Hans Asperger

psychiatre autrichien (1906-1980)
Hans Asperger
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
VienneVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès Voir et modifier les données sur Wikidata (à 74 ans)
VienneVoir et modifier les données sur Wikidata
Enterrement Neustifter Friedhof (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Formation Université de VienneVoir et modifier les données sur Wikidata
Profession Médecin, professeur et psychiatreVoir et modifier les données sur Wikidata
Employeur Université de VienneVoir et modifier les données sur Wikidata
Membre de LeopoldinaVoir et modifier les données sur Wikidata

Johann Friedrich Karl Asperger, dit Hans Asperger /hans ˈaspɛʁɡɐ/[1], est un psychiatre autrichien, né le à Vienne (Autriche) où il est mort le . Il a donné son nom au syndrome d'Asperger.

BiographieModifier

Né à Vienne, élevé à Hausbrunn, aux environs de cette ville — où ses grands-parents sont agriculteurs —, Hans Asperger est l'aîné d'une fratrie de trois enfants (dont l'un meurt peu après la naissance). Il fréquente un Humanistisches Gymnasium à Vienne, période pendant laquelle il prend part à des mouvements de jeunesse. C'est à Vienne qu'il entame des études de médecine dont il est diplômé en 1931. Il a notamment pour professeurs Clemens von Pirquet (de), Franz Chvostek junior (de) et Franz Hamburger (de).

En 1931, il devient assistant à la clinique pédiatrique universitaire de Vienne qui est à l'époque sous la direction de Franz Hamburger. En 1931-1932, il travaille également à la clinique Franz Chvostek. En 1932, il prend la suite d'Erwin Lazar dans le département de Heilpädagogik (pédagogie curative) de la clinique pédiatrique de Vienne. En 1934, il travaille quelque temps à la clinique psychiatrique de Leipzig avec P. Schröder.

En 1938, c'est l'Anschluss : les Allemands annexent l'Autriche. En , il soumet le texte de son Habilitationsschrift : Die Autistischen Psychopathen au journal Archiv für Psychiatrie und Nervenkrankheiten qui le publie en 1944.

Avec une religieuse, sœur Viktorine Zak[2], il crée une école spécialisée, détruite en 1944 par un bombardement qui tue la religieuse, les enfants et détruit ses archives. Les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, il est médecin en Croatie.

Entre 1946 et 1949, il est directeur suppléant de la clinique pédiatrique de Vienne. En 1948, il est cofondateur de la Österreichischen Arbeitsgemeinschaft für Heilpädagogik (aujourd'hui la Heilpädagogische Gesellschaft Österreichs) dont il est le président jusqu'à sa mort.

Entre 1957 et 1962, il dirige la clinique pédiatrique d'Innsbruck en Autriche.

Après 1962, il est titulaire de la chaire de pédiatrie de la clinique universitaire pédiatrique de Vienne dont il assure par ailleurs la direction. En 1964, il est responsable de SOS-Kinderdorf à Hinterbrühl. La même année, il devient président de la Internationalen Gesellschaft für Heilpädagogik.

Le , il devient vice-président de la Société autrichienne d'allergologie et d'immunologie (Österreichischen Gesellschaft für Allergologie und Immunologie) nouvellement créée[3].

Il devient professeur emeritus en 1977. Asperger est influencé par deux pédagogues, Georgens et Deinhard, qui ont fondé un institut spécialisé en 1856.

Andreas Rett est un de ses élèves.

Marié en 1935 avec Hanna Kalmon, il a cinq enfants. Deux de ses filles sont médecins, l'une d'elles, Maria Asperger Felder, étant pédopsychiatre. Son fils et ses deux autres filles sont agriculteurs.

Relations avec le régime naziModifier

La relation de Hans Asperger avec le régime nazi est l'objet de controverses. Certains auteurs, notamment Uta Frith, le présentent comme opposé aux idées du Troisième Reich, d'autres le dépeignent comme un participant actif aux programmes d'hygiène raciale. L'historien des sciences médicales, Herwig Czech, étudie des archives, et livre ses conclusions dans Molecular Autism en 2018[4],[5] : « la description d'Asperger comme adversaire de principe du national-socialisme et défenseur courageux de ses patients contre l'« euthanasie » nazie et d'autres mesures d'hygiène raciale ne tient pas debout face à la preuve historique. Ce qui émerge est un rôle beaucoup plus problématique joué par ce pionnier de la recherche sur l'autisme »[6]. Bien qu'Asperger semble avoir personnellement une certaine distance avec l'idéologie nazie, il travaillait sous la direction du sympathisant nazi Franz Hamburger, signait ses courriers avec la formule « Heil Hitler », a rejoint des organisations affiliées au parti nazi après 1938, et a bénéficié d'avancements de carrière durant cette période, grâce à l'éviction des médecins juifs, sans être lui-même considéré comme un opposant au régime[6]. En 1942, il participe à une sélection de patients visant à séparer les « inéducables », promis à l'élimination à Am Spiegelgrund (de), de ceux qui peuvent devenir des citoyens allemands[6]. Bien qu'il ne soit pas directement responsable de leur mort, il sélectionna 35 enfants à éliminer[6]. Il n'existe par ailleurs aucune preuve de son opposition éventuelle aux programmes de stérilisation forcée[6].

S'il n'a pas lui-même exprimé d'idées ouvertement antisémites, la manière dont il traite ses patients juifs après 1945 montre une indifférence vis-à-vis des persécutions subies par cette population ; par ailleurs Asperger ne condamne pas publiquement le régime nazi après sa chute[6].

Dans son ouvrage Neuro-tribus, le journaliste d'investigation Steve Silberman estime qu'Asperger se trouvait dans une zone grise, et a travaillé sous le régime nazi sans y adhérer personnellement[7]. Au contraire, dans Les Enfants d'Asperger, l'historienne américaine Edith Sheffer apporte des preuves de sa collaboration active aux programmes d'extermination nazis[8]. À la lecture de l'ouvrage, Élisabeth Roudinesco écrit que l'historienne américaine, « sans le moindre pathos [...] décrit l’itinéraire de ce « gentil docteur », cultivé et rigide, fervent catholique, marié et père de cinq enfants, qui deviendra, sous la houlette de son maître, Franz Hamburger (de) (1874-1954), et au contact de ses collègues Erwin Jekelius (de) (1905-1952) et Heinrich Gross (1915-2005), un artisan majeur de la politique d’euthanasie des enfants dits « anormaux » mise en œuvre par les nazis en Autriche, deux ans après l’Anschluss, dans le cadre du programme Aktion T4 (1940-1945). »[9] Il n'est toutefois pas certain que Asperger ait eu parfaitement connaissance du sort qui attendait les enfants transférés à Am Spiegelgrund[10].

ŒuvreModifier

Il a établi en 1943 la description d'une « psychopathie autistique de l'enfance »[11]. Sous ce nom, il a identifié chez quatre jeunes garçons un modèle de comportement et d'aptitudes incluant « un manque d'empathie, une faible capacité à se faire des amis, une conversation unidirectionnelle, une forte préoccupation vers des intérêts spéciaux et des mouvements maladroits »[réf. nécessaire]. Asperger les appelait ses « petits professeurs » en raison de leur capacité à parler de leur sujet favori avec beaucoup de détails. Cet article ne sera publié qu'en 1944 dans le journal Archiv für Psychiatrie und Nervenkrankheiten.

Il était convaincu que beaucoup d'entre eux devaient utiliser leurs talents particuliers à l'âge adulte. Il a suivi un enfant, Fritz V., jusqu'à l'âge adulte. Fritz V. est devenu professeur d'astronomie. Il corrigea une erreur dans les travaux de Newton qu'il avait repérée étant enfant[réf. nécessaire].

La vision positive de Hans Asperger sur cette psychopathie autistique contraste de façon saisissante avec la description de l'autisme infantile de Leo Kanner. Pourtant, ces deux notions tendent à être réunies au sein des troubles du spectre autistique. Alors que Kanner en 1943 décrit les enfants vus en consultation, Asperger les soigne depuis 1926 dans une institution thérapeutique mettant en œuvre un traitement privilégiant la relation affective[12]. Il se peut que Hans Asperger ait exprimé des visions positives du syndrome qui porte son nom à cause du climat politique de l'époque, et en particulier à cause de la volonté des nazis d'éliminer les handicapés.

Lorna Wing a donné un écho nouveau à cette description peu connue faite par Hans Asperger en publiant en 1981 Un compte rendu clinique du syndrome d'Asperger[13], ce qui l'a fait connaître beaucoup plus largement qu'elle ne l'était jusque-là.

Ironiquement, il semble que Hans Asperger ait présenté dans son enfance des traits du trouble même qui a reçu son nom[14]. Il était décrit comme un enfant lointain et solitaire, qui avait des difficultés à se faire des amis. Il était doué pour le langage, et en particulier, il était intéressé par le poète autrichien Franz Grillparzer, dont il citait fréquemment les poésies à ses camarades de classe, malgré leur indifférence à ce sujet.

Asperger est mort avant que l'identification de son modèle de comportement devienne largement reconnue, parce que son travail a essentiellement été rédigé en allemand, et a été très peu traduit. La première personne à avoir utilisé le terme « syndrome d'Asperger » dans un article fut la chercheuse britannique Lorna Wing. Son article, « Asperger's syndrome : a clinical account », a été publié en 1981 et a remis en question le modèle précédemment accepté de l'autisme présenté par Leo Kanner en 1943.

L'article de 1944 n'est traduit en anglais qu'en 1991 par Uta Frith[15]. En français, il a fallu attendre 1998[16].

Publications de Hans AspergerModifier

  • (de) « Leucin und Tyrosin im Ham bei Lungengeschwülsten », klin Wschr, Wien, vol. II,‎ , p. 1281-1284.
  • (de) avec Siegl, « Zur Behandlung der Enuresis », Archiv für Kinderheilkunde,‎ , p. 88-102.
  • (de) « Das psychisch abnorme Kind », Wiener Klinische Wochenschrift, no 49,‎ , p. 1314-1317 — y apparaît l'expression Autistischen Psychopathen.
  • (de) « “Jugendpsychiatrie” und “Heilpädagogik” », Münch med Wschr, München, Berlin, no 89,‎ , p. 352-356[17].
  • (de) « Die “Autistischen Psychopathen” im Kindesalter », Archiv für Psychiatrie und Nervenkrankheiten, no 117,‎ , p. 76-136 — l'article est déjà paru en 1938 dans le Wiener Klinischen Wochenschrift.
  • (de) « Postencephalitische Persönlichkeitsstörungen », Münch med Wschr, München, Berlin, no 91,‎ , p. 114-117.
  • (de) « Encephalitis im Kindesalter und Folgezustände », Wien klin Wschr, no 64, H. 10,‎ , p. 171.
  • (de) « Heilpädagogische problematik der organischen hirnstorungen », Acta psychother psychosom orthopedagog, no 2,‎ , p. 115-126.
  • (de) Heilpädagogik - Eine Einführung in die Psychopathologie des Kindes für Ärzte, Lehrer, Psychologen, Richter und Fürsorgerinnen, Wien : Springer Verlag, , 2e éd..
  • (de) Die Jugendgemeinschaften als Erziehungsfaktor - Jugend in Not. Schriften zur Volksbildung des Bundesministeriums für Unterricht, Wien, .
  • (de) « Biologische Grundlagen der Kinderdorfidee », dans Laireiter Matthias, Die Fremdversorgung der Jugend, Salzburg, .
  • (de) « Zur Differentialdiagnose des frühkindlichen Autismus », Acta paedopsychiatrica, no 35,‎ , p. 136-145.
  • (de) avec F. Schmid, Neurologie-Psychologie-Psychiatrie, Berlin, Heidelberg, New York, Springer Verlag, .
  • (de) « Kurze Geschichte der Internationalen Gesellschaft für Heilpädagogik », Heilpädagogik, Fachzeitschr. D. Österr. Ges. f. Heilpäd, no 4,‎ , p. 50-55.
  • (de) Das Werden sozialer Einstellungen in Familie, Schule und anderen Sozialformen, Wien, Österr. Bundesverl. für Unterricht, Wissenschaft und Kunst, .
  • (de) « Gesundheitserziehung in dieser Zeit », dans H. Asperger, F. Haider, Leben heute - Eine Herausforderung an die Pädagogik - Tagungsbericht der 23. internationalen pädagogischen Werktagung, Wien, Österreichischer Bundesverlag, , p. 60-70.
  • (de) « Eröffnungsansprache », dans Neue Impulse in der Heilpädagogik. Bericht des 2. Österreichischen Heilpädagogischen Kongresses, Österreichische Gesellschaft für Heilpädagogik, .
  • (en) « Problems of infantile autism », Communication, no 13,‎ , p. 45-52 — bulletin de la National Autistic Society britannique.
  • (en) « 50th anniversary of the death of Clemens von Pirquet », Pädiatrie und Pädologie, no 14 (2),‎ , p. I-II.
  • (de) « Kindheit in unserer Gesellschaft », dans H. Asperger, F. Haider, Kinderprobleme - Problemkinder - Tagungsbericht der 27.Werktagung 1978. Bd. 33, Salzburg, Selbstverlag der internationalen pädagogischen Werktagung, , p. 14-24.
  • (de) « Was kann die Pathologie die Pädagogik lehren? », dans Mit Konflikten umgehen - Tagungsbericht der 28. internationalen pädagogischen Werktagung. Bd. 34, Salzburg, Selbstverlag der internationalen pädagogischen Werktagung, , p. 56-66.
  • (de) « Masslosigkeit und Suchtigkeit », dans H. Asperger, H. u. M. Rothbucher, Das rechte Mass - Hilfen zur Lebensorientierung - Tagungsbericht der 29. Werktagung 1980, Salzburg, Selbstverlag der Internationalen Pädagogischen Werktagung, , p. 61-71.
  • (de) H. Asperger et F. Wurst, Psychotherapie und Heilpädagogik bei Kindern, München, Wien, Baltimore, Urban & Schwarzenberg,  ; chapitres :
    • « Schwierigkeiten Hochbegabter », dans Psychotherapie und…, p. 242-248 ;
    • « Frühkindlicher Autismus, Typ Kanner », dans Psychotherapie und…, p. 286-292 ;
    • « Kindlicher Autismus Typ Asperger », dans Psychotherapie und…, p. 293-301.


Notes et référencesModifier

  1. Prononciation en allemand autrichien standardisé retranscrite selon la norme API.
  2. coauteur d'un livre sur Erwin Lazar cf. [1]. Elle est l'auteur d'un article Die heilpädagogische Abteilung unter Erwin Lazar paru en 1932 dans Zeitschrift für Heilpädagogik cf. [2].
  3. [3].
  4. (en-US) « New evidence ties Hans Asperger to Nazi eugenics program », Spectrum | Autism Research News,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2018).
  5. « Asperger et les nazis : un cas plus qu’embarrassant », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 24 octobre 2018).
  6. a b c d e et f Herwig Czech, « Hans Asperger, National Socialism, and "race hygiene" in Nazi-era Vienna », Molecular Autism, vol. 9,‎ , p. 29 (ISSN 2040-2392, DOI 10.1186/s13229-018-0208-6, lire en ligne, consulté le 30 avril 2018).
  7. (en) Steve Silberman (préf. Oliver Sacks), NeuroTribes : The Legacy of Autism and the Future of Neurodiversity, New York, Avery Publishing, , 2e éd., 560  p. (ISBN 0-399-18561-5, OCLC 932001597) .
  8. (en) Judy Sasha Rubinsztein, « Asperger's Children: The Origins of Autism in Nazi Vienna By Edith Sheffer (éditeur, W.W. Norton and Company, 2018) », The British Journal of Psychiatry, vol. 214, no 3,‎ , p. 176–176 (ISSN 0007-1250 et 1472-1465, DOI 10.1192/bjp.2019.15, lire en ligne, consulté le 26 mars 2019).
  9. Élisabeth Roudinesco, « Avec Les Enfants d’Asperger, l’historienne Edith Sheffer montre Hans Asperger en nazi et assassin d’enfants », Le Monde, 28 mars 2019, voir [4].
  10. (en) Dean Falk, « Non-complicit: Revisiting Hans Asperger’s Career in Nazi-era Vienna », Journal of Autism and Developmental Disorders,‎ (ISSN 1573-3432, DOI 10.1007/s10803-019-03981-7, lire en ligne, consulté le 26 mars 2019)
  11. titre original : Die 'Autistischen Psychopathen' im Kindesalter [lire en ligne]
  12. D'après le compte rendu fait par Baba Rachida du livre de Denys Ribas Controverses sur l’autisme et témoignages cf. [5] « Copie archivée » (version du 1 mai 2019 sur l'Internet Archive).
  13. Asperger syndrome: a clinical account, lire en ligne.
  14. D'après Viktoria Lyons et Michael Fitzgerald dans l'article (en) « Did Hans Asperger (1906–1980) have Asperger Syndrome? », Journal of Autism and Developmental Disorders, Volume 37, no 10, p. 2020-2021, DOI:10.1007/s10803-007-0382-4.
  15. (en) Uta Frith (ed.) Autism and Asperger Syndrome (Cambridge University Press, 1991; (ISBN 052138608X)) — dans lequel l'article d'Asperger de 1944 est traduit en anglais et annoté.
  16. Hans Asperger. Les Psychopathes autistiques pendant l'enfance (institut Synthélabo pour le progrès de la connaissance, 1998. (ISBN 2843240492)).
  17. « Kataloge der Universitäten Graz, Linz, Bratislava und Innsbruck », sur webapp.uibk.ac.at (consulté le 20 novembre 2020)

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier