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Teke (peuple)

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Teke
Description de cette image, également commentée ci-après
Un Makoko de Mbé (roi des Teke), peu avant 1907.

Populations significatives par région
Population totale 800 000
Autres
Langues Langues teke
Religions Catholique
Ethnies liées Kongos, Yakas, Sukus

Les Teke - ou Tékés[1] - forment une population bantoue d'Afrique centrale partagée entre l'ouest de la République démocratique du Congo, le sud de la République du Congo et, minoritairement, le sud-est du Gabon. Le terme bateke désigne « le peuple des Teke », le préfixe ba étant le signe du pluriel.

EthnonymieModifier

Selon les sources et le contexte, on observe de multiples variantes : Anzicana, Anzichi, Anzicho, Anzika, Anzique, Ateo, Baketi, Bateke, Ba-Teke, Batékés, Tege, Tékés, Téo, Téré, Tio, Tsio, Tyo[2].

Les Tékés étaient autrefois connus sous le nom d'« Anzico »[3]. Ce nom apparaît en 1535 dans les titres revendiqués par Alphonse Ier du Kongo[4]. Le terme serait une désignation péjorative employée par les Bakongos et signifiant « petits »[3], en référence aux Pygmées auxquels les Teke se sont mêlés en se répandant sur l'ancien territoire de ceux-là. De nombreuses autres hypothèses sur l'étymologie d'Anzico ont été émises par divers auteurs sans être plus satisfaisantes.

Ils sont souvent appelés aujourd'hui « Téké » (« Batéké » en kikongo) ou « Teke » selon l’orthographe africaniste. D'une façon comparable à l'ethnonyme « Dioula » en Côte d'Ivoire, le terme signifie ou a pris en kituba la signification de « commerçants ».

Groupes Téké : Aboma, Akaniki, Foumou, Houm ou Woum, Koukouya, Lali, Mbembé, Ndzikou, Mfinou, Ndzinzali, Ngoungoulou, Nguengué, Tégué, Tié, Tsayi, Tswar[5].

LanguesModifier

Ils parlent les langues teke[6], qui sont des langues bantoues.

On peut distinguer une quinzaine de dialectes teke mutuellement intercompréhensibles[7] ː ibali (sur la rive droite du fleuve Congo), ifuumu (Brazzaville nord), iwuumu (nord-ouest de Brazzaville, Pool), ilaali (Bouenza), iyaa (situé entre le Kibembé et le Ilaali, Lékoumou), etsyee, gecaayi ou tsaayi (district de Bambama. En fait on les trouve à Mossendjo), ityoo (Kingoué et Kindamba), iboô (Boma, Plateaux), inzinzyu (ou nzikou de Djambala), kiküwä (koukouya de Lékana, Plateaux), engungwel (ngangoulou de Gamboma, Plateaux), keteye (Teke-Kaki et Njinjini), keteye, ngu ngwoni (Brazzaville sud), nci ncege (Baboma ou Mbô, Djambala sur l’axe Abala-Djambala), tee (Boundji, Ewo et Okoyo, Abala). Ces derniers sont les Teke-Alima (de part et d’autre de l’Alima).

PopulationModifier

HistoireModifier

ArchéologieModifier

Avec la formation d'une nouvelle emprise de la forêt sous un climat devenu chaud et humide (plus humide qu'actuellement) en Afrique centrale, vers 12 000-10 000 ans BP, de la fin du Pléistocène, sec, au début de l'Holocène, humide, une nouvelle industrie lithique apparaît : le tshitolien[8]. Ceci n'implique pas un phénomène uniforme et régulier, mais de fortes variations et des adaptations locales en conséquence. N'ont subsistées que quelques traces des anciens habitants chasseurs-collecteurs, et leurs outils marquent peu de différences avec ceux de la fin du Pléistocène, de l'industrie Lupemban (en). Localement, les assemblages du Nord-ouest de la zone sont proches de ceux trouvés en Afrique de l'Ouest, il en est de même au Sud avec des populations situées plus au Sud. Le Tshitolien, à dominance de microlithes, recouvre une grande partie du Congo et certaines zones du Gabon (le plateau des Batéké), ainsi qu'à l'Ouest de la RDC, et au nord-ouest de l'Angola. Ce sont des chasseurs-collecteurs à large spectre, et mobiles. Les populations du tshitolien vont laisser des traces de leur activité en pays téké pendant 10 000 ans[9].

Dans les temps qui suivent 7000 BP, à la frontière sud-est du Nigéria avec le Cameroun apparaissent la poterie, des meules et la preuve de consommation de fruits du Canarium schweinfurthii (élémi, ou élémier), ainsi que de grands bifaces non tshitoliens et des outils de pierre polie (avec des microlithes). Plus tard, ces outils seront utilisés pour défricher et pour le jardinage. Cet ensemble va dominer toute la région pendant les quatre millénaires suivants, tandis que des plantes semi-domestiquées, comme le palmier à huile, vont être abondamment utilisées. On en déduit que ces populations seront moins mobiles, plus sédentaires et plus agriculteurs, tandis qu'un peu moins chasseurs-collecteurs. La banane et le millet, pourtant originaires d'Extrême-orient, apparaissent dans des fosses, à l'ouest du Gabon et au sud-ouest du Cameroun. Leur dispersion vers le Sud est probablement à associer avec la diffusion des langues bantoues. Une période climatique sèche intervient entre 3 500 et 2 000 ans BP dans le Grassland (Cameroun)[10]. Cet épisode, joint à une surpopulation, pourrait avoir déterminé la migration bantoue, depuis le Grassland, de ces populations de cultivateurs avec céramique possédant, pour certaines, la technologie du fer - apparue au plus tard vers 2150 BP, et venue du Nigéria (culture Nok) ; c'est d'ailleurs de Nok que proviendraient les décors à la roulette que l'on rencontre dès cette époque sur les céramiques. Le retour des populations dans le Grassland aurait limité la reforestation, l'épisode sec passé[11]. Les plateaux Batéké auraient, peut-être, traversé une séquence semblable qui expliquerait son aspect actuel.

Sur le plateau téké, la sidérurgie se généralise aux premiers siècles de notre ère. Outils agricoles, flèches et armes emploient le fer. On lui donne une valeur symbolique, entre autre, dans le culte des morts. Puis aux alentours de l'an 1 000 cette activité augmente nettement. On emploie des bas fourneaux à réduction directe dans des cuvettes creusées à même le sol. On activait la combustion par un ensemble composé de petits soufflets et de tuyères en terre cuite. Un fourneau, à usage unique, permettait de produire quelques kilos de métal. Les déchets pouvaient être entreposés en monticules de scories, dont certains correspondent à l'extraction de plusieurs tonnes de fer[12].

Histoire ancienneModifier

Article détaillé : Royaume Tio.

Selon les mythes fondateurs, les Téké descendent de Nguunu, ancêtre de la plupart des populations du sud Congo.

Au XVe siècle, les Téké sont établis[13] dans la savane sur la rive droite du fleuve Congo. Ils tirent à cette époque leur richesse d'importants gisements de cuivre comme celui de Mindouli. Ils ont des contacts avec les Portugais qui explorent la région côtière à partir du XVIe siècle. Ils subissent les assauts de l'empire Congo attiré par cette source de profits et soutenu par le Portugal. Un peuplement à l'origine du royaume de Loango les chasse vers l'intérieur du territoire.

Successeurs des pygmées dans l'occupation de l'intérieur de l'actuel Congo-Brazzaville, ils s'émancipent du Manikongo vers 1620 et fondent à leur tour le grand royaume Tio. Une rivalité s'instaure avec le Kongo qui dominait précédemment ce territoire, alors appelé Anzico. Le roi est appelé mikoko ou Makoko par les Européens, tandis que l'État est appelé le Royaume de Anzique et les habitants les Anzicains

Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, le royaume Téké est impliqué dans le commerce triangulaire entre Afrique, Europe et colonies européennes d'Amérique et la traite d'esclaves[14].

Histoire moderneModifier

Le 3 octobre 1880 à Mbé, capitale de son royaume, le Makoko Illoy Ier conclut avec l'explorateur Pierre Savorgnan de Brazza, agissant pour le compte de la France, un traité, dit « Traité Makoko », au terme duquel il place son royaume sous la protection de la France. Le traité autorise l'établissement à Nkuna, renommé Brazzaville, soit à cinq cents kilomètres de la dernière station française, d'un poste qui sera gardé pendant des années par un unique sergent, le Sénégalais Malamine Kamara[15].

De 1913 à 1920 la guerre de l'impôt dans les monts du Chaillu a manqué d'anéantir, dans le même temps, le groupe des Téké Tsayi[16] et le peuple Nzebi, au Gabon et au Moyen Congo.

CultureModifier

ArtModifier

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Notes et référencesModifier

  1. Encyclopédie Larousse
  2. Source RAMEAU, BnF [1]
  3. a et b Th. Simar, Le Congo au XVIe siècle d'après la relation de Lopez-Pigafetta, p. 79 & sq., Simonetti, Bruxelles, 1919
  4. L. Jadin & M. Dicorati, La correspondence du roi Alphonse Ier du Kongo, Bruxelles, 1978.
  5. Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 15 non paginée
  6. « Langues teke », sur idref.fr
  7. Jean-Pierre Missié, « Ethnicité et territorialité », Cahiers d’études africaines, no 192,‎ , p. 835-864 (lire en ligne, consulté le 3 octobre 2018).
  8. (en) Karen Lupo, Chris Kiahtipes et A. Jean-Paul Ndanga, « On Late Holocene Population Interactions in the Northwestern Congo Basin : When, how and why does the ethnographic pattern begin ? », sur academia.edu, 2013 env. (consulté le 17 novembre 2019). Voir aussi : (en) Peter N. Peregrine (ed.), Scott MacEachern et al., Encyclopedia of prehistory, vol. 1, Elsevier, , 28 cm. (9 vol.) (ISBN 0-306-46255-9, lire en ligne), « Central africa : Forageres, farmers and metallurgists », p. 278-286.
  9. Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 43 et Raymond Lanfranchi, Dominique Schwartz (ed.) et P. de Maret, Paysages quaternaires de l'Afrique centrale atlantique, Éd. de l'ORSTOM, (lire en ligne), « Le "Néolithique" et l'âge du fer ancien dans le sud-ouest de l'Afrique Centrale ».
  10. Lupo (et al.), 2013 env. et Alain Froment, Jean Guffroy (dir.) et Philippe Lavachery, Peuplements anciens et actuels des forêts tropicales (1998), IRD éd., , 358 p., 24 cm (ISBN 2-7099-1534-0, lire en ligne), « À la lisière de la forêt 10 000 ans d’interactions entre l’homme et l’environnement dans les Grassfields (Cameroun) »
  11. Philippe Lavachery, 2003
  12. Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 43
  13. Ils y sont établis depuis cinq siècles et plus : Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 42
  14. Isidore Ndaywel, Esclavage et traite : pourquoi les Noirs et non les autres ?, Le Potentiel.
  15. J.-C. Rufin, Un explorateur de légende, in Aventuriers du monde - Les archives des explorateurs français - 1827-1914., p. 117, L'Iconoclaste, Paris, 2013 (ISBN 978-2-91336-660-2).
  16. Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 15 non paginée, Voir aussi Marie-Claude Dupré, « La guerre de l'impôt dans les monts du Chaillu. Gabon, Moyen Congo (1909-1920) », Outre-Mers. Revue d'histoire, no 300,‎ , p. 409-423 (lire en ligne, consulté le 18 novembre 2019)
  17. Musée de l'Homme. Il s'agit d'une variante réalisée pour un français et qui ne peut être porté (Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 258). Un masque du Congo, « qui provient des franges méridionales du pays téké » (Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 256-257) est conservé au musée ethnographique de Stockholm, probablement collecté en 1908. [2], inv. 1954.01.1448 :: mask
  18. Musée du Quai Branly. Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 172-173 : Téké du fleuve, rive droite du fleuve Congo, avant 1887.
  19. Musée africain de l'île d'Aix
  20. National Museum of African Art : notice du musée
  21. a et b Musée royal de l'Afrique centrale
  22. Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau, 1998, p. 222-223
  23. Musée royal de l'Ontario
  24. Musée du Quai Branly

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Hubert Deschamps, Traditions orales et archives au Gabon. Contribution à l'ethno-histoire, Paris, Berger-Levrault, , 172 p., 23 cm. (lire en ligne), p. 61-64, l'article « Téké »
  • Marie-Claude Dupré et Étienne Fléau (catalogue d'exposition : Paris, Musée national des arts d'Afrique et d'Océanie, 30 septembre 1998-4 janvier 1999), Batéké : peintres et sculpteurs d'Afrique centrale, Paris : Réunion des Musées nationaux, , 300 p., 28 cm. [ill. en noir et en coul. Bibliographie] (ISBN 2-7118-3567-7). Communiqué de presse: [3]
  • Marie-Claude Dupré et Bruno Pinçon, Métallurgie et politique en Afrique centrale : deux mille ans de vestiges sur les plateaux Batéké, Gabon, Congo, Zaïre, Éd. Karthala, , 266 p., 24 cm. (ISBN 2-86537-717-2)
  • Semaine d'études ethno-pastorales, L'organisation sociale et politique chez les Yansi, Teke et Boma : rapports et compte rendu de la IVe Semaine d'études ethno-pastorales, Bandundu (Zaïre), Centre d'études ethnologiques, , 194 p., 26 cm.
  • Raoul Lehuard, « Statuaire du Stanley-Pool : contribution à l'étude des arts et techniques des peuples téké, lari, bembé, sundi et bwendé de la République populaire du Congo », Arts d'Afrique noire,‎ , p. 184.
  • Ebiatsa-Hopiel-Opiele, Les Teke, peuples et nation, Montpellier : Ebiatsa-Hopiel, , 81 p., 21 cm. (ISBN 2-9501472-1-6, lire en ligne)
  • Eugénie Mouayini Opou, Le royaume Téké, L'Harmattan, Paris, (réimpr. 2013), 151 p., 22 cm (ISBN 2-7475-8541-7)
  • Eugénie Mouayini Opou, La reine Ngalifourou, souveraine des Téké : dernière souveraine d'Afrique noire, L'Harmattan, Paris, , 238 p., 22 cm (ISBN 9782296013100)
  • Alain Roger (thèse), L'art Téké, analyse ethno-morphologique de la statuaire, Université de Paris 7, (réimpr. 1993, Lille : Atelier national de Reproduction des Thèses, microfiches), 335 p.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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