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Antoine-Louis Barye

sculpteur français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Barye (homonymie).
Antoine-Louis Barye
Barye par Nadar 1856.jpeg
Nadar, Daguerréotype du sculpteur Barye (1856).
Naissance
Décès
(à 79 ans)
Paris
Nationalité
Activité
Formation
Élève
Lieu de travail
Influencé par
A influencé
Enfant
Distinctions
Œuvres principales
Angélique et Roger montés sur l'hippogriffe (vers 1840), Baltimore, Walters Art Museum.

Antoine-Louis Barye, né le à Paris et mort dans la même ville le , est un sculpteur et un peintre français, renommé pour ses sculptures animalières. Son fils et élève est le sculpteur Alfred Barye.

Sa pratique du croquis fait sur nature d'après les animaux du jardin des Plantes à Paris l'amenèrent petit à petit à pratiquer aussi la peinture. En essayant de situer ses animaux dans leur milieu naturel, Barye les encadra de paysages exotiques qu'il traita avec vigueur et un très grand sens de la vérité.

BiographieModifier

Antoine-Louis Barye naît à Paris, le 2 vendémiaire de l'an IV (le ), tel que cela est attesté dans les Actes d'état civil des archives de la Seine[1], et y passe tout sa vie. Il naît dans un milieu modeste d'artisans bijoutiers, son père, Pierre Barye, descend d'une lignée d'orfèvres lyonnais et est orfèvre lui-même. Placé dès l'âge de treize ans chez Fourier, un graveur sur acier qui fabrique des matrices destinées à exécuter les parties métalliques des uniformes de la Grande Armée ainsi que de la décoration, Barye s’initie à tous les métiers du traitement du métal et aux techniques d'orfèvrerie, et devient un ciseleur hors-pair. En , Barye s'inscrit à l'atelier privé du sculpteur du sculpteur François-Joseph Bosio. Afin de compléter sa formation par des cours de dessin et de peinture, Barye s'inscrit en mars 1817 dans l'atelier du peintre Antoine-Jean Gros. Le , il entre à l’École Royale des Beaux-Arts où il continue de recevoir une formation classique. Il y reste sept ans sans décrocher le grand prix de sculpture.

C'est probablement à la fin de l'année 1818 qu'il commence à travailler pour Fauconnier, un descendant d'orfèvres où Barye est ciseleur et réalise des motifs de décoration pour des pièces d'orfèvrerie. Fauconnier le charge de la réalisation d'un cerf couché pour la décoration d'une soupière. C'est sa première réalisation animalière en 3 dimensions[2]. Barye se déplace à la ménagerie du Musée d'Histoire naturelle afin d'y étudier l'animal et réalise un cerf couché très réaliste qui déplaît à son patron, habitué à une certaine idéalisation des animaux.

Cependant, Barye prend l'habitude de fréquenter le Muséum pour aller observer et étudier les animaux à la ménagerie. Il ne fera pas de voyage en Orient et ne connaît les animaux sauvages qu’à Paris dans des cages ou au Muséum[3]. Il consulte également les livres de chasse et d’animaux de la bibliothèque du duc d'Orléans.

Barye participe à son premier concours en 1819, le sujet est Milon de Crotone, une main ou les deux mains prises dans un arbre et attaqué par un lion, et il se présente dans la section de gravures en médailles, une technique qu'il maitrise bien avec la formation qu'il a obtenue chez Fourrier. Il obtient une mention honorable.La figure que Barye présente s'éloigne du classicisme et aborde déjà un certain naturalisme. Son Milon n'a pas de formes idéalisées et a l'expression soucieuse d'un homme et non d'un héros. Son lion est très réaliste ce qui laisse penser qu'il est allé en observer des vrais à la ménagerie du Jardin des plantes[4].

Il obtient en 1820, le second prix de Rome de sculpture, derrière Georges Jacquot avec pour sujet : Caïn maudit par Dieu. Mais c'est en 1831 qu’il se fait connaître du public en exposant au Salon.

Salon de 1831Modifier

En peinture il présente un portrait d'un des membres de sa famille et des études d'animaux. Dans la section sculpture il présente un Martyre de saint Sébastien[4] mais il se fait remarquer avec son Tigre dévorant un gavial, œuvre tourmentée et expressive, qui le classe aussitôt comme premier sculpteur romantique, alter ego d'Eugène Delacroix en peinture. Dans cette œuvre tout est nouveau : le sujet, la manière de le traiter et les émotions qu'elle exprime. La sculpture surprend car Barye réussi à rendre le réalisme et la violence de la scène.Il ne cesse désormais de produire des chefs-d’œuvre, souvent de petites dimensions, qui vont enrichir les collections des cabinets d’amateurs, des deux côtés de l’Atlantique.

Salon de 1833Modifier

En 1833, il expose 6 aquarelles représentant des fauves et il présente son Lion au serpent, une sculpture en plâtre aujourd'hui conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon. Il pratique une nouvelle manière se sculpter, s'appuyant sur une profonde documentation, des croquis cotés et une exécution qui prône la vérité[5]. Les critiques sont enthousiastes mais ce n'est pas forcément le cas de ses confrères car Barye remet en question les normes établies, les canon de classicisme[6].

Salon de 1836Modifier

Au Salon de 1836, il présente son Tigre terrassant un cerf, et sa version en bronze du Lion au serpent. L’État acquiert le Tigre terrassant un cerf pour la somme 7 000 francs et, après dix ans passé dans les magasins du Louvre, l’œuvre est envoyée en 1846 au musée de Lyon. Le groupe est réalisé en pierre de Charance, un matériau rarement employé dans la sculpture que Barye travaille par grattage[7].

Après les SalonsModifier

Après son refus au Salon de 1837 et en complète rupture avec les tenants de l'académisme qui règnent alors sur l’Institut, Barye ouvre une fonderie et diffuse lui-même sa production, en employant les techniques modernes de son temps. Ses idées républicaines ne l’empêchent pas de se lier avec Ferdinand-Philippe d'Orléans, pour lequel il exécute un surtout de table, chef-d’œuvre des arts décoratifs de cette époque, et de devenir un des sculpteurs favoris de Napoléon III. Ce dernier le charge de l'exécution de plusieurs sculptures de 1854 à 1860 lors des travaux de construction du nouveau Louvre. Barye réalise Napoléon entouré de l’Histoire et des Beaux-Arts pour le fronton du pavillon Sully. Il sculpte également les groupes de La Force et de L’Ordre, pour le décor du pavillon Denon, et La Paix et de La Victoire pour le pavillon Richelieu[7]. Il réalisera aussi le Napoléon 1er d’Ajaccio, et une statue équestre de Napoléon III, pour les guichets du Louvre.

Au début des années 1850 Barye fréquente Barbizon et finit par s’y installer. Il y côtoie les peintres de l’École de Barbizon et réalise de nombreuses huiles et aquarelles qui témoignent de ses qualités de coloriste[8].

Le Barye est nommé professeur de dessin de zoologie au Muséum d'Histoire Naturelle où il transmet sa passion pour l'observation du monde animal. Il demande à ses élèves de dessiner des squelettes d'animaux ou les emmène faire du modelage devant les bêtes vivantes[9].

À l’Exposition universelle de 1855, il remporte un vrai succès grâce au Jaguar dévorant un lièvre, une sculpture encore une fois très naturaliste[8].

Sa notoriété inspira à Henri Rochefort une de ses phrases les plus violentes ; dans La Lanterne du il n’hésitait pas à écrire : « La statue équestre où Napoléon III est représenté en César (rions-en pendant que nous y sommes) et dont j’ai parlé dans mon dernier numéro, est l’œuvre de Monsieur Barye en 1865. On sait que Barye est le plus célèbre de nos sculpteurs d’animaux. »

Malgré son activité commerciale et sa pratique de l’art qui déroutent les membres de l’Institut, ceux-ci finissent par l’accueillir en leur sein, le , et l’artiste connaît aisance et reconnaissance durant les dix dernières années de sa vie.

Antoine-Louis Barye s’éteint le , à 21 heures, d’une maladie de cœur dont il souffrait depuis plusieurs années. Il est mort au no 4 quai des Célestins dans le 4e arrondissement de Paris où est apposé une plaque commémorative[10],[11].

Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise (49e division)[12].

Il avait une maison-atelier au no 26 de la Grande Rue à Barbizon.

Son styleModifier

Son romantisme des années 1830 s'exprime par la mise en scène de combats violents tels La Chasse au taureau sauvage ou Le Tigre et gavial, provoquant l'admiration de la critique au Salon de 1831. À l'instar des artistes romantiques de son temps, Barye apprécie l'exotisme et le Moyen Âge. Il préférera le bronze au marbre qu'il juge trop froid.

La grande dimension, le sujet, l'énergie et la véracité du rendu du Lion au serpent du Salon de 1833 impressionnent les visiteurs habitués à des représentations de lions plus hiératiques. Il fait du monde animal le vrai sujet de sa sculpture[8]. Encore une fois le réalisme marque les critiques « Plus je revoyais le Combat du lion et du serpent, et plus l'impression augmentait; il m'a semblé d'abord que le lion remuait : hier je l'entendais rugir » a écrit Charles Lenormant. On reproche cependant à Barye de ne pas avoir représenté une lutte entre animaux de même force. L'autre critique qui lui est faite est de rendre trop de détails et cela de manière réaliste et de ne pas user de plus de simplicité[9]. Barye n'a jamais vu cette scène se dérouler et invente ce sujet de toutes pièces. Il parvient à composer ce groupe grâce à l'observation attentive qu'il fait à la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris mais aussi grâce aux dessins qu'il réalise avec son ami Delacroix lors des dissections des animaux morts[8].

 
Lettre d’Eugène Delacroix à Antoine-Louis Barye: « Le lion est mort. Au galop. Le temps qu’il fait doit nous activer. Je vous y attends. Mille amitié. Ce samedi. E. Delacroix ».

Malgré ces critiques, le roi Louis-Philippe lui commande la version en bronze du Lion au serpent qu'il fait placer dans le jardin des Tuileries en 1836. L’événement provoqua l’indignation des membres de l’Institut : « Prend-on le jardin des Tuileries pour une ménagerie ? Remettez ce lion en cage ! ». La sculpture est aussi vue comme une allégorie de la monarchie écrasant la sédition, trois ans après la Révolution de Juillet. L'œuvre inspire le commentaire suivant d'Alfred de Musset : « Le lion en bronze de M. Barye est effrayant comme la nature. Quelle vigueur et quelle vérité ! Ce lion rugit, ce serpent siffle […] »[13].

Le style de Barye s'assagit à partir de 1843. Il donne à ses figures humaines inspirées des modèles grecs, tel le groupe en bronze de Thésée et le Minotaure, une énergie et un mouvement propres à la vision romantique.

Collections publiquesModifier

 
Tigre se roulant (1838-1842), New York, Brooklyn Museum.
 
Lion assis, porte des Lions du Louvre

À côté de nombreuses éditions en bronze de sujets animaliers que Barye fondait et vendait lui-même, il réalisa aussi de la statuaire monumentale.

Le plus important fonds de papiers le concernant se trouve conservé à la bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art (voir la collection d'autographes et les Archives 166[14]).

ÉlèvesModifier

HommagesModifier

  • Un monument à Barye se trouve square Barye, à la pointe amont de l'île Saint-Louis à Paris. Dans un style néo-classique, deux personnages à l'antique sont assis, entourés de deux enfants nus. Il s'agit de copies en pierre, réalisées par Laurent Marqueste, de deux groupes allégoriques de Barye, L'Ordre et La Force, que l'on retrouve en bronze à Baltimore au Maryland (États-Unis) et dont les originaux ornent le fronton de l'aile Richelieu du Louvre. Le groupe en bronze de Barye Thésée combattant le centaure Biénor et le lion également en bronze qui ornaient aussi ce monument ont été fondus sous le Régime de Vichy. Le , après le ravalement du monument, une copie du groupe sommital a été réinstallée[15]. Une plaque précise que le mécène de cette copie est un groupe taïwanais, la Chi Mei Culture Foundation, et intitule ce bronze Combat du Centaure et du Lapithe.
  • Un monument élevé par souscription nationale américaine fut érigé[Quand ?] [Où ?] à sa gloire[16].
  • La municipalité de Barbizon a donné son nom à une rue de la ville.
  • Une rue porte également son nom dans le 17e arrondissement de Paris ainsi qu'à Montpellier.

Notes et référencesModifier

  1. Mannoni 1996, p. 5.
  2. Poletti 2002
  3. Barbillon, Claire, et Musée des beaux-arts (Lyon, France),, Sculptures du XVIIe au XXe siècle : Musée des beaux-arts de Lyon, Paris, Somogy éditions d'art (ISBN 978-2-7572-1269-1 et 2757212699, OCLC 1007810976, notice BnF no FRBNF45388270, lire en ligne)
  4. a et b Poletti, Michel., Monsieur Barye, Acatos, (ISBN 978-2-940033-90-4 et 9782940033904, OCLC 51666078, lire en ligne)
  5. Jean-Louis Ferrier, L'aventure de l'Art au XIXème siècle, Chêne, , 928 p. (ISBN 978-2-84277-836-1), p. 290.
  6. Poletti, Michel., Monsieur Barye, Acatos, (ISBN 978-2-940033-90-4 et 9782940033904, OCLC 51666078, lire en ligne)
  7. a et b Barbillon, Claire, et Musée des beaux-arts (Lyon, France),, Sculptures du XVIIe au XXe siècle : Musée des beaux-arts de Lyon, Paris, Somogy éditions d'art (ISBN 978-2-7572-1269-1 et 2757212699, OCLC 1007810976, notice BnF no FRBNF45388270, lire en ligne)
  8. a b c et d Barbillon, Claire, et Musée des beaux-arts (Lyon, France),, Sculptures du XVIIe au XXe siècle : Musée des beaux-arts de Lyon, Paris, Somogy éditions d'art (ISBN 978-2-7572-1269-1 et 2757212699, OCLC 1007810976, notice BnF no FRBNF45388270, lire en ligne)
  9. a et b Poletti, Michel., Monsieur Barye, Acatos, (ISBN 978-2-940033-90-4 et 9782940033904, OCLC 51666078, lire en ligne)
  10. Alain Dautriat, Sur les murs de Paris : guide des plaques commémoratives, Éditions L'Inventaire, , 167 p. (lire en ligne), p. 30
  11. Archives de Paris, acte de décès n°1612 dressé le 26/06/1875, vue 21 / 31.
  12. Moiroux 1908, p. 60.
  13. La revue des deux mondes, 1836, p. 172.
  14. « Inventaire des papiers Antoine-Louis Barye, bibliothèque de l'INHA, Archives 166 », sur www.calames.abes.fr (consulté le 7 avril 2019)
  15. Réhabilitation du square Barye.
  16. Roger Karampournis, Barbizon d'hier et d'aujourd'hui, Éditions du Puits Fleuri, 2002, p. 154, note 56.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

IconographieModifier

Liens externesModifier

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