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Expédition Cassard

Informations générales
Date 1712
Lieu Océan Atlantique, Antilles, Amérique du Sud
Issue Nombreuses îles et établissements commerciaux rançonnés et pillés
Belligérants
Drapeau du royaume de France Royaume de France
Commandants
Jacques Cassard

Guerre de Succession d'Espagne

Batailles

Campagnes de Flandre et du Rhin

Campagnes d'Italie

Campagnes d'Espagne et de Portugal

Antilles et Amérique du sud

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L'expédition Cassard est une expédition menée par le capitaine français Jacques Cassard en 1712, pendant la guerre de Succession d'Espagne. Partie de Toulon à la tête d'une flotte de huit vaisseaux, emportant 3 000 marins et 1 200 soldats, l'escadre française lance une série de raids sur les îles portugaises du Cap-Vert, sur les îles anglaises de Montserrat et Antigua dans les Indes occidentales et sur les établissements coloniaux néerlandais en Amérique du Sud, Surinam, Berbice et Essequibo. Elle met les voiles ensuite en direction de l'île néerlandaise de Saint-Eustache, et parvient également, avec plus de difficulté cette fois, à prendre le contrôle de Curaçao, le principal établissement néerlandais dans les Caraïbes. Plusieurs des îles et des établissements attaqués choisiront de payer une rançon afin d'éviter les pillages ; décisions qui s'avéreront vaines car Cassard ordonnera quand même à ses hommes de piller les places vaincues.

L'expéditionModifier

Le , il obtient du roi le commandement d'une escadre de trois vaisseaux et de cinq frégates et embarque une expédition durant laquelle il pille des colonies anglaises, néerlandaises et portugaises au Cap-Vert et dans les Caraïbes. Pendant vingt-sept mois, il pille et rançonne des navires ennemis. Il s'empare notamment du fort de Praia sur l'île de Santiago au Cap-Vert

« Il ruina complètement Santiago, entrepôt du commerce des Portugais avec la côte occidentale d'Afrique. Il y fit un si grand butin, à ce que disent les Mémoires du temps, que, pour ne pas surcharger son escadre, il dut en abandonner une partie, qu'on évalua à plus d'un million de francs[1]. »

Il fait escale à la Martinique pour réparations, et dépose les butins enlevés au Cap-Vert. Les flibustiers de Saint-Domingue qui n'avaient pas oublié ses actions pendant le siège de Carthagène viennent le trouver et demandent à se joindre à lui. À la tête d'une petite flotte, il s'empare des îles anglaises de Montserrat et d'Antigua avant de se diriger vers les possessions néerlandaises de Suriname[Note 1] qu'il assiège et qu'il prend[Note 2]. Le gouverneur de la place lui propose de racheter l'établissement, ce que Cassard accepte et fixe le montant de la rançon à 2 400 000 livres[Note 3].

Après avoir également mis à contribution Berbice et Askebe (ou Essequibo), deux autres établissements de la Guyane néerlandaise, Cassard rentre encore une fois à la Martinique, sous les acclamations des colons français, émerveillés de voir s'accumuler dans leur port tant de richesses enlevées aux ennemis de la patrie. Mais Cassard ne devait pas s'en arrêter là et il met les voiles vers l'île de Saint-Eustache, appartenant également aux Néerlandais, qu'il rançonne de la même manière que les établissements du Suriname[Note 4].

Enfin, il se met en tête d'attaquer Paramaribo et Curaçao[2],[3]. Curaçao, était un établissement plus considérable et plus riche, que les précédents, mais également bien mieux défendu[Note 5]. Cette expédition dans les Antilles est un succès total ; et, après une nouvelle escale à la Martinique, il rentre en France avec un butin estimé à dix millions de livres. Les exploits de Jacques Cassard lui vaudront d'être fait chevalier de Saint-Louis à son retour en France.

NotesModifier

  1. En 1712, il fait parvenir au gouvernement un mémoire intitulé Relation de la descente faite par Mr Cassard dans la colonie de Surinam.
  2. « Le tour des Hollandais était venu. Cassard se porta directement sur leur riche établissement de Surinam, dans la Guyane. La ville, qui s'élève sur la rive gauche du beau et large fleuve de ce nom, et à vingt milles environ de son embouchure dans la mer, était doublement fortifiée par le génie de l'homme et par la nature. Les Hollandais s'étaient préparés à une vigoureuse résistance : plus de quatre-vingts pièces de canon défendaient l'approche du rivage, tandis que, sur les remparts de la ville, plus de cent trente bouches à feu étaient prêtes à vomir la mort. La descente était donc aussi difficile que périlleuse, et, pour surmonter tous les obstacles, il fallait autre chose encore que du courage et de la témérité. Mais si Cassard était un habile marin, il n'était pas un moins habile ingénieur. Ses connaissances dans cet art, qu'on avait utilisées naguère pour les fortifications de Toulon, lui furent d'un grand secours dans cette circonstance. Il prouva, en outre, qu'il possédait encore à un haut degré le coup d’œil et le génie du stratège. Par une suite de combinaisons habiles et hardies, il parvint à éluder ou à surmonter les plus grandes difficultés de son entreprise. Avec une partie de ses forces débarquées sur un point de l'île très éloigné de l'embouchure du fleuve, il s'empara de positions importantes, et se mit en mesure de foudroyer la ville par terre et par mer. » (Bescherelle 1868, p. 58)
  3. « Les Hollandais se défendirent vaillamment ; mais les bombes de Cassard faisaient tant de ravages dans la ville, que, prévoyant une ruine totale s'il prolongeait sa résistance, le gouverneur dépêcha un parlementaire vers le capitaine français pour lui offrir une rançon. Cassard accepta cette offre, et fixa la rançon de Surinam à deux millions quatre cent mille livres, sans aucune restitution du butin recueilli dans les habitations de l'île tombées au pouvoir des Français. Cette rançon, qui représentait une année du revenu de la colonie, fut souscrite et acquittée sans délai. Les valeurs données furent de l'argent, du sucre et des nègres. » (Bescherelle 1868, p. 58)
  4. « Mais les Hollandais avaient aussi des possessions dans les Antilles; c'est par elles que Cassard crut devoir terminer son expédition. Il se présenta d'abord devant l'île Saint-Eustache, dont la colonie s'empressa d'offrir sa rançon. Le terrible capitaine n'exigea, cette fois, qu'une somme très modérée, parce que la capitulation était allée au-devant de l'attaque, et que la colonie était pauvre. » (Bescherelle 1868, p. 59)
  5. « Curaçao avait déjà vu échouer contre elle une tentative de l'amiral Jean II d'Estrées, en 1678, et les officiers de Cassard cherchèrent à le détourner d'une entreprise où ils craignaient de lui voir compromettre sa gloire et la fortune de son escadre. La ville était forte, défendue par une nombreuse garnison et pourvue d'une artillerie formidable. Belles raisons, vraiment, pour un oseur de la trempe de notre capitaine! Cassard démontra à ses Officiers que non seulement l’entreprise était possible, mais que le succès était certain. Il déclara que Curaçao lui devait une rançon de six cent mille livres, et qu'il ne se retirerait pas avant de l'avoir reçue. L'attaque fut donc décidée. Elle commença, le , par une descente opérée dans la baie de Sainte-Croix, à cinq lieues de la ville, et se termina sept jours après (le 24) par la capitulation de la place, qui paya, en effet, la rançon de six cent mille livres fixée d'avance par l'inflexible et obstiné Breton. Devant Curaçao, comme devant Surinam, Cassard s'était montré ingénieur plein de ressources et homme de guerre consommé ; car il avait eu à diriger un siège dans toutes les règles, et à lutter contre les difficultés spéciales d'un sol très accidenté. En effet, dans l'espace de cinq lieues qui séparait son point de débarquement de la ville, il lui avait fallu franchir des passages dangereux et vigoureusement défendus, emporter de haute lutte plusieurs postes avancés, et forcer des retranchements redoutables; il avait fallu amener de l'artillerie à travers mille obstacles naturels, ouvrir des tranchées, élever des batteries, attaquer et se défendre tout à la fois. Cassard, qui suffisait à tout, et qu'on retrouvait toujours au poste le plus périlleux, reçut, dans un des nombreux engagements qu'il eut à soutenir, une grave blessure au pied, qui ne l'empêcha pas de continuer à donner des ordres et à veiller à leur exécution. Il revint une dernière fois à la Martinique pour s'y rétablir de sa blessure, régler le compte des flibustiers, qui lui avaient été si utiles, et préparer son retour en France avec le produit matériel de ses exploits, qu'on n'évaluait pas à moins de neuf ou dix millions. » (Bescherelle 1868, p. 59-60)

RéférencesModifier

Articles connexesModifier

Sources et bibliographieModifier

en français 
en anglais 
  • (en) Charles Boswell Norman, The corsairs of France, S. Low, Marston, Searle, & Rivington, , 464 p. (lire en ligne), p. 139-150
  • (en) James Rodway, History of British Guiana, vol. I : 1668-1781, Read Books, , 320 p. (ISBN 9781444635089, lire en ligne)
  • (en) Edward Phillips Statham, Privateers and Privateering, Cambridge University Press, (1re éd. 1910)