Meer (Turquie)

Village assyrien en Turquie

Meer
ܡܥܪ
(ku) Mehrî (tr) Kovankaya
Meer (Turquie)
Administration
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Région Anatolie du Sud-Est
Province Şırnak
District Beytüşşebap
Code postal 73802
Indicatif téléphonique international +(90)
Plaque minéralogique 73
Démographie
Gentilé Meeryayé
Population hab. (2020)
Géographie
Coordonnées 37° 36′ 32″ nord, 42° 51′ 42″ est
Altitude 1 650 m
Localisation
Localisation de Meer
Districts de la province de Şırnak
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Meer
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Meer
Sources
« Index Mundi/Turquie »

Meer ou Meyre (en syriaque : ܡܥܪ, en kurdeMehrî[1], et en turcKovankaya[2]) est un village assyro-chaldéen situé dans le district de Beytüşşebap de la province de Şırnak (aujourd'hui en Turquie).

C’est l'un des derniers villages assyriens du pays (il en existait neuf dans la région). Il est représentatif de l'exode des Assyro-Chaldéens vivant dans la région au cours du XXe siècle[3].

LocalisationModifier

Le village, à flanc de montagne, est situé le long de la rivière Hezil dans le Hakkiari, région montagneuse aujourd'hui turque de l'Anatolie du Sud-Est.
Il est à 60 km à l'ouest de Beytüşşebap, chef-lieu de l'arrondissement dont dépend le village, à environ 25 km au nord à vol d'oiseau de la frontière irakienne, et à environ 65 km au nord-est à vol d'oiseau de la frontière syrienne.

Le village est atteignable grâce à une seule et unique route que l'on peut prendre depuis les villages voisins de Boğazören à l'est et de Hoz (autre village assyrien) au sud-ouest.

ToponymieModifier

Le nom du village en araméen signifie « construire » (en syriaque : ܡܥܡܪܬܐ).

HistoireModifier

Le roi d'Assyrie Sennachérib conquiert la région en 697 av. J.-C., alors aux mains des urartiens[4].

Il existait dans le village deux églises catholiques chaldéennes, l'église de Mart Shmoni (construite en 320 et à l'origine un monastère abritant près de 600 moines à son apogée) et celle de Mart Maryam[5] (en français : Sainte Marie). L'église de Mar Isha'ya (en français : Saint Isaïe) était quant à elle située un peu plus loin. Les églises locales étaient reliées au diocèse de Gazarta (en syriaqueܓܙܪܬܐ).

Durant la période ottomane, les villageois de Meer étaient des Rayats de la principauté du Botan soumis à l'autorité de l'agha kurde local[6] (quasi-indépendant du pouvoir central turc à Constantinople à cause de l'isolement et de l'inaccessibilité des montagnes), qui leur devait théoriquement protection en échange de la moitié du produit de leur travail[7]. Administrativement, le village était situé dans le sandjak de Mardin de l'ancienne province de la Vilayet de Diyarbekir.

De nombreux liens (mariages, enterrements, fêtes religieuses et échanges commerciaux) existaient entre Meer et les villages assyriens voisins (notamment Hoz, Ischy et Baznayé), tous en autosuffisance alimentaire. Meer était également entouré de nombreux villages kurdes (dont certains d'origine assyrienne ou arménienne remplacés par des populations kurdes suite à des massacres et spoliations, et dont les noms des villages ont été changés).

En 1913, Meer et le village assyrien limitrophe de Hoz étaient peuplés de 500 habitants, mais les villages sont détruits en 1915 lors du génocide assyrien perpétré par l'empire ottoman sur les populations chrétiennes. Durant ces massacres, de nombreux habitants de Hoz se réfugient à Meer.

Meer est officiellement renommée Kovankaya[2],[6] en 1958 par le gouvernement turc et sa politique de turquisation.

La plupart des habitants, analphabètes, avaient écrit sur leurs papiers d'identité né le à Beytüşşebap (la grande ville la plus proche et chef-lieu du district). À partir des années 1970, le gouvernement turc construit des écoles dans les villages reculés du pays, et ce n'est qu'à partir de cette période que les habitants des villages assyriens se mettent à apprendre le turc (en plus de l'araméen, leur langue natale, et du kurde, la langue locale[8]).

D'une population de 1000 habitants dans le début des années 1970, la population de Meer et des villages assyro-chaldéens de la région émigre massivement de Turquie pour s'installer à l'étranger à partir de 1975 et ce durant deux décennies, suite aux différents conflits et exactions touchant la région (guérilla du PKK, discriminations subies par les populations turques et kurdes, etc.). La plupart des habitants partent pour la France, environ 700 à Sarcelles, 500 à Clichy-sous-Bois et 100 à Montluçon.

En 1980, il ne reste que 570 habitants estimés dans le village. La localité se vide progressivement de ses habitants tout au long des années 1980, lassés des meurtres, vols et extorsions, rapt et viols de jeunes filles converties de force à l’Islam, ainsi que harcèlements et menaces subies par les populations kurdes environnantes.

Le village est rasé en 1989 par l'armée turque[5],[9] au fort du conflit armé kurde, et les 20 familles restantes sont alors forcées de partir. Une petite partie d'entre eux revient au village en 1992[9] pour tenter de le reconstruire, mais le village est à nouveau détruit en juin 1994, forçant les sept familles restantes à fuir pour le village assyrien de Gaznakh. Deux familles reviennent à nouveau en 2010[9].

En janvier 2020, un couple d'assyro-chaldéens septuagénaire faisant partie des derniers habitants du village (Hurmuz Diril et sa femme Simoni Diril) est enlevé par des hommes armés, le corps sans vie de la femme étant retrouvé le long de la rivière le 20 mars (le mari étant toujours porté disparu)[10],[11].

Aujourd'hui, la plupart des anciens habitants du village et leurs descendants vivent en région parisienne, dans le Val-d'Oise notamment (comme à Sarcelles et dans les villes limitrophes[12],[13]).

DémographieModifier

Évolution de la population
Année Habitants
1913 500
1975 963[14]
1985 782[14]
1993 45
2019 3
2020 1

ÉconomieModifier

Les Meeryayés étaient connus comme étant principalement bergers (moutons et chèvres) ou apiculteurs (le village était très réputé pour la qualité de son miel).

On y faisait également pousser blé dur, maïs, concombres, tomates, ou encore haricots[5].

AnnexesModifier

Liens externesModifier

Liens internesModifier

   

Notes et référencesModifier

  1. Également connu sous le nom kurde de Mîhrî.
  2. a et b Le nom turc du village est dérivé de « Kovan » (en français : Ruche) et de « Kaya » (en français : Falaise), Kovankaya se traduisant donc par « falaise de la ruche » en turc.
  3. Comment la Turquie a éradiqué ses minorités chrétiennes
  4. (nl) Macht op de kale berg — www.shlama.be
  5. a b et c Risko Kas, « Récit de Lorenzo: Visite à Meer en Août 1993 », sur Meer (consulté le 9 mai 2020)
  6. a et b Un village chaldéen: Ischy — ischy.fr
  7. Joseph Alichoran, Les Assyro-Chaldéens d'Ile-de-France, une intégration réussie, Bulletin de l'Œuvre d'Orient no 782, 2016
  8. (nl) Herbul - een Franse terugblik — www.shlama.be
  9. a b et c (tr) Hatice Kamer, « Şırnak'ta 11 Ocak'tan beri kayıp olan Keldani çiftin oğulları Papaz Diril: 'Hayatta olduklarını umuyoruz' », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le 9 mai 2020)
  10. L’inquiétante disparition d’un couple chrétien dans le sud-est de la Turquie — lefigaro.fr, 19 janvier 2020
  11. En Turquie, disparition tragique et mystérieuse d’un couple de chrétiens d’Orient — lemonde.fr, 26 mars 2020
  12. Marwan Chahine, « Sarcelles en Chaldée », sur Libération.fr, (consulté le 9 juin 2020).
  13. Robert Alaux, « Assyro-Chaldéens, la fuite », Les Cahiers de l'Orient, vol. 93, no 1,‎ , p. 23 (ISSN 0767-6468 et 2552-0016, DOI 10.3917/lcdlo.093.0023, lire en ligne, consulté le 9 juin 2020).
  14. a et b (de) Eine untergegangene Welt: Chaldäerdörfer in der Türkei — www.rbenninghaus.de