La contemporaine

Bibliothèque, centre d'archives et musée français
(Redirigé depuis BDIC)

La contemporaine
Présentation
Coordonnées 48° 54′ 20″ nord, 2° 12′ 56″ est
Pays Drapeau de la France France
Ville Nanterre
Adresse 6 Allée de l'Université, 92000
Fondation 1925
Informations
Conservateur Valérie Tesnière
Site web http://www.lacontemporaine.fr/
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(Voir situation sur carte : France)
La contemporaine
Géolocalisation sur la carte : Hauts-de-Seine/France
La contemporaine

La contemporaine — Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains[1] — est une bibliothèque, un musée et un centre d'archives français spécialisé sur l'histoire des 20e et 21e siècles. « Bibliothèque de documentation internationale contemporaine » (BDIC) jusqu'en 2018, l'institution a actuellement deux emprises, l'une sur le campus de l'université Paris Nanterre et l'autre, regroupant les collections iconographiques, à l'hôtel des Invalides à Paris. La contemporaine ouvrira en 2021 un nouvel équipement qui rassemblera l'ensemble des collections à l'entrée du campus universitaire.

StatutModifier

La contemporaine est un établissement inter-universitaire rattaché à l'université Paris Nanterre et membre de la ComUE Paris Lumières.

HistoriqueModifier

Constitution de la collection des époux Leblanc et création de la Bibliothèque-musée de la GuerreModifier

La bibliothèque tire son origine de l'initiative d'un couple d'industriels parisiens, Louise et Henri Leblanc. Dès le début de la Première Guerre mondiale ils collectent, par patriotisme, tous les documents possibles sur le conflit et ses causes. Ils accumulent ainsi une collection de 22 000 pièces, livres, revues, presse, archives, documents iconographiques et objets[2]. Le 4 , les Leblanc font don de leurs collections à l'État[3] par un acte qui stipule que les documents et objets rassemblés doivent former une « Bibliothèque-musée de la Guerre »[4]. le fonds est rattaché au Ministère de I'Instruction publique. Un décret entérine le don des collections le . Le , l'ensemble prend le nom de Bibliothèque-musée de la Guerre (BMG)[2].

L'institution se fixe dans le Pavillon de la reine au château de Vincennes en 1924 à côté des services historiques et des états-majors de l’Armée. Elle est rattachée à la direction de l’Enseignement supérieur et reconnue d’utilité publique[5]. Le décret du sur la nouvelle organisation des bibliothèques nationales de Paris[6] la rattache à la Réunion des bibliothèques nationales de Paris. Elle est dirigée de 1918 à 1934 par l'historien Camille Bloch. Ce chartiste spécialiste avant guerre de la période révolutionnaire concentre ensuite ses recherches sur la Grande Guerre et publie, en 1933, un ouvrage intitulé les causes de la guerre mondiale[4]. À partir de 1920, il est épaulé par Pierre Renouvin, jeune agrégé d'histoire et grand mutilé de guerre. Il lui succède en 1934 à la tête de l'institution qui a été rattachée à l'Université de Paris en 1930.

Bibliothèque de documentation internationale contemporaineModifier

En 1934, la Bibliothèque-musée de la Guerre devient la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC). Après la cessation d'activité du Centre de documentation sociale (CDS), situé rue d'Ulm dans les locaux de l'ENS, et fondée par le mécène Albert Kahn (mais racheté par la Fondation Rockefeller dans les années 1930), la BDIC reçoit la plupart des fonds du centre.

Le ministère des Armées fait fermer la BDIC en novembre 1939, le château de Vincennes étant territoire militaire. Le personnel, les fichiers et la salle de lecture sont déplacés dans un hôtel particulier réquisitionné rue du Bac. Cependant, par manque de place, la plupart des collections demeurent à Vincennes[7]. Certaines des collections les plus précieuses du musée sont placées en sécurité au château de Chambord. Des agents munis de laissez-passer font la navette pour rapporter de Vincennes, où l'armée allemande c'est installée en juin 1940, les documents aux lecteurs. Le directeur de la BDIC, Félix Debyser, s'installe dans le Pavillon de la reine avec sa famille pour garantir la sécurité des collections[7]. Comme toutes les autres bibliothèques, la BDIC est contrainte de se conformer, à partir du 12 octobre 1940, à la « liste Otto » , établie par les autorités d'occupation allemande, qui interdit la communication de certains ouvrages. Ceux-ci restent à leur emplacement dans les magasins mais sont retirés du fichier des auteurs permettant la recherche d'ouvrages[7]. Au moins cinq bibliothécaires, l'établissement compte alors une trentaine d'agents, sont touchés par les lois d'épuration administratives imposées durant l'Occupation. Deux bibliothécaires sont mises à la retraite en vertu de la loi du 17 juillet 1940 disposant que « nul ne peut être employé dans les administrations de l'État s'il ne possède pas la nationalité française, à titre originaire, comme étant né de père français »[8]. Deux autres le sont en application de la loi portant statut des Juifs, une en application de la loi relative au travail féminin du 11 octobre 1940[7]. Alexandra Dumesnil, mise à la retraite en raison de ses origines russes, se réfugie en zone libre et établit à Toulouse un service de la BDIC en zone sud. Elle parvient, seule, à effectuer un travail de collecte de documents, inaccessibles en zone occupée, sur le régime de Vichy, les périodiques de la zone sud et de la documentation de la Résistance. Elle fait ainsi parvenir 50 caisses de documents à Paris[7]. Plusieurs bibliothécaires s'engagent dans des mouvement de la Résistance, dont le Réseau du musée de l'Homme[7]. Au cours de la Libération de Paris, les Allemands font sauter des dépôts de munitions, ce qui provoque le un gigantesque incendie au château de Vincennes[9]. Le Pavillon de la Reine est partiellement détruit par le sinistre, ce qui entraîne la perte d'une partie des collections[2].

En 1948 la bibliothèque est installée 5 rue Auguste-Vacquerie dans le 16e arrondissement de Paris mais les magasins demeurent à Vincennes[2].

En 1970, la BDIC quitte Vincennes pour le campus de l'université Paris X à Nanterre, tandis que sa section iconographique est accueillie en 1973 dans l'hôtel des Invalides où il devient en 1987 le musée d'histoire contemporaine. La BDIC est ensuite rattachée à la bibliothèque interuniversitaire B avant de reprendre son autonomie en 1978. A la fin des années 1970, l'établissement est confronté à de graves difficultés financières liées en partie aux coûts de fonctionnement du bâtiment de Nanterre, bien plus importants à Nanterre qu'à Paris. Le Conseil de la BDIC, dirigé par René Rémond, ancien président de Paris X, mène la mobilisation pour la sauvegarde de l'établissement. Une conférence de presse est organisée etles médias se font largement l'écho des problèmes rencontrés par l'institution. Des questions écrites sont déposées à l’Assemblée nationale et au Sénat. Des chercheurs de neuf pays réunissent à Rome, l'été 1980, un colloque où ils appellent le ministère des Université à sauver la « bibliothèque la plus intelligente du monde »[10].

La contemporaine. Bibliothèque, archives, musée des mondes contemporainsModifier

En 2018, à l’approche de l’ouverture d’un nouvel équipement qui permettra de rassembler les collections et d’offrir des services renouvelés, la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) change de nom. La BDIC devient La contemporaine.

Un nouveau bâtiment réunissant les différentes composantes de l'institution, bibliothèque, archives et musée ouvrira au public à l'automne 2021. Sa construction, à l'entrée du campus de Paris Nanterre et à proximité de la gare de Nanterre-Université a été confiée à l'architecte Bruno Gaudin[11]. Ce projet a été inscrit dans le Contrat de plan État-région 2015-2020 et est cofinancé par l’État et la Région Île-de-France, ainsi que par des apports de l’Université, de La contemporaine et de l’établissement public territorial Paris Ouest La Défense[12].

La contemporaine est actuellement dirigée par Valérie Tesnière, conservateur général et ancien inspecteur général des bibliothèques.

CollectionsModifier

Seule institution en France à collecter et conserver des fonds sur toute l’histoire des 20e et 21e siècles, La contemporaine est réputée pour la richesse de ses fonds dans le domaine de l’histoire européenne et des relations internationales et pour la composition de ses collections. En plus des 3 millions de documents multi supports en langues française et étrangère (livres et périodiques, archives écrites et audiovisuelles) consultables sur le site de Nanterre, sont rassemblés aux Invalides, à Paris, des œuvres d’art, des photographies, des affiches, des dessins de presse et des objets, soit près de 1,5 million de documents iconographiques[13].

Les grandes thématiques abordées par La contemporaine au travers de sa bibliothèque, de son musée et de ses archives sont[14] :

  • les guerres, conflits et sorties de conflits de 1914 à nos jours
  • les exils et les migrations
  • les empires coloniaux et les décolonisations
  • les mobilisations citoyennes et les droits de l’homme

La contemporaine poursuit également l'enrichissement de la documentation sur des axes forts dans l’histoire des collections : l’histoire des relations internationales, l’histoire politique interne aux Etats et l’histoire des médias sur le long 20e siècle et le 21e siècle.

Centre d'acquisition et de diffusion de l'information scientifique et technique (CADIST) au titre des relations internationales et du monde contemporain, La contemporaine est devenue ensuite bibliothèque délégataire Collections d'excellence (CollEx) dans la thématique "Mondes contemporains".

La contemporaine a initié une politique de numérisation de ses fonds. On retrouve plus de 150 000 documents en ligne, librement accessibles à distance sur L'Argonnaute[15], sa bibliothèque numérique. Un nombre équivalent de documents sous droit est consultable sous forme numérique sur les postes de l'institution[16].

La contemporaine a accueilli le don des archives du photographe de presse Elie Kagan, plus de 200 000 pièces (photos, planches contact...) en cours de numérisation.

BibliothèqueModifier

La bibliothèque contient notamment 40 000 titres de périodiques dont les deux tiers ne sont pas français et ne relèvent donc pas du dépôt légal qui enrichit les collections de la Bibliothèque nationale de France[17].

MuséeModifier

Le musée situé, depuis 1973 dans l'hôtel des Invalides à Paris, a pour mission de conserver les ressources iconographiques de La contemporaine et de les enrichir par des acquisitions ; y sont conservées photographies, tableaux, cartes postales et affiches.

Le musée publie également des ouvrages historiques sur la période contemporaine. Ne disposant pas de murs suffisants, son fonds a pour vocation à n'être montré qu'à l'occasion d'expositions temporaires. Il rejoindra en 2021 le campus de Nanterre et bénéficiera ainsi d'espaces d'expositions permanents et temporaires[18].

ArchivesModifier

Les premiers fonds d'archives ont été acquis dans les années 1920 et la collecte d’archives s'est accélérée dans les années 1970 ; cependant le service d'archives de La contemporaine n'a été créé qu'en 2000[16]. Aux archives écrites s'est ajoutée la collecte d'archives orales dans les années 1990.

Liste des directeursModifier

Notes et référencesModifier

  1. Administrator, « La contemporaine - Comprendre les mondes contemporains - Repères historiques », sur www.lacontemporaine.fr (consulté le 5 mars 2018).
  2. a b c et d « BDIC - Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - Repères historiques », sur www.bdic.fr (consulté le 9 mai 2018)
  3. Camille Bloch, « Bibliothèque et musée français de la Guerre », Revue de synthèse historique,‎ , p. 38-50 (lire en ligne)
  4. a et b Jean-Jacques Becker, « La Grande Guerre et la naissance de la BDIC », Matériaux pour l histoire de notre temps, vol. N° 100, no 4,‎ , p. 5 (ISSN 0769-3206 et 1952-4226, DOI 10.3917/mate.100.0002, lire en ligne, consulté le 25 mars 2020)
  5. Martine Lemaître, « Le documentaire historique et ses rushes, à la BDIC », Matériaux pour l’histoire de notre temps, no 100,‎ , p. 42–45 (ISSN 0769-3206, lire en ligne, consulté le 9 mai 2018)
  6. « Décret du 28 décembre 1926 sur la nouvelle organisation des bibliothèques nationales de Paris - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le 9 mai 2018)
  7. a b c d e et f Anne-Marie Pavillard, « Les bibliothécaires de la BDIC sous l'Occupation », Matériaux pour l histoire de notre temps, vol. N° 100, no 4,‎ , p. 32 (ISSN 0769-3206 et 1952-4226, DOI 10.3917/mate.100.0006, lire en ligne, consulté le 25 mars 2020)
  8. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, page 67.
  9. Dominique Bouchery, « Le « Fonds Séquestres » de la BDIC, histoire d’une spoliation invisible », Bibliothèque numérique de l’Enssib : Actes numériques du colloque « Où sont les bibliothèques spoliées par les nazis ? Tentatives d'identification et de restitution, un chantier en cours »,‎ 23 et 24 mars 2017 (lire en ligne)
  10. Geneviève Dreyfus-Armand, « Cent ans de loi 1901 : Vingt ans d’Association des amis de la BDIC et du Musée »
  11. [PDF]Journal de la BDIC de septembre 2016, consulté le 25 octobre 2016.
  12. Cécile Tardy, « Construire La contemporaine : tout un programme ! », Matériaux pour l’histoire de notre temps, nos 125-126,‎ , p. 10–11 (ISSN 0769-3206, lire en ligne, consulté le 9 mai 2018)
  13. « La contemporaine - Comprendre les mondes contemporains - Quels documents ? », sur www.lacontemporaine.fr (consulté le 27 mars 2020)
  14. « La contemporaine - Comprendre les mondes contemporains - Quelles thématiques? », sur www.lacontemporaine.fr (consulté le 27 mars 2020)
  15. « L'Argonnaute, bibliothèque numérique de La contemporaine »
  16. a et b Valérie Tesnière, « De la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine à La contemporaine », Matériaux pour l’histoire de notre temps, nos 125-126,‎ , p. 4–9 (ISSN 0769-3206, lire en ligne, consulté le 22 mars 2018).
  17. Évelyne Cohen et Pascale Goetschel, « La BDIC », Sociétés & Représentations, no 27,‎ , p. 193–203 (ISSN 1262-2966, DOI 10.3917/sr.027.0193, lire en ligne, consulté le 22 mars 2018).
  18. [PDF] Journal de la BDIC de septembre 2016, consulté le 25 octobre 2016.
  19. Valérie Tesnière, « De la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine à La contemporaine », Matériaux pour l histoire de notre temps, vol. N° 125-126, no 3,‎ , p. 4 (ISSN 0769-3206 et 1952-4226, DOI 10.3917/mate.125.0004, lire en ligne, consulté le 5 mars 2020)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, BDIC (1917-2000) : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, un organisme public d'information et de recherche international, Nanterre, BDIC, 1997, 128 p. (ISBN 2-901658-56-3).
  • Matériaux pour l'histoire de notre temps, La contemporaine (ISSN 0769-3206) (en ligne).

Liens externesModifier