La Lune (1641)

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La Lune
Image illustrative de l’article La Lune (1641)
Trois vaisseaux de guerre dessinés par Pierre Puget. La Lune serait le navire de gauche.
Type Vaisseau de ligne
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Chantier naval Arsenal d'Indret à Nantes ou
chantier naval de Brest
Équipage
Équipage 350 hommes
Caractéristiques techniques
Tonnage 800 tonneaux
Propulsion voile
Caractéristiques militaires
Armement 36 canons :

Porté par la suite à 48 canons

La Lune est un navire de la marine de guerre de Louis XIV, ayant coulé au large de Toulon le . Redécouverte en 1993 lors d'une plongée du sous-marin le Nautile, l'épave a fait l'objet de plongées servant de test pour le nouveau navire français d'exploration archéologique de la DRASSM, l'André Malraux, à partir de 2012.

HistoireModifier

 
Représentation de Djidjelli en 1664.

Construit probablement entre 1639 et 1642 à l'arsenal d'Indret à Nantes ou au chantier naval de Brest, ce vaisseau de premier rang est lancé en 1641[réf. nécessaire]. Il s'agit d'une frégate de 800 tonneaux, 43 mètres de long à la flottaison et 10 de large, percée pour porter 54 canons.

En 1649 et 1650, il est commandé par Gilles de La Roche-Saint-André.

Composé d'un équipage de 350 hommes dont 5 officiers , une cinquantaine d'officiers mariniers, 190 matelots et 100 soldats, il est rétrogradé au troisième rang lors de l'expédition de Djidjelli qui commence à partir du [1]. Il n'existe qu'une seule représentation figurée du navire, sur un dessin de Pierre Puget conservé au Musée du Louvre[2].

Le navire est fragilisé dès avant le début de l'expédition et est ancien, il est toutefois utilisé du fait de la faiblesse de la marine royale de l'époque.

Il embarque devant Djidjelli (Algérie) dix compagnies du régiment de Picardie soit environ 800 hommes supplémentaires[3]. Il y a donc une surcharge d'hommes dont certains blessés, outre les membres d'équipage destinés à manœuvrer le navire. La traversée met quatre jours, durant lesquels les membres de l'équipage doivent écoper car le navire prend l'eau.

À son retour à Toulon, le Commandeur de Verdille, capitaine de vaisseau, se voit refuser l'accès à la rade, les navires susceptibles d'apporter la peste étant mis en quarantaine par l’Intendant de la Marine Louis Testard de la Guette. Alors que le navire s'éloigne de la côte, le vaisseau se disloque, s'ouvre en deux et coule à pic — « comme du marbre » selon les témoignages des rescapés — dans la rade de Toulon, en face des îles d'Hyères, avec à son bord les dix premières compagnies du régiment de Picardie.

Plus de 700 hommes périssent noyés, avec parmi eux le général de la Guillotière, l'un des deux maréchaux de camp du comte de Gadagne durant l'expédition[4],[5]. Une centaine de rescapés parviennent à regagner le Port-Cros, mais abandonnés sur cette île déserte de 7 km2, ils meurent tous de faim[6]. Le Commandeur de Verdille et Antoine Bœsset de La Villedieu (aide de camp du général de la Guillotière) s'en réchappent tous les deux à la nage[7],[4]. On n'aurait compté en tout que quelques dizaines de rescapés, voire seulement 24 selon Bachelot[8].

ExplorationModifier

Découverte de l'épaveModifier

Le , l'épave de La Lune est découverte par hasard par le Nautile, submersible de recherche de l'IFREMER[6], gisant par 90 m de profondeur au large de Carqueiranne. Le navire, au fur et à mesure des années, s'est effondré sur lui-même et le site a fini par créer un tumulus de 3,5 m de hauteur, les pièces d'artillerie restant alignées.

Le site est alors succinctement expertisé et marqué par les archéologues et, en attendant d'entreprendre une véritable fouille de l'épave, opération longue et coûteuse, il est protégé par arrêté préfectoral dès le [1].

L'année suivante, Marie-Chantal Aiello a réalisé un documentaire pour France 3, La Lune et le Roi Soleil. Pascal Guérin et Herlé Jouon ont réalisé, en 2013, un documentaire intitulé L'Épave cachée du Roi-Soleil pour Arte. En 2018, la série documentaire Enquêtes en Eaux Profondes consacre à l'exploration de l'épave un épisode, intitulé "On a plongé sur la Lune"[9].

Campagne archéologique de 2012Modifier

La campagne de 2012 est prévue pour durer 5 jours seulement, car la zone est localisée dans une zone militaire soumise à une haute surveillance.

Les membres de l'équipe de fouilles sous la direction de Michel L'Hour souhaitent remonter de l'épave de la vaisselle, des armes et également un canon en bronze. La profondeur nécessite une préparation intense de l'expédition. Cette profondeur, ajoutée au fait que cette opération soit la première menée par l'André Malraux, donne à la fouille un enjeu particulier[10].

Le , l'opération conjointe de navires civils et militaires débute. Outre l'André Malraux, sont présents le remorqueur de la Marine Nationale Jason, duquel est mis à l'eau un scaphandrier équipé d'une combinaison pressurisée Newtsuit, le navire d'exploration Minibex de la Comex et son sous-marin habité Remora 2000 muni d'un dispositif de caméras.

L'expédition est l'occasion d'expérimenter de nouvelles techniques de fouilles sous-marines, expérimentation de l'usage du visionnage de l'épave en 3D (Dassault Systèmes) et également expérimentation d'une fouille en eaux profondes. Très peu d'épaves situées en eaux profondes ont été explorées. La fouille de La Lune est importante pour valider des techniques de fouilles à ces profondeurs ainsi que comme chantier où agissent différents engins sous-marins.

Une seconde campagne de fouilles est prévue, avec comme objectif de remonter un canon, de la vaisselle et des effets personnels de l'équipage, afin de pouvoir en appréhender la culture matérielle.

Pour préparer cette campagne, quelques semaines plus tôt, Ifremer avait déployé son véhicule autonome sous-marin (AUV) AsterX pour effectuer un relevé bathymétrique précis grâce à un sondeur multifaisceau. L'université de Gérone (Espagne) a, elle aussi, contribué à la cartographie du site en effectuant une photogrammétrie à l'aide d'un système stéréoscopique embarqué sur son véhicule autonome sous-marin Girona 500[11].

Campagne archéologique de 2014Modifier

En 2014, le DRASSM organise une campagne d'essais robotiques[12],[13] dans le cadre de son programme de développement de l'archéologie des abysses. À partir du navire André Malraux, plusieurs systèmes sont expérimentés (scanner laser, chenillette, éclairages...) en partenariat avec plusieurs entreprises et avec le laboratoire de robotique LIRMM.

Le prototype de ROV Speedy[14],[15] conçu par le LIRMM, emporte un prototype de main robotique dont la mécanique a été conçue par la société Techno Concept[16] et effectue des prélèvements archéologiques (bouteilles en terre-cuite et bouteilles en verre, notamment). Cette main est capable de saisir les objets avec une grande délicatesse. Le robot Speedy dispose d'un pilotage assisté par ordinateur qui lui permet de placer la main avec précision sur les objets. Le robot Speedy a également testé une griffe de prélèvement, adaptée au prélèvement d'objets plus gros[17].

Campagne archéologique de 2015Modifier

A l'automne 2015, le DRASSM organise une nouvelle campagne d'essais robotiques. Toujours depuis le navire André Malraux, les robots Speedy et Leonard du LIRMM sont déployés interconnectés pour effectuer diverses tâches en collaboration[9]. Cette campagne permet d'évaluer l'intérêt d'utiliser simultanément deux robots pour les travaux archéologiques. Les deux robots sont reliés par un ombilical commun. Cette campagne était préparatoire à la campagne de 2016 durant laquelle l'humanoïde sous-marin Ocean One a été déployé, accompagné par le ROV Léonard.

Campagne archéologique de 2016Modifier

Les premiers essais[18],[19],[20],[21],[22] du robot humanoïde sous-marin Ocean One de Stanford University ont eu lieu mi- sur cette épave, en collaboration avec le DRASSM et le LIRMM. A cette occasion un pot catalan en terre-cuite est prélevé par l'humanoïde. Le robot Ocean One partageait son ombilical avec le ROV Leonard du LIRMM, afin de minimiser l'effet des courants marins, de disposer d'un éclairage déporté, ainsi que d'un point de vue extérieur[22].

Notes et référencesModifier

  1. a et b [PDF] Fiche documentaire IFM n° 4/12, Institut français de la mer.
  2. Notice des collections du département des Arts graphiques, musée du Louvre
  3. L’odyssée du vaisseau La Lune.
  4. a et b Auguste Jal, Abraham Duquesne, Abraham Du Quesne et la marine de son temps, Plon, 1873, p. 598.
  5. Frédéric Lewino, Gwendoline Dos Santos, « 6 novembre 1664. Le naufrage de la Lune avec 800 hommes à bord marque la fin de la première guerre d'Algérie. », Le Point, .
  6. a et b Bernard Estival, Un siècle de navires scientifiques français, Le gerfaut, 2003, p. 141.
  7. Yves Durand, Jean-Pierre Bardet, État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Presses Paris Sorbonne, 2000, p. 514.
  8. Bernard Bachelot, Raison d'État, L'Harmattan, 2009, p. 30.
  9. a et b Série documentaire "Enquêtes en Eaux Profondes", épisode "On a plongé sur la Lune", Gédéon Programmes, RMC Découvertes et Science et Vie TV, 2018.
  10. Hervé Morin, « On a plongé sur la "Lune" », Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le 5 mai 2018).
  11. (en-US) « Girona 500 AUV », sur Girona Underwater vision and Robotics (consulté le 1er janvier 2020)
  12. Gautier Cariou, « L'archéologue des profondeurs », Les Dossiers de la Recherche,‎ , p. 50-57 (lire en ligne)
  13. Nicolas Baker, « Un robot archéologue pour explorer les épaves », sur lejournal.cnrs.fr,
  14. Viviane Thivent, « Un premier robot archéologue sous-marin », sur lemonde.fr,
  15. « Speedy, le robot archéologue sous-marin », Figaro Magazine,‎ , p. 28
  16. « TECHNO CONCEPT - Réalisations », sur www.technoconcept.be (consulté le 1er janvier 2020)
  17. Séverine Fontaine, « Speedy : un robot archéologue pour explorer les épaves en Méditerranée », sur industrie-techno.com,
  18. Morgane Kergoat, « Ocean One, le robot humanoïde, archéologue et sous-marin, a exploré La Lune »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Sciences et Avenir, (consulté le 5 mai 2018).
  19. « OceanOne : le robot a atteint la Lune », sur industrie-techno.com, .
  20. (en) Mary-Ann Russon, « Robot \'mermaid\' recovers treasure from King Louis XIV shipwreck off the coast of France », sur International Business Times,
  21. Vahé Ter Minassian, « Archéologie: un robot humanoïde à la conquête des abysses », sur lemonde.fr,
  22. a et b Série documentaire "Enquêtes en Eaux Profondes", épisode "Le robot des abysses", RMC Découvertes et Science et Vie TV, 2017.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier