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Élections parlementaires polonaises de 2019

Élections parlementaires polonaises de 2019
460 députés de la Diète
(majorité absolue : 231 sièges)
100 membres du Sénat
(majorité absolue : 51 sièges)
Type d’élection élections parlementaires
Corps électoral et résultats
Inscrits 30 253 556
Votants 18 678 457
61,16 %  +10,2
Mateusz Morawiecki and Theresa May (cropped).jpg Droit et justice – Mateusz Morawiecki
Voix 8 051 935
43,59 %
 +6
Députés élus 235  0
Sénateurs élus 48  −13
Małgorzata Kidawa-Błońska Sejm grudzień 2015.JPG Coalition civique – Małgorzata Kidawa-Błońska
Voix 5 060 355
27,40 %
 −4,3
Députés élus 134  −32
Sénateurs élus 43  +9
Włodzimierz Czarzasty 05 (cropped).jpg Alliance de la gauche démocratique – Włodzimierz Czarzasty
Voix 2 319 946
12,56 %
 +1,4
Députés élus 49  +49
Sénateurs élus 2  +2
Władysław Kosiniak-Kamysz Sejm 2016.JPG Parti paysan polonais – Władysław Kosiniak-Kamysz
Voix 1 578 523
8,55 %
 −5,4
Députés élus 30  −28
Sénateurs élus 3  +2
Janusz Korwin-Mikke Sejm 2016.JPG KORWiN – Janusz Korwin-Mikke
Voix 1 256 953
6,81 %
 +2
Députés élus 11  +11
Sénateurs élus 0  0
Président du Conseil des ministres
Sortant
Mateusz Morawiecki
PiS

Les élections parlementaires polonaises de 2019 (en polonais : Wybory parlamentarne w Polsce w 2019 roku) se tiennent le , afin d'élire les 460 députés de la IXe législature de la Diète et les 100 sénateurs de la Xe législature du Sénat, pour un mandat de quatre ans.

Le scrutin est marqué par un taux de participation record depuis la chute du communisme, avec plus de 60 % des inscrits. Le scrutin voit le retour au Parlement des formations de centre gauche après quatre ans d'absence, ainsi que des partis d'extrême droite, exclus des assemblées depuis 2007.

Recueillant le plus important pourcentage jamais obtenu depuis le retour de la démocratie, les partis de droite rassemblés autour de Droit et justice conservent leur majorité absolue à la Diète et la perdent de peu au Sénat. Pour la deuxième fois seulement depuis 1989, une majorité sortante est reconduite.

ContexteModifier

PolitiqueModifier

Le parti conservateur Droit et justice (PiS) est majoritaire au Parlement depuis le scrutin d'octobre 2015, où il obtient 37,6 % des suffrages et 235 élus à la Diète, et 40 % et 61 sièges au Sénat. De 2015 à 2017, Beata Szydło est présidente du Conseil des ministres, à la tête d'un gouvernement comprenant également Pologne solidaire et La Pologne ensemble, alliés de PiS. Elle cède ensuite sa place à Mateusz Morawiecki. Le président de PiS, Jarosław Kaczyński, est cependant considéré comme l'homme fort du pays.

Le principal parti d'opposition est la formation libérale-conservatrice Plate-forme civique (PO), au pouvoir entre 2007 et 2015. Elle est dirigée par Grzegorz Schetyna, qui renonce — au profit de Małgorzata Kidawa-Błońska — à briguer la présidence du Conseil en cas de victoire. La PO perd la plupart des scrutins depuis son échec aux élections présidentielle et parlementaires de 2015, notamment les élections européennes de . La gauche, dont le principal parti est l'Alliance de la gauche démocratique (SLD), est absente du Parlement sortant, ce qui a constitué une première en 2015.

Durant la législature, l'exécutif est confronté à de vives tensions avec l’opposition en raison de sa réforme du système judiciaire, que le gouvernement présente comme un moyen d’écarter les magistrats nommés sous le communisme et de rendre la justice plus efficace mais que l’opposition considère comme politiquement motivée[1]. La question migratoire est également un point de dissension, PiS s’opposant aux quotas de migrants fixés par la Commission européenne et acceptés par le gouvernement précédent[2].

ÉconomiqueModifier

Au moment des élections législatives de 2019, la situation économique de la Pologne est parmi l'une des meilleures en Europe : la croissance atteint 5 % (contre environ 1,5 % pour les pays de l’Union européenne), le chômage est à 3,8 % (le taux le plus bas depuis la fin du communisme), le déficit public est stabilisé à 1,6 % du PIB et la dette publique demeure sous les 50 % du PIB. Pour freiner l’émigration et relancer la natalité, le gouvernement sortant a exonéré d'impôt les travailleurs de moins de 26 ans et augmenté les allocations familiales[3].

Droit et justice s'attire une forte popularité en menant une politique étatique et sociale visant à établir un « État-providence à la polonaise » via notamment la mise en place d'aides familiales, la gratuité des médicaments pour les plus de 75 ans, l'abaissement de l'âge de la retraite à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes, la taxation des institutions financières, la renationalisation de plusieurs banques et une politique générale favorisant le développement des entreprises polonaises, dans le contexte d'une économie passé sous contrôle étranger lors de la sortie du communisme dans les années 1990. La majorité a également réformé la TVA et fait voter des réformes contre la délinquance financière. La mise en œuvre de ces mesures permet à PiS de bénéficier d'apparaître comme un parti tenant ses engagements électoraux[1],[4].

Cette politique sociale généreuse ne s'établit pas au détriment de l'économie polonaise, qui affiche de bons indicateurs. Contrairement aux prévisions des économistes, le gouvernement propose un budget à l'équilibre pour 2020[1].

InternationalModifier

La majorité sortante est considérée comme eurosceptique, antigermanique et atlantiste. Au sein de l’Union européenne, opposée à la vision davantage fédérale défendue par Emmanuel Macron et Angela Merkel, elle participe à la relance du groupe de Visegrád (V4) afin de défendre l’« identité européenne » contre l’« islamisation » du continent et la politique migratoire libérale prônée par les pays d’Europe occidentale. En 2017, visant la réforme de la justice menée dans le pays, la Commission européenne déclenche contre la Pologne la procédure mentionnée à l’article 7 du traité sur l'Union européenne prévoyant des sanctions en cas d’atteinte aux droits fondamentaux ; ce conflit avec les institutions européennes n'a guère de conséquences sur la popularité de Droit et justice[1].

Système électoralModifier

Articles connexes : Diète de Pologne et Sénat de Pologne.

La Pologne est dotée d'un Parlement bicaméral. Celle-ci est composée d'une chambre basse, la Diète (ou Sejm), et d'une chambre haute, le Sénat. Les deux chambres sont renouvelées simultanément pour des mandats de quatre ans, selon des modes de scrutin différents.

La Diète est dotée de 460 sièges pourvus au scrutin proportionnel plurinominal dans 41 circonscriptions électorales de 7 à 19 sièges en fonction de leur population. Les électeurs votent pour des candidats dans leur circonscription, et un vote pour un candidat équivaut à un vote pour le parti auquel il est affilié. Une fois le décompte des voix effectué, les sièges sont répartis à tous les partis ayant franchi le seuil électoral de 5 % des votes valides (8 % pour les coalitions) en proportion de leurs résultats en voix au niveau national, selon une version modifiée de la méthode de Sainte-Laguë. Les partis répartissent ensuite les sièges qu'ils ont obtenus à ceux de leurs candidats ayant individuellement recueilli le plus de suffrages[5]. La minorité allemande est exceptionnellement exemptée de seuil électoral. Par ailleurs, les listes présentées par les partis doivent obligatoirement comporter un minimum de 35 % de chacun des deux sexes.

Le Sénat est quant à lui doté de 100 sièges pourvus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions[6].

Forces en présenceModifier

Les partis politiques se réunissent en 2019 en plusieurs coalitions, dont seule la Coalition civique prend la forme d'une coalition officielle au regard de la loi électorale polonaise, et se trouve par conséquent soumise au seuil électoral relevé à 8 %. Les autres coalitions, officieuses, consistent en des listes communes de candidats sous le nom d'un seul parti et sont donc soumises au seuil de base de 5 % des suffrages exprimés.

Principaux partis et coalitions
Coalition Parti Idéologie et positionnement Chef de file Résultats en 2015
Droit et justice
Droite unie (ZP)[a]
Droit et justice (PiS) Droite
National-conservatisme, conservatisme social
Jarosław Kaczyński 37,58 % des voix
235 députés
61 sénateurs
Alliance de Jarosław Gowin (PJG) Centre droit
Libéral-conservatisme, démocratie chrétienne
Jarosław Gowin
Pologne solidaire (SP) Droite
Solidarisme, national-conservatisme
Zbigniew Ziobro
Parti républicain Droite
Républicanisme, conservatisme
Anna Siarkowska
Parti populaire polonais « Piast » (en) Centre droit
Agrarisme, démocratie chrétienne
Zdzisław Podkański
Coalition civique (KO) Plate-forme civique (PO) Centre
Centrisme, libéralisme
Grzegorz Schetyna 24,09 % des voix
138 députés
34 sénateurs
.Moderne (.N) Centre
Libéralisme, libéralisme économique
Katarzyna Lubanuer 7,60 % des voix
28 députés
0 sénateur
Initiative polonaise (IPl) Centre gauche
Progressisme, féminisme
Barbara Nowacka
Les Verts Gauche
Écologie politique, progressisme
Marek Kossakowski
Mouvement pour l'autonomie de la Silésie (RAŚ) Centre
Localisme, autonomisme
Jerzy Gorzelik
Parti paysan polonais
Coalition polonaise (KP)[b]
Parti paysan polonais (PSL) Centre
Agrarisme, démocratie chrétienne
Władysław Kosiniak-Kamysz 5,13 % des voix
16 députés
1 sénateur
Kukiz'15 (K'15) Centre droit
Populisme, démocratie directe
Paweł Kukiz 8,81 % des voix
42 députés
0 sénateur
Union des démocrates européens (UED) Centre
Centrisme, social-libéralisme
Elżbieta Bińczycka
Parti démocratique (SD) Centre
Libéralisme, social-libéralisme
Paweł Piskorski
Silésiens ensemble (en) (ŚR) Centre
Localisme, autonomisme
Leon Swaczyna
Alliance de la gauche
démocratique

La Gauche (Lewica)[c]
Alliance de la gauche démocratique (SLD) Centre gauche
Social-démocratie, troisième voie
Włodzimierz Czarzasty
Printemps (Wiosna) Centre gauche à gauche
Social-démocratie, progressisme
Robert Biedroń
Ensemble (Razem) Gauche
Socialisme démocratique, populisme de gauche
Adrian Zandberg 3,62 % des voix
0 député
0 sénateur
Confédération (en)[d] KORWiN Droite
Paléo-libertarianisme, laissez-faire
Janusz Korwin-Mikke 4,76 % des voix
0 député
0 sénateur
Mouvement national (RN) Extrême droite
Nationalisme, anti-mondialisme
Robert Winnicki
Confédération de la couronne polonaise (Korona) Extrême droite
Monarchisme, traditionalisme
Grzegorz Braun
Union des familles chrétiennes (ZChR) Droite
Droite chrétienne, conservatisme sociétal
Bogusław Rogalski
Parti des chauffeurs Centre
Populisme, Anti-bureaucratie
Lech Kędzierski
Ligue nationale Droite
Démocratie nationale, Nationalisme polonais
Zbigniew Lipiński

CampagneModifier

Les principaux thèmes de campagne de Droit et justice sont le renforcement de l'État-providence (promesse d'une nouvelle allocation familiale et d’une hausse du salaire minimum), la baisse du niveau des prélèvements obligatoires et la consolidation de sa réforme controversée du système judiciaire visant à mettre un terme à la « politisation des juges »[7],[8].

La thématique des droits LGBT est au cœur de la campagne. La majorité sortante refuse un renforcement de ces droits, considérant qu'il s'agirait d'une menace pour les familles et valeurs traditionnelles polonaises. Robert Biedroń, dirigeant du parti Printemps, ouvertement homosexuel, est le principal défenseur de cette cause[1].

SondagesModifier

RésultatsModifier

DièteModifier

Résultats des législatives polonaises de 2019[9]
 
Parti Voix % +/- Sièges +/-
Droit et justice 8 051 935 43,59   6,01 199   18
Alliance de Jarosław Gowin 18   10[e]
Pologne solidaire 17   8
Parti républicain 1  
Parti populaire polonais « Piast » 0  
Total Droite unie 235  
Plate-forme civique 5 060 355 27,40   4,29 119   19
.Moderne 8   20
Initiative polonaise 4   4
Les Verts 3   3
Mouvement pour l'autonomie de la Silésie 0  
Total Coalition civique 134   32
Alliance de la gauche démocratique 2 319 946 12,56   1,39 24   24
Printemps 19   19
Ensemble 6   6
Total La Gauche 49   49
Parti paysan polonais 1 578 523 8,55   5,39 23   7
Kukiz'15 6   36
Union des démocrates européens 1   1
Parti démocratique 0  
Silésiens ensemble 0  
Total Coalition polonaise 30   28
KORWiN 1 256 953 6,81   1,97 5   5
Mouvement national 5   5
Confédération de la couronne polonaise 1   1
Union des familles chrétiennes 0  
Parti des chauffeurs 0  
Ligue nationale 0  
Total Confédération 11   11
Coalition pour des gouvernements locaux 144 773 0,78   0,68 0  
Minorité allemande 32 094 0,17   0,01 1  
Efficace 18 918 0,10   0,10 0   1
Action des retraités déçus 5 448 0,03   0,03 0  
Droite de la République 1 765 0,01   0,01 0   1
Suffrages exprimés 18 470 710 98,89
Votes blancs et invalides 207 747 1,11
Total 18 678 457 100 - 460  
Abstentions 11 575 099 38,26
Inscrits / participation 30 253 556 61,74


SénatModifier

Résultats des élections sénatoriales polonaises de 2019[9]
 
Parti Voix % +/- Sièges +/-
Droit et justice 8 110 193 44,56
Alliance de Jarosław Gowin
Pologne solidaire
Parti républicain
Parti populaire polonais « Piast »
Total Droite unie 48   13
Plate-forme civique 6 490 306 35,66
.Moderne
Initiative polonaise
Les Verts
Mouvement pour l'autonomie de la Silésie
Total Coalition civique 43   9
Parti paysan polonais 1 041 909 5,72
Union des démocrates européens
Parti démocratique
Silésiens ensemble
Total Coalition polonaise 3   2
Alliance de la gauche démocratique 415 745 2,28
Printemps
Ensemble
Total La Gauche 2   2
KORWiN 144 124 0,79 0
Mouvement national 0
Confédération de la couronne polonaise 0
Union des familles chrétiennes 0
Parti des chauffeurs 0
Ligue nationale 0
Total Confédération 0
Autres partis 1 511 672 8,31 - 0 -
Indépendants 187 014 1,03 - 4  
Suffrages exprimés 18 201 348 97,45
Votes blancs et invalides 476 582 2,55
Total 18 677 930 100 - 100  
Abstentions 11 575 626 38,26
Inscrits / participation 30 253 556 61,74

AnalyseModifier

Il s’agit de la deuxième fois depuis la chute du communisme qu’une majorité sortante est reconduite. Le pourcentage obtenu par PiS est aussi le plus important jamais obtenu depuis le retour de la démocratie[1]. Cependant, l'entrée au Parlement de la gauche et de l’extrême droite l'empêche de progresser en nombre de sièges.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le parti Droit et justice rassemble ces partis dans une liste commune sous son étiquette, l'alliance de partis faisant campagne sous le nom officieux de Droite unie
  2. Cette coalition informelle, baptisée d'abord Coalition polonaise, réunit finalement ses composantes sous l'étiquette du Parti paysan polonais
  3. Cette coalition informelle, appelée officieusement La Gauche, réunit ses composantes sous l'étiquette de l'Alliance de la gauche démocratique
  4. Cette coalition informelle réunit ses composantes sous l'étiquette de la Confédération liberté et indépendance
  5. Par rapport au résultat de La Pologne ensemble.

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f (en) « Poland election: Ruling Law and Justice party claims victory », sur bbc.co.uk, (consulté le 14 octobre 2019).
  2. Michał Strzałkowski, « La Pologne persiste sur la voie de l'Europe forteresse », sur www.euractiv.fr, (consulté le 14 octobre 2019).
  3. « La Pologne se rêve en grand », sur la-croix.com, (consulté le 7 octobre 2019).
  4. Max-Erwann Gastineau, « Élections législatives en Pologne: faut-il avoir peur du PiS ? », sur lefigaro.fr, (consulté le 12 octobre 2019)
  5. « IPU PARLINE database: POLOGNE (Sejm), Texte intégral », sur archive.ipu.org (consulté le 3 septembre 2019).
  6. « IPU PARLINE database: POLOGNE (Senat), Texte intégral », sur archive.ipu.org (consulté le 3 septembre 2019).
  7. « En Pologne, le PiS veut amplifier sa réforme judiciaire », sur lemonde.fr, (consulté le 7 octobre 2019).
  8. Fabien Cazenave, « Élections en Pologne : les ultraconservateurs du PiS conservent la majorité absolue », sur ouest-france.fr, (consulté le 13 octobre 2019).
  9. a et b (pl) « Wybory do Sejmu i Senatu Rzeczypospolitej Polskiej 2019 r. », sur wybory.gov.pl (consulté le 14 octobre 2019)