Basson

instrument à vent de la famille des bois

Basson
Image illustrative de l’article Basson
Description d'un basson

Variantes modernes contrebasson
Variantes historiques douçaine, cervelas, basson quinte
Classification Instrument à vent
Famille Bois
Instruments voisins Flûte, hautbois, clarinette, saxophone
Tessiture Range bassoon.svg si♭-1 - fa 4
Œuvres principales Concertos de Vivaldi, Mozart, Weber. L'Apprenti sorcier, Sacre du Printemps. Sonates de Saint-Saëns, Koechlin
Instrumentistes bien connus Maurice Allard, Klaus Thunemann
Facteurs bien connus Buffet-Crampon, Heckel, Yannick Ducasse
Anches doubles du basson.

Le basson est un instrument de musique à vent de la famille des bois, qui apparaît à la fin du XVIe siècle en Italie sous le nom de fagotto.

D'une hauteur d'environ 1,30 m, il est formé d'un long tuyau de perce conique de près de 2,50 m de longueur en bois précieux (principalement l'érable ou le palissandre), replié sur lui-même, que l'instrumentiste, appelé bassoniste, tient sur son côté droit. Le bonnet (6) est orienté vers le haut, la grande branche (5) et la petite branche (3) sont reliées entre elles par la culasse (4) en forme de U très serré. L'anche double (1) est fixée au bout d'un tube métallique de 30 cm, également conique et en forme de point d'interrogation, appelée bocal (2).

Histoire du bassonModifier

 
Douçaines et cervelas au XVIIe siècle.

Les instruments à anche double ont surtout été utilisés dans la civilisation égyptienne, au Moyen-Orient ainsi qu’en Asie. Mais il faut attendre le Moyen Âge pour retrouver des traces des ancêtres du basson comme la douçaine ou le cervelas.

Le basson de 1550 à 1700Modifier

Jusqu'en 1650, un grand nombre d'instruments différents cohabitent, sans pour autant posséder de noms précis ni appartenir à des catégories bien définies. Cependant, la première référence au basson remonte en 1602, en Italie, où on l'appelle alors fagotto.

Le mot « fagot » provient probablement du fait que les « deux morceaux de bois sont liés et fagottés ensemble » (P. Marin Mersenne). Quant au mot « basson », il viendrait de « basse ». L’encyclopédie de Diderot mentionne le terme « basson de hautbois ».

À cette époque, il existe plusieurs tailles d’instrument. Les instruments les plus graves peuvent atteindre plus de trois mètres de long. Ils sont difficiles à manipuler et à jouer. Les facteurs d'instruments de l'époque ont alors l'idée de relier deux branches accolées en parallèle à l’aide d’un tuyau afin de diminuer la longueur de l’instrument.

Les perces sont très rudimentaires et les emplacements des trous sont définis sans calculs précis. Le système de clétage n’existe pas encore : les trous sont fortement écartés et ne tombent pas sous les doigts. Les différentes transformations du basson vont s'effectuer en plusieurs étapes.

Le basson de 1700 à 1785Modifier

C’est au cours du XVIIIe siècle que le rôle de soliste du basson est important. De nombreuses sonates et concertos sont écrits à cette époque. Antonio Vivaldi par exemple, lui consacre trente-sept concertos de la plus riche inventivité (plus deux qui restent incomplets). Durant cette période, le basson évolue peu. Le clétage n’est pas encore inventé mais on commence à réfléchir à son évolution et à imposer la main droite en bas et la main gauche en haut, laissé jusqu'ici au choix du musicien.

À la fin du XVIIIe siècle Thieriot Prudent est célèbre en France dans la facture des bassons. Il réalise de nombreuses recherches afin d'améliorer l'instrument pour lui donner plus de puissance et corriger ses défauts. Prudent se situe à l'époque charnière entre baroque et classique et les premières grandes modifications de l'instrument.

Le basson au XIXe siècle (à partir de 1785)Modifier

 
Edgar Degas, L'Orchestre de l'Opéra (Musée d'Orsay, 1868). Au premier plan, Désiré Dihau, bassoniste à l'Opéra de Paris de 1862 à 1889.

Le XIXe siècle est assurément la grande époque de la facture des instruments, pendant laquelle le basson s'est le plus développé. C’est entre 1800 et 1870 que le basson connait sa plus grande évolution de facture[1].

Les principaux aménagements apportés à l'instrument sont l’ajout de nouvelles clés sur la petite branche, la grande branche et la culasse, et le remplacement d’un bouchon de liège au bout de la culasse par un « coude » ou « U » en métal. En 1842, un modèle typique possède déjà vingt-deux clés, et quelques années plus tard, son système de clétage est si complexe qu’il ne subit presque plus de modifications.

En ce milieu de XIXe siècle, la France compte à elle seule trente-cinq facteurs de bassons, pour la plupart installés à Paris[2].

Les facteurs Savary sont des pionniers du développement de l’instrument. Du début à la fin de l’activité des Savary (père - Nicolas - et fils - Jean-Nicolas - 178? - 1853), le basson connait l’ajout de douze clés, passant ainsi de cinq à dix-sept clés. Nous voyons bien l’ampleur du développement de l’instrument en peu de temps. Savary est également l’un des premiers (avec Adler) à ajouter des rouleaux entre les clés, afin de faciliter le glissement des doigts d’une palette à l’autre. La qualité de ses bassons change la donne en matière d’acoustique. Savary est tellement en avance sur son temps que la facture du basson n’évolue plus, jusqu’à ce que Denis Auger-Buffet contribue à faire évoluer l’instrument à son tour.

À partir de 1843, un partenariat commence entre Eugène Jancourt et l’atelier Buffet. Leur travail est récompensé par l’attribution de médailles aux Expositions Universelles de 1836, 1844, 1849, 1878 et 1900, ce qui confère à Buffet une certaine notoriété en France et à l’étranger. Auget-Buffet, un des créateurs de la firme, améliore la perce des trous, le mécanisme des clés et ajoute la clé de bocal. C’est vers 1860 que l’on remarque une réelle évolution de la facture des bassons, dû principalement au nombre de très bons fabricants impliqués dans le développement de l'organologie et aux conseils d’un virtuose du basson comme Jancourt.

Parmi les autres facteurs, nous pouvons citer Adler et Triébert. Ce dernier reçoit l’aide d’Eugène Jancourt avant que celui-ci ne s’associe à Buffet. Il essaye de développer l’instrument mais son travail est moins important que celui de Buffet ou Savary. Il élargit toutefois la perce, ce qui donne de la « largeur » aux notes du registre grave.

D’autres facteurs sont actifs en dehors de Paris, comme Simiot, qui fabrique des bassons à Lyon.

Le basson a connu le plus de modification de sa facture au XIXe siècle, il en résulte un instrument très similaire à celui que nous jouons aujourd'hui. En effet, selon Gunther Joppig, « en France, aucune transformation importante n'a eu lieu depuis, en particulier en ce qui concerne la perce, et par conséquent la sonorité »[3].

Il est intéressant de noter que l’évolution du basson est bien souvent réduite à l’ajout de clés, et que dans les esprits, un basson avec un nombre de clés supérieur à un autre sera plus performant ou du moins plus récent. Cependant, il n’est pas rare que des facteurs aient essayé d’ajouter certaines clés avant de revenir sur leur décision. Ces ajouts relèvent donc plus souvent de l’expérimentation que d’un produit fini. D’autres développements indépendants du nombre de clés sont tout aussi importants et donnent au basson ces principales caractéristiques, à savoir son timbre typique et sa palette d’expression, comme la forme de la perce, ou encore la dimension, la forme, la taille et l’espacement des trous[4].

La différenciation entre les systèmes français et allemand se développe au cours de ce siècle. Alors que le basson français est le descendant direct du basson baroque, du basson classique et du basson romantique, et que son évolution est progressive et linéaire ; le basson allemand (dit système Heckel, ou Fagott), naît d'une volonté de réinventer l'instrument et de partir d'une nouvelle perce (comme cela a été le cas pour la plupart des instrument à vents, avec le système Boehm notamment).

En Allemagne, entre les années 1817 et 1825, Carl Almenraeder de Mayence opère des transformations considérables au niveau des trous et des clefs, créant ainsi le prototype du basson allemand actuel. Cet instrument, fait en érable, est perfectionné par Johann Adam Heckel et se répand sous cette forme jusqu'en Autriche, en Russie et, par l'intermédiaire d'émigrés d'Europe centrale, en Amérique.[5]

Les deux systèmes évoluent encore aujourd'hui.

Le basson au XXe siècleModifier

Pour le basson français, différents modèles se succèdent, apportant des modifications mineures à l’instrument, jusqu’au « bonnet de résonance », créé en 2012 par la marque Buffet-Crampon, qui homogénéise les registres et facilite l’émission du grave.

Le basson aujourd'huiModifier

 
Basson allemand moderne
 
Un tableau de toutes les clefs d'un basson allemand moderne

Aujourd'hui, il existe deux systèmes modernes de basson : le système français et le système allemand (dit Heckel, aussi appelé Fagott).

Principales différences entre les deux instruments [réf. nécessaire] :

  • - le bois utilisé : le basson français est en palissandre de Rio, le basson allemand en érable verni ; le palissandre est un bois plus dense, ce qui donne au basson français un son riche en harmoniques et boisé, tandis que l'érable est un bois plus souple, qui apporte au basson allemand de la résonance et de l'homogénéité ;
  • - la perce, le clétage et les trous ne sont pas conçus de la même façon, beaucoup de doigtés diffèrent ;
  • - l'anche est gougée, taillée et effilée différemment : elle est plus fine et plus courte pour un basson allemand ;
  • - le haut du bonnet d'un basson allemand est en général cerclé d'un anneau blanc mais ce n'est pas systématique, tandis que celui du basson français est cerclé d'un anneau en métal.

Plusieurs marques coexistent pour le basson français : Buffet-Crampon, les Ateliers Ducasse et les bassons AJ musique.

Son homologue allemand a une gamme de modèles et de constructeurs plus riche. Les principaux sont Heckel, Püchner, Moosmann, Schreiber, Adler, Mönnig, Sonora, Hüller, Amati, Fox et Yamaha.

Progressivement et particulièrement ces dernières années, le système allemand s’est implanté dans le monde entier, même en France et dans certains pays de langue romane, où le basson français était jusque là fortement utilisé.[1]

Ceci peut s'expliquer par de nombreux critères, qui ne sont pas directement liés à la facture de l'instrument ou au talent de ces instrumentistes, qui n'est jamais en reste, mais à d'autres raisons comme l'internationalisation du monde de la musique et donc la recherche d'un son orchestral uniforme. Certains chefs d'orchestres préfèrent le basson allemand, car le timbre de ce dernier est plus rond et se fond donc mieux à la masse orchestrale. Aujourd’hui, le conflit entre les deux systèmes semble s’être calmé, et les deux instruments cohabitent, lorsque le basson allemand n’est pas en position de monopole. La France est l'un des rares pays à proposer la spécialisation sur l'un des deux instruments.

Le basson français a eu, et continue d'avoir d'illustres représentants comme Maurice Allard, Paul Hongne, Gilbert Audin. Le basson français est très apprécié pour les concertos, en partie pour son timbre, sa précision et son articulation ; le basson allemand, quant à lui, est préféré pour sa qualité d'émission dans les nuances extrêmes, et convient ainsi parfaitement à des parties orchestrales où il est nécessaire de se fondre parmi les autres instruments.

À propos de la pratique actuelle du basson, il faut parler d'un retour au basson baroque qui est encore très enseigné et mis en avant.

Le facteur français Yannick Ducasse a créé en 2008 un instrument destiné aux jeunes enfants (cinq ans et plus), et le luthier français Amaury Montac, propose également des modèles d'études et des modèles petites tailles.

Caractéristiques ː tessitureModifier

 
Tessiture du basson

Son étendue est de trois octaves et une quinte, du si bémol -1 au fa 4, (de trois octaves et une tierce, du si bémol -1 au ré 4 pour les modèles d'étude). Cette étendue importante, comme pour le violoncelle, le place à la fois dans les registres de basse et de ténor d'où son utilisation fréquente par deux, le premier jouant dans le médium/aigu, le deuxième jouant dans le grave.

Sa musique est écrite en clé de fa 4, d’ut 4 ou, plus rarement, de sol.

Le basson n'est pas un instrument transpositeur, mais à l'instar de la flûte à bec alto et du registre chalumeau de la clarinette, ce sont les doigtés qui sont "transposés" d'une quinte vers le bas (par exemple, le doigté du do sur ces instruments, consistant des trois doigts de la main gauche, correspond au doigté d'un sol sur un hautbois).

Le répertoire du bassonModifier

Si dans le répertoire symphonique au XVIIIe et XIXe siècle le basson est la plupart du temps fixé à la fonction musicale de doubler la contrebasse ou le violoncelle, au XXe siècle il s'émancipe et acquiert un statut d'instrument soliste au sein de l'orchestre comme la partie du « grand-père » dans Pierre et le Loup de Prokofiev, le Dans l'antre du roi de la montagne de Peer Gynt de Grieg, L'Apprenti sorcier (Dukas) de Paul Dukas et dans le début du Sacre du printemps de Stravinsky, dans lequel l'instrument expose un thème populaire lituanien en introduction.

ConcertosModifier

Œuvres pour basson et pianoModifier

Compositeurs du XXe siècleModifier

Quelques compositeurs ayant écrit plusieurs œuvres pour basson :

Notes et référencesModifier

  1. Tiffou, Augustin, Le basson en France au XIX siècle : facture, théorie et répertoire, L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-12278-9 et 2-296-12278-7, OCLC 846024306, lire en ligne)
  2. Jansen, Will., The bassoon : its history, construction, makers, players, and music, Uitgeverij F. Knuf, (ISBN 90-6027-446-6, 978-90-6027-446-0 et 90-6027-273-0, OCLC 11316217, lire en ligne)
  3. Paul J. White, Gunther Joppig et Alfred Clayton, « The Oboe and the Bassoon », The Galpin Society Journal, vol. 45,‎ , p. 173 (ISSN 0072-0127, DOI 10.2307/842294, lire en ligne, consulté le 24 avril 2020)
  4. Will Jansen et Lyndesay G. Langwill, « The Bassoon and Contrabassoon », The Galpin Society Journal, vol. 20,‎ , p. 112 (ISSN 0072-0127, DOI 10.2307/841512, lire en ligne, consulté le 24 avril 2020)
  5. « L'histoire des Bassons », sur www.bassons.com (consulté le 22 avril 2020)
  6. Notice de l'enregistrement du concerto K. 191 par George Zukerman sous la direction de Jörg Faerber

BibliographieModifier

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier