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Royaume de Finlande (1918)

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Royaume de Finlande.
Royaume de Finlande
(fi) Suomen kuningaskunta
(sv) Konungariket Finland

19171919

Drapeau
Drapeau du Royaume de Finlande.
Blason
Armoiries du Royaume de Finlande.
Hymne Maamme
Description de cette image, également commentée ci-après
Les frontières du Royaume de Finlande sont les mêmes que celles du Grand-duché de Finlande.
Informations générales
Statut Monarchie (régence de facto), État client de l'Empire allemand.
Capitale Helsinki
Langue Finnois, Suédois.
Monnaie Mark finlandais
Histoire et événements
Déclaration d'indépendance.
reconnaissance internationale
Adoption d'une constitution républicaine.
Roi
 –  Charles Ier
Régent
 –  Pehr Evind Svinhufvud
 –  Carl Gustaf Emil Mannerheim

Le Royaume de Finlande proclamé en 1918 est une monarchie mise en place à la suite de la victoire allemande en Russie en 1917 et 1918. Contrairement à d'autres régions occidentales de l'empire russe, le territoire du Grand Duché de Finlande, annexé à la Russie en 1809, n'a jamais constitué un objectif important du Deutsches Reich[N 1] à l'Est. À la suite de la proclamation du royaume, la couronne royale finlandaise est dévolue au prince Frédéric-Charles de Hesse, beau-frère de l'empereur d'Allemagne Guillaume II.

Indépendance de la FinlandeModifier

La Finlande entre 1914 en 1917Modifier

En 1914, la Finlande compte près de 3 millions d'habitants, soumis à une sévère politique de russification ; cette population est majoritairement installée à proximité de la capitale[1].

Durant le conflit, le Grand-duché poursuit son existence autonome au sein de l'empire russe[2]. Ainsi, à la fin de l'année 1916, Nicolas II convoque des élections pour le renouvellement de la diète, permettant à une majorité de députés sociaux-démocrates d'être élus avant la Révolution de Février[3]. Cette autonomie se matérialise également par une politique commerciale autonome, notamment par l'exportation des excédents finlandais vers la Suède[2]

Cependant, cette autonomie est rapidement limitée par le gouvernement central. En effet, en novembre, le statut du territoire est modifié, les libertés locales limitées, le pouvoir des fonctionnaires renforcé et les Juifs expulsés, tandis que l'autorité du Saint-Synode est étendu à l'église orthodoxe finlandaise[4]. Le resserrement de la tutelle politique russe constitue également pour le gouvernement impérial l'occasion d'imposer à la diète finlandaise une contribution exceptionnelle au budget militaire russe fixée à 200 millions de Marks finlandais[2]. De plus, dès les premiers jours du conflit, l'armée impériale déploie des unités en Finlande, afin de pouvoir peser sur la neutralité suédoise, garantie par les Alliés dès le 4 août 1914[5].

Enfin, la Finlande est rapidement perçue par les belligérants comme un moyen au service de leurs objectifs respectifs. En effet, la France ne soutient pas les autonomistes finlandais, les diplomates français estimant que cette autonomie ne peut qu'affaiblir l'empire russe allié, tandis que les Allemands se montrent plus ouverts aux autonomistes finlandais[6].

Autonomie puis indépendanceModifier

La politique centralisatrice menée depuis le déclenchement des hostilités est rapidement remise en cause par le gouvernement issu de la Révolution de Février : en effet, dès le 19 mars 1917, le gouvernement provisoire annonce la fin de la politique de russification, la convocation d'une assemblée constituante et la garantie de l'autonomie de la Finlande au sein de la Russie[7].

Au cours de l'année 1917, sensible à la nouvelle politique de Petrograd à destination des nationalités, l'assemblée finlandaise décide de maintenir ses liens avec la Russie. Cependant, au mois d'août, la diète élue avant la Révolution est dissoute par le gouvernement provisoire, convaincu par les arguments des conservateurs[8]. De nouvelles élections, organisées en , leur donnent la majorité[9], mais préservent pour les sociaux-démocrates finlandais les moyens de faire adopter un certain nombre de mesures sociales, notamment la journée de huit heures, votée par la diète le [10]. Ces mesures, ainsi que les mesures sociales imposées par les sociaux-démocrates, précipitent l'organisation de milices : les propriétaires terriens, appuyés sur les conservateurs, mettent en place les premières milices d'autodéfense, tandis que des gardes rouges s'organisent en réaction dans les villes[8].

Dans ce contexte explosif, les conservateurs majoritaires au sein de la nouvelle assemblée, moins attentistes que les sociaux-démocrates, proclament l'indépendance de la Finlande le  ; cette proclamation d'indépendance est reconnue le par la Russie[11], la France[6], le Reich et la Suède[11].

Une existence éphémèreModifier

Dès le mois de , le nouvel État se constitue rapidement, sous la protection du Reich[12].

Guerres civile et étrangèreModifier

Article détaillé : guerre civile finlandaise.
 
Carl Gustaf Emil Mannerheim, principal commandant des gardes civiques.

Le territoire de la Finlande, au centre des luttes entre partisans du pouvoir bolchevik et défenseurs de la nouvelles indépendance, est rapidement occupé, dans un premier temps par les troupes russes fidèles au nouveau gouvernement ; ces unités se retirent en vertu des clauses du traité de paix de Brest-Litovsk[13].

Ainsi, dès le mois de , le territoire finlandais, toujours occupé par les troupes russes, constitue le théâtre de luttes entre un gouvernement socialiste, soutenu par le gouvernement bolchevik russe, et des corps francs organisés depuis Vaasa par Carl Gustaf Emil Mannerheim, ancien général russe[9]. Chacun des deux camps met en place des unités militaires : les gardes rouges soutiennent le gouvernement socialiste, les gardes civiques appuient Mannerheim[10].

Les unités de Mannerheim, épuisées par les combats, sont rapidement relevées par un corps expéditionnaire allemande de 13 000 soldats, commandés par Rüdiger von der Goltz[13].

Intervention allemandeModifier

Article détaillé : Traité de Berlin (7 mars 1918).

Ce corps participe à la guerre civile, aux côtés de Mannerheim, entre les troupes du nouveau gouvernement et la garde rouge finlandaise qui contrôle, avec l'appui des Russes, le Sud du pays jusqu'au 16 mai 1918[13].

En effet, dès le mois de , après la signature du traité de paix et d'alliance entre le Reich et la Finlande, les Allemands tergiversent, puis au terme de ces hésitations, décident finalement d'envoyer sur place un corps expéditionnaire ; cette unité appuie par les troupes blanches finlandaises lancées à la conquête du Sud du pays, tenu par les gardes rouges[14].

De plus, le conseil de la couronne allemande réuni à Hombourg le 13 février 1918, qui décide de la poursuite de l'avance des troupes austro-allemandes à l'intérieur du territoire russe, définit la Finlande comme un territoire à occuper[15].

Disparition du RoyaumeModifier

Élu roi de Finlande par la diète le , Frédéric-Charles doit rapidement renoncer au bénéfice de son élection devant l'évolution du conflit à cette période de la guerre[16].

En effet, la victoire alliée incite les conservateurs finlandais, alors au pouvoir au sein du conseil de régence, à remettre en cause l'existence du royaume, alors favorable aux intérêts du Reich[6]. De plus, sous la pression du parlement, le régent, Carl Gustaf Emil Mannerheim, est obligé d'accepter la mise en place d'une constitution républicaine durant l'été 1919, abrogeant de fait la monarchie[17].

Organisation du royaumeModifier

Rétablissement de la monarchieModifier

 
La couronne créée pour le Roi de Finlande.

Durant le printemps 1918, la question du régime politique se pose avec acuité. Deux choix s'offrent alors au gouvernement provisoire finlandais, la proclamation d'une constitution d'orientation libérale, avec à terme, un rapprochement avec les Alliés, ou l'établissement d'une monarchie sur le modèle prussien et un alignement sur la politique des puissances centrales[16].

Le , alors que la garde rouge finlandaise a été balayée, les conservateurs finlandais, majoritaires au parlement, se prononcent en faveur du rétablissement de la monarchie en Finlande[18].

Dévolution de la couronneModifier

 
Frédéric-Charles de Hesse, élu roi de Finlande le .

La dévolution de la couronne crée des tensions dynastiques dans le Reich : l'empereur Guilaume II souhaite voir la couronne de Finlande dévolue à son fils Oscar, mais il doit compter avec l'opposition des autres princes allemands et les opinions publiques, finlandaise, allemande et alliées[16].

Au terme de négociations compliquées entre les Hohenzollern, famille de l'empereur, les Wittelsbach et les Wettin[N 2] La couronne est finalement offerte à Frédéric-Charles de Hesse, beau-frère de Guillaume II.

Prince allemand, il doit obtenir l'autorisation du gouvernement du Reich. Le prince est finalement autorisé à accepter cette proposition le 26 août 1918[18]. La demande ayant été acceptée par le souverain allemand, Frédéric-Charles est formellement élu roi de Finlande par la diète finlandaise le 9 octobre 1918[16].

InstitutionsModifier

Article détaillé : monarchie constitutionnelle.

Conformément aux vœux des protecteurs allemands du régent, le royaume se dote d'institutions garanties par une constitution proche de la constitution royale prussienne.

Le roi, resté sujet allemand, dispose de pouvoirs étendus dans le domaine de la diplomatie, de la politique étrangère, tout en conservant le contrôle de la gestion des affaires du royaume. Ces pouvoirs demeurent tempérés par le parlement du royaume, composé de deux chambres[16].

Cependant, les deux chambres disposent en réalité de faibles pouvoirs, ne pouvant renverser le gouvernement ; Ce dernier dispose de pouvoirs étendus, mais ne peut remettre en cause les termes des accords entre le royaume et le Reich, sous peine de voir l'économie finlandaise péricliter[19].

Nouvel État indépendant, le nouvel État doit organiser son armée selon le modèle en vigueur dans le Reich ; les manuels militaires de la nouvelle armée finlandaise reprennent très largement les procédures en vigueur dans l'armée impériale allemande[19].

Liens avec le ReichModifier

Les liens entre le Reich et la Finlande, en l’occurrence les conservateurs finlandais regroupés en 1918 autour de Carl Gustaf Emil Mannerheim, remontent au déclenchement du conflit en 1914. Cependant, en dépit de ces contacts précoces, le Reich ne formule pas d'objectifs précis à l'égard du territoire finlandais[15].

Liens durant la guerreModifier

Dès 1914, le Reich assure par des financements l'existence de groupes d’intérêts favorables à l'indépendance sous protection allemande.

Ainsi, au cours du conflit, près de 2 000 Finnois rejoignent clandestinement l'armée allemande, dans le cadre du mouvement Jäger[20].

Au cours du mois de , Edward Hjelt, membre de l'université finlandaise, se rend à Bad Kreuznach, alors siège de l'OHL, pour discuter avec Erich Ludendorff des conditions d'une indépendance finlandaise garantie par le Reich[9]. Ainsi, dès le 30 janvier 1918, le bataillon allemand de chasseurs finlandais est déployé en Finlande, bénéficiant d'un soutien logistique de l'armée impériale allemande[11].

Dans le même temps, le nouvel État est utilisé pour faire pression sur les négociateurs russes du traité de Brest-Litovsk, tandis que le peu de soutien dont bénéficie le gouvernement conservateur finlandais pousse ses membres à la recherche de soutiens extérieurs, notamment allemands[N 3] : en effet, en échange d'un soutien contre les relais locaux des bolcheviques, le gouvernement de Peter Svinhufud signe le 7 mars puis ratifie le 3 juillet 1918 un traité d'alliance et de commerce avec le Reich, faisant entrer la nouvelle Finlande dans la sphère économique allemande[11].

La Finlande, point d'appui allemandModifier

En effet, le traité de commerce garantit au Reich, sous le couvert d'une stricte égalité formelle, une stricte contrôle sur le commerce extérieur du nouvel État.

En effet, la politique commerciale finlandaise, tout comme la politique commerciale allemande, doit être menée en concertation avec son partenaire, tandis que le principe de la réciprocité des droits commerciaux est établie; dans les faits, la Finlande ne peut s'opposer efficacement aux demandes du Reich, tant le déséquilibre entre les deux partenaires est grand[11].

De plus le traité, d'apparence conforme aux autres traités de commerces signés durant la guerre, rétablit dans les faits pour le royaume les clauses du traité de commercial germano-russe : il établit ainsi un tarif douanier égal à celui en vigueur le entre l'empire russe et le Reich[N 4] ; il garantit également l'application de la clause de la nation la plus favorisée entre les deux pays. De plus, le principe de non-discrimination se voit garanti dans les relations commerciales entre les deux États[21].

Cette politique commerciale est doublée par un fort contrôle politique de la Finlande : en effet, l'armée allemande dispose de la possibilité d'installer des bases militaires sur le territoire finlandais[22], en vertu de la convention militaire signée le par le Reich et les représentants finlandais[21].

Ces liens ne font en réalité qu'inscrire dans la durée les relations économiques et politiques historiques entre le Reich et la Finlande, les négociateurs allemands n'estimant pas utile de doubler les liens économiques garantis par les traités de par une forte tutelle politique[23].

Enfin, en dépit des clauses de l'armistice du , des troupes allemandes stationnent sur le territoire finlandais jusqu'au milieu de l'année 1919, garantissant au Reich refondé en une certaine influence sur la vie politique finlandaise[24].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. De 1871 à 1945, le nom officiel de l'État allemand est Deutsches Reich. Par commodité, l'empire allemand (Deuxième Reich) sera désigné simplement par le terme Reich par la suite.
  2. Les Wittelsbach sont la famille régnante en Bavière, les Wettin règnent en Saxe.
  3. Le Reich est alors le seul État engagé dans le conflit à être en mesure de soutenir efficacement le gouvernement conservateur finlandais.
  4. Le grand-duché de Finlande est alors une composante de l'empire russe.

RéférencesModifier

  1. Renouvin 1934, p. 229.
  2. a b et c Sumpf 2017, p. 355.
  3. Carrez 2006, p. 46.
  4. Renouvin 1934, p. 292.
  5. Renouvin 1934, p. 232.
  6. a b et c Clerc 2009, p. 2.
  7. Renouvin 1934, p. 437.
  8. a et b Carrez 2006, p. 45.
  9. a b et c Fischer 1970, p. 510.
  10. a et b Conord 2012, p. 59.
  11. a b c d et e Fischer 1970, p. 511.
  12. Renouvin 1934, p. 529.
  13. a b et c Renouvin 1934, p. 585.
  14. Fischer 1970, p. 513.
  15. a et b Soutou 1989, p. 666.
  16. a b c d et e Fischer 1970, p. 514.
  17. Clerc 2009, p. 5.
  18. a et b Renouvin 1934, p. 589.
  19. a et b Fischer 1970, p. 515.
  20. Sumpf 2017, p. 356.
  21. a et b Soutou 1989, p. 667.
  22. Fischer 1970, p. 512.
  23. Soutou 1989, p. 668.
  24. Renouvin 1934, p. 651.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Maurice Carrez, « La politisation des campagnes finlandaises vue sous l'angle des maisons du Peuple (Työväen Yhdistykset) (1893-1917) », Histoire & Sociétés Rurales,‎ (ISSN 1254-728x, lire en ligne).  
  • Louis Clerc, « Entre influence allemande et imbroglio russe : la mission militaire française en Finlande, 1919-1925 », Revue historique des armées, no 254,‎ , p. 39-52 (la pagination reprend celle du document PdF généré à la demande) (lire en ligne).  
  • Fabien Conord, Les gauches européennes au XXe siècle, Paris, Armand Colin, coll. « U », 272 p.  
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise, , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571).  
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19), (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114).  
  • Georges-Henri Soutou, L'or et le sang : Les Buts de guerre économiques de la Première Guerre mondiale, Paris, Fayard, , 963 p. (ISBN 2213022151).  
  • Alexandre Sumpf, La Grande Guerre oubliée : Russie 1914-1918, Paris, Perrin, , 607 p. (ISBN 978-2-262-06917-9).  

Articles connexesModifier

Liens externesModifier