fait lui-même[184]. » Charles Fourier, qui déconsidère l'utopie, réfléchit dans ses écrits à l'émancipation des sociétaires des multiples phalanstères qui doivent voir le jour. C'est pourquoi, employant le mot « utopie » dans son sens positif, F. Malécot décrit ainsi le projet de Fourier : « Rendre présentes, actuelles, les potentialités de chacun ; recomposer l'ordre social sur la base d'une variation libre des intensités passionnelles : voilà l'utopie[185] ! » Les projets de phalanstère de Fourier, plus que ses idées, eurent un écho important hors de France : « Vers le milieu du XIXe siècle, les théories de rénovation sociale de Fourier se répandirent dans toute l'Europe, mais ce fut aux États-Unis qu'elles rencontrèrent la plus grandes adhésion. Entre 1840 et 1860, les fouriéristes y lancèrent plus de vingt expériences communautaires, influencèrent le mouvement ouvrier, et intervinrent dans le débat qui déboucha sur la guerre de Sécession[186]. »

 
Alphabet utopien et quatrain en langue vernaculaire des Utopiens (vraisemblablement réalisé par Pierre Gilles), édition de novembre 1518 chez Johann Froben. (Le quatrain est traduit sur la page wiki de P. Gilles.)

Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, philosophe, économiste et militaire français, publia de nombreux écrits ; ses idées eurent une postérité et une influence sur la plupart des philosophes du XIXe siècle. Philosophe de l'industrialisme, il est considéré comme le penseur de la société industrielle française, société qui était alors en train de supplanter la société d’Ancien Régime. Dans ses écrits, « Le seul tableau à la Thomas More, la "totalité du sol français" transformée en "un superbe parc à l'anglaise", est […] rédigé au futur et mis à distance dans une note de bas de page[187]. » Comme Charles Fourier, c'est une lecture a posteriori de son œuvre et de son influence qui permet de ranger Saint-Simon parmi les utopistes. Car ses idées sur la sociétés industrielles, qui ne furent pas pour Saint-Simon des idées utopiques, eurent une grande influence par la suite. Ainsi : « Quoi de plus banal au XIXe siècle, dira-t-on (mais après-coup), que l'apologie de la société industrielle, de la méthode positive et de la reconstitution du lien social[188] ? » remarque Philippe Régnier qui ajoute : « mobiliser la propriété foncière, enlever aux oisifs les instruments du travail pour les remettre entre des mains compétentes, c'est, comme le refus de l'héritage, un point fondamental du futur programme saint-simonien[187]. » En effet, les Saint-simoniens au XIXe siècle, puis les tenants de la doctrine du saint-simonisme au XXe siècle, s'attachèrent à promouvoir les idées de Saint-Simon sur la société industrielle qui était réellement en train d'advenir.

Robert Owen, fondateur du socialisme britannique, fut un industriel du coton qui chercha à améliorer les conditions de travail de ses ouvriers dans les usines qu'il possédait à New Lanark ; aussi, il entreprit de loger des travailleurs dans des communautés coopératives (inspirant d'autres tentatives communautaires dans l'Indiana ou en Écosse). « La composante "utopique" de ses idées ne réside pas seulement dans des plans communautaires, reliés aux projets de propriété commune discutés depuis Platon. Elle tient à son optimisme égalitaire, à sa ferme croyance selon laquelle le succès d'une communauté prouverait l'insuffisance fondamentale de la vieille société[189]. »

En 1840 paraît un ouvrage intitulé Voyage et aventures de lord William Carisdall en Icarie, Étienne Cabet y « expose la possibilité pour une grande nation de procéder au partage égalitaire des richesses, de s'organiser en communauté des biens[190]. » François Fourn ajoute : « Il soutient que sa propre conversion au communisme est survenue en lisant Thomas More, comme une illumination[190]. »

Au milieu du XIXe siècle, Pierre Leroux (éditeur, philosophe, homme politique français et théoricien du socialisme) donne un nouveau souffle à l'utopie : il opère une relecture des œuvres de Fourier, Saint-Simon et Owen en les considérant comme des utopistes. Chacun d'entre eux focalise la propre doctrine de Leroux : « l'Égalité pour Saint-Simon, la Liberté pour Fourier, la Fraternité pour Owen[191]. » Sa pensée de l'utopie se distingue d'autres auteurs socialistes : « Loin de considérer, comme Proudhon, qu'il existe une antinomie entre l'histoire et l'utopie […], Leroux tien qu'elles sont intimement mêlées. Comme l'histoire est pour lui celle de l'humanité, cela signifie que les utopies sont ces coups d'audace par lesquels l'humanité se précède elle-même dans son mouvement d'émancipation, s'oriente et éclaire sa propre route[192]. »

Sinon, plus brièvement, le terme d’utopie fut aussi repris par certains auteurs à la sensibilité socialiste. Certains, comme Jean-Baptiste André Godin (fondateur du Familistère de Guise), s'inspirèrent librement de L'Utopie et/ou de l'utopie dans leurs théories économiques et sociales ; à ce titre, peuvent aussi être mentionnés Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx et Friedrich Engels (Engels oppose toutefois, pour s'en démarquer, socialisme utopique et socialisme scientifique[193]).

Enfin, signalons que Victor Stouvenel donna une nouvelle traduction de L'Utopie[194] en 1842 ; tandis qu'en 1888 l'éditeur C. Delagrave regroupa L'Utopie de Thomas More et L'Arcadie de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre dans un même livre, publié au sein d'une collection intitulée « Voyages dans tous les mondes. Nouvelle bibliothèque historique et littéraire ».

Au XXe siècleModifier

Le XXe siècle fut mouvementé pour L'Utopie. Le début du siècle vit son éclipse ; hormis de nouvelles traductions du texte de Thomas More, du latin à l'anglais en 1923 et 1949, du latin au français en 1935 (dont le titre indique assez la façon dont il fut lu : Le Planisme au XVIe siècle. L'Île d'Utopie ou la meilleure des républiques[195]). Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et pour le reste du siècle, L'Utopie de Thomas More influença peu d'auteurs dans le champ de la philosophie politique[196] ; en revanche, l'idée d'utopie et les utopies telles qu'elles furent formulées à travers les époques intéressèrent de nombreux auteurs. Ce regain d'intérêt pour l'utopie (en général) impulsa des études tous azimuts[197] sur l'œuvre qui en forgea le vocable : L'Utopie.

Ainsi, bien qu'il ne s'agisse pas de travaux influencés par L'Utopie, mais de travaux de recherches et d'entreprises d'établissement du texte de L'Utopie, il faut souligner : la publication en 1965 du volume 4 (Utopia) des The Complete Works of Saint Thomas More par Edward Surtz et Jack H. Hexter[198], la traduction du texte latin en français par Marie Delcourt en 1966, l'édition de référence en français due à André Prévost en 1978 et, enfin, l'édition de l'Utopia par Georges M. Logan en 1989 puis rééditée et augmentée en 1992 avec certaines études décisives sur ce texte[199]. Toutes ces éditions marquèrent un tournant dans la réception de L'Utopie au XXe siècle. (Voir la bibliographie)

Ce regain d'intérêt pour l'idée d'utopie et les utopies au milieu du siècle donna lieu à de nombreuses publications et de nombreux colloques[200],[201],[202]. Parmi la profusion des travaux parus durant cette période, certains associèrent L'Utopie de Thomas More à une tradition utopique par-delà les siècles, ces travaux firent remonter l'histoire de l'utopie à des temps presque immémoriaux ou inscrivirent l'utopie au cœur de l'âme ou de la raison humaine[203],[204],[205],[206],[207]. D'autres travaux focalisèrent leurs approches sur des points précis : soulèvements et utopie[208], imagination et utopie[209],[210], idéologie et utopie[211], individus et État[212],[213], corps et utopie[214], etc.

 
Dernière page de paratextes de L'Utopie, édition de novembre 1518 chez Johann Froben. Sous les dernières lignes de la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Thomas More, se trouvent le poème de Gerhard Geldenhauer puis celui de Cornelis de Schrijver. En lettres capitale, « FINIS. » (extérieur au poème), indique la « fin » de l'Utopia.

Toutefois, avant cette rénovation du texte de L'Utopie pour les lecteurs d'aujourd'hui, certains auteurs publièrent des utopies politiques dans la lignée de L'Utopie ; par exemple, Ernest Tabouriech, qui fut professeur au Collège libre des sciences sociales, publia en 1902 La cité future. Essai d'une utopie scientifique[215]. La première page du livre montre qu'il souhaite rétablir l'utopie contre une certaine tradition marxiste : « C'est un lieu commun de montrer le socialisme sorti de l'Utopie et l'auteur du livre intitulé Die Entwickelung des Sozialismus von der Utopie zur Wissenschaft[193], Engels est, après Marx, responsable du préjugé très répandu chez les socialistes auquel je me heurte. Ces deux grands penseurs, fondant, en opposition au socialisme utopique (de Saint-Simon, de Fourier et d'Owen), le socialisme scientifique, lequel consiste dans un exposé critique de l'état économique actuel dans son développement historique et des principes théoriques qui en résultent, ont, dit Anton Menger (1), repoussé comme utopique tout exposé détaillé de l'organisation sociale future et cette condamnation a été répétée après eux par tous les socialistes qui s'attribuent l'épithète de scientifiques. Quelle peut en être la raison ? Ne peut-on pas dire que les socialistes se sont laissés d'abord impressionner par le sens péjoratif que les conservateurs ont attaché à l'expression utopie[215]. » Dans la suite de son livre, E. Tabouriech expose en trois moment et en différentes sections le plan d'une société socialiste : la consommation (ex : « Comptabilité de la Consommation individuelle », « Demandes et cartes de crédits », « Petite Poste »…), la production (ex : « Grande industrie, Régies », « Inventions. Brevets. Innovations », « L'élevage des enfants »…), enfin, équilibre de la production et de la consommation (ex : « Génie », « Transports », « Pâtisseries et Glaces », « Les vins », « Journaux », « Fixation des prix »…).

Certains auteurs s'attachèrent à l'utopie d'une autre manière. Ernst Bloch publia en 1918 L'Esprit de l'utopie[216]. « En faisant confiance au mal comme au bien, Bloch définit l'esprit de l'utopie comme une gnose révolutionnaire, renouant ainsi avec la tradition millénariste. Son livre écrit entre 1915 et 1917, plus provocant que démonstratif, manifeste un double mouvement de révolte et d'espérance que nous retrouvons dans son œuvre ultérieure, par exemple dans le Principe Espérance, où ce romantisme révolutionnaire acquiert mesure et détermination[217]. » Karl Mannheim publia en 1929 Idéologie et utopie[218]. Considéré comme l’œuvre maîtresse de Mannheim, ce livre est aussi considéré comme le texte fondateur de la sociologie de la connaissance. Une partie de l'ouvrage est consacrée à la notion d'idéologie : « Mannheim relie la pensée à la politique et, par sa sociologie de l’esprit et de l’intelligentsia, tente de montrer que la politique peut exister sous la forme d’une science. Pour cela, il part d’un constat surprenant : l’absence d’une politique scientifique dans un monde où domine pourtant la rationalité. Les causes d’un tel retard seraient à rechercher non seulement dans la jeunesse et l’immaturité des sciences sociales, mais aussi dans la spécificité du comportement politique par rapport aux autres genres d’expérience humaine[219]. » L'autre partie de l'ouvrage concerne la notion d'utopie : « La religion occupe une place importante dans Idéologie et Utopie. Mannheim s’intéresse particulièrement à l’utopie chiliastique, dont l’analyse est sans doute son apport le plus original à la sociologie des religions. Il n’examine pas les origines bibliques du millénarisme, mais ses manifestations modernes, à partir du mouvement anabaptiste dirigé par Thomas Münzer au début du XVIe siècle[220]. »

Ainsi, l'idée d'utopie et certaines utopies réalisées (ou non) eurent plus d'influence chez les auteurs du XXe siècle que L'Utopie elle-même. Autre exemple : un philosophe français, Miguel Abensour[221], débuta sa réflexion philosophique par le socialisme utopique, les utopies et l'idée d'utopie avant d'effectuer un détour vers le point originel : L'Utopie de Thomas More. La thèse que M. Abensour rédigea pour son doctorat s'intitule : Les formes de l'utopie socialiste-communiste. Essai sur le communisme critique et l'utopie[222]. « Les recherches d’Abensour, intéressées par l’idée de la présence d’une théorie du communisme chez Marx, d’une prévision en tant que forme sociale supérieure, visent d’abord à dépasser l’opposition pétrifiée entre science et utopie, théorisée dans le marxisme. Abensour cherche à déceler dans l’oeuvre de Marx un "sauvetage par transfert" de l’utopie, projetée dans le mouvement réel historique du communisme, qui conserve, par le biais d’une philosophie de la praxis, l’orientation vers le futur et à l’altérité propre à l’utopie. Plus généralement, l’étude de l’histoire des utopistes au XIXe siècle le conduit, en s’inspirant de Pierre Leroux, à repérer après le socialisme utopique et en dissidence avec sa descendance orthodoxe, un "nouvel esprit utopique" dans la seconde moitié du siècle. Intégrant des arguments de l’adversaire, sans renoncer à sa visée première, ce nouvel esprit utopique insuffle un nouveau dynamisme. Il assume l’enjeu de réveiller, face à la résignation et à l’acceptation de la servitude, un désir des masses susceptible de contribuer à l’auto-émancipation des dominés et ouvert vers l’inconnu. L’écriture utopique se transforme elle-même ainsi en moment de la praxis révolutionnaire, par exemple dans une inspiration libertaire dans le cas de Déjacque. Au sein même du marxisme, sans oublier les élaborations théoriques plus tardives de Bloch ou Benjamin, Abensour signale, en particulier avec William Morris, la persistance d’une utopie ayant davantage affaire à la question de l’éducation du désir qu’à celle d’une illustration improbable de la vérité[223]. »

Dans une perspective semblable, à savoir : L'Utopie de Thomas More n'est pas au centre de la réflexion mais plutôt son legs utopique librement (ré)interprété et l'attention centrée sur d'autres auteurs utopistes, Michèle Riot-Sarcey (une historienne française) s'intéresse aux utopies qui naquirent au XIXe siècle (idées et réalisations), à leurs influences dans le champ politique et sur les révolutions de ce siècle. « C'est dans une lecture de l'histoire qui met la recherche de l'événement au cœur de la démarche, que Michèle Riot-Sarcey trouve le "réel de l'utopie", à l'écart tant des lectures bien pensantes du XIXe siècle (qui départageaient dans l'utopie "le bon grain de l'ivraie", à savoir le réel et la folie), que de lectures contemporaines qui ont voulu domicilier dans le goulag ce réel de l'utopie. » Monique Boireau-Rouillé ajoute : « L'utopie n'est pas "ailleurs", mais critique du présent, dans sa production, et surtout sa réception, puisqu'elle origine un autre mode politique, ouvre une brèche, manifeste une exigence dans la reconnaissance du droit humain à la liberté, rompt le "monopole libéral de la conception de la liberté". Elle est "posture" plus que contenu, c'est-à-dire un "ailleurs" qui est en fait partie prenante de la construction de l'histoire, et donc d'un présent qui se fait. Politique donc, au sens noble du terme[224]. »

Par ailleurs, le mot utopie ou l'idée d'utopie (quelles que soient les formes qu'elle put revêtir ou quelles que soient les valeurs qu'elle put recouvrir), voire L'Utopie de Thomas More, furent probablement scandées ou servirent de point de ralliement pour certains soulèvements ou certains mouvements sociaux et lors de certaines révolutions au cours du XXe siècle. Cependant, par manque de sources, ces points ne sont pas évoqués.

Au XXIe siècleModifier

Passée l'émerveillement dû à la redécouverte du texte même de L'Utopie au XXe siècle, cet ouvrage perdit irrémédiablement toute influence politique au xxie siècle. Le contexte historique du XXe siècle fit que L'Utopie ne put avoir la même influence qu'aux siècles précédents. En revanche, l'idée d'utopie et les utopies telles qu'elles furent formulées à travers les époques continuent d'intéresser de nombreux auteurs.

 
Le colophon de Johann Froben, au verso des poèmes de G. Geldenhauer et C. de Schrijver, clôt l'œuvre Utopia dans son édition ne varietur de novembre 1518.

À l'ouverture du XXIe siècle l'époque fut au bilan, Christian Godin publia un livre intitulé Faut-il réhabiliter l'utopie ? Ce livre reprit les principales critiques adressées à l'utopie (dont L'Utopie de Thomas More) au siècle précédent : « La question même comprend l'indécision dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui : le siècle écoulé doit une bonne part de ses horreurs à l'esprit d'utopie. D'un autre côté, renoncer à cet esprit au nom du réalisme, c'est rester soumis à la dictature du fait. On ne peut évidemment se réjouir du monde comme il va. Pour sortir de ce dilemme (l'acceptation de l'utopie au risque de la barbarie future, et la renonciation à l'utopie au risque de la barbarie présente), une distinction entre l'état de fait et l'état de valeur paraît nécessaire. L'utopie dangereuse est celle qui prétend décrire une société idéale. L'utopie souhaitable est celle qui se contente de prescrire un certain nombre de valeurs : la paix, la liberté, la justice et la solidarité universelles. Nous n'avons pas à réhabiliter l'utopie prise dans ce sens, nous avons à la réaliser[225]. »

Cette même année 2000, tandis que Yolène Dilas-Rocherieux publia une nouvelle histoire de l'utopie : L’utopie ou la mémoire du futur[226], Alain Pessin chercha L'imaginaire utopique aujourd'hui[227]. Et deux évènement rencontrèrent beaucoup de succès : Les Rendez-vous de l'histoire de Blois eurent pour thème « Les utopies, le moteur de l'histoire ? »[228] et la Bibliothèque Nationale de France organisa une exposition évènement pour saluer le passage du millénaire : « Utopie : la quête de la société idéale en Occident »[229]. Michèle Riot-Sarcey, elle, publia un ouvrage collectif L’Utopie en questions[230] : « La publication de L'Utopie en questions ne s'inscrit guère dans ce contexte, celui d'un changement de siècle et de millénaire. Il s'agit, pour Michèle Riot-Sarcey et pour les douze autres auteurs de l'entreprise, de livrer au lecteur le fruit de nombreuses années de recherche. Trois ans de séminaire sont à l'origine de l'essentiel des contributions[231]. » Quelques années plus tard, à partir de 2010, certains auteurs réclamèrent à l'instar de Pierre Macherey De l’Utopie ![232] ; la revue Cités consacra un numéro aux « Utopies »[233], la revue Europe publia un dossier « Regards sur l'utopie »[234] et Le Philosophoire fit de même en 2015 : « L'Utopie »[235].

En 2016, à l'occasion du cinq centième anniversaire de la première publication de L'Utopie, un auteur français publia un livre pour rendre hommage à la création de Thomas More, Thierry Paquot : Lettres à Thomas More sur son utopie (et celles qui nous manquent)[236]. L'année d'après, Aymeric Caron publia un livre intitulé Utopia XXI[237] reprenant librement la composition d'Utopia : d'abord, dans la première partie du livre, un dialogue entre un personnage Aymeric Caron et un représentant de l'île d'Utopie aborde les problèmes sociaux, économiques et politiques du temps ; ensuite, dans la seconde partie du livre, Aymeric Caron expose des propositions à même d'apporter des solutions aux problèmes abordés précédemment.

Enfin, le thème et les personnages d'Utopia ont inspiré de nombreuses créations et improvisations, non seulement cinématographiques (ou des séries télévisuelles), mais aussi musicales et théâtrales ; de nombreuses œuvres homonymes   ont repris son nom paradoxal.

Notes et référencesModifier

Notes sur le résumé de L'UtopieModifier

  1. Thomas More écrivit effectivement une partie du livre en 1515 lors d'un séjour aux Pays-Bas . (Voir plus bas dans cet article : « La découverte des étapes de la rédaction de L'Utopie ».) C'est lors de ce séjour pour une réelle et authentique mission diplomatique qu'il place la rencontre (inventée) avec Hythlodée, ainsi que le dialogue et la description que le lecteur va lire dans les pages qui suivent cette Lettre-Préface. Le vrai et le faux commence déjà à s'entremêler.
  2. Morus suggère que la rédaction ne lui a demandé aucun effort, or la découverte des étapes de la rédaction du texte montre le contraire. P. Gilles, Érasme et quelques lecteurs de L'Utopie étaient au courant de la longue gestation de ce livre.
  3. Ces mots valent avertissement au lecteur : cette langue dans laquelle est écrit le livre, le latin, est truffé de néologismes grecs latinisés, à commencer par le titre de l'œuvre Utopia. Le lecteur doit donc prêter attention à l'usage qu'il est fait du latin et du grec dans ce livre, ainsi qu'aux jeux terminologiques distillés au fil du texte et au style même de l'écriture (les nombreuses formules orales directement rapportées par écrit).
  4. Dans sa note complémentaire n°2, S. Goyard-Fabre indique : « Il faut rappeler l'importance de la vie professionnelle de More, avocat et sous-shérif, mais aussi professeur à l'École de droit de Lincoln's Inn et conseiller juridique en matière économique à Londres. » (Édition « GF », p. 239)
  5. Ce dernier, qui fut réellement le secrétaire de More lors de sa mission aux Pays-bas en 1515, rencontra lui aussi Raphaël Hythlodée. John Clement assista à une partie du dialogue rapporté au Livre Premier comme domestique ; mais non à la description au Livre Second : « […] nous revînmes nous asseoir au même endroit, […], en disant aux domestiques que nous ne voulions pas être interrompus. » (Dernier paragraphe du Livre Premier, Édition « GF », p. 133). Voir aussi la note « John Clement » de Marie Delcourt. (Édition « GF », p. 76)
  6. C'est un point capital de cette Lettre-Préface : dans l'édition latine, la première manchette du livre apparaît ici. Il est écrit dans la marge : « Noter, en théologie, la distinction entre commettre un mensonge et dire un mensonge. » Dans sa note n°5 associée à cette manchette (L'Utopie de Thomas More, op. cit., p. 349), André Prévost précise : « "Faire un mensonge", mentiri, relève de l'ordre moral. "Dire un mensonge", mendacium dicere, appartient au style, "l'art de dire". » Ainsi, Thomas More/Morus ne ment-il pas : « mendacium dicam », il se livre à un exercice de style, un exercice d'écriture. Cette Lettre-Préface avertit le lecteur au seuil d'entrer en Utopia : certes le vrai et le faux sont entremêlés dans les pages de ce livre, More/Morus reconnaît et annonce ce fait ; mais cet entremêlement n'a pas pour but de tromper le lecteur, ce qui serait un péché et un fait ou un acte moralement condamnable ; plutôt : More/Morus signale au lecteur que cet entremêlement du vrai et du faux relève de l'art du discours. Depuis le début de sa lettre, More/Morus distille des indices sur cet « art de dire » : le titre « Utopia » est le premier indice ; le prénom du marin-philosophe, « Raphaël », est le deuxième ; l'insistance sur l'importance de la langue grecque est le troisième ; le nom du marin-philosophe, « Hythlodée », suivi de deux noms utopiens « Amaurote » et « Anydre », sont le quatrième indice ; « mendacium dicam » est un cinquième indice.
  7. Pour la troisième fois dans cette Lettre-Préface, Morus enjoint Ægidius d'authentifier et de faire préciser les propos et les descriptions rapportés dans ce livre par Raphaël Hyhtlodée ; par un « archange diseur de non-sens ». La récurrence des demandes de précisions et d'authentification dans cette Lettre-Préface est un autre indice distillé par More/Morus.

RéférencesModifier

  1. Thomas More 1987, p. 5, page de titre. Dans la mesure du possible toutes les citations de L'Utopie proviennent de cette édition, désignée Édition « GF » dans les notes.
  2. Traduction : Un petit livre véritablement excellent, non moins salutaire que divertissant, sur la meilleure forme de République et sur la nouvelle Île d'Utopie (Édition de G. Navaud, « Folio classique », 2012) ; ou : Un vrai livre d'or, non moins salutaire qu'agréable, sur la meilleure forme de Communauté politique et la nouvelle île d'Utopie (Édition d'A. Prévost, Mame, 1978) ; ou encore : Du meilleur état de la chose publique et de la nouvelle île d'Utopie, un précieux petit livre non moins salutaire que plaisant (P. Macherey, De l'utopie !, 2011). (Voir la bibliographie pour les références complètes.)
  3. a b c d et e « Définition du mot utopie », sur Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, (consulté le 17 novembre 2019)
  4. Dans l'Édition « GF » page 75, une note (« Utopia ») due à Marie Delcourt indique : « L'ouvrage parut sous des titres différents, tous très longs, à la mode du temps. Celui de la première édition figure ci-dessous en tête du livre I. Le traité s'intitule ailleurs : Libellus Aureus. » (« en tête du livre I » renvoie à la page 83 de l'Édition « GF » où le titre est traduit ainsi : « la meilleure forme de gouvernement ».)
  5. a et b Keith Watson, Sir Thomas More, dans Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, Unesco : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, no 1-2, 1994, p. 191 [lire en ligne].
  6. Née Agnes Graunger, Granger ou Grainger.
  7. Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 9-10 : « Le jeune page s'attacha profondément à Morton et le jugea dans l'Utopie avec une bienveillance que l'opinion publique du temps n'a pas unanimement partagée ». « Introduction » (1983).
  8. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 7-8.
  9. Marie-Claire Phélippeau 2016, p. 27.
  10. a b et c Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 10, « Introduction » (1936).
  11. a b et c Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 8.
  12. a b c et d Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 9.
  13. Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 13, « Introduction » (1936).
  14. a et b Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 10.
  15. a b c et d Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 14, « Introduction » (1936).
  16. Pour être exact : le Livre Second de l'Utopia. Ce n'est qu'à son retour, et l'année suivante, que More rédige le Livre Premier.
  17. « Le Conseil Royal est composé d'une centaine d'experts qui sont en permanence à la disposition du roi pour l'éclairer sur les questions du gouvernement. Ils sont groupés d'après leur spécialité. Entre autres activités, More entrera dans une commission de neuf conseillers chargés de l'expédition des affaires litigieuses des pauvres gens. » André Prévost, L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, 1978, p. 197.
  18. Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 14 : Henri VIII « paraît avoir totalement ignoré l'Utopie (elle ne fut jamais imprimée en Angleterre avant le XVIIIe siècle et elle ne fut traduite en anglais qu'en 1551) ». « Introduction » (1936).
  19. « Ratification de la paix d’Amiens », sur Bibliothèque Nationale de France (consulté le 17 novembre 2019)
  20. Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 16, « Introduction » (1936).
  21. En 1453 : première édition latine de la Bible, dite la « Bible à quarante-deux lignes », imprimée aussi par Gutenberg. Par la suite, des presses s'installent rapidement dans les grandes villes d'Europe : Cologne (1464), Bâle (1466), Rome (1467), Venise (1469), Paris (1470), Lyon (1473), Bruges (1474), Genève (1478), Londres (1480), Anvers (1481) et des centaines d'autres.
  22. En 1482, les Portugais atteignent le Congo (en 1488 Bartolomeu Dias doublera le Cap de Bonne-Espérance). En 1510, les Portugais prennent Goa. Ils s’installent à Negapatam, sur la côte sud-orientale de l'Inde et à Ceylan. En 1511, les Portugais prennent Malacca.
  23. En 1497, parti de Bristol le 2 mai, Jean Cabot explore courant juin les côtes de l'Amérique du Nord et aborde Terre-Neuve ou l'île du Cap-Breton (Canada) qu’il revendique pour l’Angleterre. Il longe les côtes du Labrador et de la Nouvelle-Angleterre, qu’il prend pour l’extrémité nord-est de l’Asie, puis rentre en Angleterre. En 1498 Cabot repart de nouveau, il quitte Bristol en mai à la tête d'une seconde expédition dans le but d’atteindre le Japon par le nord-ouest. L’expédition disparaît.
  24. En 1501, le 13 mai : le gouvernement portugais envoie une flotte dirigée par Gonçalo Coelho accompagné de l'italien Amerigo Vespucci pour effectuer la reconnaissance des côtes du Brésil, dit « Troisième voyage ». Ils rapportent en Europe (1502) le bois de brasil (bois de brésillet) qui produit une teinture rouge qui sera très prisée et qui donnera son nom au nouveau territoire. Amerigo Vespucci prend conscience que ce continent n’est pas l’Asie. En 1503, Vespucci part pour un autre voyage, dit « Quatrième voyage », toujours au compte des Portugais. Il rentre en 1504.
  25. Michael Braddick, « Réflexions sur l'État en Angleterre (XVIe-XVIIe siècles) », Histoire, économie & société,‎ 2005/1 (24e année), p. 29 à 50 (lire en ligne)
  26. Quentin Skinner 2009, p. 8.
  27. Thomas More 1987, p. 119 à 125, par exemple.
  28. Cédric Michon (éd.) 2012, « Introduction », Cédric Michon.
  29. Cédric Michon (éd.) 2012, article « Conseils et conseillers en Angleterre sous les premiers Tudors (1485-1558) », Steven Gunn.
  30. Aurélien Antoine, « Chronologie raisonnée de l’histoire constitutionnelle de l’Angleterre, de la Grande-Bretagne, puis du Royaume-Uni », sur Jus Politicum. Revue de droit politique, Jus Politicum, n° 14, (consulté le 17 novembre 2019)
  31. The Center for Thomas More Studies, « Sir Thomas More Defending The Liberty of the House », sur The Center for Thomas More Studies, (consulté le 17 novembre 2019)
  32. Rodney Howard Hilton 1958, p. 542.
  33. a et b Rodney Howard Hilton 1958, p. 551.
  34. Rodney Howard Hilton 1958, p. 549.
  35. Rodney Howard Hilton 1958, p. 550.
  36. a et b Wolfgang Kaiser (dir.), L’Europe en conflits. Les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne (vers 1500-vers 1650), Rennes, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne), p. 287 à 320, Alec Ryrie et Tadhg Ó hAnnráchain, « Les îles Britanniques et l’Irlande ».
  37. a b et c Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Cécile Caby, « La République des Lettres à la Renaissance ».
  38. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article d'Andrea Martignoni « Les humanistes et l’Europe ».
  39. a et b Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Clémence Revest, « Héritages culturels de l’Europe ».
  40. Depuis 1495, Érasme étudiait la théologie et la littérature à Paris où il rencontra de nombreux humanistes ; puis, à partir de1499, Érasme fit le tour de l'Europe : en Angleterre d'abord, où à l'invitation de son élève Lord Mountjoy il rencontre John Colet et T. More ; en 1500 il retourne en France apprendre le grec ; en 1502, il s'installe à Louvain ; à partir de 1506, il se trouve en Italie, il devient docteur en théologie, en 1507 il rencontre l'imprimeur Alde Manuce ; en 1509, il revient en Angleterre, où il termine la rédaction de l'Éloge de la Folie chez T. More ; en 1511, Érasme est à Paris pour publier l'Éloge de la Folie ; il retourne en Angleterre en 1511 ; puis il demeure à Louvain ; en 1514 il entre en contact avec l'imprimeur suisse Johann Froben ; en 1517, Érasme effectue un voyage à Londres, puis il rentre à Louvain pour diriger le Collège Trilingue.
  41. André Prévost 1978, p. 650, note n°5 « souscrire unanimement ».
  42. « De ces récits, il se moque, parce qu'il y trouve trop pour l'imagination et trop peu pour la raison. » Marie Delcourt (éd.), L'Utopie…, op. cit., « Introduction » (1936), p. 18.
  43. « Thomas More, Utopia », Les deux cartes sont présentées en miroir et brièvement décrites, sur Université catholique de Louvain (consulté le 17 novembre 2019)
  44. Germaine Aujac, « À propos d’un frontispice : la science grecque dans l’Angleterre du XVIe siècle », Anabases. Traditions et Réceptions de l'Antiquité, 2006/3,‎ , p. 27-54 (lire en ligne)
    Cet article décrit le travail et l'engagement de certains graveurs auprès des humanistes : Hans Holbein le Jeune, Simon de Colines et John Day. Aussi, cet article rappelle que le livre, moyen de diffusion des idées à la Renaissance, était un objet véritablement pensé de bout en bout : les frontispices y tiennent une place importante.
  45. André Prévost 1978, p. 310, à la note n°1 « La Meilleure… », A. Prévost décrit en détail le frontispice de l'édition de novembre 1518.
  46. C'est-à-dire : des notes placées non pas en bas de page, mais dans la marge d'un texte, à la hauteur de l'appel de note.
  47. a b c d et e Jean-François Vallée 2013.
  48. Certaines de ces manchettes sont capitales pour saisir le sens du texte rédigé par Thomas More. Malheureusement, aucune édition de L'Utopie en format de poche ne reprend ces manchettes.
  49. Thomas More, « Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus de Optimo reip. statu deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de la première édition chez Thierry Martens en 1516, sur Bibliothèque nationale de France, Gallica (consulté le 17 novembre 2019)
  50. Thomas More, « de Optimo reipublice statu, deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition imprimée chez Gilles de Gourmont en 1517, sur Bibliothèque Nationale de France, Gallica (consulté le 17 novembre 2019)
  51. Thomas More, « De optimo reip. statu deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition imprimée chez Johann Froben en mars 1518, sur Bibliothèque de l'Université de Basel (Universitätsbibliothek Basel) (consulté le 17 novembre 2019)
  52. Thomas More, « De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l’édition imprimée chez Johann Froben en novembre 1518, sur Bibliothèque de l’université de Bielefeld en Allemagne (Universitätsbibliothek Bielefeld) (consulté le 17 novembre 2019)
  53. Jean-François Vallée, « Le livre utopique », Mémoires du livre,‎ volume 4, numéro 2, printemps 2013 (lire en ligne)
    Les paratextes des quatre éditions sont scrupuleusement recensés dans cet article, qui les présente sous la forme d'un schéma « La structure éditoriale des premières éditions de L’Utopie (1516-1518) ».
  54. Federica Greco 2018.
  55. Thomas More, « Utopia, a mendis vindicata », Reproduction numérisée de L'Utopie de Thomas More, publié en 1631 chez Apud Joannem Jansonium (Amsterodami), texte en latin, sur Numelyo, Bibliothèque numérique de Lyon, (consulté le 17 novembre 2019)
  56. Thomas More, « L'Utopie », Reproduction numérisée de L'Utopie de Thomas More, publié en 1715 chez Pierre Vander Aa (Leide), traduction par Nicolas Gueudeville, sur Numelyo, Bibliothèque numérique de Lyon (consulté le 17 novembre 2019)
  57. Thomas More, « L'utopie de Thomas Morus », Reproduction numérisée de L'Utopie de Thomas More, publié en 1842 chez Paulin (Paris), traduction par Victor Stouvenel, sur Numelyo, Bilbiothèque numérique de Lyon (consulté le 17 novembre 2019)
  58. Aujourd'hui, la quatrième et dernière édition de l'Utopia datée de novembre 1518, arrêtée par Thomas More et dont l'édition fut suivie par Érasme auprès de l'imprimeur Johann Froben, est considérée comme la version finale et définitive du livre de T. More intitulé De optimo rei publicæ statu, deque nova insula Utopia, dit : L'Utopie. Pour lire cette quatrième édition en langue française contemporaine (XXe siècle) avec tous ses paratextes, il faut consulter l'ouvrage d'André Prévost : L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame, 1978. (Voir la bibliographie)
  59. Thomas More 2012, p. 229-273. Cette édition de poche présente quelques uns de ces paratextes.
  60. Germain March'hadour, « Thomas More, (trad. Marie Delcourt), L' Utopie », Revue belge de philologie et d'histoire,‎ tome 46, fasc. 3, 1968, p. 871 (lire en ligne)
  61. André Prévost 1978, p. 241-252, « La langue latine de l'Utopie ».
  62. « […] ces gens de lettres qui écrivent d'abord en latin, sont le plus souvent hors de l'Église et de l'université, et [leurs] activités ont pour noyau dur leur travail de philologues, éditeurs, traducteurs et commentateurs de textes anciens. » Laurent Cantagrel, Discours lettré…, op. cit., p. 8. Ces activités sont celles d'Érasme, de Pierre Gilles, Guillaume Budé ou Cornelis de Schrijver. Dans une moindre mesure, celles de Thomas More aussi : il traduisit et édita des textes de Lucien de Samosate.
  63. Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc 2015, article de Fulvio Delle Donne, « Le latin dans l’Europe des humanistes ».
  64. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 31 à 57, « II. Le sens de L'Utopie », dans lesquelles S. Goyard-Fabre met en contexte le texte de L'Utopie (Édition « GF »).
  65. Quentin Skinner 2009, p. 273 à 367, Q. Skinner étudie l'humanisme du Nord, « La Renaissance du Nord » ; L'Utopie est étudiée en quelques pages de 357 à 367, « L'Utopie et la critique de l'humanisme ». Dans ce livre, Q. Skinner retrace ce moment de la Renaissance où les humanistes tentèrent d'impulser une nouvelle politique, alors que les royaumes dans lesquels ils vivaient commencèrent à prendre de nouvelles formes institutionnelles : celles de la cité-État ou de l'État. Aussi, rappelant que l'humanisme naquit au sud de l'Europe, Q. Skinner expose les différences entre les conceptions politiques de l'humanisme européen, grosso modo : il propose une distinction entre un humanisme du sud composé par Dante, Marsile de Padoue, Bartole et Machiavel ; et un humanisme du nord composé par Érasme, Thomas More, Luther et Calvin, Bodin, Montaigne, etc. Ainsi, L'Utopie de Thomas More ne fut pas perçue, ni même appréciée, de la même manière au Nord et au Sud de l'Europe..
  66. Nicole Morgan, Le sixième continent, L’Utopie de Thomas More. Nouvel espace épistémologique, Paris, Vrin, « De Pétrarque à Descartes »,
  67. André Prévost 1978, p. 127-162, « L'Utopie, expérience existentielle ».
  68. Laurent Cantagrel 2012, p. 47-100, « L'Utopie de Thomas More, paradigme des descriptions de société humanistes ».
  69. a et b Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part. Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles,
  70. Érasme, La formation du prince chrétien, Paris, Classiques Garnier,
  71. Nicolas Machiavel, Le Prince, Paris, PUF,
  72. Néanmoins, il est impossible, et inexact, de réduire Le Prince de Machiavel à un « miroir des princes ».
  73. Guillaume Navaud 2012, p. 23.
  74. « […] les interlocuteurs de l'Utopie partagent tous une même conviction sur laquelle se détachent leurs différences : la certitude, jamais discutée ni mise en question, que les lettrés sont les détenteurs d'un savoir (qu'il faut toutefois enrichir par l'expérience) utile à l'État, qu'ils disposent d'une compétence politique. » Laurent Cantagrel, Discours lettré…, op. cit., p. 57.
  75. Laurent Cantagrel 2012, p. 47 : « Le premier livre en effet est pour sa part un dialogue entièrement consacré à la question de l'opportunité, pour un lettré, de faire entendre sa voix au conseil des princes. ».
  76. « More tenait à avoir un "homme politique parmi les dédicataires de l’ouvrage. Dans une lettre à Érasme, il insiste en effet pour que son ouvrage soit élégamment lancé ('handsomely set off') par les plus hautes recommandations tant d’ 'intellectuels' que d’ 'hommes d’État' (by the 'highest of recommendations' from 'both intellectuals and distinguished statesmen')" ». Thomas More, Selected Letters, éd. Eliszabeth Frances Rogers, New Haven, Yale University Press, 1961, p. 76. Cité par Jean-François Vallée, « Le livre utopique », art. cit., note n°18.
  77. André Prévost 1978, p. 654, note n°1 « Jérôme Busleiden ».
  78. Dans les premières traductions en langue anglaise, le Livre Premier est souvent sous-titré « Dialogue of Consel ».
  79. Pour autant, « […] Hythlodée entend bien donner des conseils destinés à être mis en application : il critique des décisions politiques, analyse des problèmes concrets, avance des exemples de législation… En un mot, il conçoit le rôle du conseiller politique comme une synthèse du philosophe et du législateur effectif. » Laurent Cantagrel, Discours lettré…, op. cit., p. 49.
  80. a b et c Thomas More 1987, p. 91.
  81. André Prévost 1978, p. 36 et 39.
  82. Pierre Macherey 2011, p. 57. Et tout le reste de la page, où P. Macherey indique l'existence du terme grec « atopia ».
  83. André Prévost 1978, p. 66. Voir plus largement : « La genèse de l'œuvre », p. 61-82.
  84. a b et c Thomas More 2012, p. 325-327. « Rédaction et titre ».
  85. André Prévost 1978, p. 217.
  86. D'autres mots, inventés par Thomas More, apparaissent au fil de l'ouvrage et livrent au lecteur de nouveaux indices. Par exemple : « Amaurote », ville d'Utopie où siège le Sénat, est une « cité-mirage » ; « Anydre », fleuve qui coule à Amaurote, est un fleuve « sans eau ». (Édition « GF », p. 142)
  87. André Prévost 1978, p. 330. À la note n°1 « Anémolius », Prévost écrit : « L'auteur du sizain est selon toute vraisemblance Thomas More lui-même. Le ton et la forme sont ceux de l'épigramme, genre où More excellait. ».
  88. Cet épigramme fait écho, ou répond, au « quatrain en langue vernaculaire des Utopiens », vraisemblablement écrit par Pierre Gilles : « Le chef Utopus de péninsule me fit île. / Moi seule de toutes les terres habitées, sans philosophie, / J'ai présenté aux mortels la philosophique Cité. / Généreusement je partage ce qui est mien. » Traduction d'André Prévost, L'Utopie…,op. cit., p. 334-335.
  89. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 243. Article « Utopia ».
  90. André Prévost 1978, p. 322.
  91. André Prévost 1978, p. 653, note n°4 « Udépotie ».
  92. Miguel Abensour 2009, p. 34-35.
  93. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 38.
  94. Tel est le titre retenu pour la traduction française en 1950 (Voir la page de titre située après la p. 218 du texte latin et avant la p. I de l'« Introduction » au texte français). À la page 43 de l'édition du texte latin en 1936, Marie Delcourt écrit en note n°1: « On remarquera combien, dans les titres des éditions contemporaines de More, le mot d'Utopie joue un rôle peu important. Les mots importants sont De Optimo Rei Publicae Statu (Sermo ou Libellus aureus). » Marie Delcourt (éd.), L'Utopie…, op. cit.
  95. Dans son édition, Simone Goyard-Fabre indique à propos du sous-titre du Livre Premier traduit par Marie Delcourt : « Le latin dit : de optimo reipublicae, qui serait plus exactement traduit par "la meilleure forme de communauté politique" ». (Édition « GF », note n°5, p. 239)
  96. André Prévost 1978, p. 310, note n°2 « communauté politique ».
  97. « Jean-Louis Fournel, La cité du soleil et le territoire des hommes. Le savoir du monde chez Campanella, Paris, Albin Michel, « L'Évolution de l'Humanité », 2012, p. 52.
  98. Trois dialogues de Platon traitent directement et sous différentes approches la question du «meilleur régime » ou la « meilleure forme de gouvernement » : La République, Le Politique et Les Lois.
  99. Chez Aristote les questions politiques sont abordées dans la « science pratique », l'ouvrage Politique traite directement la question du « meilleur régime » ou de la « meilleure forme de gouvernement » en décrivant les différentes sortes de politeia, tandis que la Constitution des Athéniens décrit le régime politique dans l'Athènes antique.
  100. C'est dans ses écrits politiques, De Republica et De legibus, que Cicéron abordent les questions liées au « meilleur régime » et à la « meilleure forme de gouvernement ».
  101. Platon, La République, Paris, Flammarion, « GF », , 801 p., p. 73.
    Page 73 : « J'étais descendu hier au Pirée, en compagnie de Glaucon, fils d'Ariston, pour faire mes prières à la déesse, et j'étais en même temps désireux d'assister à la fête. »
  102. a et b Thomas More 1987, p. 85.
  103. Edward Surtz & J. H. Hexter, The Complete Works of Saint Thomas More, vol. IV, Utopia, New Haven, Yale U.P., , 750 p.
  104. Thomas More, Utopia, New York, W. W. Norton & Co, , 316 p., A revised translation, backgrounds, criticism ; edited and with a revised translation by George M. Logan.
  105. Miguel Abensour 2009, p. 34.
  106. Laurent Cantagrel 2012, p. 52.
  107. Emmanuelle Lacore-Martin, « L’utopie de Thomas More à Rabelais : sources antiques et réécritures », Kentron. Revue pluridisciplinaire du monde antique,‎ (lire en ligne)
  108. Michèle Madonna-Desbazeille 1998, p. 44 à 49.
  109. Miguel Abensour 2009, p. 35.
  110. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 244. Article « Utopia ».
  111. Thomas More 1987, p. 73.
  112. Thomas More 1987, p. 73-74.
  113. a b et c Thomas More 1987, p. 74.
  114. a et b Thomas More 1987, p. 75.
  115. a et b Thomas More 1987, p. 76.
  116. a b et c Thomas More 1987, p. 77.
  117. Thomas More 1987, p. 77-78. Morus fait encore preuve de malice.
  118. Thomas More 1987, p. 79.
  119. Thomas More 1987, p. 89.
  120. Thomas More 1987, p. 90.
  121. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 23.
  122. Thomas More 1987, p. 99.
  123. Thomas More 1987, p. 117.
  124. Traduction d'André Prévost, L'Utopie de Thomas More, op. cit., p. 450. Voici la traduction des cinq autres manchettes de haut en bas (par A. Prévost, ibid.) : « Un endroit doté de défenses naturelles est tenu par une seule garnison. » ; « Un stratagème, le déplacement des signaux. » ; « Cette tâche fut plus difficile que le creusement de l'isthme. » ; « On supporte facilement le sort commun à tous. » ; « Les villes de l'île d'Utopie. ». Sur l'importance des manchettes dans L'Utopie, voir l'article de Jean-François Vallée « Le livre utopique ».
  125. Thomas More 1987, p. 138.
  126. Érasme, Éloge de la Folie, Paris, Flammarion, « GF », , p. 70 (LIV)
    Voir aussi dans cette édition « GF » la note explicative n°441 p. 158. Sinon, à propos d'Abraxa : voir dans A. Prévost, L'Utopie de Thomas More, op. cit., la note n°3 « Abraxa » p. 675. Voir aussi les commentaires d'Edward Surtz dans son édition de l'Utopia.
  127. Thomas More 1987, p. 234.
  128. Thomas More 1987, p. 235. Le Livre Second se clôt sur la formule suivante : « Fin du discours d'après-midi de Raphaël Hythlodée sur les lois et les institutions de l'île d'Utopie, peu connue jusqu'à présent, par le très célèbre et très savant Thomas Morus, citoyen et vice-shérif de la cité de Londres. ».
  129. Plus même : cette découverte entraina une relecture de toutes les utopies qui parurent depuis L'Utopie, ainsi que de tous les écrits qui polémiquèrent avec L'Utopie, les écrits utopiques ou l'idée d'utopie. En effet, cette découverte permit d'identifier des ambiguïtés et des erreurs dans les éditions et les traductions successives, qui altérèrent la réception de L'Utopie.
  130. Jack H. Hexter, « The composition of Utopia », The Complete Works of Saint Thomas More, vol. IV : Utopia ed. Edward Surtz & J. H. Hexter, New Haven, Yale U.P.,‎ , p. XV-XXXIII
  131. a b et c André Prévost 1978, p. 61-82, « La genèse de l'œuvre ».
  132. Thomas More 2012, p. 302. Dans la « Lettre d'Érasme à Ulrich von Hutten du 23 juillet 1519 ».
  133. « More sait admirablement le latin, de telle sorte qu'il peut se permettre de l'écrire avec négligence. Ses phrases sont pleines d'ellipses, coupées de parenthèses, donnent l'impression de la langue parlée. Très souvent, elles paraissent grammaticalement incorrectes. Qu'on essaie de les corriger, on s'aperçoit qu'elles disent admirablement ce qu'elles veulent dire. » Marie Delcourt (éd.), L'Utopie…, op. cit., « Introduction » (1936) p. 28.
  134. Patrick Dandrey, L'éloge paradoxal de Gorgias à Molière, Paris, PUF, « Écriture »,
  135. Georges Molinié, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Librairie Générale Française, « Le Livre de Poche », , p. 95.
    Article « Déclamation » : « La déclamation est d'abord l'exercice par lequel, dans les écoles de rhétorique, on apprenait aux étudiants à se familiariser avec les conditions concrètes du métier d'avocat, dans la prononciation de plaidoyers fictifs, sur des sujets fictifs mais considérés comme exemplaire du type de discussions possibles. On commence normalement par des narrations, avant d'arriver à des discours complets. »
  136. Dans son édition de L'Utopie, André Prévost cite le passage d'une lettre d'Érasme : « la déclamation est la forme d'expression que More préfère et dans laquelle il se plaît à développer des idées paradoxales, plus aptes que d'autres à affiner l'acuité de l'esprit. Encore adolescent, il ruminait un dialogue sur une communauté à la manière de Platon où le partage s'étendait jusqu'au femme. » (L'Utopie…, op. cit., p. 37)
  137. Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique. Théorie et pratique, Paris, PUF, « Collection Premier Cycle », , p. 65-67.
  138. Anne Godard 2001, p. 5.
  139. « […] l'Utopie ne doit pas être considérée comme le premier exemplaire de la littérature utopique : si l'on voulait la situer dans une tradition générique, ce serait plutôt, malgré le long discours ininterrompu du Livre II, dans celle du dialogue, qui permet à More de redoubler la réflexion politique par la mise en scène d'une discussion critique sur les conditions nécessaires pour que le discours lettré soit entendu et puisse influer sur la politique de son temps. » Laurent Cantagrel, Discours lettré…, op. cit., p. 48.
  140. André Prévost 1978, p. 141.
  141. Dixsaut 2003, p. 37.
  142. « Le début de la Renaissance est lié à la redécouverte de l'Antiquité et surtout de l'éloquence latine, dont Cicéron est le parangon. En tant qu'orateur et homme politique, Cicéron a été un modèle d'éloquence orale ; en tant qu'écrivain, ayant fait entrer la philosophie dans la cité et la pensée grecque dans la langue latine, il est devenu également un modèle d'éloquence écrite. Sa personnalité et son œuvre sont des modèles qui se renforcent l'un l'autre. Cicéron domine en tant que modèle d'écriture dans la mesure où l'écriture essaie de correspondre à un mode de vie. C'est lui le point de départ pour les dialogues de la Renaissance. » Anne Godard, Le dialogue à la Renaissance, op. cit., p. 47.
  143. Cicéron, De l'Orateur, Paris, Les Belles Lettres,
    Ces lignes sont extraites de l'« Introduction » (p. VIII) rédigée par Edmond Courbaud.
  144. Anne Godard 2001, p. 43.
  145. Simone Goyard-Fabre 1987, p. 31-32.
  146. a et b Thomas More 1987, p. 73. Note « Pierre Gilles » de Marie Delcourt.
  147. Motu proprio du pape Jean-Paul II pour la proclamation de saint Thomas More comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques le 31 octobre 2000.
  148. Saint Thomas More, patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques.
  149. Voir sur livres-mystiques.com.
  150. André Prévost 1978.
  151. Marie Delcourt (éd.) 1983, p. 10, « Introduction »(1936).
  152. a et b Miguel Abensour 2009, p. 37-61, « L'articulation du Livre I et du Livre II ».
  153. Laurent Cantagrel 2012, p. 11.
  154. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 234. Article « Thélème ».
  155. Geoffroy Tory, Champ fleury, Paris, Gilles de Gourmont, (lire en ligne), p. LXXVIII (et "78r" pour la recherche rapide dans la visionneuse de Gallica)
  156. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 55, A. C. Fiorato..
  157. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 56.
  158. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 76.
  159. Thomas More, « La description de l'isle d'Utopie, oú est comprins le miroer des républicques du monde », Reproduction numérisée de l'édition imprimée chez C. L'Angelier en 1550, sur Bibliothèque Nationale de France, Gallica, (consulté le 17 novembre 2019)
  160. Claire Pierrot, « La fortune de l'Utopie de Thomas More en France à la Renaissance », La citation provient du résumé présentant la thèse de Claire Pierrot sur le site « theses.fr »., sur Persée.fr, (consulté le 17 novembre 2019)
  161. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 37. Article « Campanella ».
  162. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 34. Article « Campanella ».
  163. Adelin Charles Fiorato (dir.) 2001, p. 145.
  164. a b et c Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 19. Article « Bacon ».
  165. Thomas More, L'Utopie de Thomas Morus, Amsterdam, J. Blaeu, , Traduction de Samuel Sorbière
  166. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 15. Article « Aventures de Télémaque (les) »,.
  167. Thomas More, L'utopie de Thomas Morus, chancelier d'Angleterre ; idée ingénieuse pour remedier au malheur des hommes ; & pour leur procurer une félicité complette, Leide, Pierre Vander Aa, , Traduite nouvellement en françois par Mr. Gueudeville
  168. Thomas More, Idée d'une république heureuse, ou L'utopie de Thomas Morus, contenant le plan d'une république dont les loix, les usages et les coutumes tendent uniquement à rendre heureuses les sociétez qui les suivront, Amsterdam, F. L'Honoré, traduite en françois par M. Gueudeville
  169. Thomas More, Tableau du meilleur gouvernement possible, ou L'utopie de Thomas Morus, Paris, A. Jombert, , Traduction nouvelle par M. T. Rousseau
  170. Thomas More, Du Meilleur gouvernement possible, ou la Nouvelle isle d'Utopie de Thomas Morus, Paris, J. Blanchon, , traduction nouvelle, seconde édition avec des notes, par M. T. Rousseau
  171. Antoine Hatzenberger (dir.), Utopies des Lumières, Paris, ENS éditions, « La Croisée des chemins »,
  172. Bronislaw Baczko, Lumières de l'utopie, Paris, Payot, « Critique de la politique »,
  173. Bronislaw Baczko, Michel Porret et François Rosset (dir.), Dictionnaire critique de l'utopie au temps des Lumières, Chêne-Bourg, Georg éditeur,
  174. Jean Michel Racault, « L'Utopie narrative en France et en Angleterre », 1675-1761, Studies on Voltaire and the eighteenth Century,‎ n°280, 1991, p. 166 et suivantes : Jean Michel Racault a résumé les résultats de diverses bibliographies (Messac, Hartig et Soboul, Negley, Sargent et Winter) et éliminé les textes non narratifs.
  175. Werner Krauss, Reise nach Utopia. Franzôsische Utopien aus drei Jahrhunderten, Berlin, Rùtten & Loening, , p. 16
  176. Hans-Gunter Funke, Hans-Gunter Funke, Studien zur Reiseutopie der Fruhaufklârung : Fontenelles « Histoire des Ajaoiens », Heidelberg, Winter, Teil I, Reihe Siegen, Beitràge zur Literatur- und Sprachwissenschaft 24, , p. 568
  177. Philip Babcock Gove, The imaginary voyage in prose fiction, New York : Morningside Heights, Columbia University Press, , p. 184.
  178. Horlacher Stefan, « Une œuvre méconnue : Le récit de voyage et l'utopie selon Tiphaigne de la Roche », Littératures,‎ n°31, automne 1994, pp. 59-77 (lire en ligne)
  179. Anne Zali, Françoise Juhel, Catherine Lefrançois Tourret et Pascale Hellégouarc'h, « Les utopies de Candide », Exposition virtuelle proposée à l'occasion de l'exposition réelle « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », qui se tint à la Bibliothèque Nationale de France en 2000., sur Bibliothèque Nationale de France, (consulté le 17 novembre 2019)
  180. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 3. Article « An 2440 (l') ».
  181. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 88. Article « Diderot ».
  182. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 17. Article « Babeuf ».
  183. Le développement de la littérature et de l'écrit sous différentes formes au XVIIIe siècle (roman courtois, presse, fables, conte, littérature scientifique, traités et essais philosophiques, récits de voyages, tragédie, comédie…) fait que l'« utopie » devient un genre littéraire parmi d'autres et non, comme le fut L'Utopie aux XVIe siècle et XVIIe siècle, un texte original exerçant un pouvoir d'attraction et de subversion. Aussi, le contexte socio-historique a irrémédiablement changé : écrire un texte au XIXe siècle comme Thomas More écrivit son Utopia XVIe siècle, cela apparaît alors anachronique.
  184. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 108. Article « Fourier ».
  185. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 109. Article « Fourier ».
  186. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 111. Article « fouriéristes américains ».
  187. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 204. Article « Saint-Simon ».
  188. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 203. Article « Saint-Simon ».
  189. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 171. Article « Owen ».
  190. a et b Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 32. Article « Cabet ».
  191. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 139. Article « Leroux ».
  192. Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.) 2007, p. 139-140. Article « Leroux ».
  193. a et b Friedrich Engels, « Socialisme Utopique et Socialisme Scientifique », sur marxists.org, (consulté le 17 novembre 2019)
  194. Thomas More, L'Utopie de Thomas Morus, Paris, Paulin, , traduction nouvelle, par M. Victor Stouvenel, avec une introduction, une notice bibliographique et des notes par le traducteur
  195. Thomas More, Le Planisme au XVIe siècle. L'Île d'Utopie ou la Meilleure des républiques, Paris, Albin Michel, , 252 p., Traduction nouvelle avec notes précédée d'un avertissement au lecteur et d'une biographie de sir Thomas More, portrait, fac-similé, par P. Grunebaum-Ballin.
  196. En ce sens : L'Utopie en tant qu'œuvre est si ancrée dans son XVIe siècle (problèmes socio-politiques abordées, formulation des questions philosophiques, etc.), qu'il est difficile de l'inscrire dans le XXe siècle. Par contre, certains points précis de L'Utopie gardent une actualité certaine (bien qu'il faille les reformuler) : conseiller le prince ou non (Luc Ferry et Vincent Peillon, deux philosophes, furent ministres de l'éducation sous la Ve république en France) ; établir plus d'égalité et répartir les richesses (De nombreux mouvements populaires, organisations syndicales, Think Tank et ONGs formulent régulièrement de telles demandes et proposent des idées) ; instituer une autre distribution du pouvoir ou d'autres institutions politiques, ou une manière de faire de la politique autrement (Sur ce point aussi : De nombreux mouvements populaires, organisations syndicales, Think Tank et ONGs formulent régulièrement de telles demandes et proposent des idées) ; etc. Mais, attention, il faut toujours garder à l'esprit la façon dont Thomas More présentait ces quelques points dans son Utopia : avec ironie, sous le mode de la satire et de façon paradoxale. Il ne faut pas lire L'Utopie au premier degré et, souvent, même pas au deuxième degré. (Lire l'article de Jean-François Vallée, mentionné dans la bibliographie, qui résume et synthétise la question de l'écriture de Thomas More.)
  197. Les références de la littérature secondaire utilisées pour cet article sur l'Utopia proviennent, en grande partie, de ces recherches publiées à partir de la seconde moitié du XXe siècle.
  198. Auxquels il faut associés les personnes qui participèrent à l'ensemble de la publication (15 Vol.) : Leicester Bradner, Anthony S. G. Edwards, Stephen M. Foley, Katherine Gardiner Rodgers, John Guy, John Headley, Ralph Keen, Daniel Kinney, Thomas M.C. Lawler, James P. Lusardi, Charles A. Lynch, Germain Marc'hadour, Richard C. Marius, Clarence H. Miller, Louis A. Schuster, Richard S. Sylvester, Craig R. Thompson, J. B. Trapp.
  199. Russell Ames, Dominic Baker-Smith, R. W. Chambers, Alistair Fox, Northrop Frye, J. H. Hexter, Karl Kautsky, C. S. Lewis, Elizabeth McCutcheon, Eric Nelson, Frederic Seebohm, Edward L. Surtz.
  200. Jean Lameere (éd.), Les utopies à la renaissance, Liège, P.U.B./P.U.F.,
    Actes du colloque international tenu à Bruxelles en avril 1961.
  201. Maurice De Gandillac, Catherine Piron (dir), Le discours utopique, Paris, UGE, «10/18»,
    Actes du colloque tenu à Cerisy en 1975.
  202. Pierre Furtet, Gérard Raulet (éd.), Stratégies de l’utopie, Paris, Galilée,
    Actes du colloque organisé par le Centre Thomas More en 1978.
  203. Raimond Ruyer, L'Utopie et les utopistes, Paris, PUF,
  204. Cioran, Histoire et utopie, Paris, Gallimard,
  205. Jean Servier, Histoire de l'utopie, Paris, Gallimard,
  206. Gilles Lapouge, Utopie et civilisations, Paris, Weber,
  207. Roger Muchielli, Le Mythe de la cité idéale, Brionne, G. Montfort,
  208. Bronislaw Baczko, Les imaginaires sociaux, Paris, Payot, « Critique de la politique »,
  209. Jean-Jacques Wunenburger, L'utopie ou La crise de l'imaginaire, Paris, J.-P. Delarge, 1979.
  210. Norbert Elias, L'utopie, Paris, La Découverte, « Laboratoire des sciences sociales »,
    Réunion de textes écrits entre 1980 et 1987.
  211. Paul Ricœur, L'idéologie et l'utopie, Paris, Seuil, « Points Essais »,
    Première parution en 1986.
  212. Robert Nozick, Anarchie, État et utopie, Paris, PUF,
    Première parution aux États-Unis en 1974.
  213. Pierre-François Moreau, Le récit utopique. Droit naturel et roman de l'État, Paris, PUF,
  214. Michel Foucault, Le corps utopiques. Les Hétérotopies, Paris, Lignes,
    Ce livre réunit deux conférences prononcées en 1966.
  215. a et b Ernest Tabouriech, La Cité future. Essai d'une utopie scientifique, Paris, P.-V. Stock, , 484 p. (lire en ligne)
    Édité une seconde fois en 1910, toujours chez Stock, ce livre est proposé en lien internet (à lire sur Gallica). La note (1) dans la citation renvoie ainsi : Voir A. Menger, Le Droit au produit intégral du Travail, p. 149 à 153 de la traduction français ; V. Giard et Brière, 1900.
  216. Ernst Bloch, L'Esprit de l'Utopie, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de philosophie »,
  217. André Reix, « Ernst Bloch, L'Esprit de l'utopie », Revue Philosophique de Louvain,‎ , p. 592-593, Année 1979, n°36. (lire en ligne)
  218. Karl Mannheim, Idéologie et utopie, Paris, Marcel Rivière, , Traduction partielle
    Première parution en 1929 en Allemagne. Traduction intégrale en français sous le même titre Idéologie et utopie chez les Éditions de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2006 (272 p.).
  219. Corinne Delmas, « Karl Mannheim, Idéologie et utopie », L'Homme. Revue français d'anthropologie,‎ , p. 264-266, Année 2009, n°189, « Oralité et écriture ». (lire en ligne)
  220. Michael Löwy, « Karl Mannheim, Idéologie et utopie », Archives des sciences sociales des religions,‎ , p. 97-251 (entre…), Avril - Juin 2007, n°138, « Varia ». (lire en ligne)
  221. Miguel Abensour, Utopiques I, II, III & IV, Paris, Sens & Tonka, de 2013 à 2016
    Voici les titres de chacun des quatre tomes et, pour chacun, leur dernière date d'édition : Le procès des maîtres rêveurs. Utopiques I (2013) ; L'homme est un animal utopique. Utopiques II (2013) ; L'utopie de Thomas More à Walter benjamin. Utopiques III (2016) ; L'histoire de l'utopie et le destin de sa critique. Utopiques IV (2016).
  222. Michael Lowy, « Miguel Abensour (1939-2017), philosophe subversif », sur Club de Mediapart (consulté le 8 octobre 2019)
  223. Fabien Delmotte, « Miguel Abensour : repenser l’utopie », sur laviedesidées.fr, (consulté le 17 novembre 2019)
  224. Monique Boireau-Rouillé, « Michèle Riot-Sarcey, Le réel de l'utopie. Essai sur le politique au XIXe siècle », Revue d'histoire du XIXe siècle,‎ année 1999, n°19 : « Aspects de la production culturelle au XIXe siècle » (lire en ligne)
  225. Christian Godin, Faut-il réhabiliter l'utopie ?, Nantes, Pleins Feux, « Lundis Philo », , 91 p.
    Ces lignes de la citation sont tirées de la quatrième de couverture de l'ouvrage.
  226. Yolène Dilas-Rocherieux, L’utopie ou la mémoire du futur, Paris, Pocket, «Agora», , 672 p.
    Première édition en 2000.
  227. Alain Pessin, L'imaginaire utopique aujourd'hui, Paris, PUF, « Sociologie d'aujourd'hui », , 222 p.
  228. Michèle Riot-Sarcey (éd.), Les utopies, le moteur de l'histoire ? Les Rendez-Vous de l'Histoire. Blois 2000, Nantes, Pleins Feux, étude(s), , 123 p. (présentation en ligne)
    Le livre contient les textes (prononcés lors des Rendez-vous…) de Jacques Attali, Michèle Riot-Sarcey, Alain Touraine et Boutros Boutros-Ghali ; ce livre reprend aussi les débats animés par Pauline Schmitt-Pantel et Michel Winock. La préface est de Michèle Riot-Sarcey. Le lien internet renvoie vers une vidéo présentant les Rendez-Vous… de cette année 2000. Quelques intervenants sont interrogés, ainsi que des participants.
  229. Roland Schaer, Lyman Tower Sargent (dir.), Utopie : la quête de la société idéale en Occident, Paris, BNF - Fayard, , 368 p.
    Cet ouvrage a été publié à l’occasion de l’exposition « Utopie : la quête de la société idéale en Occident » présentée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, du 4 avril au 9 juillet 2000, puis à la New York Public Library, du 14 octobre 2000 au 27 janvier 2001.
  230. Michèle Riot-Sarcey (dir.), L’utopie en questions, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, «La Philosophie hors de soi», , 256 p.
  231. Thomas Bouchet, « Michèle RIOT-SARCEY (dir.), L'Utopie en questions », Revue d'histoire du XIXe siècle,‎ année 2001, n°22 : « Autour de Décembre 1851 » (lire en ligne)
  232. Pierre Macherey 2011.
  233. Yves Charles Zarka (dir. Publication), Cités. « Utopies », Paris, PUF, , 192 p. (lire en ligne), Revue Cités - 2010/2 (n° 42).
    Contribuèrent à ce numéro : Marc Angenot, Isabelle Barbéris, Hakim Bey, Vanessa Clairet, Éric Corne, Pascal Cribier, Christian Godin, Sandra Guigonis, Djamel Klouche, Raphaël Larrère, Michael Löwy, Fabrizio Mejía Madrid, Vanessa Nurock, Philippe Simay, Annabela Tournon, Yves Charles Zarka.
  234. Europe. « Regards sur l'utopie », Paris, Revue Europe, , 404 p., p. 89e année - n°985/Mai 2011.
    Contribuèrent à ce dossier : Miguel Abensour, Bronislaw Baczko, Emmanuèle Baumgartner, Jacques Berchtold, Yves Citton, Franck Fischbach, Thierry Hoquet, Thierry Labica, Frank Lestringant, , Laurent Loty, Jean-Baptiste Para, Claire Pierrot, Martial Poirson, Michel Porret, Jean-Michel Racault, Martin Rueff, Anna Saignes, Jean-Paul Sermain, Raymond Trousson, Franco Venturi.
  235. Frédéric Dupin (éd.), Le Philosophoire, « L'Utopie », Paris, Vrin, année, 2015, n°2, 208 p. (lire en ligne)
    Contribuèrent à ce numéro : Migeul Abensour, Florent Bussy, Anne-Marie Drouin-Hans, Frédéric Dupin, Jean-Luc Gautero, Jean-Claude Poizat, Sébastien Roman.
  236. Thierry Paquot, Lettres à Thomas More sur son utopie (et celles qui nous manquent), Paris, La Découverte, « Cahiers libres », , 160 p.
  237. Aymeric Caron, Utopia XXI, Paris, Flammarion, , 517 p.

AnnexesModifier

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Éditions en latin de L'Utopie : les quatre compositions détailléesModifier

 
Page de titre de L'Utopie de Thomas More, première édition de 1516 chez Thierry Martens. (« Source gallica.bnf.fr / BnF »)

Thomas More, « Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivus de Optimo reip. statu deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de la première édition chez Thierry Martens en 1516, sur Bibliothèque Nationale de France, Gallica (consulté le 18 octobre 2019). La première édition de L'Utopie en 1516, chez Thierry Martens, se présente ainsi :

  • une page de titre débute par la mention « Libellus vere aureus… » ;
  • une carte de l'île d'Utopie (peut-être due à G. Geldenhauer) ;
  • un alphabet utopien et un quatrain en langue vernaculaire des Utopiens (vraisemblablement réalisés par P. Gilles) ;
  • un « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » (vraisemblablement rédigé par T. More) ;
  • une lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • une lettre de J. Desmarais adressée à P. Gilles ;
  • un poème de J. Desmarais ;
  • un poème de C. Schrijver ;
  • un poème de G. Geldenhauer ;
  • une lettre de J. de Busleyden adressée à T. More ;
  • une Lettre-Préface de T. More adressée à P. Gilles (avec quelques manchettes attribuées à. P. Gilles et/ou à Érasme) ;
  • le Livre Premier & le Livre Second (avec plus de 150 manchettes attribuées à. P. Gilles et/ou à Érasme parsèment le texte des livres Premier & Second de l'Utopia) ;
  • enfin, le colophon de Thierry Martens.
 
Page de titre de L'Utopie de Thomas More, deuxième édition de 1517 chez Gilles de Gourmont. (« Source gallica.bnf.fr / BNF »)

Thomas More, « de Optimo reipublice statu, deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition imprimée chez Gilles de Gourmont en 1517, sur Bibliothèque Nationale de France, Gallica (consulté le 18 octobre 2019). Cette deuxième édition, chez Gilles de Gourmont à Paris en 1517, est composée ainsi :

  • une nouvelle page de titre, « Ad lectorem », est composée ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • une lettre-préface de G. Budé adressée à T. Lupset est ajoutée ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • lettre de J. Desmarais adressée à P. Gilles ;
  • poème de J. Desmarais ;
  • Lettre-Préface de T. More à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • le Livre Premier & le Livre Second occupent à présent le centre de la publication (+ les manchettes) ;
  • une nouvelle lettre de T. More adressée à P. Gilles est ajoutée après le Livre Second (Impendio) ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à T. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, le colophon de Gilles de Gourmont.
 
Frontispice de L'Utopie de Thomas More, troisième édition de mars 1518 chez Johann Froben. (« Source e-rara.ch / Universitätsbibliothek Basel »)

Thomas More, « De optimo reip. statu deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition imprimée chez Johann Froben en mars 1518, sur Bibliothèque de l'Université de Basel (Universitätsbibliothek Basel) (consulté le 18 octobre 2019). Cette troisième édition, chez Johann Froben à Bâle imprimée en mars 1518, est composée ainsi :

  • un frontispice comportant une scène de rencontre (vraisemblablement réalisé par Hans Holbein le Jeune ou Ambrosius Holbein) remplace les précédentes pages de titre ;
  • une lettre d'Érasme adressée à J. Froben est ajoutée ;
  • lettre-préface de G. Budé adressée à T. Lupset ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • une nouvelle carte de l'île d'Utopie est gravée par A. Holbein ;
  • l'alphabet utopien de P. Gilles est retouché et repris, ainsi que le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens ;
  • lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • Lettre-Préface de T. More à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • Livre Premier & Livre Second, qui sont toujours au centre du livre (+ les manchettes) ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à T. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, le colophon de J. Froben.
 
Frontispice de L'Utopie de Thomas More, réalisé par Hans Holbein le Jeune, quatrième et dernière édition ne varietur de novembre 1518 chez Johann Froben.

Thomas More, « De optimo reipublicae statu deque nova insula Utopia », Reproduction numérisée de l'édition finale imprimée chez Johann Froben en novembre 1518, sur Bibliothèque de l’université de Bielefeld en Allemagne (Universitätsbibliothek Bielefeld) (consulté le 18 octobre 2019). La quatrième édition ne varietur de L'Utopie chez Johan Froben à Bâle, datée de novembre 1518, reprend l'ordonnancement de la précédente, les fautes typographiques présentes dans la troisième éditions sont corrigées :

  • un nouveau frontispice est réalisé par H. Holbein le Jeune, il remplace celui de la troisième édition ;
  • lettre d'Érasme adressée à J. Froben ;
  • lettre-préface de G. Budé adressée à T. Lupset ;
  • « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » ;
  • carte de l'île d'Utopie réalisée par A. Holbein ;
  • quatrain en langue vernaculaire des Utopiens et l'alphabet utopien ;
  • la lettre de P. Gilles adressée à J. de Busleyden ;
  • Lettre-Préface de T. More adressée à P. Gilles (+ les manchettes) ;
  • Livre Premier & Livre Second, trois nouvelles manchettes sont ajoutées ;
  • lettre de J. de Busleyden adressée à T. More ;
  • poème de G. Geldenhauer ;
  • poème de C. Schrijver ;
  • enfin, le colophon de J. Froben clôt l'œuvre.

André Prévost, dans L'Utopie de Thomas More, et Jean-François Vallée, dans son article, retracent l'historique de ces quatre éditions. (Voir la bibliographie ci-dessous)

Chronologie de quelques traductionsModifier

  • 1524, allemand, par Claudius Cantiuncula à Basel.
  • 1548, italien, par Ortensio Lando à Venise.
  • 1550, français, par Jean Leblond, Evreux, Paris.
  • 1551, anglais, par Ralph Robynson, publiée à Londres.
  • 1553, hollandais, par Hans de Laet à Anvers.
  • 1612, allemand, par Gregor Wintermonath à Leipzig.
  • 1637, espagnol, par Salvador de Cea à Cordoba.
  • 1643, français, par Samuel Sorbière, Amsterdam.
  • 1684, anglais, par Gilbert Brunet, publiée à Dublin et à Londres.
  • 1715, français, par Nicolas Gueudeville, Leyde et Amsterdam.
  • 1780, français, par Thomas Rousseau, Paris.
  • 1842, français, par Victor Stouvenel, Paris.
  • 1923, anglais, par G. C. Richards, publiée à Londres.
  • 1935, français, par Paul Grunebaum-Ballin, Paris.
  • 1949, anglais, par H. V. S. Ogden, publiée à New York.
  • 1950, français, par Marie Delcourt, Bruxelles.
  • 1964, anglais, par Edward Surtz, New Haven et Londres.
  • 1965, anglais, par Peter K. Marshall, New York.
  • 1965, anglais, par Paul Turner, Londres.
  • 1975, anglais, par R. M. Adams, New York.
  • 1978, français, par André Prévost, Paris.

Éditions contemporaines de L'UtopieModifier

Éditions de référenceModifier

En langue anglaise :

  • Thomas More, The Complete Works of Saint Thomas More, vol. IV : Utopia, ed. Edward Surtz & Jack H. Hexter, New Haven, Yale U.P., 1965.
  • Thomas More, Utopia, New York, W. W. Norton & Co, 2011. A Norton critical edition : A revised translation, backgrounds, criticism ; edited and with a revised translation by George M. Logan.

En langue française :

  • André Prévost, L'Utopie de Thomas More, Paris, Mame,
Cette publication reproduit en fac-similé l'édition ne varietur supervisée par Érasme suivant les directives de T. More, imprimée par Johann Froben de Bâle en novembre 1518. C'est la seule édition en français qui reprend et reproduit, dans le bon ordre et intégralement, le texte latin (avec sa traduction française en regard) et tous les paratextes, à savoir : le frontispice réalisé par Hans Holbein le Jeune ; la lettre d'Érasme à Johann Froben ; la lettre de Guillaume Budé à Thomas Lupset ; le « Sizain d'Anémolius, poète lauréat, neveu de Hythlodée par sa sœur » vraisemblablement de Thomas More ; la carte de l'île d'Utopie gravée par Ambrosius Holbein ; le quatrain en langue vernaculaire des Utopiens & l'alphabet utopien vraisemblablement de Pierre Gilles ; la lettre de Pierre Gilles à Jérôme de Busleyden ; la Lettre-Préface de Thomas More adressée à Pierre Gilles, le Livre Premier & le Livre Second, ainsi que toutes les manchettes ; la lettre de Jérôme de Busleyden adressée à Thomas More ; le poème de Gerhard Geldenhauer ; le poème de Cornelius Schrijver ; le colophon de J. Froben qui clôt l'œuvre.
Ce livre de presque 800 pages se présente ainsi : 1) une reproduction d'un portrait de Thomas More (celui d'H. Holbein le J.) et une courte « Préface » de Maurice Schumann (p.17-21) ; 2) une longue présentation d'A. Prévost dans laquelle il retrace la formation de More, il détaille les étapes de la rédaction du texte, il étudie la composition et le propos de l'Utopia, il propose son interprétation du texte, il résume l'histoire et la composition de chacune des quatre éditions latines (p. 49-306) ; 3) l'Utopia est éditée avec l'ensemble des paratextes de l'édition de novembre 1518 chez J. Froben dans le bon ordre, le texte original en latin est donné en fac-similé et la traduction française est donnée en regard, des notes sont données pour le texte latin et pour le texte français (p. 307-645) ; 4) après l'Utopia, A. Prévost propose un corpus de notes complémentaires détaillées : explicitation des références à la Bible, explicitation des références et des allusions à d'autres ouvrages, explicitation des adages parsemant le texte, aussi il donne les contextes et les repères historiques nécessaires à la bonne compréhension du texte, il présente chaque humaniste et chaque personnalité historique (p. 649-723.), enfin, une bibliographie, un index et des définitions achèvent cette publication (p. 726-776).
  • Thomas More, Marie Delcourt (éd.), L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Genève, Droz, « Les Classiques de la pensée politique »,
Cette édition réunit : le texte latin de l'Utopia édité par Marie Delcourt, avec des notes explicatives et critiques, paru chez Droz en 1936 ; la traduction en français par Marie Delcourt (du texte latin édité en 1936), accompagné de commentaires, paru chez La Renaissance du livre en 1950. En outre, l'édition de 1983 reprend l'« Introduction » au texte latin de 1936 et l'« Introduction » au texte français de 1950. (Par contre : hormis le frontispice de H. Holbein le Jeune pour la quatrième édition et la première page du Livre Premier, cette édition ne contient aucun paratexte.)

Autres éditions en langue françaiseModifier

  • Thomas More, L'utopie : discours du très excellent homme Raphaël Hythloday sur la meilleure constitution d'une république, Paris, Éditions sociales, « Les classiques du peuple », introduction par Marcelle Bottigeli-Tisserand, traduction de Victor Stouvenel (1842) revue et annotée par M. Bottigelli-Tisserand. (Édition ne comprenant que les livres Premier & Second, sans la Lettre-Préface de Th. More à P. Gilles.)
  • Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement, Paris, Flammarion, « GF », , 248 p.
Cette édition « GF » fut réalisée par Simone Goyard-Fabre : repères chronologiques, introduction, bibliographie sélective, historiques des éditions de L'Utopie et notes complémentaires. Cette édition reprend le texte traduit du latin en français par Marie Delcourt en 1950, avec ses commentaires. S. Goyard-Fabre signe l'introduction, « Thomas More et L'Utopie », à laquelle il est fait renvoi dans cet article. En format de poche, cette édition est celle de référence ; mais elle ne remplace pas l'édition de L'Utopie réalisée par André Prévost (Paris, Mame, 1978). Dans la mesure du possible toutes les citations de L'Utopie proviennent de cette édition, désignée Édition « GF » dans les notes.
  • Thomas More, L'Utopie, Paris, Gallimard, « Folio classique », , édition de Guillaume Navaud, avec la traduction de Jean Leblond (1550) revue par Barthélemy Aneau (1559) révisée et modernisée par G. Navaud.
Cette édition est accompagnée d'une préface « Platon au nouveau monde » de G. Navaud, d'une chronologie, d'une notice sur la rédaction du texte et sa traduction, d'une bibliographie et de notes sur le texte. Un dossier en annexe réunit différents paratextes composés pour les éditions successives de 1516, 1517 et 1518, soit : quasiment toutes les lettres (T. More à P. Gilles, J. Busleyden à T. More, G. Budé à T. Lupset, la seconde lettre de T. More à P. Gilles, celle d'Érasme à J. Froben, il manque celle de J. Desmarais), l'alphabet, le sizain, deux poèmes de G. Geldenhauer et C. Schrijver (il manque le poème de J. Desmarais), ainsi que les deux versions de la carte de l'île d'Utopie (1516 et 1518) ; des extraits de la correspondance entre More et Érasme sont proposés, ainsi que des extraits d'Amerigo Vespucci.
  • Thomas More, L'Utopie, Bruxelles, Aden, 2016, introduction et commentaires de Serge Deruette, avec la traduction de Marie Delcourt (1950).
  • Thomas More, L'Utopie, Paris, J'AI LU, « Librio philosophie », 2018, préface de Claude Mazauric, avec la traduction de Victor Stouvenel (1842) revue et annotée par Marcelle Bottigelli. (Reprise du livre paru aux Éditions sociales, toujours sans la Lettre-Préface.)

BibliographieModifier

Biographies de Thomas MoreModifier

  • André Prévost, Thomas More (1478-1535) et la crise de la pensée européenne, Paris, Mame, 1969
  • Philippe Godding, Petite vie de Thomas More, Desclée de Brouwer, 2002 (ISBN 2220051072 et 9782220051079)
  • Marie-Claire Phélippeau, Thomas More, Paris, Gallimard, « Folio Biographies »,
CorrespondanceModifier
  • Érasme de Rotterdam et Thomas More. Correspondance, traduction introduction et notes par Gérard Marc'hadour et Roland Galibois, Centre d'études de la Renaissance, Éditions de l'Université de Sherbrooke, 1965

Ouvrages sur L'Utopie, l'utopie et les utopiesModifier

Première approche de L'Utopie et des utopiesModifier
  • Michèle Madonna-Desbazeille, Première Leçon sur Utopia, Thomas More, Paris, Ellipses,
  • Germain Marc'hadour, Thomas More, Utopia, Didier érudition - CNED, 1998 (ISBN 2864603489)
  • Micheline Hugues, L'utopie, Paris, Nathan, « 128 », 1999
  • Raymond Trousson, Voyages au pays de nulle part. Histoire littéraire de la pensée utopique, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 1999
  • Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon (dir.), Dictionnaire des Utopies, Paris, Larousse, « In extenso »,  :
« An 2440 (l') », Christophe Cave, pages 2-3 ;
« Aventures de Télémaque (les) », François Trémolières, pages 14-16 ;
« Babeuf », Philippe Riviale, pages 17-19 ;
« Bacon », Jean-Luc Baudras, pages 19-20 ;
« Cabet », François Fourn, pages 32-34 ;
« Campanella », Vittorio Frajese, pages 34-38 ;
« Diderot », Georges Benrekassa, pages 87-89 ;
« Fourier », Franck Malécot, pages 108-111 ;
« fouriéristes américains », Carl J. Guarneri, pages 111-112 ;
« Leroux », Georges Navet, pages 138-140 ;
« Owen », Gregory Claeys, pages 170-171 ;
« Saint-Simon », Philippe Régnier, pages 203-205 ;
« Thélème », Michèle Clément, pages 234-235 ;
« Utopia », Michèle Madonna-Desbazeille, pages 243-247.
  • Jean-Marc Stébé, Qu'est-ce qu'une utopie ?, Paris, Vrin, « Chemins Philosophiques », 2011
  • Frédéric Rouvillois, L'utopie, Paris, Flammarion, « GF Corpus », 2013
  • Thierry Paquot, Utopies et utopistes, Paris, La Découverte, « Repères » , 2018
Études de L'Utopie de Th. MoreModifier
ArticlesModifier
« Thomas More entre Aristote et Platon », dans XVIe Colloque International de Tours, Platon et Aristote à la Renaissance, sous la direction de Jean-Claude Margolin, Paris, Vrin, 1976, p. 483-491 (Sur la place des pensées d'Aristote et Platon dans L'Utopie)
« Thomas More : de la conversation au dialogue », dans Le dialogue au temps de la Renaissance, Colloques des 18-19 novembre 1983 et 23-24 mars 1984. Publié par le Centre de recherches sur la Renaissance, dir. de la publication M.T. Jones-Davis, Paris, Jean Touzot, 1984, p. 35-57 (Sur l'importance du dialogue au Livre Premier de L'Utopie)
  • Suzanne Gély (Sur la fiction, l'importance du latin, les couches de sens présentes dans l'alphabet, les cartes et les titres de L'Utopie) :
« Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie », Vita Latina,‎ 1999a, p. 2-7 (lire en ligne)
« Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie II (suite) », Vita Latina,‎ 1999b, p. 2-7 (lire en ligne)
« Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (III) », Vita Latina,‎ 2000a, p. 2-8 (lire en ligne)
« Thomas More, témoin d'humanité. Fiction, Figure et Sens dans l'Utopie (IV) », Vita Latina,‎ 2000b, p. 2-9 (lire en ligne)
  • Emmanuelle Lacore-Martin, « L'utopie de Thomas More à Rabelais : sources antiques et réécritures », Kentron. Revue pluridisciplinaire du monde antique, 2008
  • Jean-François Vallée, « Le livre utopique », sur érudit.org, Mémoires du livre, volume 4, numéro 2, printemps 2013 (consulté le 24 octobre 2019)
IntroductionsModifier
  • Simone Goyard-Fabre, « Thomas More et L'Utopie », Thomas More, L'Utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement,‎ , p. 13-65
  • Guillaume Navaud, « Platon au Nouveau Monde », Thomas More, L'Utopie,‎ , p. 7-41
Chapitres d'ouvragesModifier
  • Pierre Mesnard, L'essor de la Philosophie Politique au XVIe siècle, Paris, Vrin, « Bibliothèque d'histoire de la philosophie »,
  • Henri Weber, Histoires d'idées et des combats d'idées aux XIVe et XVe siècles, de Ramon Lull à Thomas More, Paris, Honoré Champion, « Études et essais sur la Renaissance »,
  • Miguel Abensour, L'Utopie de Thomas More à Walter Benjamin, Paris, Sens & Tonka,
  • Quentin Skinner, Les fondements de la pensée politique moderne, Paris, Fayard, « Bibliothèque de l'évolution de l'humanité »,
  • Pierre Macherey, De l'utopie !, Le Havre, De l'incidence éditeur,
  • Laurent Cantagrel, Discours lettré et transformations sociopolitiques au début du XVIe siècle, Paris, Classiques Garnier, « Études et essais sur la Renaissance »,
LivresModifier
  • Louis Marin, Utopiques : jeux d'espaces, Paris, Éditions de Minuit, « Critiques », 1973 (Sur la question de l'espace dans L'Utopie)
  • Nicole Morgan, Le sixième continent, L’Utopie de Thomas More. Nouvel espace épistémologique, Paris, Vrin, « De Pétrarque à Descartes », 1995 (Sur la question de l'otium et du negotium dans L'Utopie)
  • Jean-Yves Lacroix, L'Utopia de Thomas More et la tradition platonicienne, Paris, Vrin, « De Pétrarque à Descartes », 2007 (Sur la tradition platonicienne de L'Utopie)
Site internetModifier

Autres sourcesModifier

ArticlesModifier
  • Rodney Howard Hilton, « L'Angleterre économique et sociale des XIVe et XVe siècles », Annales. Economies, sociétés, civilisations,‎ 1958, 13ᵉ année, n°3, p. 541 à 563 (lire en ligne)
  • Alec Ryrie et Tadhg Ó hAnnráchain, « Les îles Britanniques et l’Irlande », dans L’Europe en conflits. Les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne (vers 1500-vers 1650), Wolfgang Kaiser (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 287 à 320
  • Federica Greco, « Utopie révolutionnaire et utopie conservatrice : la réception politique des textes utopiques italiens de la Renaissance », ILCEA,‎ 2018, n°30 (lire en ligne), « Création culturelle et territoires : de l’histoire au mythe, du réel à l’utopie »
LivresModifier
  • Georges Molinié, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Librairie Générale Française, « Le Livre de Poche », 1992
  • Anne Godard, Le dialogue à la Renaissance, Paris, P.U.F., « Écriture »,
  • Adelin Charles Fiorato (dir.), La cité heureuse. L'utopie italienne de la Renaissance à l'Age baroque, Paris, l'Harmattan, « Utopies »,
Cet ouvrage propose plusieurs textes d'utopies italiennes : « Monde sage monde fou » d'Anton Francesco Doni, extrait de Les Mondes ; La cité heureuse de Francesco Patrizi ; « La République imaginaire » de Ludovico Agostini, extrait des Dialogues de l'Infini ; La Cité du Soleil de Tommaso Campanella ; « Le "Belluzzi" ou la Cité heureuse » et « Le "Porto" ou la République d'Evandria » de Ludovico Zuccolo, extraits de ses Considérations Politiques. Les textes sont traduits de l'italien par : P. Abbrugiati, A. C. Fiorato, H. Giovannetti, C. Paul. En annexe, un dossier rassemble des extraits, des lettres et des documents « Autour de l'utopie » : Leon Battista Alberti, Antonio Filacrète, Léonard de Vinci, Amerigo Vespucci, Nicolas Machiavel, Jérôme Cardan, Le tasse, et un Anonyme. Une chronologie clôt le tout. Adelin Charles Fiorato signe une longue « Introduction » qui présente ces utopies italiennes et donne le contexte de leur rédaction.
  • Monique Dixsaut, Platon : Le désir de comprendre, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque des philosophies »,
  • Françoise Lavocat, « Fictions et paradoxes. Les nouveaux mondes possibles à la Renaissance », dans Usages et théories de la fiction. Le débat contemporain à l'épreuve des textes anciens (XVI-XVIIIe siècles), sous la direction de Françoise Lavocat, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, p. 87-111 (Sur le vrai et le faux dans L'Utopie)
  • Edmond Courbaud, « Introduction », dans Cicéron, De l'Orateur, Paris, Les Belles Lettres, 2009
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique. Théorie et pratique, Paris, P.U.F., « Collection Premier Cycle », 2011
  • Jean-Louis Fournel, La cité du soleil et le territoire des hommes. Le savoir du monde chez Campanella, Paris, Albin Michel, « L'Évolution de l'Humanité »,
  • Cédric Michon (éd.), Conseils et conseillers dans l'Europe de la Renaissance (v. 1450-v. 1550), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, « Renaissance », (lire en ligne)
Site internetModifier
  • Denis Crouzet, Pierre Couhaut et Séverin Duc, « Humanisme européen », sur Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, (consulté le 2 novembre 2019)
« République des Lettres à la Renaissance (La) », par Cécile Caby ;
« Latin dans l’Europe des humanistes (Le) », par Fulvio Delle Donne ;
« Humanistes et l’Europe (Les) », par Andrea Martignoni ;
« Héritages culturels de l’Europe », par Clémence Revest .

Documentation complémentaireModifier

Bibliographies supplémentairesModifier

  • Bibliothèque de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme, « 500 ans d'utopie. L'Utopie de Thomas More, 1516-2016 », sur Calameo.com,  ;
  • (en) Romuald I. Lakowski, « International Thomas More Bibliography », sur Site personnel de Romuald Lakowski (Docteur en Littérature anglaise), (Cette bibliographie approche l'exhaustivité, elle recense des travaux : sur L'Utopie, sur des points précis du texte, sur les paratextes, sur les traductions de L'Utopie, sur les éditions de L'Utopie, sur la famille et les amis de Thomas More, etc.).

Revues consacrées à Th. More ou à L'UtopieModifier

  • Moreana, site de la revue internationale Moreana publiée par l'association Amici Thomae Mori, c'est une revue de référence accueillant des recherches sur Thomas More, l'Humanisme et la Renaissance ;
  • « Edições anteriores », sur Morus. Utopia e Renascimento, site d'une revue brésilienne plurilingue consacrée à Thomas More et à L'Utopie. (Selon les auteurs, les articles sont rédigés en brésilien, en italien, en anglais, en français, en allemand, etc.)

ConférenceModifier

Émissions de radioModifier

  • Franck Ferrand et Bernard Cottret, « L’ennemi intime d’Henri VIII, Thomas More », sur Youtube.com, Europe 1, émission « Au cœur de l'histoire », (D'une durée de quarante cinq minutes, cette émission retrace la vie de T. More ; L'Utopie est très brièvement abordée.) ;
  • Gilles Lapouge et André Prévost, « L'utopie, une fête ou une caserne ? 2/4 : Thomas More », sur FranceCulture.fr, émission diffusée le 10 juin 1980, rediffusée le 13/11/2014 (D'une durée de trente minutes, cette émission est consacrée à L'Utopie de T. More ; un document rare : A. Prévost, auteur de l'édition de référence utilisée dans cet article, expose son interprétation du livre de T. More.) ;
  • Raphaël Enthoven et Miguel Abensour, « L’utopie en philosophie politique, et chez Thomas More », sur FranceCulture.fr (La philosophie avec Raphaël Enthoven), (D'une durée de cinquante minutes, cette émission est la première d'une série de cinq émissions consacrées à l'utopie ; interrogé par R. Enthoven, M. Abensour expose son interprétation de L'Utopie de T. More.).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • (en) Thomas More, « Title Page of Utopia », sur Open Utopia, 2010-2019, sur ce site, Stephen Duncombe a réalisé une édition complète de l'Utopie en anglais. (Cependant : la disposition des paratextes qu'il propose est arbitraire et injustifiée.)
  • Thomas More, « L'Utopie », Une édition électronique réalisée par Jean-Marie Tremblay, à partir de la traduction française de Victor Stouvenel (1842), sur Les classiques des sciences sociales (Université du Québec à Chicoutimi), (consulté le 18 octobre 2019)
  • Roland Schaer (Commissariat général) et Françoise Juhel (L'exposition sur Internet), « Utopie, la quête de la société idéale en Occident », Exposition virtuelle proposée à l'occasion de l'exposition « Utopie, la quête de la société idéale en Occident » qui se tint à la Bibliothèque Nationale de France en 2000. Ce site contient de nombreuses informations et pistes de réflexion sur l'utopie, sur Bibliothèque Nationale de France, (consulté le 22 octobre 2019)
  • Gallica, « Utopie », Dossier thématique sur l'utopie (Définitions, sources, iconographie, récits, liens internets, etc.). Depuis la refonte du site Gallica en 2015, les liens internes renvoyant aux livres numérisés et disponibles sur le site Gallica ne fonctionnent plus. Il faut effectuer les recherches (par titre et auteur) dans un nouvel onglet sur la nouvelle mouture du site Gallica (où les versions numérisées sont accessibles). Enfin, l'« Exposition virtuelle », dont le lien est brisé, correspond au lien juste au-dessus (Roland Schaer et Françoise Juhel « Utopie, la quête de la société idéale en Occident »), sur Gallica (ancienne version) (consulté le 22 octobre 2019)
  • L’Utopie de Thomas More : quelques repères, par Agnès Cugno (16 février 2007), sur le site de la Société chauvinoise de philosophie.
  • Humour, utopie, science (en archive), par Gilbert Boss (professeur de philosophie à l'Université Laval, Québec).