Abbaye de Chelles

abbaye française
Abbaye de Chelles
Reconstitution de l'aspect extérieur du dortoir de l'abbaye de Chelles au XIIIe siècle.
Présentation
Destination initiale
lieu de prières
Construction
VIIe siècle
Religion
Propriétaire
Commune
Patrimonialité
Localisation
Département
Commune
Coordonnées
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L'abbaye de Chelles est une ancienne abbaye royale française de moniales bénédictines autrefois située à Chelles à l'est de Paris.

Histoire modifier

À Chelles, un oratoire royal dédié à saint Georges fut bâti en 538[1] dans sa villa royale, par Clotilde, épouse de Clovis[a 1].

Fondée avant 646[1] par l'épouse du roi Clovis II, sainte Bathilde, l'abbaye de Chelles reçut un soutien constant de cette reine. Elle agrandit l'oratoire de Clotilde et fit bâtir une nouvelle église consacrée à la Sainte Croix. Vers 665 elle s'y retira elle-même, et à la suite de son trépas le en 680 ou 681, y fut inhumée[2], plus précisément, dans un mausolée placé au fond de l'abside orientale de l'église Sainte-Croix[a 2].

Il est probable que l'abbaye était également soutenue par saint Éloi, l'un des conseillers les plus importants de la reine. En effet, plusieurs objets précieux de ce monastère suggéraient un lien étroit avec ce saint[a 3],[3].

L'abbaye accueille successivement plusieurs femmes de la famille carolingienne en qualité d'abbesses. Parmi elles, Helvide fait, le , retirer le sarcophage de Bathilde de l'ancienne sépulture[4]. Puis, le , en présence de l'évêque de Paris et après la célébration de la messe, les ossements de la reine sont déposés dans une chapelle nouvellement construite derrière l'autel. Sous le même règne de Louis le Pieux († 840), le culte de sainte Bathilde, célébré les et , est adopté[a 4]. La particularité de cet office se trouve dans ses répons par lesquels était félicitée la vie de sainte Bathilde selon la Vita Bathildis écrite au VIIIe siècle[a 5].

Lors de la guerre de Cent Ans et des guerres civiles sous le règne de Charles VII, les établissements religieux, comme le reste du pays, ont en général abondamment souffert matériellement et spirituellement. Fin XVe et début XVIe, un vent de réforme souffle sur eux. De 1500 à 1518 les religieuses de Chelles contribuent à réformer treize abbayes - dont celle de Notre-Dame du Val-Profond nouvellement renommée abbaye du Val-de-Grâce, l'abbaye de Montmartre à Paris, et d'autres[5].

Par une bulle du pape Innocent III (entre 1198 et 1216), l'abbaye était dorénavant directement liée au Saint-Siège. Or, cet établissement gardait encore le rapport avec la famille royale, notamment dans le domaine des célébrations[1].

En 1719, Mademoiselle d'Orléans, la fille du Régent, devient abbesse de Chelles à la place d'Agnès Charlotte de Villars, l'abbesse en titre. Mademoiselle de Chartres était en partie influencée par le jansénisme[Note 1]. Le compositeur Jean-Baptiste Morin est nommé maître de musique la même année.

Cette abbaye bénédictine de femmes a subsisté jusqu'à la Révolution française. Elle est fermée en 1792[1], puis vendue en 1796 comme bien national et détruite.

Sont encore visibles, les églises Sainte-Croix et Saint-Georges, aujourd'hui réaménagées en centre de culture contemporaine, et les vestiges du cloître intégrés à la mairie. Des documents et pièces de l'abbaye sont exposés au musée Alfred-Bonno.

L'église Saint-Georges fut édifiée aux XIe et XIIe siècles à l’emplacement du sanctuaire construit au VIe siècle, et l'église Sainte-Croix au XIIIe siècle et remaniée au XVIe siècle. Les anciens jardins de l'abbaye correspondent sensiblement à l'actuel parc du souvenir Émile Fouchard.

Les restes du cloître et les sols de l'ancienne église abbatiale ont été classés au titre des monuments historiques le alors que les églises Sainte-Croix et Saint-Georges ont été classées le [6].

Différentes fouilles archéologiques au XXe siècle ont mis au jour des fragments de sculptures provenant de l'abbaye détruite. Ils datent du XIIe siècle, certains des années 1110-1120, d'autres des alentours de 1140, et sont conservés au musée Alfred-Bono[7].

Le cloître est de nos jours intégré à l'hôtel de ville de Chelles dont la commune est le propriétaire[8].

Abbesses modifier

 
Sainte Bathilde.
 
Louise-Adelaïde d'Orléans (abbesse).
 
Anne de Clermon-Chaste de Gessans (abbesse).
  • 680-702 : Sainte Bertille de Chelles, amie de sainte Bathilde et première abbesse de Chelles[a 2].
  • 702-708 : Sigisla.
  • 708-724 : Vilcome.
  • 724-7?? : Ermengarde.
  • 7??-7?? : Clémence.
  • 7??-7?? : Asceline Ire.
  • 7??-7?? : Sybille.
  • 7??-800 : Marsillie.
  • 800-810 : Gisèle, sœur de Charlemagne[a 4].
  • 825-833 : Helvide Ire de Saxe, mère de l'impératrice Judith[a 4].
  • 833-855 : vacance.
  • 855-869 : Ermentrude d'Orléans[9].
  • 922-925 : Rothilde de Neustrie[10].
  • 925-1097 : vacance.
  • 1097-1112 : Mathilde Ire.
  • 1112-1127 : vacance.
  • 1127-1137 : Ameline Ire.
  • 1137-1156 : Mathilde II .
  • 1156-1177 : Helvide II.
  • 1177-1178 : Asceline II.
  • 1178-1190 : Marie Ire de Duny.
  • 1190-1192 : vacance.
  • Ameline II (1192-1206).
  • Marie II de Néry (1206-1208).
  • Mathilde III de Berchère (1208-1220).
  • Mathilde IV de Corbeil (1220-1222).
  • Florence (1222-1228).
  • 1228-1231 : Marguerite Ire de Néry.
  • 1231-1250 : Pétronille Ire de Mareuil.
  • 1250-1274 : Mathilde V de Nanteuil.
  • 1274-1280 : vacance.
  • 1280-1311 : Adeline Ire de Nanteuil.
  • 1311-1317 : Alice Ire de Clignet d'Otis.
  • 1317-1348 : Marguerite II de Pacy.
  • 1348-1354 : Pétronille II de Paroy.
  • 1354-1363 : Adeline II de Pacy.
  • 1363-1364 : Jeanne Ire de Soissy.
  • 1364-1368 : Agnès Ire de La Queue.
  • 1368-1379 : Jeanne II de La Forest.
  • 1379-1399 : Jeanne III de Roye.
  • 1399-1414 : Agnès II de Neufville.
  • 1414-1420 : Alice II de Thorote.
  • 1420-1429 : Marie II de Cléry.
  • 1429-1475 : Élisabeth de Pollye.
  • 1475-1504 : Catherine Ire de Lignières.
  • 1504-1507 : Jeanne IV de La Rivière.
  • 1507-1510 : Marie III de Reilhac.
  • 1510-1514 : Marie IV Cornu.
  • 1514-1518 : Catherine II Marguerite de Champrond.
  • 1518-1528 : Barbe de Tallensac.
  • 1528-1542 : Madeleine Ire des Chelles.
  • 1542-1579 : Jacqueline d'Amignon.
  • 1579-1583 : Renée de Bourbon, fille de Charles IV de Bourbon.
  • 1583-1627 : Marie V de Lorraine-Aumale.
  • 1627-1629 : Marie-Henriette de Bourbon (1609-1629)[11].
  • 1629-1671 : Madeleine II de La Porte de La Meilleraye.
  • 1671-1680 : Marguerite III Guidone de Cossé-Brissac.
  • 1680-1688 : Jeanne d'Escorailles de Roussille (1655-1688)[12].
  • 1688-1707 : Marguerite III Guidone de Cossé-Brissac, à nouveau.
  • 1707-1719 : Agnès III Charlotte de Villars.
  • 1719-1734 : Louise Adélaïde d'Orléans[13].
  • 1735-1790 : Anne de Clermont-Chaste de Gessans.

Religieuses et personnalités célèbres modifier

  • Swanahilde[a 4]
  • Thérèse-Angélique de Pasquier de Franclieu, ancienne religieuse de l'abbaye de Chelles, abbesse de l'abbaye Notre-Dame d'Yerres de 1770 à 1792, morte à Éraine hameau de Bailleul-le-Soc, le 10 décembre 1814, à l’âge de 84 ans, et inhumée à Bailleul-le-Soc (Oise).
  • Martine du Moulin, religieuse à Chelles, avant de devenir abbesse triennale de l'abbaye de Montmartre, puis de l'abbaye Notre-Dame de Gercy de 1515 à 1535, année de sa mort à l'âge de 86 ans[14],[Note 2] ; apparentée à la famille du Moulin, seigneurs de Fontenay en Brie, Servon, etc., elle gouverna jusqu'en 1535, date de sa mort, à l'âge de 86 ans. Elle avait été religieuse à l'abbaye de Chelles, avant d'être abbesse triennale à Montmartre.
  • Louise Adélaïde d'Orléans, fille du régent, abbesse de 1719 à 1734 : à l'époque, elle portait le nom de Mademoiselle d'Orléans.
  • Le compositeur Jean-Baptiste Morin y est nommé maître de musique en 1719. Il était né à Orléans en 1677 et y avait été formé.
  • Chelles. Paroisse Saint-Georges. Sépultures. 12 décembre 1762 : « Messire Pierre Ezéchiel Levasseur de Roche, prêtre du diocèse d'Orléans, Grand Chapelain de l'Église cathédrale de Meaux, et Maître de Musique de l'Abbaye royale de ce lieu [de Chelles], âgé de 54 ans quelques mois, décédé d'hier, a été inhumé dans l'église de la dite Abbaye ». Il était né à Orléans en 1708[15].

Propriétés, revenus modifier

  • Rue Saint-Hilaire puis des Carmes : trois quartiers de vigne à Saint-Hilaire vendus par l’abbesse de Chelles au Chapitre de Paris, 1179[16]

Notes et références modifier

Notes modifier

  1. Le duc de Saint-Simon écrivit d'Adélaïde d'Orléans : « Tantôt austère à l’excès, tantôt n’ayant de religieuse que l’habit, musicienne, chirurgienne, théologienne, directrice, et tout cela par sauts et par bonds, mais avec beaucoup d’esprit, toujours fatiguée et dégoûtée de ses diverses situations, incapable de persévérer en aucune, aspirante à d’autres règles et plus encore à la liberté, mais sans vouloir quitter son habit de religieuse… ». Source : Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon. Source Mémoires, Nouvelle édition par A. de Boislile, Paris, 1928, T. XXXVI, p. 200-201.
  2. Martine du Moulin (1449-1535) . Dom Antonio de Yepes de la Congrégation de Saint Vanne et saint Hidulphe, abbé de Saint-Benoit de Valladolid, dans son ouvrage : Chroniques générales de l'Ordre de Saint Benoist, traduit de l'espagnol par dom Martin Rethelois, chez J. et J.-F. Laurent, 1674, t. II, p. 698 la donne morte en 1515, alors que Lebeuf, t. XIII de son Histoire des paroisses du diocèse de Paris, doyenné du Vieux Corbeil, pages 172 et suivantes la donne mutée à Gercy.

Références modifier

  1. a b c et d Notice BnF Data.
  2. Didier Feuer et Jean d'Hendecourt, Dictionnaire des Souverains de France et de leurs épouses, p. 35-36, Pygmalion, Paris 2006.
  3. Saint Ouen (évêque de Rouen), Vie de saint Éloi, évêque de Noyon et de Tournai, précédée d'une introduction et... , traduite et annotée par l'abbé Parenty, 1870.
  4. Chelles à l'époque mérovingienne, Nadine Berthelier-Ajot, 1986
  5. Claude Fleury, Opuscules de M. l'abbé Fleury, prieur d'Argenteuil, vol. 3, Nismes, , 645 p. (présentation en ligne). Page 24.
  6. « Ancienne abbaye royale », notice no PA00086886, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  7. Danièle Johnson, « Sculptures du XIIe siècle provenant de l'abbaye de Chelles », Bulletin Monumental, vol. 153, no 1,‎ , p. 23-46 (lire en ligne).
  8. Site de la mairie Le cloître de l'abbaye royale de Chelles [1]
  9. Épouse de Charles II le Chauve.
  10. Fille de Charles II le Chauve. En 922, Charles III le Simple essaie de donner l'abbaye à son favori, le lorrain Haganon, qui mènera à une révolte de la noblesse et à la chute du roi en 923.
  11. Fille légitimée de Henri IV et de Charlotte des Essarts (Henri Vrignault, Généalogie de la maison de Bourbon, p. 173).
  12. Jean-Baptiste Bouillet, Nobiliaire d'Auvergne, 1843, voir les pages 201-203 1ère citation : Jean-Rigaud de Scorailles, comte, puis marquis de Roussille, seigneur, baron de Fontanges, de Montjoui, de Cropières et de Saint-Jouéry, servit pendant les guerres de la minorité de Louis XIV, et devint … . Il épousa, le 27 janvier 1640, Aimée-Eléonore de Plas, fille d’Annet, seigneur de Curemonte, et de Jeanne-Françoise de Robert-Lignerac, … .; à la page 203 (leurs enfants) citation  : 3° Jeanne, abbesse de l’abbaye de Chelles en 1680; … .
  13. Fille du régent Philippe d'Orléans.
  14. Jean Lebeuf, Histoire des paroisses du diocèse de Paris, doyenné du Vieux Corbeil, chez Prault, père, 1757, t. XIII, pp. 172-180 - Alexis Martin, Promenades et excursions dans les environs de Paris-Région sud, A. Hennuyer, Imprimeur-éditeur, 1896.
  15. Muséfrem-CMBV. Base de données prosopographique des musiciens d'Église en 1790. Notice : « Levasseur de Roches, Pierre-Ezéchiel ».
  16. Archives nationales (France):S//891/A

Références bibliographiques modifier

  1. p. 371.
  2. a et b p. 374.
  3. p. 384.
  4. a b c et d p. 376.
  5. p. 379 - 380.

Voir aussi modifier

Bibliographie modifier

Articles connexes modifier

Liens externes modifier