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Caricature anticléricale, représentant l'Église catholique et le pape comme une pieuvre malfaisante (1913)

L'anticatholicisme ou cathophobie désigne la méfiance, la discrimination, la répression, la critique, ou la persécution du catholicisme, de l'Église catholique et du pape, et des catholiques en général. Les chrétiens subissent des persécutions religieuses ou des manifestations d'antichristianisme ou d'anticléricalisme, mais l'anticatholicisme concerne les discriminations qui visent spécifiquement les catholiques, qui représentent un peu plus de la moitié des chrétiens dans le monde.

Moyen ÂgeModifier

CatharismeModifier

Article connexe : Catharisme.

Le rôle de l’Église catholique dans la persécution des catharesModifier

La question du catharisme est complexe, puisque c'est par la force que cette doctrine fut réduite à néant. Néanmoins, contrairement aux puissances séculières, lorsqu'elle eut directement à s'en charger, c'est-à-dire pour le catharisme implanté dans le sud de la France, l’Église n'eut recours qu'à la prédication, du XIIe au XIIIe siècle. Aussi le pape Alexandre III écrit-il en 1162 dans une lettre adressée au frère de Louis VII de France, l’archevêque de Reims, qui s'apprête à poursuivre les cathares de Flandre et de Champagne :

« Mieux vaut absoudre les coupables que s'adresser, par une exceptionnelle sévérité, à la vie d'innocents [...][1] »

Le roi lui répond : « L'observation a prouvé que les manichéens sont beaucoup plus mauvais qu'ils ne le paraissent[1]. » Le roi lui reproche aussi son inaction, et c'est ainsi que le concile de Tours est réuni en 1163. Selon l'historien Jean Dumont, la répression du catharisme (appelé alors « manichéisme ») est « clairement une revendication, non d’Église, mais sociale, du roi comme de la masse de ses sujets[2] ». À cette pression s'ajoute celle d'Henri II Plantagenêt, qui détruit violemment le catharisme dès ses premiers symptômes[3]. En 1178, Henri II et Louis VII s'entendent pour mener une expédition qui « ramènerait les hérétiques à la vraie foi par la prédication ou les réduirait par les armes[1] ». En 1180, Philippe Auguste envoie dans tout le royaume la police royale afin de mettre fin à la propagation de l'hérésie.

La création de l'Inquisition en 1184 à l'assemblée de Vérone n'est cependant pas le début d'une répression par l'Église en Languedoc. En outre, cela lui est difficile puisque ce sont les structures locales de l'Église qui sont touchées par le catharisme, et que la puissance laïque locale est elle-même cathare. Ainsi par exemple, à la fin du XIIe siècle, Raymond VI de Toulouse ne se déplace jamais sans son aumônier cathare, prêt à lui donner à tout moment le consolamentum[4],[5]. Il en est de même des vicomtes de Carcassonne et de Béziers, ou encore de la puissante maison Trencavel.

Persécution des catholiques par le catharismeModifier

Les catholiques restent cependant majoritaires en Languedoc. Les prêtres catholiques sont partout battus voire tués, l'évêque de Lodève est même mis à mort. Les églises et abbatiales sont profanées et sont données par la noblesse aux « parfaits »[6].

Le nouveau pape Innocent III, élu en 1198, refuse cependant encore la répression que les pouvoirs laïques ont partout ailleurs déjà menée, mais il délègue une nouvelle mission de cisterciens, dont Pierre de Castelnau. Ceux-ci proposent : la prédication et la demande d'aide auprès des autorités, qui ne reçoivent pas de réponses satisfaisantes ; des débats contradictoires aux évêques cathares, par exemple en 1204 à Carcassonne avec le cathare Bernard de Simorre. Pierre de Castelnau, découragé, est relevé de ses fonctions par Innocent III, qui appelle en aide le roi de France et les seigneurs du nord de la France. Cependant, Pierre se ressaisit et reprend la prédication avec l'aide de deux Espagnols, l'évêque d'Osma (Castille), Diego de Acedevo, et un de ses chanoines, Dominique de Guzmán, plus connu aujourd'hui comme saint Dominique. Le succès est déjà plus important, tout particulièrement auprès des femmes[7]. Selon l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie en effet, les femmes « ont dans l'ensemble été objets plus que sujets de la propagande cathare. [...] En fait elles se sentaient hétérogènes à la nouvelle identité hérétique dont on les époussetait de l'extérieur[8] ». De plus en plus, de débats sont menés par Diego et Dominique puis par Dominique seul, avec quelquefois des succès, comme à Pamiers en 1207. Néanmoins, le catharisme demeure solide.

La croisadeModifier

Article connexe : Croisade des Albigeois.

Le meurtre en 1208 de Pierre de Castelnau est le coup d'envoi de la croisade. Son assassin est excommunié, et déclaré « ennemi de Jésus-Christ et persécuteur de l'Église ». Innocent III fait appel à Philippe Auguste et aux barons du nord. Tous les vassaux du comte de Toulouse sont déliés de leur serment et ordre est donné à tous les chrétiens « de poursuivre sa personne et d'occuper ses domaines[9] ».

La guerre est marquée par des massacres violents, dont le plus marquant reste celui de Béziers en 1209.

Persécutions anticatholiques depuis le XIXe siècleModifier

Article connexe : Persécution des chrétiens.

AllemagneModifier

À partir des années 1860 se développe en Allemagne un mouvement très hostile au catholicisme, considéré comme inféodé à une puissance étrangère (Rome) et donc hostile à l'unification de la nation.

Après 1870, le Kulturkampf de Bismarck est son prolongement direct. Cette idéologie, qui exerce une grande influence sur les milieux pangermanistes, explique aussi en partie certains aspects du nazisme et de son anticatholicisme.

URSSModifier

Bien que très minoritaire, l'Église catholique fut persécutée, aux côtés des orthodoxes, en URSS[10].

Époque contemporaineModifier

Vision globaleModifier

Selon de nombreux observateurs, le christianisme, et donc le catholicisme, qui représente la moitié de la chrétienté[11], est la religion la plus persécutée à travers le monde[12],[13],[14].

Selon le parlementaire européen Konrad Szymanski qui s'appuie sur le rapport 2012 de l'association catholique Aide à l'Église en détresse[15], « la liberté de religion est l’un des droits de l’homme le plus souvent violé au monde, surtout vis-à-vis des chrétiens[16]. »

Massimo Introvigne, ancien consultant de l'OSCE et actuel président de l'Observatoire de la liberté religieuse créé () par les Affaires étrangères italiennes, ce sont environ 105 000 chrétiens qui sont tués chaque année[17]. En outre le pape Benoît XVI rappelle que, pour les pays où les chrétiens ne sont pas tués, on ne peut néanmoins pas parler de liberté religieuse[18].

En 2013, Kyle Smith, critique cinématographique au New York Post, reproche à Weinstein d'avoir produit de nombreux films anticatholiques, parmi lesquels Prêtre (1994), Le Garçon boucher (1997), The Magdalene Sisters (2002) et Philomena (2013)[19].

Chine populaireModifier

Article connexe : Église catholique en Chine.

La Chine exige encore aujourd'hui des catholiques qu'ils abjurent l'autorité papale, et n'hésite pas à envoyer en prison ceux qui s'y refusent[20].

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Cité par Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, Critérion, p.202
  2. Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, Critérion, p.202
  3. Dissent and Reform in the Early Middle Ages, Jeffrey Burton Russell, p. 224, Disponible sur Google Books
  4. Jean Dumont, L'Église au risque de l'histoire, Critérion, p. 203
  5. Le consolamentum était censé effacer toute corruption de la chair.
  6. Jean Dumont, L'Église au risque de l'histoire, Critérion, p. 204
  7. Ainsi que l'ont prouvé (séparément) B. Pierry et Emmanuel le roy Ladurie sur l'exemple de Montaillou.
  8. Emmanuel Le Roy Ladurie, Montaillou, village occitan de 1294 à 1324
  9. Jean Dumont, L'Eglise au risque de l'histoire, Critérion, p.207
  10. « L'Église catholique en Russie de 1917 à nos jours », J.-F. Bourret, novembre 2003, Clio.fr.
  11. Voir le (en) l'étude du Piew Forum, citée par le journal La Croix en 2011.
  12. Éditorial de Jacques Julliard dans Le Nouvel Observateur, du 22 octobre 2010.
  13. Alexandre Del Valle, « Les Chrétiens persécutés dans le monde : entre indifférence et complicité », sur atlantico.fr, 24 décembre 2012
  14. Le Figaro, 8 janvier 2013.
  15. Voir sur aed-france.org.
  16. Voir sur info-catho.be.
  17. Corriere della Serra.
  18. Ibid.
  19. (en) Kyle Smith, « Harvey Weinstein’s ‘Philomena’ attack ad », New York Post,‎ (lire en ligne).
  20. Libération, [1]

BibliographieModifier

  • L'Église au risque de l'Histoire, Jean Dumont
  • Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Pierre Blet, Éditions Tempus

Voir aussiModifier