Cimetière des Champeaux de Montmorency

cimetière situé dans le Val-d'Oise, en France

Le cimetière des Champeaux, créé au début du XVIIe siècle à Montmorency (Val-d'Oise), a la particularité d'être le plus grand cimetière polonais de France d'où son appellation "la nécropole polonaise" ou "panthéon de l'émigration polonaise". Située à une quinzaine de kilomètres au nord de Paris, Montmorency doit cette particularité à deux vétérans de la Grande Armée qui y séjournaient et, à leur mort, y furent enterrés : Julian Ursyn-Niemcewicz et Karol Kniaziewicz. Depuis, nombre d’autres ont suivi et aujourd’hui on compte plus de 500 sépultures, parmi lesquelles celles des poètes Adam Mickiewicz, Cyprien Norwid et du chef de la résistance polonaise en France Aleksander Kawalkowski. Terre sacrée et lieu de mémoire, il est le symbole de la résistance polonaise contre toutes les formes d’oppressions et tous les ans au printemps, des Polonais de la région parisienne se rendent en pèlerinage à Montmorency.

Cimetière des Champeaux de Montmorency
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HistoireModifier

 
Tombe de Delfina Potocka (1807-1877), amie de Frédéric Chopin
 
Tombe de Zygmunt Kaczkowski, écrivain polonais

Montmorency et la Grande ÉmigrationModifier

A la fin du XVIIIe siècle, la Pologne n’est plus un État. Elle a été partagée à trois reprises et absorbée par trois puissances voisines, l’Autriche, la Prusse et la Russie. Après la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne de 1815 transforma le Duché de Varsovie, crée par ce dernier en 1807 et attaché à l'Empire français, en Royaume de Congrès, une monarchie liée par une union personnelle à l’Empire de Russie. Le tsar portait le titre de Roi de Pologne. La tyrannie du tsar Nicolas Ier provoque l’Insurrection de Novembre 1830. Les persécutions forcent un nombre important de Polonais à quitter le pays ; c’est le début de la Grande émigration. Une majorité d’entre eux rejoint en France le Prince Adam Jerzy Czartoryski, chef du gouvernement insurrectionnel.

Parmi eux se trouvent Julian Ursyn Niemcewicz, sénateur et historien et le général et homme politique Karol Kniaziewicz. Ces deux illustres patriotes polonais avaient particulièrement apprécié séjourner à Montmorency durant leur exil et avaient émis le souhait de s’y faire inhumer. Leur aura est telle auprès de la communauté polonaise qu’à leur mort, en 1841 et 1842, leur sépulture fait l’objet d’une attention particulière. Ne pouvant pas être inhumés à la collégiale Saint-Martin de Montmorency, ils sont enterrés au cimetière des Champeaux.

Peu à peu, Montmorency et la station thermale d'Enghien toute proche devinrent un lieu de séjour de la Grande Émigration et de la famille du prince Adam Jerzy Czartoryski. Delfina Potocka née Komar y ouvrit un second salon qui résonnait de la musique de Frédéric Chopin, dans lequel on rencontrait les poètes Zygmunt Krasiński et Juliusz Słowacki, on débattait du passé et on rêvait d'une Pologne libre. Adam Mickiewicz avec sa famille, ses amis Stefan Witwicki, Józef et Bogdan Zaleski faisaient partie des invités des premiers Polonais habitant ce lieu de villégiature. Nombreux furent ceux qui y retrouvèrent la joie de vivre, l'adoptèrent comme seconde patrie et le choisirent comme lieu de repos éternel.

Éloignés de leur pays d’origine, de nombreux Polonais choisissent le cimetière des Champeaux pour leur dernière sépulture, aux côtés de concitoyens célèbres.

Aujourd’hui on y trouve de 276 tombes polonaises.

PèlerinageModifier

Depuis c'est le lieu d'un pèlerinage qui a lieu chaque année en printemps. La cérémonie commence par une messe funèbre à la mémoire de tous les Polonais morts en exil, suivie d'un sermon en français, de l'hymne catholique polonais – Boże, coś Polskę – et d'un cortège traversant la ville, de l'église au cimetière, avec dépôt de gerbes. Cette tradition du pèlerinage est née en 1843. Elle est le fruit de l'action du Comité présidé par Adam Jerzy Czartoryski qui fonda deux messes perpétuelles, la première pour le repos des âmes de Julian Ursyn Niemcewicz et de Karol Kniaziewicz, la seconde pour le repos des âmes des Polonais morts en exil. La communauté des Polonais en exil en fut informée le par un discours d'Adam Mickiewicz, qui était alors président de la Section Historique de la Société Littéraire Polonaise

Le Mur de la MémoireModifier

Le cimetière est un lieu de commémoration de la patrie polonaise et de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le Mur de la Mémoire honore les soldats et de l’Armée polonaise en Occident, les Polonais massacrés à Katyń et en Volhynie ainsi que le syndicat d’opposition Solidarność. Car l’histoire du cimetière épousa celle de la Pologne aussi durant le XXe siècle. Il reçut les dépouilles de résistants et de déportés. De la terre de Katyn y a même été rapportée. Dans les années 60, le cimetière devint à sa manière un lieu de résistance à la Pologne communiste. S’y firent inhumés des membres de la diaspora ayant refusé de revenir en Pologne sous ce régime.

Personnalités du cimetière des ChampeauxModifier

Outre les Polonais, on y trouve aussi le tombeau de :

  • Marthe Malot (1850-1926) écrivain et seconde épouse d'Hector Malot et fille du peintre Achille Oudinot (1820-1886), ami de Corot. Auteur de cinq romans : Folie d’amour (1888), Le Prince (1894) ; L’Amour dominateur et La Beauté (1897) ; Sa fille (1900) ; Cœurs d’amoureuses (1905) ; Ève de France (1911).

RénovationModifier

Vingt-et-une tombes ont été rénovées entre 2007 et 2008 par l'École nationale des beaux-arts Józef Szermentowski de Kielce (pl).

En 2013, la Ville de Montmorency a initié un projet de promotion d'un épisode méconnu de son histoire dont la trace matérielle et spirituelle se trouve dans la nécropole polonaise du cimetière des Champeaux : celui des activités de la Grande Émigration polonaise sur son territoire. Elle a entrepris de mettre en valeur les tombes polonaises du cimetière, en vue de les inscrire dans l'histoire de l'Europe par l'obtention du label du Patrimoine Européen.

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Hanna Zaworonko-Olejniczak, En terre d’exil -Tombeaux polonais dans les cimetières de Paris et Montmorency, 2011.