Plateau du Golan (géographie)

plateau d'Asie

Plateau du Golan
Carte du plateau du Golan partagé de facto entre Israël, la FNUOD et la Syrie.
Carte du plateau du Golan partagé de facto entre Israël, la FNUOD et la Syrie.
Géographie
Altitude 1 226 m, Har Varda
Massif Vallée du Grand Rift
Longueur ≈ 55 km
Largeur ≈ 55 km
Superficie ≈ 1 800 km2
Administration
Pays Drapeau d’Israël Israël
Drapeau des Nations unies ONU
Drapeau de la Syrie Syrie
District
Zone démilitarisée
Gouvernorats
Nord
FNUOD
Deraa, Kuneitra, Rif Dimachq
Géologie
Roches Basalte
Type Volcan de rift
Activité Inconnue
Dernière éruption Inconnue
Code GVP 231001

Le plateau du Golan ou hauteurs du Golan, parfois simplement appelé Golan, en arabe الجولان, al-Jūlān, en hébreu גולן, Golan, est un plateau d'Asie situé au sud du mont Hermon, au nord-est du lac de Tibériade et au nord du Yarmouk, à la frontière entre Israël, la Jordanie, la Syrie et le Liban.

Le plateau du Golan est la source principale d'approvisionnement en eau du lac de Tibériade et du Jourdain. Il est réputé pour son agriculture et ses vignobles. Sa population avoisine les 52 000 habitants[1] pour une superficie de 1 800 km2. À la suite de la guerre des Six Jours, il est occupé par Israël dans sa partie Ouest. L'ONU a déployé une force d'observation dans le no man's land le long de la ligne de cessez-le-feu.

GéographieModifier

Le plateau du Golan est situé dans l'Ouest de l'Asie, dans le centre du Proche-Orient. Il mesure environ 55 kilomètres du nord au sud et d'est en ouest pour une superficie de 1 800 km2[2]. Ses frontières naturelles sont au nord le mont Hermon, point culminant de la chaîne de l'Anti-Liban, à l'ouest la dépression du cours supérieur du Jourdain, correspondant à la vallée de la Houla, et du lac de Tibériade, au sud la vallée encaissée du Yarmouk[2] ; au sud-est et à l'est, ses limites sont imprécises, il se prolonge par un seuil le séparant du Djébel el-Druze situé au sud-est et à l'est, il laisse progressivement sa place à une dépression et des collines où se trouve entre autres la ville de Damas.

Il constitue un horst oriental de la faille du Levant qui s'étire du nord au sud entre le mont Liban et la mer Rouge ; la vallée du rift du Jourdain le sépare à l'ouest des monts de Galilée. De ce fait, son rebord occidental est relativement abrupt par rapport à ses frontières méridionales, orientales et septentrionales. Il est parsemé de nombreux cratères volcaniques dont la plupart le traversent en un alignement orienté nord-nord-ouest-sud-sud-est. Cette activité géologique est à l'origine de son sol basaltique propice à l'agriculture. Les géographes grecs et arabes parlaient déjà de son importance stratégique, encore valable du fait de sa situation au carrefour de quatre pays (Syrie, Liban, Israël et Jordanie)[3].

AdministrationModifier

La région est au centre d'un contentieux territorial entre Israël et la Syrie. Depuis la signature de l'accord sur le désengagement signé le 31 mai 1974, Israël en administre sa moitié occidentale en l'intégrant au district nord du pays, la Force des Nations unies chargée d'observer le désengagement en administre une partie centrale et la Syrie en administre sa partie orientale, au sein du gouvernorat de Kuneitra ainsi qu'une petite partie de ceux de Deraa et de Rif Dimachq.

HistoireModifier

PréhistoireModifier

Les fouilles faites sur le site moustérien de Biq'at Quneitra[4] ont montré[5] que le plateau a autrefois accueilli une riche faune préhistorique, incluant de grands mammifères tels que rhinocéros (1 % des ossements), des chevaux sauvages (31 % des ossements, avec Equus caballus mais aussi un autre équin, proche du zèbre (Equus hydruntinus/mauritanicus), de grands bovidés (aurochs probablement) qui constituent 41 % des ossements trouvés, des gazelles (11 %), une espèce de daim (Dama mesopotamica 8 %), des cerfs (Cervus elaphus, 7 %), quelques rares restes de caprins (1 %) avec des restes de carnivores (lions, loups) ainsi que de tortues. Nombre de ces ossements portent des traces montrant qu'ils ont été tués ou mangés par l'Homme[5].

Ces grands mammifères ont rapidement disparu avec l'arrivée des populations humaines en commençant par les plus grandes espèces jusqu'à ce qu'il ne reste plus que de petites gazelles à l'épipaléolithique (toute fin de la période préhistorique), comme souvent ailleurs au Moyen-Orient où les restes de foyers préhistoriques montrent que ce sont alors surtout de petites espèces (oiseaux et poissons) qui sont exploitées par les chasseurs-cueilleurs de l'époque, après qu'ils ont probablement exterminé les grandes espèces dans et autour de leurs lieux de vie et de chasse[5].

Alors que le climat semble devenir plus sec, la domestication des animaux apparait[6].

AntiquitéModifier

Avant même la conquête du pays de Canaan par Josué, ce territoire alors habité par les Amorrites est conquis par les Hébreux sous la direction de Moïse. Le Golan est ensuite donné à la tribu de Manassé. Perdu à l'époque des Juges, le roi David en refait la conquête et l'intègre au royaume d'Israël. Par la suite, la possession du plateau alterne au fil des guerres entre les Israélites et les Araméens de Damas. Le Golan et sa capitale Gamla jouent un rôle central dans la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe. Il donne son nom à un chef de la révolte contre les Romains, Judas le Galiléen dit aussi « le Golanite »[réf. nécessaire].

Empire ottomanModifier

À la fin du XIXe siècle, l'Empire ottoman installe sur le plateau du Golan des familles de Circassiens, un terme désignant à l'époque des réfugiés musulmans de diverses ethnies du Caucase (Tcherkesses, Adygués, Abazines, voire Daghestanis et Kumyks, sauf les Tchétchènes, considérés comme un groupe distinct) conquis par l'Empire russe dans le but d'en faire un poste avancé pour contrôler les Bédouins arabes, rétifs à toute autorité. Ces familles fondent la ville de Kuneitra, comme d'autres fonderont celle d'Amman. À l'époque, la région est également peuplée de Druzes avec quelques villages d'autres communautés, notamment des Alaouites.

Période mandataireModifier

Le mouvement sioniste revendique rapidement le Golan comme partie du foyer national juif prévu en Palestine par la Déclaration Balfour.

À la fin des années 1930, certains Circassiens caressent pareillement l'idée d'établir au Golan un foyer national circassien ; d'autres choisissent le camp des nationalistes arabes syriens qui demandent la fin du mandat français en Syrie et des divisions territoriales introduites par celui-ci. Le rêve d'un État ou d'une entité autonome sur les hauteurs du plateau ne se concrétisera jamais au profit d'une région au sein du territoire de la Syrie[7].

Au sein de la République de Syrie (1946-1967)Modifier

Après avoir été repoussées par la Haganah, les troupes syriennes se sont cantonnées sur le Golan. Entre 1948 et 1967, le plateau sert de base aux bombardements réguliers et aux infiltrations de guérilla contre les villages israéliens situés en contrebas.

Conquête par IsraëlModifier

La conquête du plateau par Tsahal en deux jours de combats lors de la Guerre des Six Jours en 1967 permet à Israël d'empêcher les attaques ennemies et constitue aussi pour l'État hébreu un avantage géographique sur les positions occupées par l'armée syrienne. Le bastion du Golan surplombant de manière décisive la route de Damas.

Lors de la guerre du Kippour de 1973, l'armée syrienne reprend environ 60 % du Golan avant de reculer de nouveau face à l'armée israélienne qui parvient finalement à pousser son offensive sur une trentaine de kilomètres en territoire syrien, jusqu'à environ 40 km de Damas, mettant ainsi la ville à portée de canon.

Cependant, un cessez-le-feu est signé entre les belligérants et Israël accepte de revenir sur ses positions de 1967 (reculant ainsi de la ligne Bravo et la ligne Alpha), tandis la zone évacuée par l'armée israélienne devient une zone démilitarisée placée sous le contrôle de la Force des Nations unies chargée d'observer le dégagement (FNUOD) dès 1974. Entre les deux lignes de séparation, l'écart minimal est d'à peine 3,5 km mais il détermine l'accès au lac de Tibériade et à la haute vallée du Jourdain [8].

Depuis, la Syrie a toujours exigé un retrait de l'armée israélienne sur ses positions d'avant la guerre de 1967, c'est-à-dire la ligne de frontière de jure de 1923 définie par la France et le Royaume-Uni, puissances mandataires au Levant[9] alors qu'Israël refuse de rétrocéder le Golan, le considérant comme une région hautement stratégique. Depuis la conférence de Madrid de 1991, la question de la souveraineté sur le Golan est posée par Damas comme une condition majeure pour entamer un éventuel processus de paix israélo-syrien.

Cependant, la guerre civile syrienne éclate en 2011 et les combats ne tardent pas, au bout d'un an de conflit, à toucher le plateau et à provoquer des incidents de frontière. Le , le personnel de l'ONU (FNUOD) chargé de surveiller le cessez-le-feu et la zone de désengagement délimitée en 1974 entre Israël et la Syrie évacue la zone à la suite des combats qui opposent l’armée syrienne, le groupe terroriste Hezbollah et les rebelles islamistes.

Le , le président américain Donald Trump s'est prononcé en faveur de la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, en expliquant qu'« après 52 ans, il est temps pour les États-Unis de reconnaître pleinement la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, qui a une importance stratégique pour l'État d'Israël et la stabilité régionale[10] ».

DémographieModifier

Aujourd'hui, quelque 23 000 Druzes et 20 000 Israéliens vivent dans la partie occidentale du plateau[10].

ÉconomieModifier

L'économie est axée sur l'agriculture. Le plateau du Golan est particulièrement réputé pour ses pommes, son eau de source et son vin primé internationalement. Un tiers de la production vinicole israélienne provient de cette région. Le meilleur cru est le domaine de Bashan, qui fait un vin totalement « biologique ». La production d'huile d'olive est également très réputée. C'est également une vieille région d'élevage puisque 40 % de la viande consommée en Israël en provient.

Aujourd'hui, c'est surtout la question de l'eau qui est au cœur de l'agenda politique israélien et régional. Une partie des affluents du Jourdain trouvent leur source sur le plateau et 35 % de l'alimentation aquifère du pays proviennent de cette région.

Notes et référencesModifier

  1. (en) « In Golan, Imagined Risks Become All Too Real » (consulté le 10 mars 2015).
  2. a et b (en) Giora Eiland, Defensible Borders on the Golan Heights, Jérusalem, Jerusalem Center for Public Affairs, , 33 p. (ISBN 978-965-218-072-8, lire en ligne), p. 5-6
  3. Jean-Marc Prost Tournier, « Golan », Encyclopædia Universalis (consulté le 27 mars 2010).
  4. Site moustérien de plein air exploré sur le plateau du Golan et non en abri-sous roche ou grotte.
  5. a b et c Rabinovich Rivka, Goren-Inbar Naama, Davis Simon J. M.. Quaternary Extinctions and Population Increase in Western Asia : The Animal Remains from Biq'at Quneitra. In: Paléorient. 1988, Vol. 14 No 1. p. 95-105. doi : 10.3406/paleo.1988.4443 ; Consulté 2011-11-05
  6. Davis S., « Climatic Change and the Advent of Domestication: The Succession of Ruminant Artiodactyls in the Late Pleistocene-Holocene in the Israel Region », Paléorient, 1982, vol. 8, no 2, p. 5-15.
  7. M. Proux, "Les Tcherkesses", La France méditerranéenne et africaine, IV, 1938
  8. Alain Gresh, « Israël et la Syrie au bord de la paix », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 1er septembre 2020).
  9. « Entre Syrie et Israël: les cartes topographiques du Joulân-Golan, vecteurs de revendications territoriales » par Michael F. Davie
  10. a et b Jerome CARTILLIER, « Trump soutient la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan », sur Orange Actualités, (consulté le 22 mars 2019)

Articles connexesModifier