François-Joachim de Pierre de Bernis

cardinal de l'Église catholique romaine
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François-Joachim de Pierre de Bernis
Image illustrative de l’article François-Joachim de Pierre de Bernis
Portrait du cardinal de Bernis
Biographie
Naissance
à Saint-Marcel-d'Ardèche
Drapeau du royaume de France Royaume de France
Décès (à 79 ans)
à Rome
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
par Clément XIII
Titre cardinalice Cardinal de San Silvestro in Capite
Évêque de l’Église catholique
Archevêque d'Albi

Ornements extérieurs Cardinaux.svg
Blason Famille Pierre de Bernis.svg
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis, né le à Saint-Marcel-d'Ardèche et mort le à Rome, est un diplomate, homme de lettres et prélat français qui fut ambassadeur à Venise (1752-1755), ministre d'État (1757), secrétaire d'État des Affaires étrangères (1757-1758) et enfin chargé d'affaires auprès du Saint-Siège (1769-1791).

Figure emblématique de l'Ancien Régime finissant, Bernis a été étudié au XIXe siècle par l’historien Frédéric Masson, alors en quête de personnages intègres pouvant servir de trait d’union entre l’ancienne France et celle née de la Révolution[1]. Au XXe siècle, Bernis est associé par divers hommes de lettres au plaisir de vivre et au libertinage de mœurs, au point que sa figure se positionne à la croisée du réel et de la fiction[2]. La redécouverte récente des riches archives personnelles du cardinal de Bernis a permis à une équipe internationale de chercheurs, dirigée par Gilles Montègre, de reconsidérer en profondeur le personnage, et à travers lui la réalité de l’Europe diplomatique et culturelle du XVIIIe siècle[3].

BiographieModifier

Origines et formationModifier

Bernis naît dans une famille de noblesse ancienne, les de Pierre, dont la branche aînée détient la seigneurie de Saint-Marcel en Ardèche, et la branche cadette la seigneurie de Bernis voisine de Nîmes. Cadet destiné à la carrière ecclésiastique, Bernis se rend à Paris pour faire ses études au collège Louis-le-Grand, avant d'entrer au grand séminaire de Saint-Sulpice. Excellent élève, il était à la fois ambitieux et mélancolique, comme en atteste un passage ses Mémoires :

« Je suis né sensible à l'excès. Ma situation m'humiliait, j'en dévorais l'amertume ; mais je savais bien qu'un visage triste intéresse peu de temps et fatigue bientôt. J'eus donc la force de garder mes chagrins pour moi, et de ne faire briller aux yeux des autres que mon imagination et ma gaieté. »

Son esprit libre le pousse à quitter le séminaire en 1735. L'abbé de Bernis entame alors une carrière de poète, à laquelle il mettra définitivement fin 15 ans plus tard pour entrer en politique.

Carrière poétiqueModifier

Bernis se fait d'abord connaître dans les salons du Paris des Lumières par des poèmes qui chantent l'amour de la nature et la nostalgie du sol natal. Cela lui vaut de la part de Voltaire le sobriquet de « Babet la bouquetière », ou « Belle Babet », du nom d'une marchande de fleurs alors célèbre à Paris. Son poème des Quatre saisons anticipe néanmoins un attrait pour la nature qui marquera en profondeur toute la seconde moitié du siècle, et qui explique que les oeuvres poétiques de Bernis feront à cette époque l'objet de nombreuses éditions. Pour lors, Bernis fait connaître ses vers dans le salon parisien de Madame Geoffrin, ou auprès de la cour entretenu au château de Sceaux par la duchesse du Maine, fondatrice du cercle des chevaliers de l'Ordre de la Mouche à Miel. La fréquentation du cardinal de Polignac enjoint Bernis à entreprendre la composition d'un long poème en 10 chants, La Religion vengée, qui ne sera publié qu'après sa mort. En 1744, à l'âge de seulement 29 ans, l'abbé de Bernis entre à l'Académie française.

La marquise de Pompadour et l'entrée en politiqueModifier

C'est d'abord au cardinal de Fleury que Bernis s'adresse pour tenter d'entrer en politique. Mais le tout puissant ministre de Louis XV répond au jeune abbé : "Oh ! Monsieur, tant que je vivrai, vous n'aurez point de bénéfices". Bernis rétorque par un trait d'esprit : "Eh bien, Monseigneur, j'attendrai". C'est donc par les femmes que Bernis entreprend de gagner la faveur du roi. Par l'intermédiaire de sa parente Mme d'Estrades, il fait en 1745 la rencontre de la marquise de Pompadour, appelée à devenir la favorite du roi Louis XV. Bernis fait de la marquise de Pompadour une amie et confidente à laquelle il enseigne les usages du monde et de l'aristocratie. Elle le récompense en lui faisant obtenir une pension royale de 1 500 livres, un appartement aux Tuileries, et en lançant sa carrière diplomatique.

Ambassadeur à Venise (1752-1755)Modifier

Bernis sollicite du roi une ambassade en Pologne, mais obtient seulement d'être envoyé auprès de la République de Venise, envisagée à l'époque comme un "cul-de-sac" pour les ambassadeurs du XVIIIe siècle. « Je n'étais guère à craindre à Venise, écrit Bernis dans ses Mémoires, et tout ce qui pouvait m'y arriver de pis, c'était d'y être oublié ». Bernis va en réalité cultiver sa réputation à Venise, où il arrive en octobre 1752, en concevant la Sérénissime République comme une école pratique de la diplomatie, particulièrement propice à l'apprentissage des missions de négociation, d'information et de représentation attendues des ambassadeurs sous l'Ancien Régime[4]. La République faisait peser des contraintes particulièrement fortes sur les représentants des puissances étrangères dans la ville, qui ne pouvaient communiquer directement avec les membres du gouvernement. Bernis s'attache à jouer de ces contraintes pour mieux les déjouer, et faire aboutir une négociation relative à la taxation des sucres en provenances des colonies françaises et portugaises. A la fin de son ambassade, il convainc le gouvernement vénitien de la pertinence d'une alliance avec la France pour se préserver des appétits autrichiens. Bernis comprend parallèlement que Venise demeure un poste d'observation privilégié pour comprendre les équilibres de l'Europe et du monde : il fait parvenir à Versailles de nombreux mémoires analytiques sur divers sujets (commerce, finance, industrie, religion, politique) nourris par l'abondant réseau d'informateurs (marchands, consuls, espions) qu'il entretient dans la Sérénissime. Enfin, Bernis cherche à faire du palais Surian-Bellotto où il réside un pôle d'attraction et de représentation dynamique au service de la France, en mettant à profit les nombreux voyageurs étrangers attirés, notamment lors des fêtes et du carnaval, par une ville en laquelle Voltaire voyait le "caravansérail de l'Europe" :

« Il arrive tous les jours un grand nombre de seigneurs allemands, génois, anglais, pour la fête de l'Ascension. Ma maison est le rendez-vous général. Je fais de mon mieux et même plus que je puis faire pour bien recevoir les étrangers qui, ce me semble, doivent être parfaitement bien accueillis par les ministres qui réfléchissent"[5].

Avant l'exploitation des archives publiques et privées de son ambassade, la période vénitienne de Bernis a principalement été envisagée sous l'angle du libertinage, sur la base du témoignage tardif de Casanova, affirmant dans l'Histoire de ma vie avoir partagé avec l'ambassadeur français les faveurs de deux religieuses vénitiennes échappées d'un couvent de Murano. S'il est très vraisemblable que Casanova ait fait partie du réseau d'espions entretenus par Bernis à Venise, la véracité de son témoignage reste soumise à caution, car le gouvernement vénitien qui surveillait très attentivement l'aventurier avant son incarcération dans la prison des Plombs n'a laissé aucune trace de ses liens supposés avec l'ambassadeur. Les casanovistes de leur côté, en dépit de recherches nombreuses, ne sont jamais parvenus à établir avec certitude l'identité de la religieuse répondant aux initiales de M.M., dont Casanova affirme qu'elle était l'amante de Bernis.

Bernis quitte Venise en avril 1755, après avoir séjourné trois mois à Parme et avoir reçu le sous-diaconat du patriarche de la Sérénissime. Envoyé en Italie comme un courtisan aux compétences douteuses, Bernis revient à Versailles en diplomate accompli ayant fait l'apprentissage de la diplomatie secrète. Ces atouts allaient se révéler décisifs pour négocier le renversement des alliances qui se préparait en Europe.

Bernis et la "révolution diplomatique" de 1756-1757Modifier

 
Ex-libris du Cardinal de Bernis

D’abord pressenti pour occuper le poste stratégique d’ambassadeur de France à Madrid, Bernis se voit confier par Louis XV, répondant à la proposition du chancelier Kaunitz, l’une des plus importantes transformations des rapports de force européen depuis le Moyen Age : une réconciliation de la France des Bourbons avec l’Empire des Habsbourg. Cette négociation, qui dédouble dans un premier temps le Secret du roi, se déroule à Bellevue et à Paris à partir de septembre 1755 entre Bernis et l’ambassadeur autrichien Starhemberg. Elle débouche sur le premier traité de Versailles du 1er mai 1756, par lequel la France et l’Autriche contractent une alliance défensive.

Ce rapprochement franco-autrichien a fait l’objet d’une légende noire dans l’historiographie française, lié aux déboires que la France a subi par la suite durant la guerre de Sept Ans. A l’époque où elle est négociée, cette révolution diplomatique s’avère cependant indispensable pour la France, car son ancien allié prussien s’est rapproché de l’Angleterre (convention de Westminster du 1er janvier 1756) tandis que cette dernière a montré sa volonté de s’en prendre aux possessions françaises en Amérique (combat du 8 juin 1755). En ne s’alliant pas avec l’Autriche des Habsbourg, la France risquait donc de voir de dresser contre elle une grande coalition européenne.

Appelé au conseil du roi en janvier 1757, Bernis poursuit les négociations qui aboutissent au second traité de Versailles du 1er mai 1757, concrétisant une alliance cette fois offensive entre Bourbon et Habsbourg. Les promesses d’armées et de subsides vont dès lors contraindre la France à participer à une guerre continentale au profit de l’Autriche, tandis que l’Angleterre menace ses possessions outre-mer. Mais les espérances de victoire sont alors grandes compte tenu de l’ampleur de la coalition qui s’est mise en place. Afin que le conflit « ne tourne pas en guerre de religion », Bernis a veillé à ce que la Suède luthérienne et la Russie orthodoxe rejoignent la coalition catholique franco-autrichienne, face à la Prusse et l’Angleterre protestantes. Il a parallèlement œuvré à apaiser les conflits entre le roi et les parlements du royaume, préalable nécessaire au financement de la guerre.

Bernis ministre des Affaires étrangères au début de la guerre de Sept ansModifier

En juin 1757, Bernis remplace Antoine Louis Rouillé comme secrétaire d’Etat des Affaires étrangères. Son ministère est d’abord placé sous les meilleures auspices, compte tenu des premières victoires françaises de la guerre de Sept ans[6]. Mais Bernis se rend vite compte que la France n’est pas en état de sortir victorieuse du conflit, et a la naïveté de faire part de ses doutes à Choiseul, alors ambassadeur de France à Vienne. La défaite de Rossbach le 5 novembre 1757 signe un tournant de la guerre. Dès lors, Bernis ne va cesser de prôner une issue rapide et pacifique du conflit pour limiter les pertes françaises. La marquise de Pompadour et le duc de Choiseul se retournent alors contre Bernis pour défendre la poursuite de la guerre et gagner en influence auprès du roi[7]. En octobre 1758, Bernis redouble de naïveté en offrant au roi sa démission et son remplacement par Choiseul : il espère en retour se voir confier la direction d’un comité central des ministres qui travaillerait à une restauration des finances de la monarchie. Le 30 novembre, Bernis reçoit la barrette de cardinal, négociée avec Rome depuis plusieurs mois. Mais le 13 décembre 1758, Louis XV fait parvenir au nouveau cardinal une lettre de cachet qui l’enjoint de s’exiler dans l’une de ses abbayes de province. Choiseul prend alors la tête des Affaires étrangères, la France s’enfonce dans la guerre et signe en 1763 le traité de Paris qui la prive de l’essentiel de ses possessions coloniales au profit de l’Angleterre.

L'exil et l'archevêché d’AlbiModifier

Comme lieu de son exil, Bernis choisit le château de Vic-sur-Aisne[8], qui dépendait de son abbaye de Saint-Médard de Soissons reçue en 1756. C’est donc à Soissons que Bernis se fait ordonner prêtre en septembre 1760. Depuis son lieu d’exil, Bernis cultive sa correspondance avec Voltaire, et entame la rédaction de ses Mémoires, dictés à sa nièce la marquise du Puy-Montbrun, dans lesquelles il cherche à justifier son action politique. Il reçoit à partir de 1762 l’autorisation de rendre visite à sa famille en Ardèche et en Languedoc, puis celle de séjourner à la cour.

En 1764, Léopold-Charles de Choiseul-Stainville, frère cadet du ministre, quitte l’évêché d’Albi pour celui de Cambrai.  Le duc de Choiseul œuvre alors à ce que Bernis prenne sa place. Devenu maître du puissant archevêché d’Albi, le cardinal de Bernis s'y révèle un excellent administrateur, faisant planter des vignes, tracer des routes, et s'occupant des charités publiques. Grâce à de copieux bénéfices ecclésiastiques, il peut mener grand train au palais de la Berbie, où il confie à l'abbé Gabriel Cavaziez la gestion de son importante bibliothèque. Parallèlement, il passe une partie de ses étés en Lozère au château de Salgas, auprès de sa soeur Françoise-Hélène de Pierre de Bernis.

À Rome : la plus longue et riche mission diplomatique française dans la ville du pape (1769-1791)Modifier

Bernis est d’abord appelé à Rome pour participer en tant que cardinal à l’élection du successeur de Clément XIII, mort le 2 février 1769. Arrivé à Rome le 21 mars, Bernis entre en conclave avec la mission de faire élire un pape qui puisse mettre fin au bras de fer entre la papauté et les couronnes française et espagnole, en acceptant de supprimer l’ordre des Jésuites. Bernis favorise de ralliement autour de la figure du franciscain Ganganelli, élu pape le 19 mai 1769 sous le nom de Clément XIV.

Au terme du conclave, Choiseul veille à ce que Bernis demeure à Rome en qualité de chargé d’affaires du roi de France (les cardinaux français missionnés auprès du pape ne se voyaient pas confier alors le titre d’ambassadeur). Installé au palais de Carolis, Bernis inaugure une mission diplomatique de près de 25 ans sur les bords du Tibre. Il travaille d’abord à obtenir du pape la suppression des Jésuites, mais c’est grâce à l’intervention de l’Espagne en la personne de Floridablanca que cette suppression se concrétise par le bref Dominus ac Redemptor du 21 juillet 1773.

Après la mort de Clément XIV en septembre 1774, Bernis participe à l’un des plus longs conclaves de l’histoire du Saint-Siège, opposant les cardinaux zélantes favorables aux anciens Jésuites et les cardinaux des couronnes catholiques. C’est Bernis qui parvient à rallier les suffrages autour d’Angelo Braschi, qui prend le 15 février 1775 le nom de Pie VI.

Dans les années qui suivent, Bernis s’attire la réputation d’être le « roi de Rome », grâce à un système de sociabilité culturelle savamment orchestré autour de son palais d’ambassade, articulé avec l’Académie de France à Rome alors installé au palais Mancini, et avec la librairie française de Rome Bouchard et Gravier. Prétendant tenir « l’auberge de la France dans un carrefour de l’Europe », Bernis reçoit à sa table les multiples voyageurs français et étrangers séjournant dans la ville éternelle, mettant en relation hommes d’Etat, prélats, artistes, savants et gens de lettres. Ouvertes aux femmes et aux élites du savoir autant que de la naissance, les sociabilités cosmopolites du palais de Carolis deviennent célèbres à Rome et à travers l’Europe pour les dîners, les concerts et les expositions artistiques qui s’y déploient.

Parallèlement, Bernis continue à jouer un rôle de médiation primordial dans la diplomatie française en direction de l’Europe et du monde, comme en témoigne sa correspondance « secrète et réservée » avec le comte de Vergennes, secrétaire d’Etat des affaires étrangères de Louis XVI entre 1774 et 1787[9]. Cette correspondance, riche de plus 1200 lettres, atteste en particulier du rôle joué par le cardinal dans le renforcement de l’alliance franco-espagnole, décisive au moment de la guerre d’indépendance américaine. En 1784, Vergennes envoie Bernis a Naples pour tenter de réchauffer les liens dynastiques avec les Bourbons des Deux-Siciles. Le cardinal rend justice à l’action menée à Naples par le chargé d’affaires français Dominique Vivant Denon, mais ne parvient pas à rompre l’anglophilie dominante à la cour des souverains napolitains.

Moins proche de Pie VI qu’il ne l’avait été de Clément XIV, Bernis gagne en influence au sein de la curie romaine en devenant la « sentinelle » du cardinal réformateur Ignazio Boncompagni Ludovisi. Ce dernier devient entre 1785 et 1789 le secrétaire d’Etat de Pie VI, contribuant à renforcer l’ascendant de Bernis dans les affaires franco-romaines avant que n’éclate la Révolution.

Bernis et la Révolution françaiseModifier

Longtemps présenté comme un contre-révolutionnaire invétéré, Bernis a en réalité développé à Rome sous la Révolution une action médiatrice et modératrice, mise en lumière par les recherches récentes de Virginie Martin et Gérard Pelletier[10].

Refusant la présidence de l’ordre du clergé aux Etats généraux, Bernis demeure à Rome jusqu’à sa mort en 1794, et développe dans ses correspondances privées avec les autres diplomates français dans la péninsule italienne un regard qui anticipe étonnamment la scansion politique révolutionnaire.

Resté fidèle à la monarchie, Bernis refuse de prêter sans restriction le serment civique, et se voit pour cette raison démettre de ses fonctions de chargé d’affaire de la France en cour de Rome en mars 1791. Il continue néanmoins à exercer une grande influence auprès du pape, et parvient à retarder la rupture du Saint-Siège avec la France engendrée par la Constitution civile du clergé.

Au palais de Carolis, Bernis n’accueille pas moins les émigrés de la Révolution, au premier rang desquels les Polignac et les tantes de Louis XVI, Mesdames Adélaïde et Victoire. Les réseaux italiens de la contre-révolution se tournent alors vers Bernis, qui est à ce moment considéré par le comte de Vaudreuil, protégé du comte d’Artois, comme « la meilleure tête de l’Europe ». Mais Bernis dissuade les princes en exil de toute action, considérant que les manœuvres contre-révolutionnaires accroissent en France la menace de la guerre civile, et portent atteinte à l’autorité du roi.

Bernis perd alors son audience auprès des princes émigrés et du pape. Celui-ci lui confie néanmoins la mission de centraliser les établissements religieux français à Rome : le bref Non opus esse du 10 décembre 1793 fait de lui le premier administrateur des Pieux Etablissements de la France à Rome, qui existent encore aujourd’hui.

Le 3 novembre 1794, le cardinal de Bernis meurt à Rome dans sa quatre-vingtième année. Son ami le diplomate espagnol José Nicolas de Azara devient alors son exécuteur testamentaire. En 1803, la famille de Bernis obtient de Bonaparte l’autorisation de transférer la dépouille du cardinal dans la cathédrale de Nîmes, tandis que son cœur demeure à Rome dans l’église Saint-Louis-des-Français, à l’abri d’un cardiotaphe décoré d’un bas-relief en 1805.

FamilleModifier

Les membres actuels de la famille du cardinal de Bernis descendent tous du mariage célébré le 6 mai 1776 à Albano entre Sophie du Puy-Montbrun, petite nièce du cardinal, et le vicomte Pons Simon de Pierre de Bernis, lointain cousin du cardinal. Ce mariage avait été ardemment souhaité par le cardinal de Bernis afin d'assurer une descendance à la famille de Pierre de Bernis.

Le cardinal de Bernis avait pour autre lointain cousin François de Pierre de Bernis, coadjuteur de l'archevêché d'Albi, devenu archevêque de Rouen en 1819.

Le cardinal de Bernis était grand-oncle du cardinal comte Anne Louis Henri de La Fare (1752-1829), évêque de Nancy puis archevêque de Sens et d’Auxerre, premier aumônier de madame la dauphine, pair de France, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, ministre d'État (1824) qui fut le chargé d'affaires du roi Louis XVIII à Vienne durant l'Émigration.

MémoiresModifier

Bernis est resté célèbre pour ses Mémoires, écrits dans le style plaisant de l'époque, où il conte les aventures et les actions de sa vie, dénonçant ses ennemis comme le cardinal de Fleury et restant fidèle à ses amitiés, par exemple avec Madame de Pompadour ou avec Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault. Ses Mémoires s'achèvent cependant en 1758, et restent donc silencieuses sur la période romaine et révolutionnaire de la vie du cardinal.

ArchivesModifier

Les importantes archives personnelles du cardinal de Bernis sont aujourd'hui conservées par différents membres de la famille Bernis. Elles ont été étudiées dans le cadre du tricentenaire de la naissance du cardinal de Bernis en 2015, par un groupe de 24 chercheurs dirigé par Gilles Montègre. Cette étude a débouché sur la publication du livre Le cardinal de Bernis. Le pouvoir de l'amitié (dir. G. Montègre, Tallandier, 2019). Un reliquat des archives privées du cardinal de Bernis est par ailleurs conservé aux Archives nationales sous la cote 164AP[11].

RéférencesModifier


  1. Frédéric Masson, Le cardinal de Bernis depuis son ministère : 1758-1794, Paris, Plon, .
  2. Roger Vailland, Éloge du cardinal de Bernis, Paris, Grasset,  ; Jean-Marie Rouart, Bernis : le cardinal des plaisirs, Paris, Gallimard, .
  3. Gilles Montègre (dir.), Le cardinal de Bernis : Le pouvoir de l'amitié, Paris, Tallandier, .
  4. « "Bernis à Venise ou l'apprentissage de la diplomatie", dans Gilles Montègre (dir.), Le cardinal de Bernis. Le pouvoir de l'amitié, Paris, Tallandier, 2019, p. 45-69 » (consulté le 26 mai 2020)
  5. Archives du Ministère des Affaires Etrangères (La Courneuve), Correspondance politique, Venise, vol. 214, fol. 340 : lettre de Bernis à Saint-Contest, Venise, 26 mai 1753
  6. Edmond Dziembowski, La guerre de Sept Ans, Éditions Perrin, (ISBN 978-2-262-05063-4, lire en ligne)
  7. Monique Cottret, Choiseul. L'obsession du pouvoir, Paris, Tallandier,
  8. Denis Rolland, « Le Château et les châtelains de Vic-sur-Aisne » Mémoires de la Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne, tome XXIX, 1984, p. 163-165. En ligne.
  9. Gilles Montègre, "L'oreille de Vergennes. La correspondance secrète et réservée d'un ministre et d'un ambassadeur", dans Le cardinal de Bernis. le pouvoir de l'amitié, Paris, Tallandier, 2019, p. 223-248
  10. Virginie Martin, "Prédire et prévenir la fin d'un monde. Le cardinal de Bernis face à la Révolution", dans G. Montègre (dir.), Le cardinal de Bernis. Le pouvoir de l'amitié, Paris, Tallandier, 2019, p. 601-648
  11. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

Œuvres du cardinal de BernisModifier

  • Réflexions sur les passions et sur les goûts (1741)
  • Poésies diverses, par M. L. D. B. (1744)
  • Œuvres meslées en prose et en vers de M. L. D. B*** (1753)
  • Les Quatre saisons, ou les Géorgiques françoises, poëme (1763)
  • Les Saisons et les jours, poèmes (1764)
  • Œuvres complettes de M. le C. de B*** (1767)
  • Correspondance du cardinal de Bernis, ministre d'État, avec M. Paris-du-Verney, conseiller d'État, depuis 1752 jusqu'en 1769, Londres / Paris, Cuchet libraire, 1790, 2 tomes. Tome 1er numérisé. Tome 2nd numérisé.
  • La Religion vengée, poème en 10 chants (1795)
  • Correspondance de Voltaire et du cardinal de Bernis, depuis 1761 jusqu'à 1777 (1799), publiée par Jean-François de Bourgoing.
  • Mémoires et lettres de François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis (1715-1758), d'après les manuscrits inédits par Frédéric Masson, Paris, Plon & Cie, 1878, 2 tomes. Tome 1er en ligne; tome 2nd en ligne. À compléter par cette réédition partielle:
  • Mémoires du cardinal de Bernis, préface de Jean-Marie Rouart, notes de Philippe Bonnet, Paris, Mercure de France, 1986, (Collection : "Le temps retrouvé"), ISSN 0497-1957

BibliographieModifier

  • Serge Dahoui, Le Cardinal de Bernis ou la royauté du charme, Aubenas, Lienhart, 1972.
  • Jean-Paul Desprat, Le Cardinal de Bernis, la belle ambition, Paris, Perrin, 2000.
  • Frédéric Masson, Le Cardinal de Bernis depuis son ministère, 1758-1794, la suppression des Jésuites - le schisme constitutionnel, Paris, Librairie Paul Ollendorff, 1903. Ouvrage numérisé par internet archive.
  • Gilles Montègre (dir.), Le Cardinal de Bernis. Le pouvoir de l'amitié, Tallandier, 2019, 864 p.
  • Jean-Noël Pascal (éd.), Un prélat poète : la cardinal de Bernis, Cahiers Roucher-André Chénier, n°36, 2016.
  • Jean-Marie Rouart, Bernis le cardinal des plaisirs, Paris, Gallimard, 1998.
  • Roger Vailland, Éloge du cardinal de Bernis,, Paris, Grasset (Collection "Les Cahiers Rouges").
  • René Vaillot, Le Cardinal de Bernis, la vie extraordinaire d'un honnête homme, Paris, Albin Michel, 1985.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier