Assassinat de Jovenel Moïse

Assassinat en 2021 du président haïtien Jovenel Moïse à Port-au-Prince

Assassinat de Jovenel Moïse
Image illustrative de l’article Assassinat de Jovenel Moïse
Jovenel Moïse en 2019.

Localisation Pétion-Ville, Drapeau d'Haïti Haïti
Cible Jovenel Moïse
(président de la République d'Haïti)
Coordonnées 18° 29′ 55″ nord, 72° 17′ 51″ ouest
Date
h 0
Type Assassinat
Morts Jovenel Moïse
Blessés Martine Moïse
Auteurs commandos de mercenaires colombiens

L’assassinat de Jovenel Moïse, président de la République d’Haïti, survient au début de la nuit du , lorsqu’un groupe d'hommes armés attaque son domicile. L’épouse du chef de l’État, Martine Moïse, est blessée par balle.

ContexteModifier

ÉlectionModifier

Moïse était le successeur désigné du président Michel Martelly[1], à qui la Constitution interdisait de briguer un mandat à l'élection présidentielle de 2015. Selon les résultats officiels, Moïse a reçu 33 % des suffrages exprimés au premier tour, plus que tout autre candidat mais en deçà de la majorité requise pour éviter un second tour des élections. Ces résultats ont été contestés par Jude Célestin arrivé en deuxième position et d'autres personnes dont les supporters ont protesté[2]. Le second tour a été retardé à plusieurs reprises, ce qui a provoqué de nouvelles manifestations violentes[3], et les résultats ont finalement été annulés[1]. Après le mandat expiré de Michel Martelly, le législateur a nommé Jocelerme Privert comme président par intérim avant de nouvelles élections en [4]. Lors de ces élections, Moïse a reçu 56 % du décompte officiel, suffisamment pour éviter un second tour[1]. Moïse a pris ses fonctions le [5].

Troubles politiquesModifier

Depuis , Jovenel Moïse était au pouvoir à la suite de son prédécesseur Michel Martelly qui a démissionné de ses fonctions. Pendant le mandat de Moïse, les troubles politiques et la violence étaient fréquents, tout comme diverses manifestations violentes contre le gouvernement. Il a été affirmé que son mandat avait pris fin le , bien que Moïse considérait que son mandat se terminerait en 2022 car il n'a commencé son mandat qu'en 2017. De nombreuses manifestations ont eu lieu dans la capitale où les gens ont exigé sa démission plus tôt cette année[6],[7],[8].

ChronologieModifier

1h 00 environModifier

  • Un groupe de 28 hommes comportant trois policiers haïtiens[9] et au moins 21 mercenaires colombiens et 2 Américano-haïtiens s’est présenté le vers 1h du matin (5h UTC) au domicile du président Jovenel Moïse à bord de six véhicules loués (2 vans et 4 pick up)[10].
    1. 1er véhicule 
      Les trois policiers haïtiens, les mercenaires John Jairo Ramírez Gómez et Manuel Antonio Grosso Martínez. Leur objectif était de neutraliser les postes de garde du domicile présidentiel[11].
      2em véhicule 
      Les mercenaires Mauricio Javier Romero Medina, Mario Palacios, Víctor Albeiro Pineda Cardona, Naiser Franco Castañeda et Juan Carlos Yepes Clavijo. Leur objectif était d’entrer dans le périmètre du domicile[11].
      3em véhicule 
      Les Américano-haïtiens James Solages et Joseph Vincent, les mercenaires Germán Alejandro Rivera García et Duberney Capador. Leur objectif était d’entrer dans le périmètre du domicile[11].
      4em véhicule 
      Les mercenaires Jheyner Alberto Carmona Flórez, Francisco Eladio Uribe, Alejandro Giraldo et Gersaín Mendivelso Jaimes. Leur objectif était le contrôle du périmètre extérieur de la maison[11].
      5em véhicule 
      les mercenaires Carlos Giovanni Guerrero (ex-lieutenant-colonel), Edwin Enrique Blanquicet, Enalber Vargas Gómez et John Jairo Suárez Alegría. Leur objectif était le contrôle du périmètre extérieur de la maison[11].
      6em véhicule 
      Les mercenaires Ángel Mario Yarce (ex-sergent), Neil Durán Cáceres, John Jader Andela, Miguel Guillermo Garzón et Alex Miller Peña. Leur objectif était le contrôle de l’arrière du domicile. Ángel Mario Yarce était chargé de la neutralisation de la télésurveillance[11].
  • Les assaillants passent sans encombres deux point de contrôle de la police dont celui du commissariat de police de Pétion-Ville avant d’atteindre la rue Pelerin 5, lieu de résidence de Jovenel Moïse.
  • Les assaillants débarquent devant le domicile de Jovenel Moïse équipé de fausses casquettes de l’agence américaine anti-drogue (DEA). Ils étaient lourdement armés (fusils d'assaut 5,56 mm et 7 mm Galil, fusil à pompe 12 mm)[12].
  • Les assaillants forcent l’entrée du domicile présidentiel sans difficulté, le lourd portail était débloqué[11]. Il n’y a pas eu de résistance des premiers postes de garde. Il n’y a ni morts, ni blessés parmi celle-ci[13].
  • Le mercenaire Juan Carlos Yepes Clavijo indique qu’il y avait un complice à l’intérieur qui donne le signal de l’opération[14]. Les trois policiers haïtiens et deux mercenaires neutralisent quatre hommes du premier poste de la garde présidentielle[11]. Un second poste de garde est neutralisé de la même manière[11].
  • En chemin, vers la chambre de Jovenel Moïse, les assaillants découvrent une femme de chambre, et un garçon d’étage, les bâillonnent et les enferment dans l'une des chambres[10],[15]. Selon les autorités colombiennes, sept mercenaires Colombiens sont entrés. Ils sont identifiés par le journal colombien « Semana » (Duberney Capador, Mauricio Romero, Juan Carlos Yepes Clavijo, Víctor Albeiro Pineda, Mario Palacios, Carlos Giovanni Guerrero Torres et Naiser Franco[11]). Les autres mercenaires, dirigés par Germán Rivera[11], restent dehors[16].

1h 30 environModifier

  • Le président Jovenel Moïse est réveillé par des tirs à l'extérieur de sa chambre. Il appelle à l’aide le chef de la garde présidentielle Dimitri Hérald à 1h34. Il s'habille, puis il appelle un autre officier qui entend des tirs au téléphone[17],[18].
  • Au moins trois mercenaires sont entrés dans la chambre du président (Mario Palacios, Mauricio Javier Romero et Duberney Capador Giraldo[14]). Il y a de nombreux coups de feu. Martine Moïse fait la morte. Duberney Capador Giraldo arpente la chambre présidentielle au téléphone pendant que d’autres fouillent[19]. Dehors, un des Américains- haïtien (James Solages) annonce au haut parleur, en créole et en anglais, qu’il s’agit d’une opération anti-drogue et que personne ne doit quitter sa maison [20]. Vers 1h30 les assaillants quittent le domicile du président[10]. Ils criblent de balles les véhicules présents dans la cour pour les rendre inutilisables[21] laissant de nombreuses douilles et points d’impact. Ils descendent vers le palais présidentiel. Les véhicules partent avec les seuls chauffeurs emportant une lourde valise exfiltrée du domicile présidentiel[11]. Une partie des véhicules partent par le haut, avec les policiers haïtiens, la valise, et quelques mercenaires. L’avis de recherche pour assassinat et vol à main armée lancé contre Joseph Pierre Ashkard[22] semble confirmer que la valise contenait des valeurs[23].
  • Des forces de police conventionnelles arrivent sur les lieux. Elles voient partir les mercenaires et les véhicules qu’elles laissent passer craignant qu’il y ait prise d’otage. Ces véhicules sont bloqués deux kilomètres plus bas à la hauteur du commissariat de police de Pétion-Ville. Il y a une force de police d’environ 100 hommes. Les mercenaires quittent les véhicules en laissant une partie des armes. La plupart se réfugient dans un magasin abandonné de deux étages. Ils ont deux otages issus de la garde présidentielle[24].
  • Jovenel Moïse est retrouvé mort, sa femme est blessée (bras, main, abdomen), deux de ses enfants présents (Jomarlie 24 ans, et Jovenel junior) sont physiquement indemnes[10].
  • Le juge de paix de Pétion-Ville (Carl Henry Destin) constate que Jovenel Moïse gît dans sa chambre à l’étage, sur le sol, dans une mare de sang, un trou de balle dans le front, un dans chaque mamelon, trois dans la hanche, un dans l’abdomen, l’œil gauche exorbité. Plusieurs fractures seront constatées. Il est vêtu d’un pantalon bleu et d’une chemise blanche. La chambre et le bureau attenant ont été mis à sac. 12 balles seront retrouvées dans le corps, de calibre 9 mm (revolver) et d’un calibre plus élevé (pistolet 357 magnum probablement)[10],[12].

2h 30 environModifier

  • Martine Moïse, la femme de Jovenel est trouvée devant la porte de sa chambre. Elle reçoit les premiers soins de ses enfants[17]. Ensuite, elle est évacuée vers un hôpital local puis, par un avion médicalisé (Trinity Air Ambulance)[10] vers un hôpital de Miami (Jackson Memorial Hospital)[25].
  • La police haïtienne est informée que les mercenaires détiennent au moins deux otages qui sont des membres de la garde présidentielle. Il est décidé d’attendre le jour avant de donner l’assaut[24].
  • Deux personnes venues à moto avec une caméra s’entretiennent avec les mercenaires, et s’en vont[11].

8h 00 environModifier

  • Un mercenaire, Duberney Capador Girald, téléphone à sa sœur Jenny Capador pour lui dire qu’il y a des échanges de coups de feu avec la police haïtienne[24].

15h 00 environModifier

  • La police haïtienne lance trois grenades lacrymogènes. Les négociations commencent via un des otages. Les deux Américains-haïtiens sortent d’abord (Solage et Vincent). Ils sont suivi des deux otages de la garde présidentielle[24].
  • Peu de temps après l’assaut commence. Les mercenaires réfugiés au second étage se défendent par des tirs. Ils lancent une grenade qui n’explose pas. Les échanges de feu durent deux heures environ[24].

17h 00 environModifier

  • Lorsque la police pénètre le magasin désaffecté, il n’y a plus que les deux morts (Mauricio Javier Romero et un autre). Une partie des mercenaires s’est réfugiée dans l’Ambassade de Taïwan située plus haut[24]. La nuit tombe.

Dans la journée du 8 juilletModifier

  • Tôt le matin, Duberney Capador Girald meurt de ses blessures après s’être réfugié sur un toit rue Sténio Vincent, à Pétion-Ville[26]. Son décès est constaté par le juge Fidélito Dieudonné[15]. C’est un des deux chefs du groupe de mercenaires.
  • Deux mercenaires colombiens sont appréhendés par la population dans le bidonville de Jalouzi au lieu dit « Tchétchénie ». Ils sont remis à la police après avoir été un peu molestés[27].
  • Dans la journée du , des 28 assaillants, vingt ont été capturés, deux ont été tués (Mauricio Javier Romero…), un est mort de ses blessures (Duberney Capador Girald), cinq sont en fuite (Mario Palacios…). Deux se sont rendus (James Solage et l’informateur de la D.E.A Joseph Gertand Vincent). 8 des 20 premiers capturés s’étaient réfugiés à l’ambassade de Taïwan qui les a livré à la police[26]. 11 autres se sont réfugiés dans une maison attenante et ont échangé des coups de feu avec la police. Sept ont été finalement arrêtés[10]. 13 des 18 Colombiens capturés sont d’anciens militaires. Ils étaient rémunérés 2 700 $ Américains par mois[28]. Mais plusieurs n'ont pas eu le temps de toucher leur « rémunération »[19].

PréparationModifier

  • Duberney Capador Girald (ex-sergent) était le référent du groupe de Colombiens organisés dans au moins deux groupes Whatsapp. Il a effectué mi-mai un voyage de repérage à Port-au-Prince en Haïti avec German Rivera (ex-capitaine). Le groupe de mercenaires qu'il a constitué a été recruté comme agents de sécurité par CTU[29]. Il s’agit d’une très petite entreprise couverte de dettes qui a du mal à payer son loyer[30]. Elle a obtenu un prêt par l’intermédiaire de « Worldwide capital lending group » comme l’a confirmé un ex-procureur de Floride du sud, Robert N. Nicholson[31].
  • Les conjurés haẗiens, Antonio Enmanuel Intriago Valera de l’entreprise « CTU », et Walter Veintemilla de l’entreprise « Worldwide capital lending group », un Américain-équatorien, se sont réunis dans un hôtel de Saint Domingue en République Dominicaine avant l’assassinat[32]. La police haïtienne indique qu’il s’agit de la préparation de l’assassinat. Mais, un professeur Américain, Parnell Duverger, qui a participé à d’autres réunions, pense qu’il peut simplement s’agir d’avoir préparé une après-démission de Jovenel Moïse[33].
  • Les Colombiens ont été majoritairement recrutés par l’entreprise américaine CTU située en Floride mais dirigée par un Vénézuélien (Antonio Enmanuel Intriago Valera)[34]. Sur les 21 Colombiens identifiés, 19 ont voyagé avec des billets d’avion achetés avec une carte de crédit de l’entreprise[35]. C’est un agent de CTU, Gabriel Pérez Ortiz, qui remet à German Rivera le faux mandat d’arrêt contre le président Jovenel Moïse[11]
  • Antonio Enmanuel Intriago Valera s’est rendu de multiples fois en Haïti avant l’assassinat. La police l’accuse d’avoir participé à sa préparation[35]
  • L’entreprise CTU a été contactée par un Haïtien résidant en Floride, Christian Emmanuel Sanon, il s’agissait d’assurer sa sécurité personnelle pendant environ un an. Mais une fois en Haïti, la mission des agents de CTU a évoluée en une mission de mercenaires[36]. La nouvelle mission était de procéder à l’arrestation du président de la République[37]. Selon le président Colombien Ivan Duque, la plupart des mercenaires croyaient vraiment à une mission de gardes du corps. Seule une minorité avait des « objectifs criminels »[38] notamment Duberney Capador Girald et German Rivera[39].
  • Les mercenaires colombiens sont arrivés en Haïti en trois groupes (sans armes). L’un est arrivé par le Panama et la République dominicaine en mai. Un autre groupe de 11 est arrivé en Haïti de Colombie via la République dominicaine le [40]. Un dernier groupe est arrivé début juin dans un vol privé venant de Floride avec Christian Emmanuel Sanon. L’arrivée d’un quatrième groupe était prévue après coup. Deux mercenaires, Salamanque et le frère de Rivera, sont retournés en Colombie avant l’assassinat[11].
  • La femme du mercenaire tué Mauricio Javier Romero, Giovanna Romero Dussán, a présenté un dialogue Whatsapp où son mari déclare qu’il assure la sécurité de « nombreuses personnes importantes qui vont et viennent sans qu’il sache de qui il s’agit »[41].
  • Deux mois avant, Christian Emmanuel Sanon et une centaine de ses supporters ont envoyé une lettre à Julie Chung (en) au « State Department » américain demandant à reconnaître Sanon comme dirigeant d’Haïti. Le en Floride, il s’était tenu une réunion des « supporters » de Sanon, incluant la société CTU. Mais il n’aurait pas été question de violence. Par contre, il aurait été question de saisir les avoirs de trafiquants de drogue. « Steve » qui était présent, déclare aussi que la société de Walter Veintemilla (Worldwide capital lending group), également présente, n’est pas le financier de l’opération[31]. De fait, il s’agit d’une très petite société agissant comme intermédiaire (un courtier).
  • Le , Christian Emmanuel Sanon a téléphoné, désespéré, à un ami en Floride, identifié sous le pseudonyme « Steve » pour sa sécurité. Il aurait déclaré que les mercenaires abandonnaient sa protection s’ils n’étaient pas payés. Puis, ils le quittent pour se rendre dans une autre maison. C’est là qu’ils reçoivent leurs armes de Joseph Felix Badio. Selon le mercenaire Juan Carlos Yepes Clavijo, elles sont en quantité insuffisante. L’opération est alors reportée plusieurs fois[11].
  • Le , selon la police colombienne, Joseph Felix Badio change les ordres des mercenaires, et leur demande d’assassiner le président Jovenel Moïse[42],[43].

Mesures judiciaires et d'instructionModifier

  • Christian Emmanuel Sanon a été incarcéré[44]. Des boîtes de balles de 9 mm ont été retrouvées chez lui[45]. Il est établi que Christian Emmanuel Sanon n’a pas les moyens financiers nécessaires au paiement du groupe de mercenaire et à la location d’un avion privé[45]. En juin, il a déclaré au professeur d’université Michel Plancher être envoyé par Dieu pour prendre la présidence d’Haïti[46]. Fin 2020 il avait déclaré au professeur d’Université américaino-haïtien Parnell Duverger qu’il souhaitait se présenter à l'élection présidentielle en Haïti[41].
  • Le chef de la garde présidentielle, Dimitri Hérald a été arrêté le [47] après avoir été placé sous contrôle judiciaire dès le [48]. Il a une activité parallèle de chef d’une entreprise de sécurité (Tradex Haïti SA). L’administration américaine enquête sur lui depuis le début de l’année pour « trafic d’armes »[49]. Le président Jovenel Moïse était au courant[50]. La police colombienne enquête sur ses nombreux voyages en Colombie avant l’assassinat. Aucun lien avec le groupe de mercenaires n’a été trouvé[51]. Dimitri Hérald a été remplacé dans ses fonctions, le , par Cicéron Cedernier[52]. La défense de Dimitri Hérald est supervisée par son associé dans la société Tradex, Carl Frédéric Martin alias « Kappa ». Ce n’est pas un avocat, mais un Américain-Haïtien ancien militaire de l’US Navy. Il a reconditionné des armes pour leur vente[53] (ces armes sont peu traçables).
  • Le coordonnateur de la sécurité du palais national Jean Laguel Civil est également placé sous contrôle judiciaire[54]. C’est l’ancien adjoint d’André Jonas Vladimir Paraison. Ce dernier, a été inculpé et démis pour un trafic d’armes découvert dans la ville de Saint Marc en 2016[55].
  • L’un des mercenaires Américain-Haïtien (Joseph Gertand Vincent[56] ) est un informateur de l’agence anti drogue américaine (D.E.A). Lorsqu’il a contacté l’agence, après l’assassinat, celle-ci lui a intimé l’ordre de se rendre aux autorités haïtiennes, et a décliné toute implication dans l’affaire[40].
  • John Joël Joseph alias « Triple J », ancien Sénateur, est en fuite. Le un avis de recherche est lancé contre lui. Il a été élu sous l’étiquette de l’ancien président René Préval (plateforme Inite, Lespwa). On l’aurait remarqué aux côtés de Christian Emmanuel Sanon dans une photo publiée sur les réseaux sociaux[52]. Des câbles diplomatiques américains de 2009 révélés par WikiLeaks faisaient état de soupçons quant à ses liens avec des groupes criminels impliqués dans des kidnappings[57]. Il était réputé proche de Dread Wilmé, un chef de gang du bidonville de Cité Soleil tué par la police mi-2004[58].
  • Joseph Felix Badio, avocat, est en fuite. Le un avis de recherche est lancé contre lui. C’est un ancien fonctionnaire du Ministère de la Justice qui a été affecté à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) de 2013 à 2021, Il en a été licencié en mai pour manquement graves aux règles déontologiques, Une plaine a été déposée contre lui[59]. Il aurait aidé à louer les véhicules du groupe de mercenaires[60]. Le , Joseph Felix Badio a été désigné par le chef de la police colombienne, comme celui qui a donné l’ordre aux chefs mercenaires (Capador et Rivera) de tuer le président Jovenel Moïse[42],[43].
  • Rodolphe Jaar alias « Whiskey », homme d’affaires, est en fuite. Le un avis de recherche est lancé contre lui. Avec Joseph et Badio, il fait partie des cinq recherchés du groupe d'assaillants de Jovenel Moise[61]. Il appartient à une riche et ancienne famille de commerçants de Port au Prince. En 2015, il a été condamné à quatre ans de prisons en Floride pour trafic de drogue. Sa peine a été allégée en raison de sa coopération avec l’agence anti drogue[62]. Il a permis à la police américaine de récupérer 270 kg de cocaïne, alors que lui récupérait l’autre moitié des 425 kg[57],[63]. C’est un ami et partenaire d'affaire de l’ancien président Michel Martelly, le chanteur, qui a introduit Jovenel Moïse pour lui succéder[64]. En 2015, Claude Thelemaque, un ancien commandant de la police haïtienne est condamné à 16 ans de prison en Floride pour trafic de drogue. Ses complices colombiens, Francisco Anchio-Candelo et Jairo Jaimes-Penuela décrivent, au procès, Claude Thelemaque comme le « bras droit » de Rodolphe Jaar. Claude Thelemaque assurait la sécurité des atterrissages en Haïti, des avions venant de Colombie et du Venezuela, qui transportaient à chaque fois 6 tonnes de cocaïne entre 2005 et 2012[63].
  • Reynaldo Corvington, un Haïtien a été arrêté le . Il est accusé d’avoir fourni un hébergement au groupe de mercenaires, et de lui avoir fourni des sirènes de police. Il possède une entreprise de sécurité "Corvington Courier & Security Service". 8 fusils à pompe 12 mm, 9 armes de poing, un fusil d’assaut AR-15, et 3 grenades ont été trouvés à son domicile[35],[65].
  • Gilbert Dragon , Haïtien, ancien officier de police a été arrêté le . Des grenades, 2 revolvers 9 mm et un fusil d’assaut AR-15 ont été trouvés à son domicile[65]. C’est un proche de l’ancien chef de la garde présidentielle Dimitri Hérard. C’est aussi un proche de Guy Philippe, ancien officier de police, et sénateur, condamné à 9 ans de prison aux États-Unis, en 2017, pour blanchiment d’argent de la drogue colombienne entre 1999 et 2003[47]. En 2017, il avait été nommé chef de la sécurité publique par Jovenel Moïse[66]. En 2004, avec Guy Philippe, il avait organisé le coup d’État contre le président Jean-Bertrand Aristide, dans la foulée de ses activités de trafiquant de drogue[67].
  • Désir Gordon Phenil, avocat Haïtien, est en fuite. Le un avis de recherche est lancé contre lui[68]. Il est accusé d’avoir été responsable de la location des véhicules, de la coordination des rencontres avec les mercenaires et du paiement des matériels[69]. C’est le secrétaire exécutif du parti AYITI 2054 qu’il présente en 2020 comme parti politique générationnel et « néoprogressiste »[70]. La direction du parti s’est désolidarisée de Désir Gordon Phenil dans un communiqué de presse[71].
  • Joseph Pierre Ashkard, homme d’affaire haïtien, est en fuite. Le un avis de recherche est lancé contre lui pour assassinat et vol à main armée[72]. Il travaille pour le Consulat d’Haïti au Canada, et c’est un partenaire de Christian Emmanuel Sanon dans la société « International Medical Village », basée au Texas (Etats-Unis). La police Haïtienne le considère comme dangereux[22].

SuitesModifier

EnquêteModifier

Quelques heures après les événements, le Premier ministre par intérim décrète l'état de siège[73].

Le , la police annonce avoir tué quatre membres du commando, et en avoir arrêté deux autres[74].

Au , 17 mercenaires ont été capturés (quinze Colombiens et deux Américains) et trois Colombiens ont été tués, tandis que huit autres sont toujours en fuite. Plusieurs ont été identifiés comme d’anciens membres de l'armée colombienne, notamment des forces spéciales[75].

Le , les autorités annoncent avoir arrêté l'un des instigateurs présumés de l'opération : Christian Emmanuel Sanon (en), un ressortissant âgé de 63 ans, qui souhaitait seulement son arrestation, afin de prendre sa place[76].

PolitiquesModifier

La succession présidentielle est contestée. Alors que la version initiale de la Constitution de 1987 prévoit une succession par le président de la Cour de la cassation, ce dernier, René Sylvestre, est mort le du Covid-19 sans avoir été remplacé. La version de 2012 prévoit un intérim par le Conseil des ministres puis l'élection d'un président par l'Assemblée nationale pour terminer le mandat présidentiel[77]. Enfin, le poste de Premier ministre est disputé entre Claude Joseph et Ariel Henry, nommé le [78].

Joseph Lambert, président du Sénat de la République, est désigné le par une résolution du Sénat[79] pour assumer la présidence de la République à titre intérimaire[80]. Sa désignation est cependant contestée par le Premier ministre par intérim Claude Joseph. Cette décision est soutenue par de nombreux partis parlementaires, dont le PTHK du défunt président. Ariel Henry est par ailleurs confirmé comme Premier ministre[81]. Son investiture, prévue pour le , est finalement reportée[82] à la demande des États-Unis[83].

Le , à la suite des négociations menées avec le concours de plusieurs autres pays américains, Claude Joseph accepte de démissionner en faveur d'Ariel Henry, demeurant ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement qui prend ses fonctions le lendemain[84],[85].

Les funérailles nationales du président défunt se déroulent le , à Cap-Haïtien[86],[87].

Notes et référencesModifier

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  18. « « Venez me sauver la vie », les derniers mots du Président Jovenel Moise qui a appelé 2 fois la Police, la nuit de son assassinat », Rezo Nodwes, (consulté le 20 juillet 2021).
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