Harbolé

Village en Turquie

Harbolé
ܗܪܒܘܠܐ
(ku) Herbole (tr) Aksu
Administration
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Région Anatolie du Sud-Est
Province Şırnak
District Silopi
Code postal 73402
Indicatif téléphonique international +(90)
Plaque minéralogique 73
Démographie
Gentilé Herbenayé
Population hab. (1990)
Géographie
Coordonnées 37° 20′ 10″ nord, 42° 37′ 54″ est
Altitude 1 000 m
Localisation
Localisation de Harbolé
Districts de la province de Şırnak
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Harbolé
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Harbolé
Sources
« Index Mundi/Turquie »

Harbolé ou Herbolé[1] (en syriaque : ܗܪܒܘܠܐ, en kurde : Herbole, et en turc : Aksu[2]) est un ancien village assyro-chaldéen situé dans le district de Silopi de la province de Şırnak (aujourd'hui en Turquie).

Avant sa disparition, il était l'un des derniers villages assyriens du pays (il en existait neuf dans la région, Harbolé étant le plus grand et le plus méridional de tous). Il est représentatif de l'exode des Assyro-Chaldéens vivant dans la région au cours du XXe siècle[3].

LocalisationModifier

Le village, sur le flanc oriental du mont Qardou[4], est situé le long d'un ruisseau affluent de la rivière Hezil dans le sud du Botan, région montagneuse aujourd'hui turque de l'Anatolie du Sud-Est.
Il est à 29 km au nord-est de Silopi, chef-lieu de l'arrondissement dont dépend le village, à environ 6 km à l'ouest à vol d'oiseau de la frontière irakienne (on peut voir les lumières de la ville irakienne de Zakho de nuit depuis le village[5]), et à environ 30 km au nord-est à vol d'oiseau de la frontière syrienne.

Le village est atteignable grâce à une seule et unique route que l'on peut prendre depuis les villages kurdes voisins de Ballıkaya au nord et de Selcik (ancien village assyrien auparavant appelé Deredefsh) au sud, au croisement de la centrale thermique de Silopi.

HistoireModifier

Le roi d'Assyrie Sennachérib conquiert la région en 697 av. J.-C., alors aux mains des urartiens[6].

Il existait dans le village deux églises catholiques chaldéennes, l'église de Mart Maryam[7] (en français : Sainte Marie), au nord du village, et l'église de Mart Shmoni, la plus ancienne des deux[8], au sud du village (entourée de noyers et du cimetière du village[5]). Les églises locales étaient reliées au diocèse de Gazarta (en syriaque : ܓܙܪܬܐ).

Les habitants (répartis sur plus de 300 familles en 1980) se répartissaient en cinq clans (qui fondèrent le village)[7] :

  • Beth Zoura
  • Beth Habel (ou Beth Hawel)
 
  • Beth Samano
  • Beth Nawlo
 
  • Beth Ali Shoran (ou Beth Alichoran)

Chaque clan était lui-même divisé en lignées (Le clan Beth Zoura avait par exemple cinq lignées, Beyalda, Bespahan, Berashko, Besimo et Berawo)[7].

Durant la période ottomane, les villageois de Harbolé étaient des Rayats de la principauté du Botan soumis à l'autorité de l'agha kurde local[9] (quasi-indépendant du pouvoir central turc à Constantinople à cause de l'isolement et de l'inaccessibilité des montagnes), qui leur devait théoriquement protection en échange de la moitié du produit de leur travail[10]. Administrativement, le village était situé dans le sandjak de Mardin de l'ancienne province de la Vilayet de Diyarbekir.

De nombreux liens (mariages, enterrements, fêtes religieuses et échanges commerciaux) existaient entre Harbolé et les villages assyriens voisins (notamment Baznayé, Bespin et Hassana), tous en autosuffisance alimentaire. Meer était également entouré de nombreux villages kurdes (dont certains d'origine assyrienne ou arménienne remplacés par des populations kurdes à la suite de massacres et spoliations, et dont les noms des villages ont été changés).

N'étant pas autorisés par les Kurdes à se faire construire une église dans leur village et donc n'ayant pas de prêtres, les chaldéens de la localité proche de Bespin priaient chez eux, et faisaient donc venir des prêtres de Harbolé (situé à environ 2h de marche) pour y célébrer des messes deux fois par an au moment de Pâques et de Noël.

En 1915, Harbolé, tout comme les autres villages assyriens de la région (de nombreux habitants du village assyrien de Hoz s'étant réfugiés à Harbolé), n'échappe pas au génocide assyrien perpétré par l'Empire ottoman sur les populations chrétiennes. Des habitants sont massacrés et jetés dans le Tigre. La majorité des Herbenayés fuient vers l'Irak (où certains ont de la famille) ou les villages assyriens voisins[7]. Une partie des habitants retourne au village peu après, et une autre reste définitivement de l'autre côté de la frontière, alors sous mandat britannique.

Harbolé est officiellement renommée Aksu[2],[9] en 1958 par le gouvernement turc et sa politique de turquisation.

La plupart des habitants, analphabètes, avaient écrit sur leurs papiers d'identité né le à Silopi (la grande ville la plus proche et chef-lieu du district)[11]. À partir des années 1970, le gouvernement turc construit des écoles dans les villages reculés du pays, et ce n'est qu'à partir de cette période que les habitants des villages assyriens se mettent à apprendre le turc (en plus de l'araméen, leur langue natale, et du kurde, la langue locale[5]). Certains habitants du village parlaient également un patois secret dérivé du soureth local, le Cizivizi[12].

La population de Harbolé et des villages assyro-chaldéens de la région émigre massivement de Turquie pour s'installer d'abord à Istanbul, puis à l'étranger à partir de 1973 et ce durant deux décennies, à la suite des différents conflits et exactions touchant la région (guérilla du PKK, discriminations subies par les populations turques et kurdes, etc.). En effet, la zone montagneuse autour du village étant devenue une zone de non-droit (vols et extorsions[12], rapt et viols de jeunes filles converties de force à l’Islam, assassinats de religieux, etc.[4]) prise en étau entre le conflit entre armée turque et rebelles kurde, les villageois désertent progressivement le village tout au long des années 1980.

Le village est définitivement abandonné fin 1989. En 1990, le gouvernement turc s'empare des terres pour y installer une mine de charbon[13] (qui ensevelit progressivement les ruines du village d'années en années)[4].

Aujourd'hui, la plupart des anciens habitants du village et leurs descendants vivent en région parisienne, dans le Val-d'Oise notamment (comme à Sarcelles et dans les villes limitrophes[14],[15]), et pour un petit nombre d'entre eux en Belgique (principalement à Malines, Anvers et Bruxelles[16]) en Allemagne et en Suède[4].

De nombreux assyro-chaldéens d'Irak sont également originaires de Harbolé.

DémographieModifier

Évolution de la population
Année Habitants
1975 1 308[12]
1985 1 066[12]
1989 117[12]
1990 0

ÉconomieModifier

Les Herbenayés étaient connus comme étant principalement agriculteurs (noix, figues, grenades), éleveurs (bovins et chevaux), bergers (moutons et chèvres) et artisans[4] (principalement tisserands[17]).

Le village possédait un moulin à eau pour y transformer les grains blé en farine[8].

Durant la période estivale de transhumance, les habitants se déplaçaient avec leurs troupeaux plus en altitude pour profiter d'un temps plus frais[7].

Jusqu'au début des années 1950, des colporteurs juifs venaient d'Irak pour vendre leurs produits au village[5].

AnnexesModifier

Liens internesModifier

   

Notes et référencesModifier

  1. Également connu sous le nom de Harbole, Harbol ou Herbûl.
  2. a et b Le nom turc du village est dérivé de « Ak » (en français : Blanc) et de « Su » (en français : Eau), Aksu se traduisant donc par « eau claire » en turc.
  3. Comment la Turquie a éradiqué ses minorités chrétiennes
  4. a b c d et e Shlama - la Chaldée aux portes de Paris — ateliers.emi-cfd.coop
  5. a b c et d (nl) Herbul - een Franse terugblik — www.shlama.be
  6. (nl) Macht op de kale berg — www.shlama.be
  7. a b c d et e Risko Kas, « L'histoire des autres villages Assyro-Chaldéen du Sud Est de la Turquie », sur Meer (consulté le )
  8. a et b Bruno Poizat, Parlons Soureth, Éditions L'Harmattan, 2016, 161 p. (ISBN 978-2-343-08153-3)
  9. a et b Un village chaldéen: Ischy — ischy.fr
  10. Joseph Alichoran, Les Assyro-Chaldéens d'Ile-de-France, une intégration réussie, Bulletin de l'Œuvre d'Orient n° 782, 2016
  11. (nl) Silopi Region — www.shlama.be
  12. a b c d et e (de) Eine untergegangene Welt: Chaldäerdörfer in der Türkei — www.rbenninghaus.de
  13. ALEXANDRE MOUTHON: Turkey-Irak border alexandremouthon.photoshelter.com
  14. Marwan Chahine, « Sarcelles en Chaldée », sur Libération.fr, (consulté le ).
  15. Robert Alaux, « Assyro-Chaldéens, la fuite », Les Cahiers de l'Orient, vol. 93, no 1,‎ , p. 23 (ISSN 0767-6468 et 2552-0016, DOI 10.3917/lcdlo.093.0023, lire en ligne, consulté le ).
  16. Chaldéens en Belgique — chaldeans.be
  17. (nl) Clothing & Crafts — www.shlama.be