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Affaire Alain Lamare

Affaire Alain Lamare
Tueur
Image illustrative de l’article Affaire Alain Lamare
Information
Nom de naissance Alain Lamare
Naissance (62 ans)
Fruges (Pas-de-Calais)
Surnom Le tueur de l'Oise
Condamnation confirmé en
Sentence irresponsable de ses actes
Actions criminelles Meurtre
Victimes 1 (5 tentatives)
Période Juillet 1978-Décembre 1978
Pays Drapeau de la France France
Régions Picardie
Ville Chantilly
Arrestation

Alain Lamare, né le (62 ans) à Fruges (Pas-de-Calais) est un assassin et ancien gendarme français, connu du grand public sous le surnom de Tueur de l'Oise[1] ou de « tueur fou de l'Oise »[2]. Auteur de plusieurs crimes de mai 1978 à avril 1979[2] dans le département de l'Oise, sa participation à l'enquête ralentit beaucoup celle-ci. Arrêté, il est reconnu pénalement irresponsable de ses actes et n'est pas jugé.

Sommaire

ContexteModifier

Dans les années 1970, dans l'Oise, il règne une psychose à la suite de l'affaire Marcel Barbeault (le « tueur de l'ombre »)[2]. Les meurtres de huit femmes inquiètent beaucoup.

L'auteur de ces crimes, Marcel Barbeault est arrêté le 14 décembre 1976.

En juillet 1978, près de Pont-Sainte-Maxence, le conducteur d'un véhicule volé agresse une jeune fille de dix-sept ans.

L'affaireModifier

La progressionModifier

En mai 1978[1], une Peugeot 504 appartenant à l'épouse d'un gendarme est volée, puis abandonnée au lieu-dit du carrefour des ripailles, dans la forêt de Chantilly. S'y trouve un plan pour le braquage de la poste de Pierrefonds[1]. Des indices (étuis de cartouches de carabine ou de fusil, cordelette, seringue hypodermique) mettent les forces de l'ordre sur la piste du grand banditisme[1], mais se révèleront plus tard sciemment laissés par le criminel. Cette découverte sera plus tard reliée à l'agression par balles d'une jeune fille de dix-sept ans, Karine Grospiron, perpétrée deux mois plus tard à Pont-Sainte-Maxence, par un homme conduisant une Renault 12 grenat volée[1], puis avec la découverte d'une voiture volée et piégée, dont l'explosion blesse un gardien de la paix à Creil[3].

Le criminel nargue les militaires en leur envoyant des lettres manuscrites revendiquant les faits[1]. Ses actes s'aggravent : deux nouvelles agressions de femmes (l'une blessée grièvement et l'autre, paralysée[1]) et en novembre 1978 le braquage de la poste de Senarpont[1] ainsi qu'une nouvelle voiture volée et identiquement piégée.

Alain Lamare devient un meurtrier ; après avoir menacé dans une lettre : « la prochaine fois je viserai le cœur », dans la journée du 1er décembre 1978, il tue en bordure de l'hippodrome de Chantilly, de plusieurs balles d'un Beretta 9 mm court (arme appréciée des collectionneurs et des militaires, fournie illégalement par un collègue du tueur[4]) une jeune auto-stoppeuse de dix-neuf ans[5], Yolande Raszewski.

Le 29 décembre 1978, il tire sur une nouvelle victime, Andrée, prise en stop à la sortie de Compiègne. Sortie du coma quelques jours après avoir échappé au tueur, elle en affine le portrait-robot. Son agresseur a échappé aux poursuites, franchissant un passage à niveau juste avant que le passage du train n'arrête les gendarmes qui le poursuivent.

L'homme laisse des indices et des empreintes. Ses portraits-robots sont dessinés ; il arrive à échapper aux forces de l'ordre. Déjà, des doutes sur la proximité entre les forces de l'ordre et le tueur sont soulevés, mais rapidement rejetés car la hiérarchie ne peut pas se résoudre à envisager cela[réf. nécessaire].

L'arrestationModifier

Volant la voiture d'un ancien ministre à Rambouillet le 17 mars 1979, tombant en panne sur l'autoroute, Lamare s'enfuit après avoir été en contact avec les CRS, ayant effacé ses empreintes dans le véhicule[6]. Il s'est fait passer pour l'un des fils du ministre auprès des CRS, qu'il a lui-même alertés[7]. Le portrait-robot du criminel se précise.

Le 8 avril 1979[1], les soupçons d'un inspecteur de la PJ de Creil, Daniel Neveu, enquêteur dans l'affaire de Marcel Barbeault, conjugués à ceux du maréchal des logis-chef Claude Morel, l'un des anciens chefs de Lamare, s'appuient sur des éléments probants, tels que l'analyse graphologique sur la base de rapprochements d'écritures entre les courriers anonymes et des procès-verbaux de Lamare, ou encore, le courrier manuscrit de demande d'admission dans la Gendarmerie[8], avec le dernier portrait-robot. Pineau constate que Lamare était systématiquement en repos ou en congé, hors du peloton, les jours des meurtres ou des vols de voitures[1].

Le capitaine Jean Pineau, commandant de la compagnie de gendarmerie de Clermont et l'adjudant Henri Cavalier, qui commande la brigade et le PSIG de Chantilly, procèdent à l'arrestation du gendarme Lamare. Celui-ci, en opérations, est armé. Revenant au PSIG, Lamare dépose son pistolet mitrailleur, tente de dégainer une arme cachée, puis est ceinturé[6].

Gendarme et meurtrierModifier

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Pour la gendarmerie, cette arrestation est un choc. L'hypothèse de la culpabilité d'un gendarme est évoquée dès le début des meurtres, les enquêteurs trouvant que le style de ses lettres anonymes ressemble à celui des rapports de gendarmerie, mais elle est écartée sans vérification parce qu'inconcevable pour les hiérarchiques des enquêteurs.

Âgé de 23 ans en 1979, Lamare servait au PSIG (Peloton de surveillance et d'intervention) de Chantilly[1] et participait même aux enquêtes (il qualifiait par ailleurs le meurtrier de « salaud de tueur »[2]). C'était presque toujours lui le premier arrivé sur les lieux. Il est confondu par ses empreintes digitales, relevées dans les véhicules volés et avoue. La fouille de son appartement confirme les faits[1] et complète les preuves.

Après ses débuts professionnels à Clermont, dans l'Oise, Lamare s'était montré trop prompt à dégainer son arme, dans la recherche de flagrants délits au PSIG de Chantilly[9]. Ses missions plus administratives auraient déclenché le souhait de se venger de la Gendarmerie. Les huit crimes, alors récents, de Marcel Barbeault, le "tueur de Nogent", l'ont fasciné. Lamare éprouve des difficultés dans ses relations, notamment avec les femmes, ainsi que des penchants homosexuels refoulés[9]. Lamare possède un goût prononcé pour les armes à feu. Il s'adonne à la consommation excessive d'alcool. Il a volontairement laissé des traces permettant de le confondre, notamment dans le dernier véhicule volé, une Citroën CX abandonnée à Creil. Après son arrestation et ses aveux au juge d'instruction, il restera mutique.

Au total, il sera établi avec certitude qu'il a commis un meurtre et cinq tentatives de meurtres[1], ainsi que quinze vols de voitures. Il est surnommé par la presse "le tueur de l'Oise".

La nuit de l'arrestation de Lamare, un officier général lui ordonne de signer une lettre de démission « pour sauver l'honneur de l'institution ». Cet acte sera déclaré nul. Lamare perd ses droits antérieurs de gendarme d'active, car le 30 août 1979, une décision ministérielle le radie de l'état de militaire par suite d'infirmités non imputables au service[réf. nécessaire], coupant court à toute polémique sur la conservation d'un hypothétique état de gendarme, assorti du versement d'une solde.

Impact médiatiqueModifier

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L'affaire du tueur de l'Oise, qui occupait déjà les médias, connaît alors un fort retentissement médiatique. Foule et journalistes se pressent le lendemain matin à Apremont[10], Boulevard Michel Lefébure, lors de la perquisition de l'appartement de fonction de Lamare en présence de ce dernier.

L'affaire d'un gendarme meurtrier révolte et stupéfie.

Des voitures de presse prennent la suite des véhicules de gendarmerie, dans la confusion. Un accident de la route se produit, entraînant la mort d'un adolescent, Gérard Bastien[11].

Irresponsable pénalementModifier

Après une bataille d'experts psychiatres, Alain Lamare est déclaré pénalement irresponsable de ses actes[1]. Les experts attestent qu'il est atteint d'une maladie mentale rare : l'héboïdophrénie[1], une forme de schizophrénie. La Gendarmerie n'avait donc pas détecté cette maladie, que ce soit lors de son recrutement, lors de sa formation ou durant ses années de service.

En janvier 1983, un magistrat instructeur du tribunal de Senlis officialise ce constat psychiatrique en rendant une ordonnance de non-lieu. Lamare ne sera jamais jugé[1],[2]. En dépit de l'usage d'une arme personnelle pour les crimes, néanmoins fournie par un collègue, autre gendarme[12], les familles reçoivent des dommages et intérêts de la part de l'État, selon l'arrêt rendu par le Conseil d'état du 18 novembre 1988[13] en faveur des parents de Yolande Raszewski.

Lamare est interné en unité pour malades difficiles (« UMD ») au centre hospitalier spécialisé (CHS) de Sarreguemines (Moselle) jusqu'en 2011. Il rejoint ensuite un CHS de sa région natale, dans une unité EPSM (Établissement Public de Santé Mentale) fermée dans le Pas-de-Calais[14] : l'EPSM Val de Lys - Artois à Saint-Venant[15].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Yvan Stefanovitch et Martine Laroche, Un assassin au-dessus de tout soupçon, Éditions J'ai lu, série Crimes & enquêtes, 2001, 310 pages (ISBN 978-2-277-07051-1)
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles 1969-2009 (chapitre : L'affaire Alain Lamare, un assassin au-dessus de tout soupçon) pages 27 à 31, 17 avril 2009, 208 pages (ISBN 978-1-4092-7263-2)

FilmographieModifier

Documentaire téléviséModifier

Émissions radiophoniquesModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p et q « Il y a 30 ans, l'étrange cas Alain Lamare », sur courrier-picard.fr, Le Courrier picard, (consulté le 13 août 2009)
  2. a b c d e f et g « Faites entrer l'accusé: saison 2004/2005 », sur programmes.france2.fr, France 2 (consulté le 13 août 2009).
  3. Michel Pascal, 40 ans d'affaires Criminelles, Pascal Michel, , p. 27-28
  4. Bruno Fuligni, Les bourdes militaires, éditions Prisma, , p. 83
  5. Yvan Stefanovitch, Un assassin au-dessus de tout soupçon, Éditions J'ai Lu, , p. 27
  6. a et b https://books.google.es/books?id=wi7a-iyio0UC&pg=PA30&lpg=PA30&dq=alain+lamare+voiture+ministre&source=bl&ots=qmJ7Rp4MoX&sig=7rEfoVV5wZswt2Y1E5g4FJiG6Lo&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwir1r6G6MDdAhUH3xoKHecwBVc4ChDoATABegQICRAB#v=onepage&q=alain%20lamare%20voiture%20ministre&f=false
  7. https://books.google.es/books?id=5xOnCgAAQBAJ&pg=PT177&lpg=PT177&dq=alain+lamare+voiture+ministre&source=bl&ots=HWUlNkeI5V&sig=4bF3arhbVEOiti08Gizosx7UxcA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjasoXw7sDdAhUIaBoKHcHKC3I4FBDoATAAegQIARAB#v=onepage&q=alain%20lamare%20voiture%20ministre&f=false
  8. https://www.youtube.com/watch?v=r4s2Gl2vpT8
  9. a et b https://lecourrierplus.fr/non-classe/guillaume-canet-lamare-un-tueur-non-assoiffe-de-sang/
  10. https://www.youtube.com/watch?v=Qq7v41lI3os
  11. http://www.leparisien.fr/oise/vingt-cinq-ans-apres-la-mort-de-gerard-bastien-reste-une-enigme-08-04-2004-2004894211.php
  12. https://books.google.es/books?id=i-T1CAAAQBAJ&pg=PT127&lpg=PT127&dq=Alain+Lamare+Beretta&source=bl&ots=yHgJvrunxy&sig=I4Es8WCypacEEULma2Nbkuh-2WY&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjYmqzg_c3dAhWmIcAKHS0ND-Y4ChDoATAJegQIABAB#v=onepage&q=Alain%20Lamare%20Beretta&f=false
  13. https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?idTexte=CETATEXT000007757119
  14. Yvan Stefanovitch, op. cit., p. 367.
  15. http://www.lavenirdelartois.fr/a-la-une/le-tueur-de-l-oise-est-interne-dans-le-bethunois-ia672b0n135571
  16. a et b Voir sur courrier-picard.fr.
  17. Voir sur nord-pas-de-calais.france3.fr.
  18. Poker tournant, pièce écrite par Jean Thibaudeau et réalisée par Jacques Taroni. Diffusion originale sur France Culture en 1980.