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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bataille de Kisangani (homonymie).
Bataille de Kisangani
Description de cette image, également commentée ci-après
La ville de Kisangani en 2006
Informations générales
Date -
Lieu Kisangani, République démocratique du Congo
Issue Victoire décisive rebelle[1]
Belligérants
Drapeau du Zaïre ZaireDrapeau de la république démocratique du Congo Rebelles congolais
Drapeau du Rwanda Rwanda
Drapeau de l'Ouganda Ouganda (limité)
Commandants
Mahele Bakongo LiekoJames Kabarebe
Laurent Désiré Kabila
Joseph Kabila[2]
Forces en présence
FAZ
Mercenaires serbes (en)
Combattants hutus
AFDL/APR
Katangais du 24e régiment des FAA (en)
Coordonnées 0° 31′ 09″ nord, 25° 11′ 46″ est

Géolocalisation sur la carte : République démocratique du Congo

(Voir situation sur carte : République démocratique du Congo)
Bataille de Kisangani

La bataille de Kisangani a eu lieu en lors de la première guerre du Congo. Les rebelles de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo soutenus par le Front patriotique rwandais prennent la ville défendue par les forces armées zaïroises (FAZ) fidèles au président Mobutu Sese Seko. La bataille marque la déroute inéluctable des FAZ face aux troupes de Laurent Désiré Kabila, qui prendra Kinshasa en .

Sommaire

Forces en présencesModifier

Kisangani, dans l'est du Zaïre, est la troisième ville du pays. Elle verrouille la route vers la capitale Kinshasa.

Forces zaïroisesModifier

 
Un hélicoptère Puma zaïrois en 1976
 
Un avion d'attaque J-21 Jastreb tel que piloté par les mercenaires serbes

Kisangani est début 1997 le quartier général des FAZ dirigées par le général Mahele dans leur combat contre les rebelles[3]. Les unités des FAZ dans la ville sont issues des restes de la 31e brigade parachutiste (environ 2 000 hommes[4]), de deux bataillons de la 41e brigade, d'unités de la garde civile encadrée plusieurs unités du service d'action et de renseignement militaire[5], ainsi que du 48e bataillon indépendant commandé par le général Numbi Kamele[6].

Les Zaïrois sont renforcés par 6 000 Rwandais hutus Interahamwe ou anciens des forces armées rwandaises (FAR), réfugiés au Zaïre après le génocide rwandais, ainsi que par des combattants angolais de l'UNITA[7]. À Wania Rukula, à 64 km de Kisangani, des soldats de la division de sécurité présidentielle (DSP) distribuent ainsi des armes à un millier de réfugiés hutus qui viennent d'arriver[8].

Des mercenaires serbes de Bosnie, commandés par le colonel Dominic Yugo (sr) ont été recrutés pour renforcer les FAZ[9]. Ils disposent notamment de trois hélicoptères Mil Mi-24 opérationnels et de trois avions d'attaque J-21 Jastreb[10] et forment également une compagnie d'infanterie[3].

Toutefois, les Zaïrois sont démoralisés et seuls les combattants des ex-FAR sont prêts à se battre[11]. Les mercenaires serbes, après avoir perdu trois des leurs lors d'une reconnaissance ont perdu beaucoup de leur motivation[12] et se font surtout remarquer par leurs exactions contre les civils[13],[14]. De même, la défense repose sur le minage du terrain, ce qui rend la défense peu adaptable face aux manœuvres des Rwando-Congolais[15].

RebellesModifier

Les forces de Kabila, dirigées par le général rwandais James Kabarebe, forment un ensemble d'environ 6 000 hommmes[16].

Les rebelles de l'AFDL sont soutenus par les militaires de l'APR[17]. La présence d'officiers de l'Uganda People's Defence Force (UPDF)[18] est moins sûre[19]. Commandés par Stany Kalala et Gaston Munyangu, environ 500 soldats katangais[20] incorporés au 24e régiment de l'armée angolaise[3], les ex-Tigres des années 1970, rejoignent également les troupes rebelles[21], apportant aux forces de l'AFDL/APR leur artillerie lourde[22], leurs orgues de Staline et leurs blindés[23]. Les rebelles recrutent également un grand nombre de combattants locaux, dont de nombreux enfants-soldats, les kadogos[21].

Siège de la villeModifier

Face à l'avancée des troupes de Kabila dans l'est du Zaïre, les FAZ lancent début 1997 deux contre-attaques depuis Kisangani vers Bafwasende et vers Walikale, avec des forces de l'ordre du bataillon. Elles sont repoussées entre le et le [3].

Le , les forces combinées de l'AFDL et de l'Armée patriotique rwandaise (APR) prennent Kindu, à 100 km à l'est de Kisangani[24]. La ville est encerclée pendant plusieurs semaines, la ligne de front formant un arc de cercle autour de la ville[25]. Du côté des FAZ, les miliciens rwandais hutus sont les seuls à vraiment combattre et près de 500 d'entre eux perdent la vie dans les combats qui précèdent l'assaut final[26]. Les rebelles ne parviennent pas à franchir le fleuve Congo, bloqués par les tirs efficaces des mercenaires. Selon une interview de James Karabe parue après sa rupture avec Kabila, le chef de l'AFDL aurait proposé que les rebelles se cachent en haut des arbres pour effrayer les mercenaires. Une autre légende sur les combats serait que les Tigres katangais auraient cherché à traverser la rivière protégés par un rituel magique et auraient subi de très lourdes pertes[13].

Le , le 48e bataillon tend une embuscade réussie aux forces de l'AFDL/APR sur la route de Bafwasende[6]. Les mercenaires lancent un assaut frontal qui fait reculer de 5 km les rebelles[27].

Bien que la prise de la ville par les rebelles soit attendue, le le premier ministre Léon Kengo dément toujours les informations selon lesquelles la ville est proche de la chute[28].

Assaut et prise de la villeModifier

Le , les troupes des FAZ/ex-FAR en position à Babagulu, 48 km à l'est de la ville, sont défaites après avoir été encerclées par les rebelles guidés par la population[3],[29].

Le en fin d'après-midi, les rebelles lancent leur attaque finale, précédés par les blindés angolais des Katangais[30]. La 31e brigade reflue en déroute vers l’aéroport de la ville[26]. Les mercenaires serbes ouvrent le feu sur les soldats zaïrois qui cherchent à s'enfuir dans les avions et hélicoptères stationnés à l'aéroport[31]. Les soldats de la 31e brigade auraient, selon certaines déclarations officielles zaïroises, changé de camp[32], ce qui est démenti par les rebelles[33].

Les généraux zaïrois quittent la ville dès le 14 tandis que les soldats pillent la ville le 14 et le 15 au matin avant de s'enfuir[26]. Les mercenaires quittent le Zaïre après avoir quitté l’aéroport le 14[34]. Les rebelles attendent plusieurs heures avant d'investir la ville, laissant aux soldats le temps de s'enfuir. Des milliers de personnes, pris de panique, tentent de traverser le fleuve Congo[35] mais l'entrée des Rwandais est globalement saluée par les habitants[33],[36].

Le 15 au matin, un Transall militaire français se pose sur l'ancien aéroport de la ville afin d'évacuer les expatriés toujours présents dans la ville[26]. Le 15 en milieu d'après-midi, Mobutu reconnait officiellement la chute de la ville. Selon Joseph Kabila, fils de Laurent Désiré Kabila et commandant sur le terrain, 260 soldats des FAZ se sont rendus face aux rebelles, tandis que seulement 2 combattants rebelles auraient été tués[2].

Kisangani, grande ville de l'Est, est la première ville de cette importance à tomber aux mains des forces rebelles. Sa prise sera bientôt suivie de celle de Lubumbashi, au Katanga, autorisant ainsi la poussée finale de l'AFDL vers Kinshasa elle-même, provoquant l'effondrement du régime mobutiste qui régnait sans partage sur le pays depuis plus de trente ans.

Massacres de réfugiés hutusModifier

 
Camp de réfugiés rwandais dans l'est du Zaïre en 1994

À Wani Rugula, au moins 470 Hutus sont tués par des combattants rebelles le 14 mars à 20 h[37]. Fin mars et en avril, l'AFDL/APR demande aux réfugiés hutus autour de Kisangani de se regrouper dans plusieurs camps de réfugiés. Les deux camps de Kaese I et II regroupent 50 000 personnes tandis que 30 000 réfugiés rejoignent celui de Biaro[38]. L'accès est rendu très difficile pour les organisations humanitaires et, en avril, une centaine de personnes meurent chaque jour à cause des mauvaises conditions de vie[39]. Plusieurs centaines de réfugiés sont massacrés par la population locale et l'AFDL/APR au cours des mois qui suivent[40].

Notes et référencesModifier

  1. Fitzsimmons 2012, p. 260.
  2. a et b AFP et Reuters, « Les rebelles zaïrois marchent maintenant sur le Shaba », Le Monde,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  3. a b c d et e Thom 1999
  4. Thomas Sotinel, « La débâcle de l'armée zaïroise explique la progression des rebelles dans l'est du pays », Le Monde,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  5. Cooper 2013, p. 47.
  6. a et b Cooper 2013, p. 51.
  7. Turner 2002, p. 84.
  8. Projet Mapping (OHCHR), p. 109-110.
  9. Pech 2000, p. 138.
  10. Tom Cooper, Pit Weinert, Jonathan Kyzer et Albert Grandolini, « Zaire/DR Congo 1980 - 2001 » [archive du ], sur acig.org (consulté le 27 décembre 2015)
  11. François Soudan, « RDC : l’histoire secrète de la chute de Mobutu », Jeune Afrique, nos 1910-1911,‎ , p. 20-27 (lire en ligne)
  12. Pech 2000, p. 140.
  13. a et b Stearns 2012, p. 8. The dominoes fall.
  14. Projet Mapping (OHCHR), p. 146.
  15. Fitzsimmons 2012, p. 245.
  16. Cooper 2013, p. 50.
  17. Fitzsimmons 2012, p. 257.
  18. Kennes 1998, p. 8.
  19. Kennes 1998, p. 20.
  20. Kennes 1998, p. 22.
  21. a et b Projet Mapping (OHCHR), p. 73.
  22. Projet Mapping (OHCHR), p. 143.
  23. Colette Braeckman, « Comment la galaxie Kabila peut éclater », Le Soir,‎ , p. 7 (lire en ligne)
  24. AFP et Reuters, « Les rebelles zaïrois s'emparent de Kindu et menacent Kisangani, capitale du Haut-Zaïre », Le Monde,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  25. AFP et Reuters, « Le chef des rebelles renouvelle son refus d'un cessez-le-feu au Zaïre », Le Monde,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  26. a b c et d Stephen Smith, « La chute de Kisangani sonne le glas du pouvoir zaïrois. La 3e ville du pays pillée et abandonnée sans combat par l'armée. », Libération,‎ (lire en ligne)
  27. Fitzsimmons 2012, p. 243.
  28. (en) « Battle Looms for Key Zairean City Kisangani », Reuters,‎ (lire en ligne)
  29. (en) John Pomfret, « In Congo, revange became rebellion », The Washington Post,‎ (lire en ligne)
  30. (en) Stephen L. Weigert, Angola: A Modern Military History, 1961-2002, New York, Palgrave Macmillan, (ISBN 978-1-349-29794-8, DOI 10.1057/9780230337831, lire en ligne), p. 129
  31. (en) Howard W. French, « Zaire Rebels Begin Attack On Key City of Kisangani », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  32. (en) Howard W. French, « Major city's fall poses dire threat to Zaire's rulers », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  33. a et b (en) James C. McKinley Jr., « A Fallen City, Seeking Peace, Greets Rebels », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  34. Fitzsimmons 2012, p. 258.
  35. Jean Helene, « L'armée zaïroise pille et fuit Kisangani avant l'arrivée des rebelles », Le Monde,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  36. Trésor Kibangula, « RDC : le 15 mars 1997, les combattants de l’AFDL étaient accueillis en libérateurs par les habitants de Kisangani. Notre journaliste se souvient », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne)
  37. Projet Mapping (OHCHR), p. 110.
  38. Projet Mapping (OHCHR), p. 111.
  39. Projet Mapping (OHCHR), p. 112.
  40. Projet Mapping (OHCHR), p. 112-115.

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Thomas Turner, « Angola’s Role in the Congo War », dans John F. Clark, The African Stakes of the Congo War, Palgrave Macmillan, , 249 p. (ISBN 978-0-312-29550-9, DOI 10.1057/9781403982445), p. 75-92  
  • (en) Tom Cooper, Great Lakes Holocaust: First Congo War, 1996-1997, Helion & Company, coll. « Africa@War » (no 13), (ISBN 9781909384651, lire en ligne)  
  • (en) Scott Fitzsimmons, « The White Legion Abandons Zaire », dans Mercenaries in Asymmetric Conflicts, Cambridge University Press, (ISBN 9781107026919, DOI 10.1017/CBO9781139208727.007, lire en ligne), p. 231-272  
  • Erik Kennes, La guerre du Congo, , 28 p. (lire en ligne)  
  • (en) Khareen Pech, « The Hand of War: Mercenaries in the Former Zaire 1996–97 117 », dans Abdel-Fatau Musah et J. Kayode Fayemi, Mercenaries: An African Security Dilemma, Londres, Pluto Press, (ISBN 0-7453-1476-7, lire en ligne), p. 117-154  
  • Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo, (lire en ligne)  
  • (en) Filip Reyntjens, The Great African War Congo and Regional Geopolitics, 1996–2006, Cambridge University Press, , 340 p. (ISBN 9780521111287), « The fall of the Mobutist state »
  • (en) Jason Stearns, Dancing in the Glory of Monsters : The Collapse of the Congo and the Great War of Africa, PublicAffairs, , 416 p. (ISBN 9781610391078, lire en ligne)  
  • (en) William G. Thom, « Congo-Zaire's 1996-97 Civil War in the Context of Evolving Patterns of Military Conflict in Africa in the Era of Independence », Journal of Conflict Studies, vol. 19, no 2,‎ (ISSN 1715-5673, lire en ligne)