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Baba Yaga (mythologie)

figure marquante du conte russe
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Illustration de Baba Yaga par Ivan Bilibine pour une édition du conte Vassilissa-la-très-belle.
La petite isba de la baba Yaga, illustrée par Ivan Bilibine pour une édition du conte Vassilissa-la-très-belle.

Baba Yaga (en russe : Баба Яга, en polonais : Baba Jaga) est une figure marquante du conte russe et plus généralement slave. La baba Yaga est la figure féminine surnaturelle la plus fréquente du conte russe, n'existant pas ailleurs (ni dans la littérature russe, ni dans le reste du folklore russe).

Les folkloristes russes en ont donné diverses interprétations, depuis la divinité chasseresse jusqu'à la simple sorcière, en passant par le chef travesti du rite d'initiation des sociétés primitives, comme le veut Vladimir Propp[1]. Bien que toujours vieille, elle revêt des aspects différents. Elle a une fonction double, étant à la fois l'adversaire du héros et la principale donatrice.

ÉtymologieModifier

La langue russe ne possédant pas d'article devant un nom commun (ou adjectif), il est difficile de définir s'il s'agit d'un seul personnage (nommé Baba Yaga) ou d'un type de personnage (« la » baba Yaga). Il y a parfois dans le même conte plusieurs baba Yaga (trois en général), dénommées la première, la deuxième, la troisième[2], ce qui laisse supposer qu'il s'agit d'un type de personnage (comme on dirait « une fée »). Par ailleurs, les deux termes ne sont pas toujours accolés, on peut trouver simplement « la baba » (signifiant « la femme du peuple »), ou « la Yaga » qui peut alors être qualifiée (de brune, de vieille...)[3].

Lise Gruel-Apert insiste sur le fait que ces deux mots accolés ne sont pas un prénom suivi d'un nom. Le premier terme « baba » est un nom commun, d'un emploi très courant, signifiant « femme ».

Dans le langage paysan, il est l'équivalent féminin de « moujik ». On dit : « moujik da baba » (« mužik da baba ») : « l'homme et sa femme ». babit'sja veut dire « accoucher ». Donc, « baba » est la femme, la mère (au sens où l'on dit « la mère Michel »), mot à distinguer de deva, devka, la (jeune) fille. Ce sens explique pourquoi le personnage est aussi universel dans le conte slave. Dans la description du personnage, il est souvent question de ses mamelles, sa sexualité est envisagée seulement du côté maternité (elle a souvent des filles, rarement un fils). La majuscule n'est pas nécessaire.

« Yaga », est un nom propre, à l'étymologie incertaine, mais se retrouvant dans toutes les langues slaves. Alexandre Afanassiev[4] propose que le terme remonterait au sanskrit अहि / áhi, signifiant « serpent ». Ce serait donc : « la femme Serpent », ce qui expliquerait sa jambe unique, autrement dit sa nature anguipède.

Il existe des variantes à la forme « Baba Yaga » : Iaga-baba, Iegabova, Iegibovna, Iagichnaetc.[5].

Les différentes facettes du personnageModifier

Propp distingue trois Baba Yaga, mais le personnage semble présenter plus de facettes encore.

RavisseuseModifier

Filant dans son mortier, effaçant les traces de son balai, elle survient brusquement, ravit un petit garçon, l'entraîne chez elle pour le faire rôtir (contes 77 à 82)[6]. Mais la menace ne se réalise jamais : ou bien le garçon (plus rarement la fillette) trouve le moyen de s'échapper, ou bien, la baba Yaga laisse le soin de l'enfourner à sa fille. Celle-ci, moins habile que sa mère, se fait enfourner elle-même (ce qui n'est pas sans rappeler le conte d'Hansel et Gretel), et sert de rôti à sa mère. La mère, elle, était entretemps repartie « se mettre en chasse ». La baba Yaga est donc décrite comme une chasseresse qui se précipite sur sa proie. Le cannibalisme, latent (puisqu'annoncé mais jamais réalisé), ne fait pas de doute. Le four est l'élément principal de l'habitation du personnage.

CombattanteModifier

 
Loubok du XVIIe siècle représentant Baba Yaga sur un sanglier et combattant un crocodile.

Dans le conte La baba Yaga et Petit Bout[7], la baba Yaga a voulu tuer le héros Petit Bout et ses quarante frères, mais elle a, par méprise, tué ses quarante et une filles. Furieuse, elle « se fait apporter son bouclier de feu et, galopant sur les traces des vaillants gaillards, elle se met à projeter des flammes de tous côtés... La baba Yaga les brûle et les arrose de flammes ». Il y a là une nette opposition de traitement entre garçons et filles. La baba Yaga défend ses filles, elle est à cheval et elle projette des flammes avec son bouclier. L'environnement est un lac. De même, dans le conte Ivan-tsarévitch et le Blanc Guerrier de la plaine[8], le Blanc Guerrier de la plaine combat « depuis trente ans avec la baba Yaga à la jambe d'or sans jamais descendre de cheval ». La baba Yaga est à la tête de troupes et a tout d'une amazone ; il n'y a pas de cannibalisme.

Dans le conte Ivachko-Ourseau[9], l'action se passe dans l'isba de la forêt, vide. La baba Yaga n'y habite pas, elle vit sous terre. Mais elle y monte et elle s'attaque aux compagnons du héros, les bat, leur découpe à chacun une lanière dans le dos, puis disparaît. Le héros, à son tour, lui découpe trois lanières dans le dos. Elle retourne sous terre et le héros la suit, la pourchassant. Là, il rencontre la fille de la baba Yaga : c'est une jeune fille, qui demande au héros de l'emmener avec elle et lui explique comment se débarrasser de sa mère. Il y a opposition mère / fille. Les sévices subis par les compagnons du héros puis par la baba Yaga font penser à un rite d'initiation.

DonatriceModifier

Le héros, qui peut être un personnage féminin, parvient chez la baba Yaga qui, dans ce cas, vit dans une petite isba de la forêt. Là, il est soumis à un interrogatoire ou à des épreuves. Il doit prouver sa valeur et en récompense, reçoit un objet magique ou de bons conseils qui vont lui permettre de continuer sa route et de parvenir à ses fins.

La petite isba « montée sur pattes de poule », tourne sur elle-même. Il faut savoir la formule pour l'arrêter de tourner devant soi :

« À la lisière d'une sombre forêt, il aperçut une petite isba montée sur pattes de poule : "Petite isba, petite isba ! Tourne le dos à la forêt, le devant de mon côté". L'isba se retourna[10]. »

— Conte L'Eau de jeunesse et la Fille-Roi.

Comme l'isba, l'interrogatoire a un aspect figé, fait de formules toutes faites : « Eh bien, vaillant gaillard, l'épreuve, tu la cherches ou tu la fuis ? »[11]. Le héros sait ne pas se décontenancer, il sait répondre, il réclame d'abord à boire et à manger[12], puis il explique le but de sa recherche. Ceci adoucit la patronne de l'isba, elle lui fait des cadeaux et lui prodigue des conseils : « Elle lui fit don de son cheval, d'une massue énorme et lui enjoignit... »

Elle donne un cheval, un faucon, moyens de traverser vers l'autre royaume, mais aussi une pelote, une boule qui, en roulant, montrent le chemin et ont la même fonction.

Les cadeaux de la baba Yaga sont essentiellement liés au déplacement d'un monde à l'autre. Mais la Yaga peut aussi faire cadeau d'un crâne qui va permettre à l'héroïne de se débarrasser de ses ennemies (conte Vassilissa-la-très-belle[13]).

Gardienne du royaume des mortsModifier

Vladimir Propp a analysé en détail cet aspect du personnage[14]. Dans le conte La princesse ensorcelée[15], il est dit : « On ne voyait là qu'une seule isba perdue : derrière, pas une route, rien que les ténèbres les plus épaisses ». La maisonnette est souvent présentée comme trop petite pour son occupante, parfois sans porte ni fenêtre (ce qui, pour Propp le premier, peut faire penser à un cercueil)[16]. Une formule rituelle présente la baba Yaga « le nez fiché dans le plafond »[17].

Selon le cas, la maisonnette peut se trouver « près de l'Onde Noire » (voir le conte Ivan-fils de vache, dit Ouragan le Valeureux[18]) ; mais, généralement, elle se trouve à l'intérieur ou en bordure d'une forêt sombre et impénétrable. La baba Yaga, elle-même morte (d'où sa jambe d'os), est la gardienne du royaume des morts. La petite isba qu'il faut faire tourner est un poste frontière, tourné d'un côté vers le monde des vivants, de l'autre vers le monde des morts (ou l'autre royaume).

Parfois la maisonnette « tourne sur elle-même »[19], mais plus souvent encore c'est le héros (ou l'héroïne) qui lui ordonne de « se tourner dos à la forêt, face à [lui / elle] » [20].

Maîtresse de la forêt et des bêtes sauvagesModifier

Elle a sur les bêtes sauvages un pouvoir sans borne. Dans le conte La Belle des Belles[21] : « Elle a des émissaires qui sillonnent le monde. Les premiers d'entre eux, ce sont les bêtes des bois, les seconds, les oiseaux du ciel, les troisièmes, les poissons et les bêtes aquatiques. Toutes les créatures du monde lui sont soumises ». Ainsi, c'est la femme / la mère / la vieille qui est souveraine. Cette caractéristique est liée à la forêt, à la chasse et à un système social où la femme est mère sans mari.

Andreas Johns[22] relativise toutefois la pertinence de cet aspect, démontrant que souvent, dans les contes pris en exemple par Propp, le personnage concerné, soit n'est pas nommé Baba Yaga, soit ne possède pas ses attributs traditionnels.

Sexualité et relations familialesModifier

Il en est peu question puisqu'elle est surtout représentée comme vieille et vivant seule. Mais on trouve : « Devant lui, sur le poêle, sur la neuvième brique, était couchée la baba Yaga-jambe d'os..., les tétons enroulés à un crochet »[23].

S'il n'est jamais question de mari ou de compagnon, elle a des enfants, généralement des filles (et même 41 dans le conte cité La baba Yaga et Petit Bout). Quand elle a des liens de parenté avec le héros, elle est toujours de la famille de la femme ou de la mère du héros, jamais de son père (contes Va je ne sais où... et Le Démuni[24]).

Andreas Johns remarque[22] qu'un motif important (le fait que Baba Yaga demande souvent à l'héroïne de laver ses enfants, qui sont des serpents, grenouilles, crapauds et vers[25]) est ignoré par Propp.

Un côté solaireModifier

Dans le conte Vassilissa-la-très-belle[26], l'héroïne Vassilissa demande à la baba Yaga qui sont le cavalier rouge, le cavalier blanc et le cavalier noir qu'elle a croisés pour venir jusque chez elle ; et la baba Yaga répond : « C'est mon jour, vêtu de blanc... C'est mon soleil, vêtu de rouge... C'est ma nuit, vêtue de noir », et elle ajoute : « Tous de fidèles serviteurs ! »[27] Ainsi, la baba Yaga commande aux phénomènes célestes, au jour et à la nuit. Dans le conte Maria Mariévna[28], il est dit d'elle : « Sur sa cavale ailée, elle fait chaque jour en volant le tour du monde ». Elle a des traits communs avec Phœbus, mais aussi, plus simplement, avec les sorcières, capables, selon les légendes, de voler.

Analyses et interprétationsModifier

Interprétation de Vladimir ProppModifier

 
Contes de l'isba, illustrations d'Ivan Bilibine.

Dans Les Racines historiques du conte merveilleux, le folkloriste russe Vladimir Propp cherche à rapprocher les éléments du conte merveilleux russe de ceux d'autres cultures anciennes, et par là des croyances et des rites de ces sociétés humaines. Selon lui, Baba Yaga représente une gardienne du royaume des morts, et sa cabane constitue un passage obligé à la frontière des deux mondes. Il rapproche les pattes de poule de la maisonnette de mythes des Indiens d'Amérique du Nord évoquant une cabane zoomorphe, et esquisse un parallèle entre les formules prononcées par le héros et le Livre des Morts égyptien, où les éléments d'une maison exigent d'être nommés exactement avant d'accorder le passage. Le fait que Baba Yaga nourrisse et lave le héros évoque également les rites du Livre des Morts ; la cabane dans un bois rappelle par ailleurs les lieux d'initiation des jeunes hommes dans de nombreuses cultures (Afrique, Océanieetc.).

Baba Yaga, comme d'autres personnages du conte russe (le dragon, etc.) profère souvent à l'arrivée du héros qu'elle sent « une odeur russe », ou « de carcasse russe ». Propp interprète cette expression comme signifiant une odeur d'être humain vivant[29], et donne divers exemples de mythes dans lesquels les morts font référence à cette odeur, qui leur répugne (et où le héros cherche à se débarrasser de cette odeur). Le surnom même de la magicienne (« jambe d'os ») suggère qu'elle est un cadavre ; toutefois, Propp rappelle qu'elle est aussi maîtresse des animaux de la forêt, et mentionne qu'elle est parfois décrite elle-même comme semi-animale (diverses cultures considéraient que la mort consistait à se transformer en un animal). Pour lui, l'élément animal est antérieur à l'élément squelettique de Baba Yaga. Il remarque par ailleurs que certains contes russes laissent penser que Baba Yaga serait aveugle[29].

Il conclut que le personnage de Baba Yaga, tel qu'il apparaît dans les contes, regroupe les caractéristiques de figures distinctes, quoique plus ou moins liées entre elles : la magicienne-ravisseuse, prête à faire rôtir les enfants, et la magicienne-donatrice, qui aide le héros, se retrouvent toutes deux en Baba Yaga, qui relève à la fois des rites initiatiques et du mythe du voyage au royaume de la mort (il mentionne également la magicienne-guerrière). Selon lui, ce n'est qu'une fois que les rites ont perdu leur sens et finalement disparu que leur côté sacré et terrible se voit remplacé par un grotesque héroï-comique.

Dans Les Transformations du conte merveilleux[30], Propp esquisse un rapprochement avec un hymne tiré du Rig-Véda et adressé à la « maîtresse des forêts ». Il note les éléments similaires : la chaumière dans la forêt, le reproche lié aux questions (donné dans un ordre inverse), l'hospitalité, l'indication de la possibilité d'hostilité[31] et de ce qu'elle est la mère des bêtes sauvages. Le Rig-Véda dit aussi : « Quelqu'un abat des arbres là-bas (...) Ainsi pense celui qui passe la nuit chez la maîtresse des forêts. » Dans un conte d'Afanassiev[32], le père attache un morceau de bois à sa charrette, le bois frappe et sa fille dit : « C'est mon père qui abat les arbres ». Propp précise qu'il ne cherche pas à faire remonter le personnage de la Baba Yaga au Rig-Véda, mais que d'une façon générale, c'est la religion qui évolue vers le conte et non l'inverse.

Analyse de Nikolaï NovikovModifier

Le folkloriste russe Nikolaï Novikov a analysé le personnage de Baba Yaga de façon précise et systématique, au travers d'un grand nombre de contes[33]. Il étudie les aspects positifs et négatifs dans deux sections distinctes. Le rôle du personnage positif se limite à celui de donateur ou de conseiller ; à l'exception du cas où Baba Yaga détient la guerrière qui poursuit le héros, elle disparaît du conte une fois sa tâche accomplie.

En tant que personnage négatif, elle peut se présenter comme guerrière, vengeresse, propriétaire d'objets magiques, enchanteur maléfique, aide ou conseillère perfide, ravisseuse d'enfants. Selon Novikov, les aspects négatifs l'emportent dans les deux tiers des contes étudiés. C'est lorsqu'elle a un rôle positif que ses attributs traditionnels sont les mieux conservés, dans les autres cas elle a tendance à endosser les rôles d'autres personnages maléfiques. Il pense que l'aspect positif est le plus archaïque, et trouve son origine dans la période matriarcale, alors que l'aspect négatif serait issu de la période de lutte entre le matriarcat et le patriarcat, qui a fini par l'emporter.

Baba Yaga et la lutte des classesModifier

Les chercheurs russes et soviétiques du XXe siècle présentent fréquemment une vision de Baba Yaga influencée par l'idéologie marxiste : elle peut parfois être considérée comme un oppresseur ou un exploiteur tyrannique, notamment vis-à-vis de ses serviteurs. L'Américain Jack Zipes interprète de même la sorcière de Hansel et Gretel en termes de lutte des classes. Andreas Johns[34] relativise cette interprétation, remarquant qu'il ne manque pas de contes russes satiriques qui raillent très clairement les oppresseurs du moment (le pope, le barine), exprimant un antagonisme de classe qui n'a pas besoin d'être déguisé ou symbolisé.

Analyse de Luda SchnitzerModifier

Luda Schnitzer (voir Bibliographie) se pose également la question de l'ambivalence du personnage de Baba Yaga, à la fois ogresse cruelle et auxiliaire bienveillante, et en particulier de son revirement d'attitude vis-à-vis du héros qui est parvenu jusqu'à sa cabane (« cette incarnation du Mal peut se transformer à l'improviste en une bonne mère-grand, prête à aider les héros de tous ses pouvoirs magiques »). Elle fait remarquer que dans les contes d'inspiration musulmane, notamment géorgiens, « le héros touche le sein de l'ogresse et l'appelle mère », et elle lui répond « si tu ne l'avais fait, je te dévorais » : l'asile maternel serait, selon une ancienne coutume, inviolable. Elle évoque ensuite d'autres explications avancées : mythologique (Baba Yaga serait la divinité personnifiant l'hiver, à la fois cruel et protecteur des graines dormant sous terre) ; pragmatique (la loi de l'hospitalité vaut pour tous, même pour les ogres) ; ethnologique (le code du savoir-vivre des « coins perdus » interdit de demander au voyageur de but en blanc d'où il vient et où il va, tenant compte notamment qu'il peut se trouver en marge de la légalité). Elle ajoute « la conviction naïve, propre au conte populaire », que par la confiance on peut désarmer la méchanceté. Elle remet ainsi en cause le supposé manichéisme des contes (les bons d'un côté, les méchants de l'autre).

Approches psychanalytiquesModifier

Géza Róheim[35], qui estime que les contes populaires trouvent leur origine dans les rêves, insiste sur les attributs de type nez, dent ou pied particuliers, qui constitueraient des symboles phalliques ; la hutte de Baba Yaga serait un symbole féminin, et le fait qu'elle tourne sur elle-même renverrait au coït hétérosexuel. Olga Periañez-Chaverneff pense que l'apparence de Baba Yaga (ogresse, versatile ou bienveillante) peut être mise en relation avec l'âge du héros du conte (jeune enfant, enfant en cours de socialisation ou jeune adulte). Marie-Louise von Franz, dans une approche jungienne, identifie Baba Yaga à l'archétype de la Grande Mère, qui présente à la fois des aspects positifs et négatifs. D'autres interprétations psychanalytiques existent ; pour des raisons historiques, elles sont rares en Russie même.

Analogies dans d'autres culturesModifier

Traditions celtiquesModifier

Une sorcière assez similaire, écho de traditions païennes, apparaît déjà dans le roman arthurien en vers Les Merveilles de Rigomer, écrit dans le dernier tiers du XIIIe siècle par un auteur anonyme[36]. Elle est laide, grosse, bossue, inspire la panique au cheval de Lancelot et se montre peu hospitalière au premier abord, mais plutôt par crainte des chevaliers armés (elle prétend n'avoir « jamais vu de chevalier », et s'adoucit lorsque Lancelot accepte de retirer son haubert). Le texte précise qu'elle suspend ses paupières à des protubérances ou des cornes qu'elle a sur le crâne, au moyen de crochets : ce motif, qu'on retrouve dans le conte Viï de Gogol, provient du Mabinogi de Culhwch et Olwen, conte gallois du XIe siècle ; l'évocation de Baba Yaga, « les tétons enroulés à un crochet » semble en constituer un écho déformé. Elle vit dans une « maison étrange, tout ouverte » au fond de la forêt avec sa nièce, qui traite bien le chevalier.

RoumanieModifier

Dans le folklore de Roumanie (pays non slave), il existe un personnage apparenté, Baba Cloanța (Cloantza), apparaissant comme une vieille sorcière édentée, qui revêt également plusieurs aspects : oracle, guérisseuse, parfois mère de héros (ou d'un dragon), souvent associée à l'élément aquatique, évoquant des réminiscences mythologiques, ou avatar de la Mort, entre autres[37]. Ce personnage est issu plus particulièrement du folklore des Carpates.

Influences finno-ougriennesModifier

Lise Gruel-Apert[38] se pose la question de l'influence des traditions finno-ougriennes, en particulier celles des Mordves, sur la mythologie russe. Jusqu'au XIXe siècle, les Mordves se référaient à un esprit de la forêt féminin, cannibale, dénommé Vir-ava, qui présentait beaucoup de traits communs avec Baba Yaga (notamment une jambe unique), même s'il s'agissait plutôt d'une femme jeune. Elle avait des capacités de métamorphose et commandait aux esprits des arbres. Les cultures russe et finno-ougrienne se sont interpénétrées, autour de la Volga comme en Carélie.

Dans la culture populaireModifier

 
Baba Yaga et Ivachko (illustration de Ivan Bilibine).

MusiqueModifier

Plusieurs compositeurs de musique classique russes s'inspirent des contes et notamment de la figure de Baba Yaga. Modeste Moussorgski, dans ses Tableaux d'une exposition (1874), composa une pièce sur le thème de Baba-Yaga avec sa cabane sur pattes de poule. Cette pièce est l'avant-dernière de sa suite, elle s'enchaîne au tableau final de la Grande Porte de Kiev. La pièce est un scherzo cinglant et diabolique dont l'atmosphère oppressante n'est pas écartée dans son trio central, plus calme mais sans cesse menaçant. Piotr Ilitch Tchaïkovski a écrit une pièce appelée La Sorcière (Baba Yaga) dans son Album pour Enfants (1878). Baba Yaga (1903-04) est également un tableau symphonique d'Anatoli Liadov. Dans cette évocation fantastique de Baba Yaga, c'est le basson qui expose le thème avec accompagnement obligé de sifflements des bois en triples croches.

Dans le domaine du rock, William Sheller inclut dans son album William Sheller et le quatuor Stevens live, sorti en 2007, un morceau instrumental titré « Babayaga ».

Baba Yaga La Sorcière (charivari pour voix d'enfants) est une adaptation de la pièce Mekanïk Destruktïw Kommandöh du groupe français de rock progressif/zeuhl Magma. Il s'agit d'une version écourtée, dont les paroles en kobaïen ont été réécrites par Gaston Tavel pour être facilement interprétées par un chœur d'enfants.

Le groupe rock Emerson Lake and Palmer a adapté l'oeuvre de Moussorgski dans l'album "Pictures at an Exhibition" de 1971, contenant le titre "The Hut Of Baba Yaga".

Le groupe de thrash metal technique Mekong Delta a composé un morceau instrumental intitulé « The Hut Of Baba Yaga » sur leur album éponyme de 1987.

L'opéra Baba Yaga: Witch of the Forest du compositeur canadien James Fogarty a été créé par le département de musique de l'Université de Moncton en [39],[40].

« Baba Yaga » est un titre de l'album Through Donkey Jaw (2011) de l'artiste rock psychédélique Amen Dunes (en).

On trouve également une chanson intitulée The Realms of Baba Yaga dans l'album Space Police - Defenders of the Crown du groupe de heavy metal allemand Edguy, paru en 2014.

Le personnage de Baba Yaga est interprété par Mariangela Demurtas (Tristania) dans l'album The Great Lie, de l'opéra-rock français Melted Space, sorti en 2015.

Peinture et illustrationModifier

Les illustrateurs et peintres qui s'inspirent des contes russes donnent à Baba Yaga un visage directement inspiré par les textes des contes. Au milieu du XIXe siècle, le peintre russe Viktor Vasnetsov, qui peint de nombreux sujets mythologiques, représente notamment Baba Yaga en plein vol dans son mortier.

En 1873, le peintre russe Viktor Hartmann peint une série de tableaux inspirés par les contes, notamment un tableau de la maison de Baba Yaga, ces tableaux inspirent au compositeur Modeste Moussorgski ses Tableaux d'une exposition.

Ivan Bilibine, l'un des plus fameux illustrateurs russes, réalise de nombreuses illustrations de contes, au début du XXe siècle, dont l'une très connue pour le conte traditionnel Vassilissa-la-très-belle qui montre la sorcière avançant dans la forêt, montée dans son mortier avec son pilon et son balai.

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DanseModifier

LittératureModifier

  • Dans le Le Cycle des épées (1982) de Fritz Leiber, l'auteur s'est largement inspiré de Baba Yaga pour son personnage de la sorcière Ningauble. Sa demeure est une hutte dont la description correspond à celle de Baba Yaga.
  • Dans le roman Enchantement (1999) de Orson Scott Card, Baba Yaga y figure comme la méchante de l'histoire, une sorcière particulièrement puissante et ambitieuse qui a réussi à asservir un dieu et qui veut dominer le royaume de Taïna.
  • Dans la série romanesque Les Sœurs Grimm (2005) de Michael Buckley, Baba Yaga y joue à la fois le rôle d'adjuvante et d'opposante pour les deux sœurs.

Bande dessinéeModifier

  • Dans la bande dessinée érotique Valentina de Guido Crepax, l'album « Baba Yaga » (1971) montre l'héroïne Valentina en photographe, enquêtant parfois sur des affaires surnaturelles. Elle rencontre une femme d'âge mûr nommée Baba Yaga, celle-ci s'avèrant dotée de pouvoirs surnaturels et d'un charme plus que troublant. L'album a été ensuite adapté au cinéma par Corrado Farina dans Baba Yaga (1973).
  • Dans le comic book Hellboy (1994) de Mike Mignola, Baba Yaga joue un rôle d'antagoniste. Au cours d'un affrontement, elle est éborgnée par Hellboy.
  • Dans le manga Soul Eater (2004) d'Atsushi Ōkubo, la sorcière Arachné et son organisation Arachnophobia ont pour quartier général le « château de Baba Yaga ». De plus, la doyenne des sorcières s'appelle Baba Yaga.
  • Dans Fables (2003) de Bill Willingham, Baba Yaga joue le rôle d'un agent envoyé par l'adversaire afin d'espionner Fablevilles, puis livrer une bataille à mort contre Bufkin.

CinémaModifier

TélévisionModifier

  • Dans la série Les Belles Histoires du père Castor, l'épisode « Baba Yaga » (saison 1 épisode 35).
  • Dans la série Scooby-Doo : Mystères associés (saison 2, épisode 2, « Le Mystère de la maison sur pattes »), les héros sont confrontés à Baba Yaga.
  • Dans la série Lost Girl (saison 2 épisode 4), Baba Yaga est décrite comme une puissance sorcière vivant dans une maison constituée uniquement d'ossements humains et qui possède son propre monde.
  • Dans la série Franfreluche (épisode « La petite hutte sur pattes de poule »), elle est présentée comme une vieille femme méchante, battant son chien en croyant qu'il a volontairement mangé son dîner alors que c'est Franfreluche qui lui donna le pain.
  • Dans la série Ever After High, elle est une professeur.
  • Dans la série Supernatural, on aperçoit sa maison aux longues jambes.

Jeux de rôleModifier

 
Une interprétation contemporaine de la « Hutte sur pattes de poulet » de Baba Yaga à Stockholm.

Jeux vidéoModifier

Baba Yaga fait également des apparitions dans plusieurs jeux vidéo.

Notes et référencesModifier

  1. Les Racines historiques du conte merveilleux, traduction L. Gruel-Apert, Gallimard, 1983
  2. Le motif de trois vieilles femmes aux pouvoirs magiques existe dans d'autres traditions de contes, comme le conte norvégien
  3. Lise Gruel-Apert, « Notes de compréhension et de traduction », in Contes populaires russes d'Afanassiev, t. II, p. 395, Imago, 2009
  4. A. Afanassiev, Les Conceptions poétiques des Slaves sur la nature (Поэтические Воззрения Славян на природу), Moscou, 1865-1869
  5. (ru) « Russkiï Folklor », tome XXXIII, Académie des Sciences de Russie, Maison Pouchkine, 2008, p. 31-34.
  6. Afanassiev, Contes populaires russes, trad. Lise Gruel-Apert, t. I, Imago, 2009
  7. Afanassiev, Contes populaires..., t. I, no 76, Imago, 2009
  8. Afanassiev, Contes populaires..., t. II, no 124, Imago, 2010
  9. Afanassiev, Contes populaires..., t. I, no 105, Imago, 2009
  10. "видит избушку возле дремучего леса - на курьих ножках стоит. "Избушка, избушка! Оборотись к лесу задом, ко мне передом" Избушка оборотилась." (conte L'Eau de jeunesse et la Fille-Roi, in Afanassiev, Contes populaires..., t. II, n° 134.
  11. "Что, добрый молодец, от дела летаешь али дела пытаешь?"
  12. "Ты прежде меня напой - накорми, тогда и спрашивай".
  13. Afanassiev, « Contes populaires... », t. I, no 75.
  14. Vladimir Propp, chapitre « La Forêt mystérieuse » des Racines historiques du conte merveilleux
  15. Afanassiev, Contes populaires..., t. II, no 211.
  16. Elizabeth Warner, Mythes russes, Seuil / Points, 2005 (ISBN 9782020640169).
  17. En russe : нос в потолок врос (nos v potolok vros). Comme le remarque Lise Gruel-Apert en note à sa traduction du conte Prince Daniel, mots de miel, « cette expression, très rythmée en russe, s'applique plus fréquemment à la baba Yaga couchée sur le poêle ou dans la soupente. Elle correspond plus dans ce conte à un tic de langage qu'à un sens précis ».
  18. Afanassiev, Contes populaires..., t. I, no 100.
  19. Вдруг видит: стоит перед ней чугунная избушка на курьих ножках и беспрестанно повертывается. (« Soudain, voici ce qu'elle [l'héroïne] voit : devant elle se dresse une maisonnette de fonte sur des pattes de poule, tournant sans cesse sur elle-même ») [Finiste Clair-Faucon, version d'Afanassiev 129b, no 235 dans l'édition de Barag et Novikov].
  20. Избушка, избушка : встань к лесу задом, ко мне передом ! [idem]. Selon Propp, le sens originel serait celui du retournement, qui aurait peu à peu donné, par confusion, l'image de l'isba tournant sans cesse sur elle-même. Toutefois, on trouve un motif proche, celui du château tournoyant, dans la littérature arthurienne (ex : La Demoiselle à la Mule, ou La Mule sans frein, attribué à Païen de Maisières, fin XIIe siècle - début XIIIe siècle).
  21. Afanassiev, "Contes populaires...", t. II, no 119.
  22. a et b Andreas Johns, Baba Yaga, The Ambiguous Mother... (voir Bibliographie).
  23. Conte La Princesse-Grenouille, Afanassiev, Contes populaires..., t. III, no 208.
  24. Afanassiev, Contes populaires..., t. II, no 164, 166.
  25. Dans d'autres contes (ex : Khoudiakov 11 et 12), le héros, en battant la sorcière / magicienne (qui n'est pas nommée Baba Yaga), expulse de son corps « des rats, des souris et autres vermines ». Voir Vij : Analogies....
  26. Afanassiev, Contes populaires..., t. I, no 75.
  27. Il faut toutefois prendre garde au fait que la version rapportée par Afanassiev est une version d'origine littéraire, comportant des détails rarement rencontrés par ailleurs.
  28. Afanassiev, Contes populaires..., t. II, no 121.
  29. a et b Dans le conte de Grimm Hänsel et Gretel, il est dit explicitement : « Les sorcières ont des yeux rouges et elles ne peuvent pas voir loin, mais elles ont l'odorat très fin, comme les animaux et, quand des humains s'approchent, elles le sentent. » (Contes pour les enfants et la maison, trad. Natacha Rimasson-Fertin, José Corti, 2009 (ISBN 978-2-7143-1000-2)).
  30. Inclus dans l'édition française de la Morphologie du conte.
  31. Le Rig-Véda dit : « La maîtresse des forêts ne te fait pas de mal, si toi tu ne l'attaques pas. »
  32. Conte no 99, La Tête de jument. L'expression originale (en ukrainien) est : « Се мій батенька дровця рубає! ». On retrouve ce motif dans certains contes de Grimm, comme Hänsel et Gretel.
  33. Nikolaï Vladimirovitch Novikov, Personnages du conte merveilleux slave oriental, Léningrad, 1974. Ce paragraphe est résumé de Andreas Johns, Baba Yaga, The Ambiguous Mother... (voir Bibliographie), p. 39-40.
  34. Baba Yaga, The Ambiguous Mother... (voir Bibliographie), p. 38-39.
  35. Les informations de ce paragraphe constituent un résumé très succinct du chapitre Psychological Approaches, in Andreas Johns, Baba Yaga... (voir Bibliographie), p. 34-38.
  36. Les merveilles de Rigomer, dans La Légende arthurienne (voir Bibliographie).
  37. Revue Sciences / Lettres 4 | 2016 : Baba Cloantza, la Yaga édentée du folklore roumain, par Simona Ferent.
  38. In Le monde mythologique russe (voir Bibliographie).
  39. Université de Moncton - Service des communications, « Une première création originale pour l'Atelier d'opéra de l'UdeM », sur www.umoncton.ca (consulté le 5 septembre 2015)
  40. « Renforth Music - A Music Publishing Company », sur www.renforthmusic.com (consulté le 5 septembre 2015)
  41. (en) Lisa Smedman, The Dancing Hut of Baba Yaga (en), (TSR, 1995 (inédit en français).

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Textes sources
Études
  • (en) Andreas Johns, Baba Yaga, The Ambiguous Mother and Witch of the Russian Folktale, Peter Lang 2004, 2010 (ISBN 978-0-8204-6769-6)
  • Vladimir Propp, Les Racines historiques du conte merveilleux, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », traduction Lise Gruel-Apert, Gallimard, 1983.
  • Lise Gruel-Apert, Le monde mythologique russe, Imago, 2014 (ISBN 978-2-84952-728-3)
  • Luda Schnitzer, Ce que disent les contes, Éd. du Sorbier, 1985 (ISBN 2-7320-0010-8)
  • (en) Sibelan Forrester, Baba Yaga, the Wild Witch of the East, in Russian Magic Tales from Pushkin to Platonov, ed. Robert Chandler (en), Penguin Classics, 2012 (ISBN 978-0-141-44223-5)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • Baba Yaga sur le site Russie virtuelle.com (consulté le )