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Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance

L'Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance (en polonais : Polska Organizacja Walki o Niepodległość, P.O.W.N.) était un mouvement de résistance polonais qui se constitua sur le territoire français après la débâcle de juin 1940. Elle regroupa à la fin de 1941 un millier d’émigrés polonais pour finalement compter quelques 14 000 membres au moment de la Libération en avril 1944, ce qui en fait le deuxième plus important mouvement de résistance en France[1].

OriginesModifier

 
Pièce d'identité POWN

Après la défaite de la Pologne en septembre 1939 face à l’Allemagne et après l’occupation d’une partie de la Pologne par l’Union Soviétique, nombreux officiers et jeunes hommes d’intelligentsia polonaise vinrent en France, en espérant continuer, à côté des Français, la lutte pour l’indépendance. En effet, en vertus des accords franco-polonais, une armée polonaise placée en tant qu’armée d’un Etat allié sous les ordres du commandement en chef de l’armée française se reconstitua sur le sol français. En juin 1940, l’Armée polonaise en France recense 83.326 soldats parmi lesquels 55.000 sont équipés de 770 canons et mortiers, 90 chars et 135 avions, engagés dans la défense de la France ainsi qu’en Norvège.

HistoireModifier

C’est d’abord dans le sud de la France, où s’étaient repliés, après le débâcle de juin 1940, de nombreux militaires et cadres de l'armée polonaise qui n'ont pas pu s'évacuer en Grande Bretagne, que se rassembla le noyau autour duquel se constitua la P.O.W.N.

Dès la fin de 1940, le gouvernement polonais du général Sikorski exilé maintenant à Londres avait créé au sein du Ministère de l'Intérieur un bureau d'Action continentale dirigé par Jan Librach, l'ancien premier secrétaire de l'ambassade polonaise à Paris. Au même moment, le gouvernement britannique craignant l'attaque allemande était vivement intéressé par le développement d'un réseau de renseignements sur le sol français, tous ses propres agents ayant été évacués à Dunkerque. Les négociations aboutirent par la signature d'un accord en juillet 1941.[2].

L'arrivé en France de Czesław Bitner, courrier du gouvernement de Londres chargé d'établir des liaisons avec le Bureau d'Action continentale permit de diffuser les instructions, de distribuer des fonds et rassembler les futurs membres de l’organisation. Elle fut créée d'abord en zone Sud, à Lyon, par l’ancien Consul général de Pologne à Lille Aleksander Kawałkowski [3] en utilisait comme couverture les institutions légales autorisées par Vichy (Union des Polonais en France, la YMCA polonaise, la Croix-Rouge polonaise ou PCK, le Groupement d'assistance aux Polonais en France ou GAPF).

Peu à peu, avec le désir grandissant de lutte immédiate de la population polonaise émigrée, la P.O.W.N. se transforma en une organisation de masse qui, à l’image du gouvernement polonais de Londres, se présentait comme l’unique représentation légale de la population polonaise de France, de Belgique et des Pays-Bas. Le mouvement s'organise différemment suivant la zone Sud et Nord. D’après un rapport de Kawalkowski au gouvernement polonais de Londres, au 1er août 1944, le nombre de membres assermentés de la P.O.W.N. aurait été de 8 150 personnes en France, Belgique, Allemagne et aux Pays-Bas, groupées au sein d’environ 500 cellules, dites « postes ». À peu près 62% de l’ensemble des membres de la P.O.W.N. résidaient au Nord de la France, concentrés dans les trois départements : le Pas-de-Calais, le Nord et la Somme.

A ses débuts, la P.O.W.N. développe d'abord son activité dans le sabotage et les renseignements (envois de rapports économiques, militaires au gouvernement polonais à Londres). Les agents du mouvement sont assermentés avec pour objectif, en libérant la France, de libérer la Pologne, comme l'explique toute leur presse clandestine (Walka, Komunikat, Sztandar, Wyzwolenie).

En juillet 1943, en préparation de la lutte armée et sur l’initiative du gouvernement polonais de Londres, la P.O.W.N. a été formellement divisée en deux : la la P.O.W.N. militaire et la la P.O.W.N. civile. La branche militaire de la P.O.W.N. fut placée sous l'autorité du colonel Daniel Zdrojewski (Daniel) qui répondait au ministre de la défense, le général Marian Kukiel, alors qu'Aleksander Kawałkowski, chef de la P.O.W.N., continuait de répondre au ministère de l’intérieur, Stanisław Kot. Zdrojewski implante son PC d'abord à Lyon puis à Paris et, conformément aux consignes reçues de Londres, établit de très nombreux liens avec la Résistance française, sans différenciation politique, car sa mission est de travailler « militaire » et de concert avec tous ceux qui se battent contre les Allemands.

Au mois de juillet 1943, la direction de la P.O.W.N. a mis sur pied l’organisation politique, regroupant des représentants des associations et partis politiques polonais reconnaissant le gouvernement polonais de Londres. Elle a été nommée Comité central de lutte (Centralny Komitet Walki, CKW) et était destinée à prendre la tête de la communauté polonaise en France dès que la France serait libérée.

Le colonel Zdrojewski était en contact suivi avec le Général Marie-Pierre Koenig, commandant en Chef des Forces françaises de l'intérieur (FFI). Les relations entre Français et Polonais, combattant l’ennemi commun étaient très amicales et on trouvait des Compagnies polonaises dans le maquis dans le cadre des FFI.

Le 29 mai 1944, l'accord signé entre Daniel Zdrojewski et Jacques Chaban-Delmas, délégué militaire général des FFI place ses unités combattantes sous le commandement tactique des Forces françaises de l'intérieur[4]. Par cet accord, Zdrojewski réalise un acte politique de première importance. Constatant l'impasse des négociations menées entre Kawalkowski et le représentant du CNR, pour une reconnaissance du P.O.W.N. comme Forces Militaires polonaises de la Résistance en France, il met alors, et de sa propre initiative, ses détachements polonais armés à la disposition de la France Combattante et du général de Gaulle.

Son dernier responsable, chargé de la liquidation du mouvement par le gouvernement polonais, fut Czesław Bitner.

Le colonel Zdrojewski est reconnu, le 28 janvier 1946, par le général Koenig comme « Liquidateur responsable » des Forces Militaires Polonaises de la Résistance de France auprès de la Commission française d'Homologation des FFCI.

La rivalité entre la POWN et le mouvement communisteModifier

Les mouvements de résistance polonaise en France étaient partagés entre ceux reconnaissant l’autorité du gouvernement polonais exilé à Londres et ceux d’inspiration communiste ou communisants. Au moins depuis l’année 1943, l’année où l’Union Soviétique a rompu les relations diplomatiques avec la Pologne, les communistes polonais en France ne reconnaissaient plus le pouvoir des autorités polonaises de Londres.

L’arrivée de la P.O.W.N. dans le bassin minier du Nord Pas de Calais en début de 1942, entraîna une confrontation entre les partisans du gouvernement polonais en exil à Londres et le réseau MOI du PCF. La rivalité entre la P.O.W.N et le Parti communiste en France a même parfois contribué à freiner le combat commun contre l’occupant. Les deux organisations ont cherché à s’affaiblir mutuellement en utilisant parfois des moyens douteux moralement, ce qui eut aussi des conséquences néfastes. Cette rivalité a cependant aussi été un moteur contribuant à faire évoluer sur plusieurs points, les conceptions des cadres dirigeants comme de la masse des travailleurs[5].

ActionsModifier

Entre 1941 et 1944, la P.O.W.N joua un rôle notable dans l’effort de guerre allié.

Elle informa Londres de la localisation des bases militaires allemandes, des concentrations d’effectifs ennemis, des effets des bombardements alliés, des déplacements de troupes à l’ouest de l’Europe, des activités économiques de l’occupant. En 1944, sur les 162 bases de lancement de V1 découvertes et décrites grâce à la P.O.W.N, la moitié environ fut ensuite bombardée et détruite par l’aviation britannique. Parfois, comme à Beauval, ce sont des commandos de la P.O.W.N qui purent eux-mêmes saboter les installations des rampes de lancement.

Les membres de la P.O.W.N ont également joué un rôle dans l’évacuation vers l’Angleterre de soldats polonais et de prisonniers évadés.

la P.O.W.N a organisé le « petit sabotage » presque dès le début de son existence (vols de machines ou d’explosifs dans les usines, sabotage de moteurs ou de machines, propagande visant à ralentir le travail ou à en annuler les effets, grèves, etc.). Elle se lança ensuite dans le « grand sabotage » (démontage de voies ferrées, dynamitage de ponts ou des liaisons ferroviaires, coupures de câbles téléphoniques).

Les tracts et bulletins publiés par la P.O.W.N, en langues polonaise, française, allemande ont atteint les masses polonaises et françaises mais aussi les soldats alsaciens, autrichiens, polonais, allemands, etc. en particulier ceux enrôlés de force dans la Wehrmacht. On doit à tous ces efforts un nombre important de désertions de soldats mais aussi d’ouvriers réquisitionnés qui trouvèrent, grâce à elle, une « planque ».

À la Libération, les membres de la P.O.W.N empêchèrent la destruction par les occupants en fuite de plusieurs usines ou centrales électriques.

La P.O.W.N joua rôle dans l’organisation de grèves dans les usines, la fabrication de faux papiers d’identité pour des Juifs cachés et la fourniture clandestine de nourriture pour les Juifs internés à Malines (Belgique).

BilanModifier

Après la guerre, la P.O.W.N rencontra un intérêt faible en France, car c’était un réseau polonais, et en Pologne, car c’était un réseau opérant à l’étranger et lié au gouvernement concurrent de celui établi à Varsovie. La P.O.W.N ne put donc jouer, après la Libération, le rôle que ses chefs et fondateurs avaient prévu pour elle. Les alliés occidentaux ne laissèrent les autorités polonaises en exil mobiliser sous les drapeaux qu’une partie des Polonais de l’émigration prévus à l’origine. Même si elle a perdu son combat politique, elle a joué un rôle militaire important sous l’occupation. Elle a contribué également à renforcer la mobilisation de l’émigration polonaise dans le combat national, politique et social, ce qui a permis de répandre en son sein des valeurs civiques et de rapprocher les populations polonaises et françaises. Son combat a permis aux déracinés polonais d’avant-guerre et aux exilés de 1939 de retrouver leurs racines communes et d’en faire pousser de nouvelles.

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. Conférence des professeurs Jean Médrale et Bruno Drweski, « La Résistance en Pologne – Polska Walczaca », sur Les Amis de la Fondation de la Résistance, (consulté le 8 octobre 2019).
  2. Bruno Drweski, La POWN : un mouvement de résistance polonais en France, Revue des Études Slaves, 59-4, , p.743.
  3. Justyn dans la résistance polonaise
  4. http://www.passionmilitaria.com/t34642-la-pown-un-mouvement-pour-l-independance
  5. Conférence des professeurs Jean Médrale et Bruno Drweski, « La Résistance en Pologne – Polska Walczaca », (consulté le 16 octobre 2019)

BibliographieModifier

  • La Résistance polonaise en France, DVD-ROM édité sous la direction de Jean Medrala, par la SHLP et l'AERI, 2013, (ISBN 978-2-915742-29-9)
  • Janine Ponty, La Résistance polonaise en France : le POWN (Contribution à l’histoire de la Résistance non-communiste). In : De l’exil à la résistance. Réfugiés et immigrés d’Europe Centrale en France 1933-1945 [Actes du Colloque international organisé par le Centre de recherches de l’Université Paris VIII et l’Institut d’Histoire du Temps Présent - Paris, 17-18 oct. 1986], Saint-Denis, Paris, 1988, p. 173-183.
  • Jan E.Zamojski, Polacy w ruchu oporu we Francji 1940-1945 [Les Polonais dans la Résistance en France 1940-1945], Wrocław, Ossolineum, 1975.
  • Bruno Drweski, La POWN : un mouvement de résistance polonais en France, revue des Études Slaves, 1987, 59-4, p. 741-752

Articles connexesModifier

Liens externesModifier