Ligue du Bien public

La ligue du Bien public[1] est une coalition de grands vassaux du roi de France, incluant notamment Charles de France, frère du roi, et Charles le Téméraire, fils aîné du duc de Bourgogne Philippe le Bon, en vue de lutter contre la politique autoritaire de Louis XI. Le conflit qui débute en mars 1465, aboutit à une guerre de à .

ContexteModifier

En 1461, Louis XI succède à Charles VII.

Il prend des mesures d'autorité qui réduisent les prérogatives de la haute noblesse. Notamment, le duc Jean II de Bourbon, favori de Charles VII, disposant de beaucoup d'influence au Conseil du roi, perd cette prérogative au profit de conseillers roturiers ou de petite noblesse.

En 1463, Louis XI rachète les villes de la Somme à Philippe le Bon (1396-1467), comme cela était autorisé par le traité d'Arras de 1435. Mais Charles de Bourgogne, prince héritier, est rendu furieux par cette vente et décide de former une ligue des princes opposés au nouveau roi de France, incluant Charles de France, frère cadet de Louis XI.

La ligue du Bien publicModifier

FormationModifier

Charles de France donne le signal de la révolte en s’enfuyant en Bretagne le . Il publie un manifeste le .

Jean II de Bourbon se rallie le .

Charles le Téméraire se rallie le .

Les princes coalisésModifier

 
Le serment des princes réunis au sein de la Ligue du Bien public.
Maître de la Chronique scandaleuse, Interpolation de la Chronique de Louis XI de Jean de Roye (dite Chronique scandaleuse), Paris, BnF, début du XVIe siècle.

Elle regroupe finalement :

Le manifeste du Modifier

Le est publié un manifeste dont les auteurs déclarent vouloir remédier au « désordonné et piteux gouvernement »[2].

La coalition projette d'installer à sa place un régent, qui serait le faible Charles de France (18 ans).

Le contre-manifeste de Louis XI (16 mars)Modifier

Le roi répond d'ailleurs, dès le , par un contre-manifeste.

La guerre du Bien public (-)Modifier

Pour se défendre, Louis XI fait appel à Francesco Sforza, duc de Milan, et propose aux Liégeois une alliance militaire contre leur ennemi commun, alliance signée le .

Louis XI, qui bénéficie du soutien efficace de Gaston IV de Grailly, comte de Foix et de Béarn, dispose d'une armée de 30 000 hommes. Dès le début des hostilités, en et , il marche contre le Bourbonnais, au centre du pays. Puis il entame une course vers la capitale, les armées bretonne et bourguignonne s’étant donné rendez-vous à Saint-Denis, début . Avant qu'elles ne puissent joindre leurs forces, le roi choisit d'affronter l'armée bourguignonne conduite par le comte de Charolais. Le choc se produit à Montlhéry, au sud de Paris, le . Les péripéties de la bataille sont confuses et son issue suffisamment indécise pour que les deux partis s'attribuent la victoire : le comte de Charolais, parce qu'il est resté maître du terrain, Louis XI, parce qu'il a fait reculer l'armée bourguignonne, avant de prudemment ordonner une retraite stratégique pendant la nuit et de ramener à Paris une armée « victorieuse » (bien que son oncle le comte du Maine ait fui le champ de bataille avec un tiers des troupes royales). Le roi peut ainsi raffermir son autorité chancelante dans la capitale.

Néanmoins, Louis XI sort globalement affaibli de l’affrontement, d'autant qu'il n'a pu empêcher la jonction, le , des armées bourguignonne et bretonne, bientôt rejointes par les comtes d’Armagnac et d’Albret et le duc de Lorraine.

Entré dans Paris le , Louis XI y organise la défense. Le siège est mis devant Paris par les féodaux. Louis XI sort de la ville le , rejoint Rouen d’où il rallie une partie du royaume et assemble des provisions, qu’il fait parvenir à Paris le , avec une armée puissante en renfort. Une trêve est signée le , n'empêchant pas les ligueurs de prendre Pontoise et Rouen. Les combattants des deux bords ne savent trop comment en finir. Louis XI feint de s'incliner.

Les traités de paix (-)Modifier

Par trois traités, Louis XI fait la paix et « le bien public », suivant l'expression du chroniqueur Philippe de Commynes, « fut converti en bien particulier » :

Louis XI accorde à son frère Charles, duc de Berry, le duché de Normandie. Il rend au duc de Bourgogne (représenté par le comte de Charolais) les villes de la Somme, qui pourraient être rachetées à ses héritiers, et lui cède en toute propriété Boulogne, Guînes, Roye, Péronne et Montdidier. Il donne au duc de Lorraine (Jean de Calabre) les villes de Mouzon, Sainte-Menehould et Neufchâteau. Il abandonne au duc de Bretagne la régale et une partie des aides, lui rend Montfort et Étampes ; au duc de Bourbon, plusieurs seigneuries en Auvergne ; au duc de Nemours, le gouvernement de Paris et de l'Île-de-France ; au comte d'Armagnac, diverses châtellenies du Rouergue. Il fait Tanguy du Chastel grand écuyer, le comte de Saint-Pol connétableetc. Une commission de 36 membres, présidée par Dunois, devait réformer les abus de l'administration. Mais Louis XI ne respecta pas longtemps les conditions qui lui étaient imposées.

SuitesModifier

Louis XI pardonne à certains ligueurs, mais en punit également d'autres :

En 1468, Charles le Téméraire forme une nouvelle ligue avec Charles de France, Jean d’Alençon et François II de Bretagne et le soutien d'Édouard IV d'Angleterre. Mais Louis XI, fort du soutien des états généraux réunis à Tours en avril[3], réussit à séparer François II et Charles de France des ligueurs (traité d'Ancenis).

Notes et référencesModifier

  1. Ligue du Bien public, page 188 dans Histoire des Français de Théophile Lavallée, historien et professeur de statistique à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr de 1832 à 1869.
  2. « masquant leurs intérêts féodaux, que Louis XI veut abolir, sous un nom d'intérêt général » Jean Débordes, Les Mystères de l'Allier : histoires insolites, étranges, criminelles et extraordinaires, Éditions de Borée, , 467 p. (lire en ligne), p. 205.
  3. « Ministère de la culture - Archives Nationales - Base Archim », sur culture.gouv.fr (consulté le ).

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Olivier Bouzy, La révolte des nobles du Berry contre Louis XI : guerre et économie en 1465, Paris, L'Harmattan, , 276 p. (ISBN 2-296-01035-0, présentation en ligne).
  • Loïc Cazaux, « Une étude comparée sur la guerre civile au XVe siècle : les révoltes princières de la Praguerie, du Bien public et de la guerre folle », dans Olivia Carpi (dir.), Guerres et paix civiles de l'Antiquité à nos jours : les sociétés face à elles-mêmes, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « War Studies » (no 1), , 332 p. (ISBN 978-2-7574-2355-4, lire en ligne), p. 75-88.
  • Jean Favier, Louis XI, Paris, Fayard, , 1019 p. (ISBN 2-213-61003-7, présentation en ligne).
  • Jacques Heers, Louis XI : le métier de roi, Paris, Perrin, , 430 p. (ISBN 2-262-01233-4).
    Réédition : Jacques Heers, Louis XI, Paris, Perrin, coll. « Tempus » (no 40), , 430 p., poche (ISBN 2-262-02084-1).
  • Paul Murray Kendall (trad. Éric Diacon), Louis XI : « l'universelle araigne » [« Louis XI: The Universal Spider »], Paris, Fayard, , XXVIII-584 p. (ISBN 2-213-00038-7).
    Réédition : Paul Murray Kendall (trad. de l'anglais par Éric Diacon), Louis XI : l'universelle araigne [« Louis XI: The Universal Spider »], Paris, Pluriel, coll. « Pluriel », , 702 p., poche (ISBN 978-2-8185-0428-4).
  • Élodie Lecuppre-Desjardin, « Avant un an, il s'en repentira. L'argumentaire bourguignon déployé à la veille de la guerre du Bien public. Petite étude sur la prise de décision à la fin du Moyen Âge », Publications du Centre européen d'études bourguignonnes, vol. 57 « Rencontres de Münster (-) : Les cultures de la décision dans l'espace bourguignon : acteurs, conflits, représentations »,‎ , p. 157-166 (DOI 10.1484/J.PCEEB.4.2017032).
  • Michel Rimboud, « Un épisode décisif de la guerre du Bien public : le passage de la Seine à Moret par les armées bourguignonne et bretonne, - », dans Patrick Gilli et Jacques Paviot (dir.), Hommes, cultures et sociétés à la fin du Moyen Âge : Liber discipulorum en l'honneur de Philippe Contamine, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, coll. « Cultures et civilisations médiévales » (no 57), , 413 p. (ISBN 978-2-84050-845-8, présentation en ligne), p. 293-306.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier