Gabrielle de Polignac

aristocrate française, favorite de la reine Marie-Antoinette

Yolande Martine Gabrielle de Polastron, comtesse puis duchesse de Polignac, est née le à Paris et morte le en exil à Vienne. Amie et confidente de la reine Marie-Antoinette, elle est l'un des personnages les plus emblématiques de la cour royale sous le règne de Louis XVI. Certains lui ont attribué une relation saphique avec la reine[1]. Elle compte parmi les figures les plus détestées de la Révolution française, archétype de l'aristocratie oisive et décadente de l'Ancien Régime.

Duchesse de Polignac
Duchess de Polignac.jpg
Portrait de la duchesse de Polignac (huile sur toile)
réalisé en 1782 par Élisabeth Vigée Le Brun
et exposé au Grand Trianon.
Titre de noblesse
Duchesse
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Yolande Martine Gabrielle de Polastron
Nationalité
Française
Activité
Famille
Conjoint
Enfants
Autres informations
Religion

BiographieModifier

JeunesseModifier

Yolande Martine Gabrielle de Polastron naît à Paris sous le règne de Louis XV. Elle est la fille de Jean François Gabriel, comte de Polastron, seigneur de Noueilles, Venerque et Grépiac († 1794) et de Jeanne Charlotte Hérault de Vaucresson (1726-1756). De ses trois prénoms, l'usage ne retient que celui de Gabrielle[2].

La Maison de Polastron est issue d'une noblesse de souche ancienne. Fortement endettée à l'époque de la naissance de Gabrielle, la famille mène un train de vie moyen[3]. Ne pouvant vivre à hauteur de leur rang, ses parents quittent la capitale pour le château familial de Noueilles, dans le sud-ouest de la France. L'enfant n'a que trois ans quand sa mère décède, son éducation est alors prise en charge par sa tante, la comtesse d'Andlau. Son père se remarie et son demi-frère, Denis de Polastron, naît en 1758.

Mademoiselle de Polastron est fiancée à 16 ans au comte Jules de Polignac (1746-1817), capitaine du régiment de Royal-Dragons, fils d'Héracle-Louis, vicomte de Polignac (1717-1802), et de Diane de Mazarini Mancini (1726-1755). Elle l'épouse le 7 juillet 1767, peu avant ses 18 ans.

Les deux familles sont de même rang, toutes deux de vieille noblesse mais sans fortune. La solde annuelle de Jules de Polignac au moment de son mariage s'élève à 4 000 livres[4].

Elle est par ailleurs la cousine germaine du conventionnel Marie-Jean Hérault de Séchelles.

VersaillesModifier

En 1775, elle est conviée, avec son mari, par sa belle-sœur à un bal au château de Versailles. Dans la galerie des Glaces, la reine la remarque et questionne son entourage sur l'identité de cette inconnue. Elle va à la rencontre de celle qu'on appelle comtesse Jules (en référence au prénom de son mari) et lui demande pourquoi elle ne paraît pas plus souvent à la cour. Cette dernière lui avoue simplement qu'elle ne pourrait y soutenir son rang. La reine est impressionnée par sa franchise et instantanément conquise par sa grâce[2].

La jeune reine (elle a 19 ans), qui souffre de ses déboires conjugaux[5] et d'une grande solitude à la cour, conçoit pour la comtesse de six ans son aînée une vive amitié. Mme de Polignac supplante insensiblement la fidèle mais fade princesse de Lamballe, elle devient la favorite de la jeune reine, qui est charmée par son naturel enjoué et par son esprit. Marie-Antoinette lui rend parfois visite à Claye et finit par l'inviter à résider de manière permanente à Versailles, ce que la comtesse est contrainte de refuser pour les raisons financières que l'on sait[4]. Déterminée à garder sa nouvelle favorite à ses côtés, la reine fait combler par le Trésor royal les dettes du couple Polignac qui s'élèvent à 400 000 livres, et donne la charge de grand écuyer au comte de Polignac.

La voici installée au château de Versailles, près des appartements de la reine. Elle gagne rapidement l'amitié du comte d'Artois, le plus jeune des frères de Louis XVI, et même la faveur de ce dernier, qui lui est reconnaissant de l'influence apaisante qu'elle a sur la reine[6],[7]. Elle s'attire en revanche l'opposition d'autres membres de l'entourage royal, en particulier du confesseur de la reine, l'abbé Vermond, et de son principal conseiller politique, le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d'Autriche à Paris, qui s'étonne dans un courrier à l'impératrice Marie-Thérèse de l'ampleur des avantages accordés à la famille de Polignac en si peu de temps[2].

Ses contemporains voient en Mme de Polignac une femme belle, élégante, sophistiquée, charmante et amusante[4]. Dotée de beaucoup de charisme, elle est l'égérie de la société de la reine qui se compose de la famille de celle-ci et de ses amis à elle. Sa position de favorite profite à sa famille qui en vient à se mêler de politique et acquiert une influence à la cour.

 
Gabrielle de Polastron par Élisabeth Vigée-Lebrun - 1783

Les faveurs royalesModifier

La famille de Polignac, comblée des faveurs royales, tire un immense profit de la manne que constituent les titres et les pensions dont elle est gratifiée et dont le total coûte à l'État un demi-million de livres par an.

Par exemple, le 7 mai 1778, la belle sœur de Gabrielle, Diane de Polignac, qui était jusqu'alors « dame pour accompagner » la comtesse d'Artois, est nommée première dame d'honneur de Madame Élisabeth. Le 8 août 1779, le cousin du mari de Gabrielle, Camille de Polignac est nommé par Louis XVI évêque de Meaux, poste pour lequel il perçoit 22 000 livres de rente annuelle. Toujours en 1779, la fille du couple, Aglaé de Polignac, est dotée par Louis XVI à hauteur de 800 000 livres et, le 11 juillet 1780, à l'âge de douze ans, elle épouse le duc de Gramont et de Guiche. Ce dernier se voit décerner un brevet de capitaine et un an plus tard, une propriété qui rapporte 70 000 ducats de rentes. Le 20 septembre 1780, Jules de Polignac est élevé au rang de duc héréditaire de Polignac. La comtesse de Polignac devient ainsi duchesse.

En 1785, le nouveau duc est nommé directeur-général des postes[8]. C'est une sinécure très lucrative. En 1782, Madame de Guéméné, femme du prince de Rohan-Guéméné et gouvernante des enfants royaux, est contrainte à la démission en raison du scandale occasionné par la banqueroute de son époux. La reine la remplace aussitôt par la duchesse, ce qui choque une partie de la cour, ses ennemis estiment que son rang ne peut justifier l'octroi d'une telle charge[7]. Pour faire bonne mesure, Gabrielle se voit attribuer un appartement de treize pièces au château, alors que la précédente gouvernante n'en avait que quatre. Même si le nombre de pièces ne contrevient pas à l'étiquette, il est sans précédent pour une gouvernante, et provoque un ressentiment chez les courtisans, d'autant qu'à Versailles l'espace est compté.

S'il faut en croire Mme de Mackau, elle ne remplit sa charge de gouvernante qu'au strict minimum, avec beaucoup d'agrément et peu d'assujettissement[9]. D'autres observateurs signalent au contraire qu'elle se donne entièrement à sa charge, oubliant sa paresse et son indolence naturelle[10]. Mmes de Guéménée, de Brionne, de Marsan, d'Oberkirch assurent que Marie-Antoinette n'aurait pu faire meilleur choix pour assumer cette responsabilité[11]. Gabrielle exempte les Enfants de France d'assister quotidiennement à la messe[12]. Il arrivera aussi qu'elle fasse venir un médecin auprès du dauphin Louis-Joseph à l'insu de sa mère pour ne pas inquiéter celle-ci. L'ayant découvert, la reine lui en tient rigueur[13], Gabrielle veut alors remettre sa démission au roi mais Marie-Antoinette la supplie à genoux d'y renoncer[14].

Une opposition croissanteModifier

Ce favoritisme heurte nombre de familles aristocratiques et alimente l'impopularité de Marie-Antoinette, non seulement auprès de ses sujets, mais aussi auprès d'une part grandissante de la noblesse[15]. Les griefs mêlent vérités et rumeurs.

À la fin des années 1780, des libelles circulent sur la nature saphique des relations de la duchesse avec la reine[16]. Par ailleurs, des rumeurs attribuent aussi à celle-ci une liaison avec Axel de Fersen. Survient l'affaire du collier de la reine qui la discrédite irrémédiablement et qui entache le prestige de la monarchie[4],[7],[17].

D'autres rumeurs courent sur Mme de Polignac et son cousin le comte de Vaudreuil, suspecté d'être le père de son dernier enfant[16]. Cette intimité avec Vaudreuil déplaît à la reine. Cette dernière éprouve en effet une forte aversion pour le comte, qu'elle juge irritant et grossier[16]. La reine se plaint également de l'ambition des favoris de la duchesse, qui accordent leur soutien au ministre Calonne, un homme qu'elle méprise. Elle s'en ouvre à Madame Campan[16]. Mais Gabrielle entend ne sacrifier aucun de ses amis à son affection pour Marie-Antoinette.

Sur le plan politique, les Polignac, ainsi que d'autres favoris, comme le baron de Besenval, constituent ce qu'on appelle « le parti de la reine », ce qui nuit un peu plus à la réputation de cette dernière. En effet il s’agit d’un mouvement ultra-monarchiste. Pendant les mois qui précèdent juillet 1789, Gabrielle et le comte d'Artois sont au cœur des intrigues. Le marquis de Bombelles, diplomate, témoigne de son action incessante en faveur d'une stricte opposition aux idées révolutionnaires. Gabrielle parvient à convaincre Marie-Antoinette d'agir pour barrer la route à Jacques Necker, le populaire ministre des finances. Le renvoi de ce dernier par Louis XVI le 11 juillet 1789 ne fait qu'attiser à Paris le climat insurrectionnel, qui culmine le 14 juillet 1789 avec la prise de la Bastille.

Ainsi, lorsque la Révolution française éclate, Mme de Polignac est accusée, d’une part, d'avoir dilapidé des fonds publics et, d’autre part, d'avoir conseillé à la reine ses machinations réactionnaires.

Révolution française et exilModifier

 
Libelle contre la duchesse de Polignac, imprimé en 1789.

Deux jours après la prise de la Bastille, sur l'ordre des souverains, les époux Polignac et la comtesse Diane quittent Versailles[18] dans un désordre indescriptible, avec une bourse de 500 louis octroyée par la reine. Comme il y a peu de place dans la berline, on ne prend pas de bagages et chaque voyageur n'a que quelques chemises et mouchoirs. Marie-Antoinette écrit à Mme de Polignac : Adieu la plus tendre des amies ; le mot est affreux, mais il le faut ; je n'ai que la force de vous embrasser.

Commence pour les proscrits une vie itinérante, elle se rend en Suisse puis en Italie, à Turin, à Rome. À chaque étape elle écrit à la reine et reçoit des missives de celle-ci ou du roi l'assurant de leur attachement. En mars 1790, à Venise, la duchesse marie son fils Armand. En juillet 1791, la famille se réfugie à Vienne. À l'automne 1793, Armand cache à sa mère que la reine a été guillotinée, il évoque une mort en captivité.

Malade depuis près d'un an, elle décède dans la nuit du 4 au 5 décembre 1793[19], un peu plus d'un mois après la reine, à l'âge de 44 ans. On l'enterre à Vienne, et on grave sur la pierre tombale son nom suivi de la mention « Morte de douleur ». Son père est guillotiné en juin 1794.

DescendanceModifier

  • Aglaé de Polignac (7 mai 1768 à Paris – 30 mars 1803 à Édimbourg).
  • Armand de Polignac (11 janvier 1771 à Paris – 1er mars 1847 à Paris). Second duc de Polignac
    • épouse Idalie Jeanne Lina de Neukirchen de Nyvenheim (1775-1862)
  • Jules de Polignac, prince de Polignac (14 mai 1780 à Paris – 30 mars 1847 à Saint-Germain-en-Laye). Troisième duc de Polignac. Nommé premier ministre de la France entre 1829 et 1830 par Charles X, l'ancien comte d'Artois, ami de sa mère.
    • épouse en premières noces Barbara Campbell (1788-1819)
    • épouse en secondes noces Mary Charlotte Parkyns (1792-1864)
  • Melchior de Polignac, comte de Polignac (27 décembre 1781 à Versailles – 2 février 1855 à Fontainebleau)
    • épouse Marie Charlotte Calixte Alphonsine Le Vassor de la Touche (1791-1861). Le sixième enfant du couple est Charles Marie Thomas Étienne Georges, comte de Polignac (1824-1881), dont le petit-fils Pierre de Polignac est le père du prince Rainier III de Monaco et le grand-père du prince Albert II de Monaco. Le titre de comtesse de Polignac est actuellement porté par Stéphanie de Monaco.

Dans la littératureModifier

Gabrielle de Polignac est l'une des protagonistes des œuvres suivantes :

Au cinémaModifier

Le rôle de la duchesse de Polignac a été notamment interprété par :

Notes et référencesModifier

  1. Nora Bouazzouni, « Marie-Antoinette aimait-elle (aussi) les femmes ? », sur Franceinfo,
  2. a b et c Stefan Zweig, Marie Antoinette [lire en ligne]
  3. Évelyne Lever, Marie-Antoinette : la dernière reine Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire », (no 402), Paris, 2000
  4. a b c et d Vincent Cronin, Louis et Antoinette, 1974
  5. Joëlle Smets, « Louis XVI, roi et impuissant sexuel », sur lesoir.be,
  6. John Hardman, Louis XVI : The Silent King
  7. a b et c Antonia Fraser, Marie Antoinette
  8. « Répertoire des travaux de la Société de Statistique de Marseille, Volume 11 », sur books.google.fr
  9. Journal de Bombelles
  10. Mémoires de Diane de Polignac
  11. Mémoires de Mmes de Créquy et d'Oberkirch
  12. Journal de Jacob-Nicolas Moreau
  13. Mémoires de Saint-Priest
  14. Mémoires de Mme Vigée Le Brun
  15. (en) Munro Price, The Road from Versailles : Louis XVI, Marie Antoinette, and the Fall of the French Monarchy, New York, Macmillan, , 425 p. (ISBN 0-312-26879-3, lire en ligne)
  16. a b c et d Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, 1823, par Mme Campan [lire en ligne]
  17. Frances Mossiker, The Queen's Necklace
  18. Monographie communales de Claye-Souilly aux archives départementales de Seine et Marne
  19. Correspondance des comtes de Vaudreuil et d'Artois (lire en ligne), p. 650

Voir aussiModifier

SourcesModifier

  • Diane de Polignac, Journal d'Italie et de Suisse, Paris, L'Amateur d'Autographes, 1899 (consultable sur Gallica)
  • Campan, (Henriette Genet), Mémoires de madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette, Mercure de France, 1999 (consultable sur Gallica - Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre, Baudouin Frères, 1823)

BibliographieModifier

Article connexeModifier

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