Nicolas Cadène

haut fonctionnaire et militant politique français

Nicolas Cadène, né le à Nîmes, est un juriste et militant politique et associatif français. Rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité rattaché au Premier ministre depuis 2013[1],[2], ancien conseiller ministériel[3], ancien membre du bureau et du Conseil national du PS, il est membre de l'Académie de Nîmes[4].

BiographieModifier

Jeunesse et étudesModifier

Nicolas Cadène naît le de Fanny Rioux, orthophoniste, et de Jacques Cadène, juriste d'entreprise et vigneron[5],[6]. Il est l'un des frères du scénariste, journaliste et dessinateur Thomas Cadène[6]. Son autre frère, Bruno Cadène, est entrepreneur à Nîmes[7].

Sa famille est protestante. Nicolas Cadène a également été marqué par ses grands-parents maternels, pasteurs[8] engagés dans le social et pour le « droit à mourir dans la dignité »[9]. Plusieurs membres de sa famille ont participé aux débats permettant l'adoption de lois laïques, en particulier un arrière-grand-oncle, Raoul Allier, à propos de la loi du 9 décembre 1905[10],[11],[12],[13].

Dans un premier temps, il se consacre dans sa ville natale au SAMU social et au secourisme à la Croix rouge française[14], et effectue des études de droit à Nîmes, Montpellier, Paris et à l'institut d'études politiques de Lille[15]. C'est aussi à cette époque qu'il consacre plusieurs articles et conférences à Louis-Nathaniel Rossel, un parent, seul officier à avoir rejoint la Commune de Paris en 1871 et qu'il juge trop souvent oublié par l'histoire moderne[16].

Parcours professionnelModifier

Au début des années 2000, Nicolas Cadène travaille à Paris et milite au Parti socialiste dans le Gard. Après avoir travaillé à la Commission nationale du débat public, il devient collaborateur parlementaire du député des Alpes-de-Haute-Provence Jean-Louis Bianco, du sénateur du Gard Simon Sutour et du sénateur de la Moselle Jean-Marc Todeschini. Il intègre l'équipe de campagne de Ségolène Royal pour la présidentielle de 2007, apportant son concours sur les argumentaires[17],[18],[19].

En 2009, il est candidat (non éligible) sur la liste de Kader Arif (PSE) aux élections européennes de la circonscription Sud-Ouest[20] et fait campagne auprès d'Éric Andrieu (qui sera élu député européen)[21].

En 2012, il est battu par Stéphane Tortajada lors de l'élection par les militants socialistes du premier secrétaire fédéral du PS du Gard (fédération dont il était le "n°2")[22],[23]. Il se dit « déçu, mais pas très surpris »[24]. Ayant souhaité être candidat à l'investiture du PS pour les élections législatives de 2012, il regrette de ne pas avoir pu se présenter au vote des militants, les circonscriptions concernées ayant été « réservées » aux Verts et à une femme[23].

La même année, il intègre l'équipe de campagne présidentielle de François Hollande comme responsable des argumentaires aux côtés de Guillaume Bachelay[25]. Après la présidentielle qui se traduit par une alternance, il entre au sein du ministère de l'Agroalimentaire dans le cabinet du ministre Guillaume Garot où il traite notamment du sauvetage du site industriel gardois des Salins du Midi[26], puis au sein du ministère de l'Environnement où il suit en particulier la nouvelle loi contre le gaspillage alimentaire[27][source insuffisante].

Il est nommé en 2013 à l'Observatoire de la laïcité, au moment où cette instance voulue par Jacques Chirac est remise en exergue par François Hollande et Jean-Marc Ayrault. L'ancien ministre et conseiller d'État Jean-Louis Bianco en devient le président. Il en devient le rapporteur général et participe à la mise en place de différents plans de formation à la laïcité[28],[29] à l'échelle nationale et y défend l'approche juridique de la laïcité en se fondant sur la loi de 1905 et la jurisprudence[30]. Dans ce cadre, il s'oppose notamment au ministre Manuel Valls qui s'empare au gouvernement de ce thème et souhaite ajouter une nouvelle loi[31]. La question de la laïcité et des religions en France font l'objet depuis plusieurs années de débats houleux dans la société française, voire de polémiques politiciennes, renaissant périodiquement à travers les affaires du port du voile, les sujets de la laïcité à l'école, des faits religieux en entreprise, du burkini et de façon plus générale sur les dangers ou non du communautarisme[17],[18],[19]. Au sein de cette commission, il défend, selon Le Point « une interprétation discutée de la loi de 1905 », ce qui ferait de lui une « figure controversée de la laïcité ». Pour Louis Chahuneau du même journal, il rappelle « inlassablement et cliniquement la définition de la laïcité face à des interlocuteurs souvent peu pointilleux », mais le rôle de l'institution susciterait « parfois la division entre les tenants d'une laïcité purement juridique et ceux qui plaident pour une laïcité plus "offensive" »[17],[32]. À l'inverse, sa rigueur à suivre la loi et son travail de terrain sont salués par de grandes associations laïques historiques, dont la Ligue de l'enseignement, la Ligue des droits de l'homme et la Fédération nationale de la libre pensée et par de nombreux universitaires, spécialistes de la laïcité ou du fait religieux[33],[34],[35].

Le , à l'occasion du dîner du CRIF, le Premier ministre Manuel Valls s’en prend à l’Observatoire[5], attaquant « frontalement » Bianco, président de l'Observatoire de la laïcité et Cadène, son secrétaire général, à propos de l'appel intitulé « Nous sommes unis ». Cependant, les deux responsables sont confirmés à leur fonction le suivant[36],[17]. L'orientation de l'Observatoire, sans qu'il ne soit cité, est à nouveau mise en question en octobre 2020 dans une tribune publiée par le Journal du dimanche, tandis que d'autres universitaires et responsables associatifs soutiennent quant à eux le « travail salutaire » de l'Observatoire[5].

En mars 2014, Nicolas Cadène est présent sur la liste (PS-PRG) de Françoise Dumas aux municipales à Nîmes[37].

En juin 2018, il est élu membre de l'Académie de Nîmes, succédant à la femme de lettres Monique Kuntz[17].

Nicolas Cadène est impliqué dans l'association nîmoise « Tous pour notre avenir » (TPNA) fondée notamment par l'ancien conseiller régional DVG du Languedoc-Roussillon Jean-Paul Boré[38] et l'économiste Jean Matouk (PS puis LREM). Après avoir envisagé une candidature en tête de liste lors des élections municipales de 2020 à Nîmes[39], il intègre l'équipe de David Tebib (SE), président du club de handball de l'USAM[40]. 3e sur sa liste[41], il s'y occupe des dossiers afférents à la jeunesse et la cohésion sociale[42]. Pour le second tour, David Tebib ne souhaite pas fusionner sa liste et appelle à voter pour le maire sortant (Jean-Paul Fournier, LR). En désaccord avec cette consigne, Nicolas Cadène indique par voie de communiqué que « [sa] famille politique [est] la gauche et le progressisme »[43].

En avril 2021, alors que s'achève le mandat des membres de l'Observatoire, la ministre déléguée à la Citoyenneté auprès du ministre de l'Intérieur annonce « un nouveau portage de la laïcité par l'État »[44], ce qui confirme une information publiée dans un portrait de Nicolas Cadène paru en janvier 2021 dans le journal américain The New York Times[45]. En réaction, deux tribunes, d'acteurs de terrain et d'un collectif de 119 universitaires, considèrent, dans le journal Le Monde, que « les menaces sur l’Observatoire de la laïcité cachent mal une dangereuse récupération idéologique »[46] alors que « l'Observatoire est perçu comme un rempart de la République dans de nombreux quartiers populaires »[47]. Plusieurs syndicats[48],[49] et mouvements d'éducation populaire[50],[51] font également publiquement part de leurs inquiétudes face à la fin possible de l'Observatoire de la laïcité. Dans l'attente des décisions définitives du Premier ministre, Nicolas Cadène poursuit les missions de cette commission[52].

PublicationsModifier

  • Nicolas Cadène, La Laïcité pour les nuls : en 50 notions clés, Paris, First éditions, coll. « Pour les nuls », , 238 p. (ISBN 978-2-7540-8443-7)
  • Nicolas Cadène, En finir avec les idées fausses sur la laïcité, Paris, Éditions de l'Atelier, , 160 p. (ISBN 270825362X)

Notes et référencesModifier

  1. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, « Arrêté portant nomination à l'Observatoire de la laïcité », sur https://www.legifrance.gouv.fr/, .
  2. Abdel Samari, « "Je vais continuer mon engagement pour la laïcité" », Objectif Gard,‎ , p. 1 (lire en ligne) :

    « "N’étant pas attaché à un mandat, il m’a été demandé d’assurer la poursuite des actions de formation, de service public et d’information de l’Observatoire de la laïcité, jusqu’à ce que le Premier ministre annonce, peut-être d’ici la fin du mois, les annonces définitives du Gouvernement." »

  3. Guillaume Garot, « Arrêté du ministre délégué à l'Agroalimentaire », sur https://www.legifrance.gouv.fr, .
  4. Simone Mazauric et Nicolas Cadène, « Discours de réception à l'Académie de Nîmes de Nicolas Cadène », sur https://www.academiedenimes.org, .
  5. a b et c Vanessa Schneider, « « Cible » de nombreuses critiques, Nicolas Cadène conserve son poste à l’Observatoire de la laïcité », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 31 octobre 2020).
  6. a et b Pierre-Yves Kirschleger et Patrick Cabanel, « Famille Cadène », dans André Encrevé et Patrick Cabanel (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours : A-C, t. I, Paris, Max Chaleil, (ISBN 978-2846211901), p. 539.
  7. Nicolas Cadène, « Discours de réception à l'Académie de Nîmes », Académie de Nîmes,‎ , p. 33 (lire en ligne).
  8. Edith Lefranc, « "L'avenir de Nîmes m'intéresse, portrait de Nicolas Cadène (...) dont le grand-mère et le grand-père étaient tous deux pasteurs" », sur https://www.midilibre.fr, Midi Libre,
  9. Nicolas Cadène, « Mourir dans la dignité », sur www.chronik.fr, .
  10. « « Cible » de nombreuses critiques, Nicolas Cadène conserve son poste à l’Observatoire de la laïcité », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 7 novembre 2020).
  11. « Le Nîmois Nicolas Cadène : du protestantisme à la jungle politique », sur midilibre.fr (consulté le 7 novembre 2020).
  12. Louis Chahuneau, « Nicolas Cadène, figure controversée de la laïcité », sur Le Point, (consulté le 7 novembre 2020)
  13. Nicolas Cadène, « Discours de réception à l'Académie de Nîmes de Nicolas Cadène et discours de bienvenue de la présidente de l'Académie de Nîmes », sur https://www.academiedenimes.org/, (consulté le 7 novembre 2020).
  14. Louis Chahuneau, « "Nicolas Cadène, inlassable défenseur de la laïcité" », Le Point, .
  15. Le Cnfpt, « Les clés de la laïcité - le rôle des collectivités (biographie des formateurs) », sur FUN-MOOC (consulté le 17 février 2020).
  16. Simone Mazauric, « Discours de réception à l'Académie de Nîmes », Editions de l'Académie de Nîmes,‎ .
  17. a b c d et e Louis Chahuneau, « Nicolas Cadène, figure controversée de la laïcité », Le Point,‎ (lire en ligne)
  18. a et b « Nicolas Cadène, l'autre monsieur laïcité du gouvernement », Street Presse,‎ (lire en ligne).
  19. a et b « Le Nîmois Nicolas Cadène : du protestantisme à la jungle politique », Le Midi libre,‎ (lire en ligne).
  20. « Résultats des élections européennes 2009 », sur https://mobile.interieur.gouv.fr/Elections/Les-resultats/Europeennes/elecresult__europeennes_2009 (consulté le 28 juillet 2020).
  21. Eric Andrieu, « Profession de foi, élections européennes 2009 », Revue du PSE,‎ (lire en ligne).
  22. « GARD: L'élection du Premier fédéral PS, c'est maintenant ! - Objectif Gard », Objectif Gard,‎ (lire en ligne, consulté le 27 janvier 2020)
  23. a et b Nicolas Ethève, « Nicolas Cadène : « Tout a été fait pour m'empêcher d'être candidat, c'est un barrage personnel ! » », sur https://www.mediaterranee.com/.
  24. Coralie Mollaret, « PS : Nicolas Cadène, au service du rassemblement pour 2014 ! », sur objectifgard.com, (consulté le 30 août 2020).
  25. Jean-Pierre Souche, « Cadène : l’œil d’un ségoléniste sur la campagne Hollande », Midi Libre,‎ (lire en ligne).
  26. « Les Salins du Midi », sur https://www.objectifgard.com/, .
  27. « "Suivi de la loi contre le gaspillage alimentaire" », sur https://www.linkedin.com/.
  28. Centre de ressources de la politique de la ville, « Plan de formation "Valeurs de la République et Laïcité" », sur https://www.resovilles.com.
  29. Centre national de la fonction publique territoriale, « Mooc "Les clés de la laïcité" », sur https://www.fun-mooc.fr/.
  30. Pierre Jacquemain, « Nicolas Cadène : « Il n’y a aucune raison de modifier la loi de 1905 » », sur http://www.regards.fr, .
  31. Charles-Alexandre Louaas, « Manuel Valls veut une nouvelle loi pour interdire le voile à l’université », sur https://etudiant.lefigaro.fr/, .
  32. « Laïcité : Valse-hésitation d'un titre et d'une intro du Point - Par Emmanuelle Walter | Arrêt sur images », sur www.arretsurimages.net (consulté le 12 novembre 2020).
  33. Cécile Chambraud, « Attentat de Conflans : pourquoi Matignon veut "renouveler" l’Observatoire de la laïcité », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  34. « Soutenons l'Observatoire de la laïcité », Libération,‎ (lire en ligne).
  35. « « Les menaces sur l’Observatoire de la laïcité cachent mal une dangereuse récupération idéologique » : 119 universitaires protestent », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 7 avril 2021)
  36. Mathieu Magnaudeix, « Laïcité: Bianco et Valls enterrent la hache de guerre », sur Mediapart, .
  37. « NÎMES 2014. Les noms de la liste de la candidate PS Françoise Dumas - Objectif Gard », Objectif Gard,‎ (lire en ligne, consulté le 27 janvier 2020).
  38. « Municipales à Nîmes : "Lorsque ça se désintègre (ailleurs), nous on intègre", David Tebib », sur France Bleu, (consulté le 27 janvier 2020).
  39. Frédéric Prades, « Nicolas Cadène, candidat à Nîmes : "Ma démarche s’inscrit dans un renouvellement" », Midi libre,‎ (lire en ligne, consulté le 28 juillet 2020).
  40. Suze Lemur Dit, « MUNICIPALES David Tebib : "Quand certains se désintègrent, nous, on intègre !" », sur Objectif Gard, (consulté le 27 janvier 2020).
  41. « Municipales à Nîmes : les 59 noms de la liste Tebib », sur Gazette live (consulté le 28 juillet 2020).
  42. Abdel Samari, « FAIT DU JOUR David Tebib, candidat à Nîmes : « Moi, je veux faire en sorte de créer du lien » », sur objectifgard.com, (consulté le 30 août 2020).
  43. Nicolas Cadène, « Communiqué de presse pour le second tour des élections municipales nîmoises », Le Réveil du Midi,‎ (www.lereveildumidi.fr).
  44. la rédaction numérique de France Inter, « Fin de l'Observatoire de la laïcité : "On dérange parce qu'on est indépendant", estime Jean-Louis Bianco », sur www.franceinter.fr, (consulté le 7 avril 2021)
  45. Roger Cohen, « Nicolas Cadène, à l’avant-poste du combat pour la laïcité », The New York Times,‎ , p. 1 (lire en ligne) :

    « "On s’attend à une décision en avril" »

  46. « « Les menaces sur l’Observatoire de la laïcité cachent mal une dangereuse récupération idéologique » : 119 universitaires protestent », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 7 avril 2021)
  47. « L’Observatoire de la laïcité, « un rempart de la République dans de nombreux quartiers populaires » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 7 avril 2021)
  48. BÉDOURET Patrice, « L'UNSA reste attachée à l'Observatoire de la Laïcité », sur UNSA, (consulté le 7 avril 2021)
  49. Laura LALARDIE, « Pour le maintien d'un observatoire de la laïcité indépendant et pluraliste », sur Fédération Syndicale Unitaire, (consulté le 7 avril 2021)
  50. « Communiqué commun avec la LDH et la Libre pensée et Solidarité laïque : Observatoire de la laïcité – La Ligue de l’enseignement », sur laligue.org (consulté le 7 avril 2021)
  51. « Soutien à l’Observatoire de la laïcité- CEMÉA - Site de l'association nationale », sur www.cemea.asso.fr (consulté le 7 avril 2021)
  52. « LE 7H50 de Nicolas Cadène : "Je vais continuer mon engagement pour la laïcité" », sur Objectif Gard, (consulté le 7 avril 2021)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier