Pierre Michon

écrivain français

Pierre Michon, né le à Châtelus-le-Marcheix – au hameau des Cards – dans la Creuse, est un écrivain français.

Pierre Michon
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Pierre Michon en 2008.
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Œuvres principales

BiographieModifier

FamilleModifier

Pierre Michon naît à Châtelus-le-Marcheix dans la maison de ses grands-parents maternels. De nombreuses informations sur sa famille nous sont données par les Vies minuscules qu'il publie en 1984. Il est le deuxième enfant d'Aimé Michon, lui-même fils d'Eugène Michon et de Clara, née Jumeau, et d'Andrée Gayaudon, fille de Félix Gayaudon et d'Élise, née Mouricaud. Le premier enfant d'Aimé et d'Andrée est une fille, prénommée Madeleine, née à l'automne 1941 et morte prématurément « le 24 juin 1942 au matin »[1]. Le petit Pierre est élevé par sa mère, institutrice, après que son père a quitté le foyer. Il passe son enfance à Mourioux puis au lycée Notre-Dame de Guéret, où il est pensionnaire.

Il étudie ensuite les lettres à Clermont-Ferrand et veut consacrer à Antonin Artaud un mémoire de maîtrise, projet qu'il abandonne[réf. souhaitée]. Il voyage par la suite dans toute la France, ayant rejoint une petite troupe de théâtre ; il n'exerce pas de profession stable.

Le , il devient père d'une fille prénommée Louise dont la mère est Yaël Pachet (née en 1968)[2], fille de Pierre Pachet (1937-2016), sœur de François Pachet, et cousine de Colombe Schneck et d'Antoine Schneck.

CarrièreModifier

À trente-neuf ans, il entre dans la vie littéraire avec la publication de Vies minuscules chez Gallimard qui obtient le prix France Culture 1984. Cet ouvrage est dédié à Andrée Gayaudon, sa mère. Pierre Michon déclarera plus tard que ce livre l'a « sauvé » : soit il devenait écrivain, soit il devenait clochard (sa situation financière devenait de plus en plus inquiétante).

À ce livre succèdent Rimbaud le fils, ensemble de textes courts sur la destinée d'Arthur Rimbaud, analysant le poète qui a déjà fait couler beaucoup d'encre sous un angle nouveau, celui des personnes qui l'ont côtoyé dans son enfance et ceux qui l'ont guidé sur le chemin de la poésie. Puis, dans une veine romanesque, La Grande Beune et Abbés. Dans Vie de Joseph Roulin, il relate l'histoire du facteur six fois pris en modèle par Van Gogh et mesure ainsi l'écart entre la misère, l'agonie du peintre d'Auvers-sur-Oise, et l'avenir inimaginable de ses tableaux après sa mort.

En 2009, Pierre Michon publie Les Onze, un livre dans lequel il évoque l'histoire du peintre Corentin et celle de la Révolution française à partir de la description d'un grand tableau représentant les onze membres du Comité de salut public (Robespierre, Saint-Just, Barrère, etc.) pendant la Terreur, qui serait exposé au Louvre (en réalité le peintre et le tableau sont fictifs). Pour ce roman, il reçoit le le grand prix du roman de l'Académie française[3].

En 2015, il reçoit le premier prix Marguerite-Yourcenar pour l’ensemble de son œuvre[4].

En 2017, il tient un rôle secondaire dans le film Barbara de Mathieu Amalric où il incarne l'écrivain Jacques Tournier.

Le , il participe à la master class d'Arnaud Laporte sur France Culture[5].

ŒuvreModifier

Vies minuscules (1984)Modifier

Ce livre se présente comme une suite de nouvelles ou « vies » de personnages côtoyés par le narrateur durant son enfance, rencontrés ou retrouvés plus tard dans sa vie d'errance. Le récit, pris dans son ensemble, s'apparente au genre autobiographique, non pas comme une confession, mais comme une exploration du destin d'écrivain du narrateur, dont tout l'enjeu du livre est qu'il soit mené à bien.

Pierre Michon a consacré quatre-vingt-quinze carnets de notes pour rédiger ce recueil de vies, qui contrairement au roman permettent une plus grande vérité et authenticité.

Les Vies Minuscules regroupent huit vies d'inconnus. Il ne s'agit pas de leur biographie exhaustive, mais de biographèmes qui sont à rapprocher de la vie du narrateur et, à travers lui, de celle de Michon. Cet ouvrage est composé de :

  • la « Vie d'André Dufourneau », enfant de l'assistance publique confié aux grands-parents du narrateur pour les aider et qui part en Afrique dans les colonies ;
  • la « Vie d'Antoine Peluchet » dont le père, qu'il a quitté, rêve à la vie de son fils en l'imaginant aventurier en Amérique ;
  • les « Vies d'Eugène et de Clara », les propres grands-parents paternels de Michon, dont la dissemblance marque le narrateur au profit de la grand-mère et dont la relation à leur fils, le père du narrateur, le « disparu », est mise en rapport avec la relation de ce dernier avec le narrateur ; il est impossible pour ces grands-parents de combler l'absence du père, et le narrateur devenu adolescent contestataire les délaisse ;
  • la « Vie des frères Bakroot », deux adolescents qu'il rencontre au collège et dont les liens fraternels le fascinent ;
  • la « Vie du père Foucault », condamné par un cancer à la gorge qui préfère se taire à jamais plutôt que d'avouer son illettrisme ;
  • la « Vie de Georges Bandy », abbé déchu et alcoolique dont les messes sont destinées aux pensionnaires d'un asile psychiatrique dans lequel le narrateur fait un court séjour ;
  • la « Vie de Claudette », amante passagère du narrateur ;
  • enfin, la « Vie de la petite morte », la sœur du narrateur, Madeleine, morte alors qu'elle n'a qu'un ou deux ans et dont l'absence provoque chez le narrateur une intense réflexion.

Un des thèmes majeurs du recueil est l'absence du mâle et son insuffisance opposée à l'omniprésence de la figure maternelle. Dans les Vies minuscules, l'homme est faible et défaillant à l'instar du père du narrateur qui abandonne sa famille comme l'a fait celui de Pierre Michon. La mère à l'inverse est très présente et c'est par elle que se fait la transmission. Le narrateur dit d'ailleurs qu'il n'a jamais pu admirer que des figures féminines, comme sa mère Andrée ou ses grands-mères Élise et Clara.

En racontant ces vies, Michon permet la résurrection de ces êtres inconnus et sans histoire. Il dit d'ailleurs :

« Quand j'écris je pense toujours au mythe de la résurrection des corps dans le christianisme. »

C'est là, pour lui, la fonction de l'écriture.

Style littéraire et influencesModifier

Pierre Michon vise avant tout un travail attentif et soigné de la langue ; dans ce sens, il est possible de rapprocher les écrits de Michon de la poésie en prose : chaque mot doit pour lui être choisi précisément et avoir une signification propre dans la phrase. De plus, par le même travail, l'écriture de Michon aspire à l'oralité, dans le sens où chaque phrase a une musicalité qui la rapproche d'un discours ou d'un texte poétique chanté. Le premier point a amené certains auteurs à trouver dans les écrits de Pierre Michon une influence des grands orateurs du XVIIe siècle. Quant au second point, on pourrait y voir une influence de la poésie chantée des troubadours du Moyen Âge, et comme une tentative de retour au langage parlé, avec lequel, semble-t-il, le lien s'est estompé.

Dans son ouvrage Le Roi vient quand il veut, Michon expose sa vision de la littérature et ses buts littéraires. Il explique notamment son rapport à la peinture, dont on a un exposé dans Les Onze ; ou encore son rapport à Rimbaud, à qui il avait consacré Rimbaud le Fils, ou encore son admiration pour le célèbre roman de Flaubert Madame Bovary, dans lequel on trouve, selon lui, une richesse inégalée dans la littérature, à part peut-être dans la Bible. Il s'intéresse également aux vertus du récit bref, l'un de ses domaines d'écriture favoris :

« Je voudrais que, le livre une fois refermé, l'épure de ce récit minimal soit claire au lecteur, strictement évidente et longuement résonnante comme le sont les rimes d'un sonnet. Cette joie de la totalité embrassée et comprise est évidemment inaccessible au lecteur de roman, dont la lecture entrecoupée a pu durer une semaine, et à qui ne reste, le livre fini, qu'une tonalité générale, un feeling : une vague frustration accompagne cette trop grande liberté de lecture. Pour parler franc : le récit bref permet de tenir en main le lecteur, de lui interdire la lecture plurielle, de lui ôter sa liberté et de le charmer au sens fort. »

Comme l'auteur l'a déclaré lui-même dans ce même ouvrage, on peut le rapprocher d'autres auteurs contemporains, notamment Pierre Bergounioux[6].

PublicationsModifier

Prix et distinctionsModifier

Parmi les nombreux prix reçus par Pierre Michon, les plus importants sont[9] :

Adaptations au théâtreModifier

  • Intégrale des Vies minuscules, mise en scène par Jean-Christophe Cochard, Théâtre de l'Argile
  • Vie de Joseph Roulin, mise en scène de Guillaume Delaveau (Le Grand T, Nantes, 2009)[10]

FilmographieModifier

DécorationsModifier

Notes et référencesModifier

  1. Pierre Michon, Vies minuscules, éd. Gallimard, , 256 p. (ISBN 978-2-07-040118-5), p. 241.
  2. (en) « Corps du roi for free by Pierre Michon », sur ekuntienda.com (consulté le 29 septembre 2018)
  3. « Le Prix du Roman de l'Académie à Michon », dépêche AFP du 29 octobre 2009.
  4. Laurence Houot, « Pierre Michon : premier lauréat du Prix Marguerite Yourcenar pour l'ensemble de son œuvre », sur Culturebox, (consulté le 12 novembre 2015).
  5. [1]
  6. Le Roi vient quand il veut : propos sur la littérature de Pierre Michon, édition Le Livre de poche numéro 31892.
  7. Voir sur editionsdelherne.com.
  8. « l’Anaristopathe n°2 », anaristopathe,‎ (lire en ligne, consulté le 2 juillet 2018)
  9. Les prix littéraires de Pierre Michon, sur le site des éditions Verdier.
  10. Vie de Joseph Roulin, Le Grand T.
  11. Arrêté du 31 août 2018 portant nomination et promotion dans l'ordre des Arts et des Lettres

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Compagnies de Pierre Michon, Théodore Balmoral-Verdier, Lagrasse, 1993 (ISBN 2-86432-185-8). Dirigé par Thierry Bouchard, ce n° 15 de la revue Théodore Balmoral (hiver 1993) regroupe des contributions de Pierre Bergounioux, Richard Blin, Christian Bobin, Michel Deguy, Françoise Hàn, Christian Jambet, Yvan Leclerc, Jean-Michel Maulpoix, Claude Mouchard, Pierre Pachet, Jean-Baptiste Para, Jacques Réda, Jean-Pierre Richard, Gérard Titus-Carmel.
  • Le Matricule des Anges, no 5, -.
  • Thierry Bouchard article Pierre Michon, présentation, dans le Dictionnaire des auteurs, éd. Laffont-Bompiani, coll. Bouquins, 1994.
  • Thierry Bouchard article Vies minuscules, présentation, dans le Dictionnaire des œuvres, éd. Laffont-Bompiani, coll. Bouquins, 1994.
  • « Dossier Pierre Michon », in Prétexte, no 9, 1996.
  • Scherzo, no 5, novembre-. Contributions d’Yves Charnet, François Bon, Jean-Claude Pinson, Wyatt Mason, Sabine et Patrick Boucheron.
  • De Revisor, n° spécial, Pays-Bas, Contributions de P. F. Thomése, Martin de Haan, Rokus Hofstede, Anneke Brassinga, Jacob Groot.
  • Vincent Pélissier, Autour du Grand Plateau (Pierre Bergounioux, Alain Lercher, Jean-Paul Michel, Pierre Michon, Richard Millet), Tulle, Editions Mille Sources, 2002.
  • Sylviane Coyault-Dublanchet, La province en héritage. Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Richard Millet, Genève, Librairie Droz, 2002.
  • Pierre Michon, L’écriture absolue, textes réunis par Agnès Castiglione, publication de l’Université de Saint-Étienne, 2002.
  • Dominique Viart, Les Vies minuscules de Pierre Michon, Paris, Gallimard, 2004.
  • Ivan Farron, Pierre Michon. La Grâce par les Œuvres, Genève, Zoé, 2004.
  • La Femelle du requin, Entre ciel et terre, no 22, 2004. Entretien repris dans Le Roi vient quand il veut.
  • Carnets de Chaminadour, no 3. actes des Rencontres de Chaminadour 2007, publication de l’ALMJAC, Guéret-Creuse.
  • Agnès Castiglione, Pierre Michon, Culturesfrance éditions/Textuel, Paris, 2009, coll. « Auteurs » (ISBN 978-2-35476-055-7 et 978-2-84597-320-6) Avec 1 CD audio, archives INA, extraits des cinq émissions Pierre Michon/Colette Fellous À voix nue. Grands entretiens d'hier et d'aujourd'hui, France Culture.
  • Patrick Crowley, Pierre Michon: The Afterlife of Names, Oxford, Peter Lang, 2007.
  • Dominique Viart et Bruno Vercier, La Littérature française au présent, Paris, Bordas, 2005, édition augmentée, 2008.
  • Laurent Bourdelas, Du Pays et de l'exil - Un abécédaire de la littérature du Limousin, postface de Pierre Bergounioux, Les Ardents Éditeurs, Limoges, 2008.
  • Catherine Sauvard, « L'hypothèse paternelle, Pierre Michon et Jacques Lacan », in Les Lettres de la Société de psychanalyse freudienne, n° 19, .
  • Pierre Michon — La Grande Beune, Trois auteurs et Abbés, dir. Laurent Demanze, numéro 48 de la revue Roman 20-50, revue d'étude du roman du XXe siècle, Presses du Septentrion, .
  • Jean-Pierre Richard, Chemins de Michon, Lagrasse, Verdier, 2008.
  • Jean Kaempfer, Michon, lu et relu, revue CRIN, Amesterdam, New-York, Rodopi, 2011.
  • Ivan Farron, L'appétit limousin. Quelques réflexions sur les Onze de Pierre Michon, Lagrasse, Verdier, 2011.
  • Pierre Michon. La lettre et son ombre, actes du colloque de Cerisy-la-Salle. Gallimard, 2013.
  • Pierre Michon, fictions & enquêtes, dir. Agnès Castiglione, Nantes, Éditions nouvelles Cécile Defaut, 2015.
  • Michon, Cahier de L'Herne no 120, L'Herne, 2017 (ISBN 9782851971906).
  • Entretien aves Pierre Michon, réalisé par Quentin Margne, dans la revue INFERNO, #08, janvier 2017.
  • Annie Mavrakis, L'Atelier Michon, Presses universitaires de Vicennes, février 2019.
  • Jean-Claude Pinson, Sur Pierre Michon, Trois chemins dans l'œuvre, Paris, Fario, collection Théodore Balmoral, 2020. (ISBN 979-10-91902-55-7)

Liens externesModifier