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Suffragant signifie littéralement qui participe au suffrage et désigne dans le vocabulaire chrétien un pasteur qui agit non pas de sa propre autorité mais de celle de l'assemblée qu'il représente, pour les catholiques le chapitre métropolitain. L'adjectif sert à préciser, dans la hiérarchie religieuse, qui ou quoi dépend de qui ou de quoi.

Dans les églises réformées et luthériennesModifier

Est suffragant la personne qui exerce un ministère pastoral par délégation. En pratique, les suffragants sont les pasteurs en fin d'étude, en stage dans une église locale et qui n'ont pas encore reçu de mandat.

Dans les Églises épiscopaliennes et l'Église catholique romaineModifier

Dans l'Église catholique romaine, un suffragant est un évêque, diocésain ou non, qui dirige l'administration d'un diocèse sous la supervision de son archevêque, ce qui est la règle normale. Le terme s'applique par extension au diocèse d'un évêque suffragant. Un diocèse suffragant est dirigé indirectement par un évêque métropolitain au sein d'une province ecclésiastique, dont celui-ci est l'archevêque.

La distinction entre les métropolitains et suffragants est aujourd'hui, en pratique, d'une importance limitée. Les deux sont le plus souvent des évêques diocésains possédant une juridiction ordinaire sur leur siège épiscopal. Le métropolitain n'a que peu de responsabilités sur les suffragants de sa province et ne possède aucune autorité directe sur les fidèles en dehors de son diocèse[1],[2].

Il n'en a pas toujours été ainsi et par le passé la lutte de pouvoirs entre sièges épiscopaux a donné selon les circonstances plus ou moins d'autorité aux conciles métropolitains sur des suffragants à la tête d’évêchés plus ou moins convoités.

L'évêque de Léon par exemple, quoique devenu formellement suffragant de l'archidiocèse de Tours en 1199, cultivait l'indépendance reconnue en 1076, après plus de deux siècles d'un schisme provoquée par le roi de Bretagne Salomon. Comme tous les diocèses de Bretagne, il échappait au contrôle du coadjuteur métropolitain par la loi dite de l'alternative[3], les nominations échéant alternativement tous les six mois au Pape puis à l'évêque. En outre le chapitre épiscopal, tenu par de riches chanoines prébendés, a en même temps que celui du Trégor, mis en place à la fin du XIIIe siècle une organisation en accord avec la Curie donnant à celle-ci seule le pouvoir de révoquer les recteurs[4]. En pratique, cela revenait, entre nominations et révocations, à donner les pleins pouvoirs à l'évêque, par ailleurs comte souverain dont le principal vassal, Rohan à partir de 1372, ne rend après 1549 plus hommage qu'à lui et à l'Empereur. La Curie ne perdait en effet pas son temps dans des détails et ne désavouait jamais son allié direct. Les manœuvres de Richelieu rompent en 1640 cette habitude en faisant révoquer par la Curie, sans passer par l'archevêque, Mgr René de Rieux, trop proche de la Reine mère et du parti dévot, mais c'est un tel scandale que le remplaçant, Mgr Robert Cupif, doit remettre le Léon huit ans plus tard à Mgr de Rieux, obtenant en compensation une quasi sinécure à Dol.

Inversement, le suffragant de Paris présidait un diocèse devenu au Bas Moyen Âge plus important que celui de son archevêque, l'évêque de Sens, mais c'est bien le chapitre épiscopal de Sens, comme dans n'importe quelle province ecclésiastique, qui, à période régulière ou extraordinaire, contrôlait, validait voire censurait l'administration tant du clergé que du temporel de Paris. Il se réunissait pour cela dans un des plus riches palais de la capitale, l'hôtel de Sens. Cette situation était héritée de l'administration celtique puis gallo romaine qui faisait des Parisiens une fraction de la Sénonaise. Dès le débit du XIVe siècle, elle parait insupportable au chapitre cathédral de Paris[5]. Chaque inspection déléguée par l'archevêque donne en effet lieu au paiement d'un impôt, le droit de visite, qui se double, même en l'absence de délégation, du défraiement de toute la cour qui se déplace en cette occasion, le droit de procuration[6]. Après plusieurs arbitrages, qui ne font pas cesser les refus inopinés d'ouvrir certaines portes, le le Parlement de Paris donne raison à l'évêque[5], décision contestée par une succession d'appels au Pape jusqu'à ce que Clément VII en février 1405, après un siècle de querelle procédurière, confirme une bulle de 1383 et exempte l'évêché de la visite métropolitaine moyennant un dédommagement correspondant au droit de procuration[7]. Ce n'est qu'en 1622 que le pape Grégoire XV, un mois et demi avant de conférer la pourpre cardinalice à Richelieu, accepte d'ériger le diocèse de Paris en archevêché.

Certains évêchés sont des évêchés non suffragants par circonstances, tel celui de Trieste de 1807 à 1828. D'autres, qualifiés d'exempts, ne le sont pas non plus par résolutions, tel celui de Catane jusqu'à son élévation au rang d'archidiocèse, en 1859, ou celui de Plaisance (it), qui dépendit directement du Saint Siège de 1155 à 1976. Certains archevêchés, tel celui d'Aix, sont suffragants d'un autre. Certains évêques, tel le vicaire général de Trèves de 1714 à 1729 Johann Mathias von Eys, sont suffragants sans être diocésains.

SourcesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Suffragan_bishop » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) Charles George Herbermann, The Catholic Encyclopedia : An International Work of Reference on the Constitution, Doctrine, Discipline, and History of the Catholic Church, vol. 10, The Encyclopedia Press, (présentation en ligne), p. 244–245
  2. « Canons 435-436 » [html], Libreria Editrice Vaticana (consulté le 8 janvier 2014)
  3. L. Kerbiriou, La Cité de Léon, p. 93, Imprimerie Cornouaillaise, Quimper, 1947.
  4. L. Kerbiriou, La Cité de Léon, p. 47, Imprimerie Cornouaillaise, Quimper, 1947.
  5. a et b P. C. Timbal, « Les visites canoniques dans le diocèse de Paris », in Notre-Dame de Paris. Huitième Centenaire., p. 81, Vrin, Paris, 1967 (ISBN 9782711641147).
  6. P. C. Timbal, « Les visites canoniques dans le diocèse de Paris », in Notre-Dame de Paris. Huitième Centenaire., p. 76, Vrin, Paris, 1967 (ISBN 9782711641147).
  7. P. C. Timbal, « Les visites canoniques dans le diocèse de Paris », in Notre-Dame de Paris. Huitième Centenaire., p. 82, Vrin, Paris, 1967 (ISBN 9782711641147).