Château d'Itter

château d'Autriche

Château d'Itter
Image illustrative de l’article Château d'Itter
Le château d'Itter vu du sud-est (1979).
Nom local Schloss Itter
Période ou style Médiéval
Type Château
Début construction Xe siècle
Fin construction XIXe siècle
Destination initiale Château fort
Destination actuelle Propriété privée
Protection Monument historique
Coordonnées 47° 28′ 14″ nord, 12° 08′ 24″ est
Pays Drapeau de l'Autriche Autriche
Land Tyrol
District Kitzbühel
Commune Itter
Géolocalisation sur la carte : Tyrol
(Voir situation sur carte : Tyrol)
Château d'Itter

Le château d'Itter (en allemand : Schloss Itter) est un petit château dominant le village d'Itter dans le Tyrol autrichien, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Kitzbuehel. Il est connu pour avoir servi de lieu de détention pour un certain nombre de personnalités et officiers généraux français pendant la Seconde Guerre mondiale. Le , la bataille du château d'Itter a opposé, d'un côté, des troupes américaines aidées par des soldats de la Wehrmacht et par des personnalités politiques françaises détenues dans cette forteresse, et de l'autre, des éléments de la Waffen-SS.

HistoireModifier

Le château fort médiévalModifier

 
Vue sur Itter depuis le château.

On ignore la date de construction du premier château pendant les premières années du duché de Bavière : c'était un fort érigé pour protégér les domaines de l'évêché de Ratisbonne dans la vallée de Brixen contre l'archevêché de Salzbourg à l'est ; sa construction pourrait remonter au Xe siècle (c'est en 902 que Ratisbonne obtint la terre de Brixen). En 1380, le chapitre de la cathédrale de Ratisbonne vendit Itter à Salzbourg ; la première mention écrite du château date de 1241 : il est alors dit que le fort appartenait au comte palatin bavarois Rapoton III d'Ortenburg († 1248)[1].

Sous l'autorité de Salzbourg depuis le XIVe siècle, le château servait de tribunal et de centre de pouvoir ce qui, pour la population locale, signifiait qu'il fallait l'approvisionner en bois et en nourriture, mais aussi supporter la présence militaire. En 1526, au plus fort de la Révolte de paysans, le château fut détruit par des hommes du Pinzgau, mais il était restauré dès 1532[1]. Lorsqu'au XVIIe siècle le tribunal local fut transféré à Hopfgarten, ce château fut, comme tant d'autres, laissé à l'abandon.

En 1806, au cours des guerres napoléoniennes, le gouvernement du royaume de Bavière vendit les ruines de la commune d’Itter pour la somme symbolique de 15 florins[2] : les paysans de l'endroit s'en firent une carrière de pierres.

Le château du XIXe siècleModifier

 
L'entrée au château (1979).

En 1878, un entrepreneur de Munich, Paul Spieß, acheta les terrains. Il fit édifier le château actuel sur les fondations existantes. Il tenta d'y aménager (sans succès) une pension de famille avec 50 chambres. En 1884, cette propriété fut rachetée par la pianiste Sophie Menter, et elle y reçut notamment Liszt et Tchaïkovski. En 1902, le nouveau propriétaire, Eugen Meyer, transforma le château dans le style néogothique avec quelques réminiscences du style Tudor. Ces propriétaires avaient ainsi fait du château (non sans soulever de protestations) une résidence typique de la Belle Époque.

Un camp de prisonniers de guerreModifier

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château allait servir de lieu de détention, principalement pour des personnalités françaises. Administrativement, le château-prison dépendait du camp de concentration de Dachau, situé non loin de là en Bavière, mais les conditions de détention n'avaient rien de comparable[3]. Sa garde était assurée par un petit détachement SS, garde facilitée par la configuration du château sur un petit promontoire rocheux à flanc de colline. Le service était assuré par un Kommando de femmes déportées détachées du camp principal de Dachau[4] et quelques hommes, également déportés de Dachau.

Furent internés au château d'Itter : Édouard Daladier et Paul Reynaud, anciens présidents du conseil, Léon Jouhaux, leader syndicaliste (rejoint par son épouse à la demande de cette dernière), Jean Borotra, champion de tennis et ancien ministre de Vichy, André François-Poncet, ambassadeur à Berlin de 1931 à 1938, Michel Clemenceau, homme politique et fils de Georges Clemenceau, les généraux Gamelin et Weygand (et son épouse), le colonel de La Rocque, ancien chef des Croix de Feu, et le capitaine Granger, frère du Colonel Granger, le gendre du général Giraud. Le président Albert Lebrun y séjournera seulement de fin août à octobre 1943 et sera renvoyé, pour raison de santé, en France, dans la maison de son gendre Jean Freysselinard à Vizille d'où il avait été enlevé par Klaus Barbie. Marie-Agnès de Gaulle, sœur aînée du général de Gaulle et résistante, y sera internée seulement à partir d'avril 1945, arrivant de Bad Godesberg, un des camps annexes de Buchenwald. Léon Blum et Georges Mandel, qui étaient juifs, ne furent pas internés au château d'Itter mais dans une maison située juste à côté du camp de Buchenwald[5] et où étaient passés auparavant certains des prisonniers d'Itter. Francesco Saverio Nitti, ancien président du Conseil italien, fut également emprisonné à Itter[6].

Alors que les troupes américaines commençaient à pénétrer en Haute Bavière et dans le Tyrol autrichien, Eduard Weiter, le dernier commandant officiel de Dachau, fuit le camp principal. Ayant trouvé refuge au château d'Itter, il s'y donna la mort le 2 mai 1945[7].

Les prisonniers seront libérés le de manière un peu rocambolesque, par des éléments du 23e bataillon de la 12e division blindée du 21e corps de la 7e Armée US, avec le renfort de la 142nd Infantry Regiment (États-Unis) de 36e division d'infanterie US[8]. Le château étant encerclé par des soldats SS, un officier allemand, le major Josef Gangl (de), héros de l'armée allemande, dirigeant la résistance autrichienne, mis au courant de la situation, vint prévenir au péril de sa vie les troupes américaines dans un village non loin du château. Un officier américain prit la décision d'aller défendre le château contre les soldats SS avec l'aide des soldats allemands pour porter secours aux prisonniers[9],[10] avant l'arrivée de renforts américains. Cet épisode est connu sous le nom de Bataille du château d'Itter.

Les personnalités françaises furent par la suite conduites devant le général de division Anthony McAuliffe, puis au quartier-général du général de Lattre à Lindau, en Bavière, où ce dernier, à la suite d'ordres reçus de Paris, arrêta Borotra et Weygand[3].

René Lévesque (1922-1987), futur Premier ministre du Québec, alors jeune correspondant de guerre de l'armée américaine, entrera dans le château dans le sillage des troupes américaines[11].

Après-guerreModifier

Après la guerre, le bâtiment endommagé par les tirs d'artillerie a été réparé et abritait temporairement un hôtel de luxe. Fermé en 1980, le château est redevenu une propriété privée.

BibliographieModifier

Ouvrages évoquant le château d'Itter par des personnes y ayant été retenues :

  • Édouard Daladier - Journal de captivité (1940-1945), ed. Calmann-Levy
  • Augusta Léon-Jouhaux - Prison pour hommes d'État, éd. Denöel-Gonthier, 1973.
  • Maurice Gamelin - Servir
  • André François-Poncet - Carnet d'un captif, éd. Fayard, 1952.

Un militant antifascite yougoslave, Cuckovic, déporté à Dachau puis affecté au château d'Itter comme électricien a également fait un court récit de cette période[12].

Article connexeModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Cf. Stephen Harding, The Last Battle. When U.S. and German Soldiers Joined Forces in the Waning Hours of World War II in Europe, Philadelphie, Da Capo Press, , 256 p. (ISBN 978-0-306-82209-4), p. 11-12)
  2. Cf. « Burg Itter im Brixental », sur burgen-adi.at.
  3. a et b Raymond Ruffin, La vie des Français au jour le jour : de la Libération à la victoire, 1944-1945, Albin Michel, , 331 p. (ISBN 978-2-84478-288-5, lire en ligne).
  4. « Les KOMMANDOS / LISTE DES KOMMANDOS DU CAMP DE DACHAU », sur http://dachau.fr, AMICALE du CAMP de CONCENTRATION de DACHAU (consulté le 13 août 2009).
  5. Pierre Assouline, « Quand Léon Blum était un otage de marque », sur La république des livres, blog de Pierre Assouline, Le Monde, (consulté le 12 août 2009).
  6. Augusta Léon-Jouhaux, Prison pour hommes d'État, Denoël/Gonthier, , 176 p.
  7. Meyer Levin, « Article from the Saturday Evening Post », sur http://www.itter.org/, (consulté le 13 août 2009).
  8. (en) Stephen Harding, The Last Battle : When U.S. and German Soldiers Joined Forces in the Waning Hours of World War II in Europe, Da Capo Press, , 223 p. (ISBN 978-0-306-82208-7).
  9. « 36th Division in Worl War II - "FRENCH LEADERS FREED" », sur http://www.texasmilitaryforcesmuseum.org, Texas Military Forces Museum (consulté le 13 août 2009).
  10. « De Gaulle, mon frère », sur http://www.lefigaro.fr, Le Figaro (consulté le 1er septembre 2011).
  11. Michel Lemieux, Voyage au Levant, De Lawrence d'Arabie à René Lévesque, Septentrion, , 382 p. (ISBN 2-921114-69-0, lire en ligne), page 110.
  12. Pierre Durand, « Pas d’autocritique pour les accords de Munich », L'Humanité,‎ (lire en ligne)

Liens externesModifier

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