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Traité de Péronne (1468)

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Traité de Péronne.
Traité de Péronne (1468)
Signé
Péronne, une ville de la Somme
Parties
Signataires Louis XI, roi de France Charles le Téméraire, duc de Bourgogne

Le Traité de Péronne[1] de 1468 désigne le traité signé au château de Péronne en Vermandois entre Charles le Téméraire et le roi de France Louis XI le .

Sommaire

Contexte historiqueModifier

 
Louis XI, roi de France. Portrait anonyme (XVe siècle), Brooklyn Museum, New York.
 
Charles le Téméraire portant le collier de l'ordre de la Toison d'or par Rogier van der Weyden, vers 1462. Huile sur bois, Gemäldegalerie, Berlin.

L'entrevue qui, en 1468, aboutit au traité de Péronne est voulue par le roi de France. Son objectif est d'éviter une résurrection de la ligue du Bien public et que les forces bourguignonnes, dans le cas du débarquement d'une armée anglaise, ne se joignent à celles d'Édouard IV (désormais le beau-frère du duc de Bourgogne depuis le mariage de celui-ci avec Marguerite d'York). De son côté, le duc espère obtenir une confirmation de la ligne de la Somme (donc du Traité d'Arras et du Traité de Conflans), ainsi qu'une juridiction souveraine sur ses fiefs français.

Convaincu de son pouvoir de persuasion et qu'il saura manœuvrer Bourgogne, Louis XI tient à discuter directement avec lui des termes du traité de paix. D'abord hésitant, le duc accepte l'entrevue et rédige de sa propre main un sauf-conduit pour Louis qui se met alors immédiatement en route pour Péronne où est dressé le camp bourguignon. Il y arrive, avec une escorte de moins de cent hommes, le 9 octobre 1468. Le roi est accompagné du duc de Bourbon et de son frère l'archevêque de Lyon, du connétable de Saint-Pol, de Jean de la Balue et de Tanguy du Chastel. De son côté, Charles le Téméraire, en tenant garnison dans la ville, a verrouillé la position.

Louis veut la rupture de l'alliance anglo-bourguignonne, et Charles ne plus être en rien le vassal du roi. Le duc souhaite en outre que Louis attribue en apanage à son jeune frère Charles de France (allié du Téméraire) le comté de Champagne et de Brie qui fait pont entre les deux blocs des terres bourguignonnes.

Après des négociations serrées, Louis et Charles sont tout proches d'un accord quand celui-ci apprend le 12 octobre qu'une nouvelle insurrection vient d'éclater à Liège, que des envoyés du roi de France y ont encouragé la rébellion et que les rebelles ont massacré le gouverneur bourguignon Humbercourt et l'évêque de Liège alors à Tongres (il s'avérera en fait que les deux hommes avaient bien été capturés, mais que le prince-évêque était parvenu à s'échapper lors de son transfert de Tongres à Liège et que le gouverneur avait lui-même retrouvé la liberté quelques jours plus tard, les Liégeois n'assassinant que son chancelier[2]).

Pris de colère devant la duplicité royale, le duc de Bourgogne fait fermer les portes du château et de la ville, puis doubler la garde. Louis XI est piégé, captif sous des apparences de feinte courtoisie et à la merci de son cousin et adversaire.

Signature du traitéModifier

Deux jours se passent. Le roi sent sa vie en danger et pour apaiser le duc, lui fait dire qu'il est prêt à l'accompagner dans une expédition punitive contre Liège. La colère de Bourgogne n'en est pas calmée pour autant.

En secret, Philippe de Commynes, alors un favori du Téméraire, conseille instamment à Louis XI d'acquiescer, sans plus discuter du contenu, au projet de traité léonin proposé par le duc (sinon, il se mettrait dans le plus grand danger possible[3]). C'est ainsi qu'au matin du 14 octobre 1468, après un entretien orageux entre les deux monarques, Louis et Charles jurent le traité de paix sur la « croix de la victoire » de Charlemagne.

Le lendemain, ils partent ensemble pour Liège étouffer la rébellion, et la participation du roi de France à cette expédition punitive est pour lui une vraie humiliation puisque, ce faisant, il cautionne Bourgogne dans son action.

Clauses principalesModifier

Le traité de Péronne fera l'objet de 42 lettres patentes du roi[4], et c'est le duc Charles qui supervisera lui-même, à Bruxelles courant décembre 1468, la rédaction de ces lettres contenant les clauses du traité.

Celui-ci confirme le Traité d'Arras de 1435 et le Traité de Conflans de 1465 (amélioré pour Bourgogne par quelques avantages territoriaux)[5]. Il confirme donc la ligne de la Somme comme frontière entre la France et les terres bourguignonnes (les villes de la Somme sont confirmées bourguignonnes).

S'y ajoutent pour le duc le droit de nommer les élus d'Amiens[6], le détachement des quatre « lois de Flandre » du ressort du Parlement de Paris[7], l'abandon du droit d'appel qu'exerçait ce Parlement sur le Mâconnais[6], etc., mesures qui soulignent la volonté de Charles de créer un État indépendant, dans lequel il sera seul maître de la justice[8].

Par ailleurs, la Champagne et la Brie sont données en apanage à Charles de France, frère du roi mais allié du duc, offrant ainsi à celui-ci un passage entre les Bourgognes et ses États du Nord.

Surtout, le traité comporte une clause de non-respect, d'importance capitale pour Charles : «Si le roi à l'avenir viole les traités d'Arras, de Conflans ou Péronne, empêche leur application ou renie ses promesses, alors il reconnaît le duc de Bourgogne, ses successeurs et tous ses sujets dans tous ses territoires au royaume, affranchis et indépendants de la couronne.[9]»

De son côté, Louis XI obtient certes la paix qu'il est venu chercher, mais tout en promettant de respecter l'alliance anglo-bourguignonne tant que celle-ci ne se montre pas agressive.

ConséquencesModifier

Après Liège, Louis XI s'en retourne en son royaume, "comme un renard crotté parvenu à s'échapper du repaire du loup"[10], bien décidé au fond de lui-même à ne pas tenir ce qu'il a dû promettre pour sauver sa vie.

Quant à Charles le Téméraire, il atteint alors l'apogée d'une puissance dont il jouira cinq bonnes années. Mais il a tenu captif et humilié le roi de France (alors que, selon la juridiction française de ce temps, il en était le vassal pour une partie de ses fiefs) et Louis XI ne pouvait le lui pardonner.

Après la fin (3 novembre 1468) de l'épisode « Péronne-Liège », les deux cousins qui pourtant, dix ans plus tôt à Genappe, chassaient le cerf ensemble dans les forêts avoisinant le château du dauphin en exil, plus jamais ne se revirent.

Postérité du traitéModifier

En décembre 1470, le roi fit condamner Charles le Téméraire pour parjure (mais on peut se demander pourquoi Bourgogne n'aurait pas respecté un accord dont il avait, en fait, dicté les conditions) et félonie, fit annuler le traité de Péronne[11] (bien qu'il ait été enregistré au Parlement de Paris) et s'opposa plus que jamais aux ambitions du Téméraire. De son côté, celui-ci se déclara, en novembre 1471, affranchi de la suzeraineté du roi de France, conformément à la clause de non-respect qu'il avait pris la précaution d'inclure dans le traité.

La mort de Charles le Téméraire en 1477 mit fin (ou à peu près) à la rivalité franco-bourguignonne, Louis XI récupérant le duché de Bourgogne et les villes de la Somme ; néanmoins elle se ralluma bientôt sous une forme différente, les rois de France successifs se heurtant aux héritiers ou descendants du Téméraire : les Habsbourg d'Autriche et d'Espagne (avec notamment une déroute française à Pavie : 24 février 1525, suivie du traité de Madrid : 14 janvier 1526).

AnnexesModifier

BibliographieModifier

 
Représentation du traité de Péronne
(gravure d'un manuel scolaire, 1913).
  • Paul Murray Kendall (trad. Éric Diacon), Louis XI : « l'universelle araigne » [« Louis XI: The Universal Spider »], Paris, Fayard, , XXVIII-584 p. (ISBN 2-213-00038-7). Réédition au format poche : Paul Murray Kendall (trad. Éric Diacon), Louis XI : l'universelle araigne [« Louis XI: The Universal Spider »], Paris, Pluriel, coll. « Pluriel », , 702 p. (ISBN 978-2-8185-0428-4).

Liens internesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier


RéférencesModifier

  1. Le Petit Larousse 1998, article "Péronne" : "Charles le Téméraire et Louis XI y eurent une entrevue, et ce dernier dut y signer un traité humiliant (1468)".
  2. Jean Favier, Louis XI, Arthème Fayard, p. 567)
  3. Klaus Schelle (trad. Denise Meunier), Charles le Téméraire. La Bourgogne entre les lys de France et l'aigle de l'Empire, Paris, éditions Fayard, 1979, p. 155.
  4. Henri Dubois, Charles le Téméraire, Fayard, 2004, p. 207
  5. Joseph Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne, Albin Michel, 1949 et juin 1976, p. 246
  6. a et b Joseph Calmette, op. cit., p. 246
  7. Marcel Brion, Charles le Téméraire, grand-Duc d'Occident, Librairie Jules Tallandier, 1977, Marabout Université, 1979, p. 164
  8. Jean Marie Cauchies, Louis XI et Charles le Hardi. De Péronne à Nancy (1468-1477) : le conflit (De Boeck Université, Bruxelles, 1996), p.  25
  9. Henri Dubois, Charles le Téméraire, Fayard, 2004, p. 207-208
  10. Georges-Henri Dumont, Marie de Bourgogne, Fayard, août 1982, p. 106
  11. Jean-Pierre Soisson, Charles le Téméraire, Grasset & Fasquelle, 1997, p.  198-199