Musée Baron-Martin

musée français

Le musée Baron-Martin est le musée d'art et d'histoire de la ville de Gray en Haute-Saône, en Bourgogne-Franche-Comté. Hébergé depuis 1903 dans le château de la ville, qui domine la Saône, il expose une riche collection d'œuvres d'art et d'archéologie, allant de l'Antiquité à nos jours. Le nom du musée fait référence au baron Alexandre Martin (ancien propriétaire du château) qui avait accueilli le peintre Pierre-Paul Prud'hon.

Musée Baron-Martin
Image dans Infobox.
Château construit au début du XVIIIe siècle, ancienne propriété de Louis Stanislas puis du baron Martin.
Informations générales
Type
Musée d'art et d'histoire
Ouverture
Visiteurs par an
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Site web
Collections
Provenance
Dons entre autres d'Edmond Pigalle, petit fils héritier du Baron-Martin
Nombre d'objets
Plus de 475 œuvres
Label
Musée de France(2003)
Bâtiment
Article dédié
Localisation
Pays
Commune
Adresse
6 rue Edmond-Pigalle
Coordonnées

HistoireModifier

 
Parc du château avec la tour du Paravis.

Le château de Gray est tout d'abord un château médiéval datant du XIVe siècle dont il ne reste plus que la tour du Paravis, les murs d'enceinte, et les sous-sols voûtés[1].

Louis Fabry de Montcault, gouverneur de la citadelle de Besançon, qui transforme le château en lieu de plaisance au début du XVIIIe siècle[1]. C'est dans cet édifice réaménagé que loge actuellement le musée Baron-Martin[2]. En 1777, il est acquis par Louis Stanislas, frère du roi Louis XVI et futur Louis XVIII[3],[4]. Lorsque la Révolution éclate, il doit fuir le château qui est alors déclaré bien national[3].

Les portraits de Prud'honModifier

 
Pierre-Paul Prud'hon, Portrait de Claude Marie Rey de Morande, 15 septembre 1796, Gray, musée Baron-Martin.

Le peintre, Pierre-Paul Prud'hon, qui avait été l'élève du graylois François Devosge, fuit Paris pour des raisons à la fois économiques et politiques et se rend à Rigny, près de Gray en 1794[α],[6].

Lorsqu'il arrive à Rigny, Prud'hon est un peintre néoclassique, fervent lecteur de Winckelmann[6]. Il réalise des portraits à l'huile et au pastel des personnes qu'il rencontre[6]. C'est à ce moment que sa sensibilité change et que son néoclassicisme se mue en préromantisme ; ses personnages y gagnent en naturel et en tension dramatique[6]. Cette utilisation du pastel est une parenthèse féconde au cours de laquelle il réalise les portraits de trois graylois, ceux de M. et Mme Febvre et de Perron, l'intendant du château de Gray[β],[7],[8].

Le château du baron MartinModifier

 
Portrait d'Alexandre Martin de Gray dit baron Martin, Gray, bibliothèque patrimoniale.

Alors que Prud'hon achève son séjour en 1796, Alexandre Martin fait l'acquisition du château de Gray la même année[7],[9]. Il épouse la fille de M. et Mme Febvre et fait de ce château sa résidence[10]. Edmond Pigalle, leur petit-fils, passe régulièrement ses vacances d'enfant au château[11]. Alexandre Martin vivra dans ce château jusqu'à sa mort en 1864[3]. À compter de cette date la propriété passe aux mains de diverses familles grayloises qui se succèdent[3].

Création du musée municipalModifier

La question de l'acquisition du château par la ville se pose dès 1788 lorsque Louis Stanislas en propose l'acquisition aux édiles[12]. Le sujet revient assez régulièrement alors que les propriétaires se succèdent et qu'un premier musée présentant une petite collection a ouvert dans les salons de l'hôtel de ville dans les années 1850 [γ],[12],[13]. Cependant l'acquisition du château est toujours repoussée en raison d'un prix de vente trop élevé[12].

Le musée s'installe au châteauModifier

 
« Salon des Glaces » de style Louis XVI, au rez-de-chaussée[14].
 
Georges Iselin, Monument à Maurice Signard, 1908, Gray, parc du musée Baron-Martin.

La décision des héritiers du dernier propriétaire de ne pas conserver le château, hâte son achat par la ville en 1901, dans le dessein d'y héberger un musée et d'autres fonctions[δ],[4],[13]. En 1902, les conseillers municipaux décident de l'installation du musée dans le château[16]. Une loterie nationale est lancée et les dons affluent de toutes parts ; il ne se passe pas une semaine sans que le maire Maurice Signard ne reçoive une peinture, une gravure ou une sculpture[ε],[16]. Le musée qui ouvre en 1903 se limite au rez-de-chaussée du bâtiment et se compose de 14 salons, parmi lesquels un « Salon des Glaces » de style Louis XVI[ζ],[3],[14].

La fonction de conservateur est confiée à Joseph Roux (professeur de dessin au collège de Gray) qui réalise un premier catalogue du musée qui recense 244 références[18]. Le professeur aux Beaux-Arts de Paris Jean-Léon Gérôme est associé au projet ainsi que son élève Antoine Druet et les collections du musée s'enrichissent d'achats faits au Salon des artistes français [η],[20].

Le musée s'agranditModifier

 
Sous-sol réhabilité en 1974, abritant les collections archéologiques.

Dès 1906, soit trois ans après l'ouverture, l'idée d'élargir les fonctions du musée se répand[θ],[21]. La ville charge donc l'architecte voyer Natey de dresser les plans d'un aménagement des combles pour agrandir l'espace exploitable, cela offre un vaste espace d'exposition achevé en 1913[4],[22].

Les bombardements allemands de 1940 endommagent l'édifice qui doit alors faire l'objet de réparations[17],[3].

Le sous-sol du château est réhabilité en 1974 et concrétise le souhait d'avoir un musée archéologique à Gray en proposant ce nouvel espace entièrement consacré à l'archéologie[17],[3].

Enrichissement des collectionsModifier

Le château avait été un lieu d'art à l'époque du baron Martin qui avait commencé sa collection avec les pastels de Prud'hon[5]. Puis sa descendance avait poursuivi sa collection hors du château[20]. Quand la ville acquiert l'édifice, les collections du baron n'y sont plus et la ville tente de se constituer une collection en achetant au Salon[23],[20].

Les trois amisModifier

 
James Tissot, La dame à l'ombrelle, c. 1880, don d'Edmond Pigalle, Gray, musée Baron-Martin.

C'est à ce moment qu'interviennent trois amis de lycée : Edmond Pigalle, Jules Maciet et Georges Bihourd[12]. Pigalle est le petit-fils du baron Martin ; durant son enfance il a passé de nombreuses vacances au château et se prend donc de passion pour ce nouveau musée[11],[12]. Souhaitant enrichir les collections du musée, il joint ses amis Maciet et Bihourd au projet ; il voit là l'occasion de rendre un vibrant hommage à ses grands-parents[11],[12].

Les trois amis dotent le musée d'œuvres qui se complètent bien[12]. Par exemple Pigalle offre la Dame à l'ombrelle de Tissot tandis que Maciet donne la Convalescente ; deux toiles représentant Mme Newton, la muse de Tissot[12]. De même, Maciet et Bihourd offrent de nombreuses œuvres sur le thème des théâtres, des cafés et des parties de cartes qui reflètent bien l'ambiance de la Belle-Époque[12]. Les trois amis connaissent personnellement certains artistes comme Edmond Aman-Jean (cousin de Jules Maciet) ou Albert Besnard (dont Georges Bihourd est un des premiers admirateurs), ce qui explique la forte présence de ces deux artistes dans les collections du musée.[11],[24].

Retour des trois pastelsModifier
 
Pierre-Paul Prud'hon, Portrait de Jeanne Marie Angélique Palate de Missy - Rey de Morande (1769-1823), 3 octobre 1796, Gray, musée Baron-Martin.

Le musée est nommé musée Baron-Martin en 1913, en hommage à Alexandre Martin et à son petit-fils Edmond Pigalle[11],[4]. En 1921, Edmond Pigalle lègue sa collection au musée, ce qui permet aux trois pastels que Prud'hon avait réalisé à Gray de revenir dans leur ville d'origine[ι],[25].

Enrichissements ultérieursModifier

 
École française, Le jeune Pyrrhus à la cour du roi Glaucias (esquisse), 1er quart du XIXe siècle, legs A. P. de Mirimonde.

En 1932, le legs de la famille Delafontaine enrichit les collections d'œuvres de l'artiste néoclassique Pierre-Maximilien Delafontaine, de son gendre Merry-Joseph Blondel et de leurs contemporains ; car Delafontaine collectionnait les artistes de son temps[26].

Albert Pomme de Mirimonde (président de chambre à la Cour des comptes) réalise le premier catalogue raisonné publié du musée Baron-Martin en 1959[27]. Issu d'une famille d'amateurs d'art, il collectionnait lui aussi les œuvres d'art en s'inspirant des méthodes de Maurice Magnin[28],[29]. Il avait un goût certain, pour la peinture de l'époque moderne de la Belgique et des Pays-Bas, notamment les portraits ; ainsi qu'une fascination pour les esquisses du XVIIIe siècle[30]. Le legs de sa collection a fait l'objet d'une exposition temporaire au musée du Louvre[2].

CollectionsModifier

ÉtageModifier

La grande galerie du premier étage accueille trois à quatre expositions temporaires par an, sur des thèmes variés allant de l'archéologie, ou de l'histoire locale, à l'art traditionnel, ou plus contemporain.

Rez-de-chausséeModifier

Au rez-de-chaussée, le musée présente sa collection permanente dans ses 14 pièces de couleur claire au lignes dépouillées ouvrant un panorama sur la ville[31]. Les œuvres exposées vont de l'Antiquité à nos jours et les chefs-d’œuvre sont la Dame à l'ombrelle de James Tissot, le portrait de la Cantatrice Margyl de Giovanni Boldini, trois huiles sur cuivre de Jan van Kessel, les Plaisirs de l'hiver d'après Hendrick Avercamp, une Couronne de fleurs de Brueghel de Velours, l'Enfant au chien de Jacob van Loo, le Galant colporteur de François Boucher, une vue du vésuve de Turpin de Crissé, deux bergers de Rosa de Tivoli, un autoportrait d'Oudry et une importante collection de dessins et de pastels de Prud'hon[32].

Sous-solModifier

Les anciennes caves voûtées classées aux monuments historiques présentent une collection d'archéologie locale, ainsi qu'une collection de vases grecs antiques des IVe et Ve siècles.

ExpositionsModifier

André Marchand, une si insolente liberté : l'atelier de Bourgogne 2021
Le legs Odette Clerget-Bondon : Vivre la modernité 2020
Derniers impressionnistes : Le temps de l'intimité 2020
Benoît Huot : _Immortels 2019
Titouan Lamazou : Fraternel aventurier des arts et des Ailleurs du monde 2019
Corps et âme : d'Aman-Jean à Erró 2018
La jeune peinture des années 50 2017
Victor Charreton - Jules Zingg : Des saisons pour mémoire 2016
Albert Besnard : Secrets d'atelier, sentiers d'une âme 2015
Robert Fernier : Peintre et ami de Courbet 2013
Anna Quinquaud. Sculpter l’Afrique dans les années 30 2012
Peindre le rivage : Denis, Marquet, Dufy... 2012
Fascinants tropiques, peinture populaire du Brésil 2011
Follement BD : Sur les pas de Bob Morane... 2011
Bernard Buffet - Mon cirque 2010
Edmond Aman-Jean et ses contemporains dans les collections du musée Baron-Martin 2009
Villa, Villam, Villæ 2006-2007
Symbiose, Exposition en collaboration avec le Markgräfler Museum de Müllheim dans le cadre du 20e anniversaire de jumelage 2004
À la recherche du bonheur 1870-1914 : Les années de la Belle Époque 2003
Ils furent tous attirés par le Sud et par l'Orient 2002
Jean Messagier (1943-1998): Œuvres graphiques 2000

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Les raisons de son départ varient selon les sources, certaines disent qu'il a pris la fuite à la suite de l'exécution de son ami Robespierre[3] mais Prud'hon reste à Paris au lendemain de l'exécution pour devenir membre du jury du muséum puis il est chargé de déterminer des modèles de tapisseries pour les Gobelins[5]. Il est donc possible que la raison de son départ soit économique car il ne vivait à l'époque que des illustrations qu'il réalisait pour Pierre Didot[5].
  2. Il s'agit d'une parenthèse car après son départ de la Haute-Saône, Prud'hon n'utilise plus le pastel que pour ses esquisses préparatoires plutôt que pour des œuvres finies[6].
  3. On y trouve notamment des sculptures de Joseph Alexandre Renoir (1811-1855)[12].
  4. En plus de la fonction de musée, sont envisagées une salle des fêtes et une école supérieure de jeunes filles[13]. Lorsque le château avait été déclaré bien national en 1795, il avait même été envisagé d'en faire une maison d'arrêt ou une prison militaire[15].
  5. Maurice Signard, qui est à l'origine de ce projet de musée accordait beaucoup d'importance aux aménagements du château. Il est mort d'apoplexie le 13 novembre 1903, dans le parc du château à l'endroit même du monument commémoratif qui s'élève aujourd'hui[3],[17] .
  6. Le musée ouvre en 1903 mais n'est inauguré que deux ans plus tard, le 29 juillet 1905[16].
  7. Gérôme fait don au musée de sa Joueuse de boules et Druet de deux portraits du Général André ainsi qu'un Souvenir d'Agra[19]
  8. Une société savante propose de créer un musée d'archéologie, la chambre de commerce et d'industrie entend présenter les dessins et modèles industriels qu'elle possède et le Docteur Chomel propose de présenter les arts et traditions populaires[21]
  9. La rue du Palais est rebaptisée de son nom « 6 rue Edmond-Pigalle ».

RéférencesModifier

  1. a et b Claerr-Roussel 1998.
  2. a et b Collectif 1991, p. 102.
  3. a b c d e f g h et i Collectif 1991, p. 103.
  4. a b c et d « Château fort, château actuellement musée Baron Martin », sur www.pop.culture.gouv.fr (consulté le )
  5. a b et c Davoine 1995, p. 3.
  6. a b c d et e « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur webcache.googleusercontent.com (consulté le )
  7. a et b (en) Neil Jeffares, Dictionary of pastellists before 1800, (lire en ligne)
  8. Olivier 2018, p. 62-64.
  9. Davoine 1985, p. 3.
  10. Olivier 2018, p. 62.
  11. a b c d et e Olivier 2018, p. 12.
  12. a b c d e f g h i et j Collectif 2017, p. 93.
  13. a b et c Olivier 2018, p. 5.
  14. a et b « Visite des salons XVIIIe du château royal de Gray », sur MUSÉE BARON MARTIN (consulté le )
  15. Collectif 2017, p. 5.
  16. a b et c Olivier 2018, p. 8.
  17. a b et c Davoine & Mirimonde 1993, p. 8.
  18. Olivier 2018, p. 9.
  19. Davoine & Mirimonde 1993, p. 290 & 524.
  20. a b et c Olivier 2018, p. 7 & 9.
  21. a et b Olivier 2018, p. 9-10.
  22. Olivier 2018, p. 10.
  23. Collectif 1991, p. 106.
  24. Loys Delteil, Le peintre-graveur illustré: Besnard, Chez la̓uteur, (lire en ligne)
  25. Davoine & Mirimonde 1993, p. 201-203.
  26. Davoine & Mirimonde 1993, p. 8 & 74.
  27. Davoine & Mirimonde 1993, p. 3.
  28. « POMME de MIRIMONDE Albert Alfred Joseph | Cour des comptes », sur www.ccomptes.fr (consulté le )
  29. Foucart-Walter & Rosenberg 1987, p. 10.
  30. Foucart-Walter & Rosenberg 1987, p. 11.
  31. Mercier & Olivier 2017, p. 4.
  32. Mercier & Olivier 2017, p. 5.
  33. a et b « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )


BibliographieModifier

AnnexesModifier

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Liens externesModifier