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Jean-Marie Roland de La Platière

économiste et Homme d'état français
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Jean-Marie Roland de La Platière
Illustration.
Jean-Marie Roland de La Platière.
Portrait peint par François Bonneville, musée des Beaux-Arts de Lyon, 1792.
Fonctions
Député du Rhône-et-Loire
à l'Assemblée législative
Ministre de l'Intérieur,
Ministre de la Justice
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Thizy
Date de décès (à 59 ans)
Lieu de décès Radepont
Nationalité Drapeau de la France France
Parti politique girondin
Conjoint Manon Roland
Profession Inspecteur des manufactures

Signature de Jean-Marie Roland de La Platière

Jean-Marie Roland de La Platière, né le à Thizy et mort le à Radepont, est un économiste et homme d’État français.

Sommaire

Ses débutsModifier

Sa santé ne lui permettant pas de s’embarquer pour les Indes comme il le souhaitait, Jean-Marie Roland entreprend de faire carrière dans le commerce et les manufactures et entre bientôt dans le corps des inspecteurs des manufactures. En 1776, il rencontre la jeune Manon Phlipon, qui a vingt ans de moins que lui. Roland est à ce moment un économiste fort réputé, auteur de plusieurs études concernant notamment les manufactures, contributeur de l’Encyclopédie méthodique de Panckoucke[1]. Homme honnête, rigoureux, sévère même, grand travailleur, il demande la main de Manon qui l’a séduit. Le mariage toutefois ne se fait pas tout de suite, d’autant que monsieur Phlipon refuse son autorisation. En 1780 cependant, alors qu’il vient d’être nommé inspecteur des manufactures à Amiens, il épouse Manon. De ce mariage naquit leur fille Eudora (1781-1858), et postérité[2].

L'étude de l'industrieModifier

Il s'est d'abord intéressé à sa région du Beaujolais, et plus largement à l'Ardèche, toute proche, où l'usine à soie créée par Jean Deydier s'était bâtie à Aubenas en 1669 en utilisant les apports techniques de la famille bolonaise Benay, déjà présents au XVIe siècle dans le bourg proche de Pélussin, puis s'est mécanisée en 1752, sous forme d'une manufacture royale qui utilise les travaux mécaniques et Vaucanson et emploiera jusqu'à 2000 ouvriers en 1830.

Dans ses Encyclopédies méthodiques de 1780 et 1784, il juge ces machines trop chères, compliquées, dépendantes de composants parisiens, et observe que les producteurs de soie du Piémont italien produisent moins cher, et en France la manufacture identique de Salon aussi[3].

Dans cet ouvrage, il révèle aussi que le conseil municipal de Lyon avait demandé en 1670 la venue du Bolonais Pierre de Benay, qui s'est installé à Fores près d'Aubenas en créant un établissement modèle dont les élèves sont partis ensuite essaimer à Privas et Chomérac pour installer des systèmes mécanisés (tour et moulins du Piémont).

Installé ensuite à Amiens de 1781 à 1784, il publie deux ouvrages sur l’art : Du fabricant d’étoffes en laine, puis l’Art du fabricant de velours de coton. Avec sa femme, Roland accomplit aussi un voyage d’étude en Angleterre. Nommé en 1784, grâce à Manon, inspecteur des manufactures à Lyon, il occupe ce poste lorsque éclate la Révolution.

Un ministre girondinModifier

 
Roland de La Platière, croquis dessiné par Georges-François-Marie Gabriel, Paris, musée Carnavalet, vers 1792-1793.

Partisan des idées nouvelles, l’inspecteur des manufactures est élu en 1790 au conseil général de la commune de la ville, qui l’envoie à Paris l’année suivante, afin de démontrer à l’Assemblée l’état déplorable du commerce et des manufactures dans la région lyonnaise. Dans la capitale, où il séjourne plusieurs mois, il se lie avec les jacobins Jacques Pierre Brissot et François Buzot, mais également Jérôme Pétion et Maximilien de Robespierre, et fréquente d'ailleurs la société des amis de la Constitution. À la fin de l’année, le couple Roland s’installe définitivement à Paris. Manon Roland, passionnée elle aussi par la politique, reçoit bientôt dans son salon tous les hommes influents. À partir de là, le parti girondin se constituera chez les Roland. Grâce aux relations de sa femme, il entre en mars 1792 dans le « ministère Girondin » où il devient ministre de l’Intérieur. Son aspect bourgeois (simplicité de son costume, chapeau rond et souliers à rubans sans boucles) ne manque pas de choquer les courtisans et les huissiers du palais[4]. Le 10 juin 1792, le ministre de l’Intérieur adresse une lettre à Louis XVI rédigée par Manon, dans laquelle il adjure le roi de renoncer à son veto et de sanctionner les décrets. Sa lettre ayant été rendue publique, Roland est renvoyé le 13 juin, ainsi que Clavière.

Le ministre, plutôt favorable jusqu’alors à une monarchie constitutionnelle, rejoint le camp des républicains. Après la journée du 10 août 1792, l’assemblée législative lui rend son portefeuille et il redevient ministre. En place au moment des massacres de Septembre, il se distingue par son inertie, ne prenant que des mesures bien trop tardives.

Élu à la Convention, Roland refuse son siège de député, préférant conserver son portefeuille au ministère. Cependant après l’ouverture de la fameuse armoire de fer, le ministre de l’Intérieur trie lui-même les documents découverts. Les Montagnards l’accuseront d’avoir ainsi fait disparaître des papiers compromettants pour la Gironde. Son attitude pendant le procès de Louis XVI, lorsqu’il essaie d’obtenir l’appel au peuple[à définir], augmente encore la haine que lui portent les Montagnards. Le 23 janvier 1793, las de toutes ces attaques et aussi fort atteint par les révélations de son épouse Manon qui vient de lui avouer son amour pour François Buzot, Roland démissionne.

La mort d'un proscritModifier

 
Jean Marie Roland Ministre de l'Intérieur.
Estampe de Nicolas Colibert, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, vers 1792-1793.

Retiré dans sa petite maison de la rue de la Harpe, l’ancien ministre voudrait quitter Paris, mais l’Assemblée lui en refuse l’autorisation, et Manon ne veut pas s’éloigner de son ami François Buzot.

Ses violentes attaques contre les Montagnards et la Commune de Paris le font décréter d’arrestation avec les Girondins, le 2 juin 1793. Il refuse de les suivre, alléguant que leurs ordres sont illégaux. Mis hors la loi, Roland parvint à s’échapper, grâce à Louis-Augustin Bosc d'Antic. Il quitte Paris et se réfugie à Rouen en Normandie, chez deux vieilles demoiselles qui l’hébergent au péril de leur vie. C’est là que le , selon toute apparence, il apprend tardivement dans un journal[5] la comparution prochaine de sa femme devant le Tribunal révolutionnaire (en réalité, elle a déjà été jugée et guillotinée deux jours plus tôt, le ). L'annonce de la mort imminente de Manon pousse Roland à brûler ses papiers avant de quitter son refuge, marchant en direction de Paris. Au soir, dans la commune de Radepont, il s’engage dans une allée[6],[7] et se tue en s'empalant avec sa canne-épée contre un arbre. On trouve sur lui ce billet : « Qui que tu sois qui me trouves gisant ici, respecte mes restes ; ce sont ceux d’un homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête. »

Après la mort de Jean-Marie Roland et de son épouse, leur fille Eudora Roland fut recueillie par Jacques Antoine Creuzé-Latouche puis par Louis-Augustin Bosc d'Antic.

Notes et référencesModifier

  1. Il signe ainsi l'imposante somme intitulée Manufactures, Arts et Métiers, troisième tome de le seconde partie de l'Encyclopédie, ouvrage de plus de 1000 pages publié en 1790. Lire en ligne
  2. Descendance dans les familles Chaley et Taillet, notamment.
  3. Sa position fait l'objet d'une étude critique 80 ans plus tard par Léon de Laborde dans les Travaux de la commission française sur l’industrie des nations, Paris, Imprimerie Impériale, 1857, t. 3, 1ère partie, 2ème section, p. 52-53Consulter en ligne
  4. Jean-Marie Roland De La Platière, Œuvres, Volume 2, Bidault, , p. 82
  5. Peut-être L'Indicateur politique, mercantile et littéraire.
  6. Perroud 1895, p. 15-26.
  7. Reynolds 2012, p. 287-288.

BibliographieModifier

 
Joseph Chinard, Jean-Marie Roland de La Platière (buste en terre cuite claire patinée, 1789). Musée des beaux-arts de Lyon.
  • Édith Bernardin, Jean-Marie Roland et le Ministère de l'Intérieur, Paris, Société des études robespierristes, coll. « Bibliothèque d'histoire révolutionnaire / 3e » (no 2), , XV-667 p.
  • André Conquet, « J.-M. Roland de La Platière, Inspecteur Général des Manufactures, et son mémoire sur une langue universelle », La Revue administrative, Paris, Presses universitaires de France, no 182,‎ , p. 152-159 (JSTOR 40767916).
  • François Furet (dir.) et Mona Ozouf (dir.), La Gironde et les Girondins, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique Payot », , 468 p. (ISBN 2-228-88400-6, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Henri Hauser, « Le mot « industrie » chez Roland de La Platière », Revue historique, Paris, Librairie Félix Alcan, t. 150,‎ , p. 189-193 (lire en ligne).
  • (en) Michael W. Howell, « Danton, Roland and Dugas : Politics, Bureaucracy and Language in the French Revolution », The Historian, vol. 51, no 4,‎ , p. 592-610 (JSTOR 24447478).
  • (en) Charles A. Le Guin, « Roland de La Platière and the Universal Language », The Modern Language Review, vol. 55, no 2,‎ , p. 244-249 (JSTOR 4623533).
  • (en) Charles A. Le Guin, « Jean-Marie Roland and Eighteenth-Century French Economy », The American Journal of Economics and Sociology, vol. 22, no 1,‎ , p. 185-204 (JSTOR 3484332).
  • (en) Charles A. Le Guin, « The Continuing Education of Jean-Marie Roland (1734-1793) », History of Education Quarterly, vol. 3, no 3,‎ , p. 123-133 (JSTOR 367275).
  • (en) Charles A. Le Guin, « An Anti-Clerical Bureaucrat in Eighteenth-Century France : Jean-Marie Roland », The Catholic Historical Review, vol. 51, no 4,‎ , p. 487-502 (JSTOR 25017729).
  • (en) Charles A. Le Guin, « Roland de La Platière : A Public Servant in the Eighteenth Century », Transactions of the American Philosophical Society, Philadelphie, The American Philosophical Society, vol. 56, no 6,‎ , p. 1-129 (JSTOR 1006077, présentation en ligne).
  • Claude Perroud, « Note critique sur les dates de l'exécution de Mme Roland et du suicide de Roland », La Révolution française : revue d'histoire moderne et contemporaine, Paris, Société de l'histoire de la Révolution française, t. 22,‎ , p. 15-26 (lire en ligne).
  • Claude Perroud (éd. par Georges Fénoglio Le Goff), Études sur les Roland, [S. l.], Éditions du Bois-Menez, coll. « Textes oubliés / Études et mélanges de Claude Perroud ; 1 », , 400 p., 30 x 21 cm (ISBN 978-2-490135-12-7 et 978-2-490135-13-4, ISSN 2557-8715, lire en ligne).
  • (en) Siân Reynolds, Marriage and Revolution : Monsieur and Madame Roland, Oxford, Oxford University Press, , XIV-326 p. (ISBN 978-0-19-956042-4, présentation en ligne), [présentation en ligne].

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