Sophie Gay

autrice française

Marie Françoise Sophie Nichault de la Valette, épouse Lottier puis Gay, née le à Paris où elle est morte le , est une écrivaine, compositrice et salonnière française.

Sophie Gay
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Marie Françoise Sophie Nichault de la Valette, épouse Gay dessinée par Jean-Baptiste Isabey.
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
Marie Françoise Sophie Nichault de la ValetteVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Marie Françoise Sophie Nichault de la ValetteVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
Sophie Gay, Sophie de La Valette, Sophie Liottier, baron PergamiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Conjoints
Gaspard Liottier (d)
Jean Sigismond Gay (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Propriétaire de
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Prononciation
Œuvres principales

BiographieModifier

Marie Françoise Sophie Nichault de la Valette est la fille de la Florentine Francesca Peretti[n 1] et d'Auguste Antoine Nichault de La Vallette, homme de finances attaché à la maison de Monsieur[1].

Elle a été très tôt au contact de la littérature puisqu’elle a été élevée en pension chez Jeanne-Marie Leprince de Beaumont[2], l’auteure, entre autres, de la Belle et la Bête, où se trouvait également Claire de Duras, future auteure d’Ourika. À deux ans, son père, amateur des lettres, l’avait présentée à Voltaire, qui l’avait embrassée au front[1]. La position de celui-ci lui a permis d’être au contact de personnalités comme le vicomte de Ségur, Vergennes, le chevalier de Boufflers et Alexandre de Lameth[3].

 
Jean Sigismond Gay

Mariée, en 1793, au courtier Gaspard Liottier, elle a divorcé en 1799, peu avant de se remarier avec Jean Sigismond Gay (1768-1822), baron de Lupigny, originaire d'Aix en Savoie et associé d’une maison de banque, devenu, sous l’Empire, receveur-général du département de la Roer[4]. Cette union lui ayant permis d’être en étroite relation avec nombre de personnalités distinguées, elle se trouva, pendant son séjour à Aix-la-Chapelle, en relation avec la plus haute société réunie aux eaux de Spa, et particulièrement avec Pauline Bonaparte, avec qui elle s’est liée d’amitié[n 2].

Son salon finit par être fréquenté par tous les écrivains, musiciens, acteurs et peintres distingués de son temps, attirés par sa beauté, sa vivacité et ses nombreuses qualités[3]. Parmi les habitués on remarquait tous les beaux de la littérature et du monde, Benjamin Constant, le duc de Broglie, M. de Pontécoulant, Chateaubriand, le duc de Choiseul, M. de Lamoignon, le duc de Léri, Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély, Népomucène Lemercier, le comte de Forbin, le comte Perrégaux, le comte Germain, Étienne de Jouy, Dupaty, Alexandre Duval[1]. Également actrice[n 3], à la fête d’Alexandre Duval, elle a joué une comédie impromptue, dont les acteurs étaient Boïeldieu, le prince de Chimay, la Grassini, d’Alvimare et Talma en personne. Parmi les habituées de son salon, on remarquait Thérésa Tallien, Juliette Récamier, madame Pellaprat, la marquise de Custine, madame Regnaud de Saint-Jean d’Angély, madame de Barral[n 4] et sa cousine, madame de Grécourt[1].

En , elle entre en littérature avec un premier roman Laure d’Estell, publié sans nom d’auteur, par Mme***, sur l’avis du chevalier de Boufflers et du vicomte de Ségur.

Le (dimanche 3 pluviôse an XI), elle prend la plume pour défendre, dans une Lettre d’une mère à sa fille insérée dans le Journal de Paris, le roman Delphine de Germaine de Staël, qui remettait en question la sainteté du mariage louée dans le Génie du christianisme de Chateaubriand[n 5]. Lettre fictionnelle dans laquelle elle déconseille à sa fille de publier un roman car « …dans le siècle où nous vivons ce ne sont plus les livres que l’on critique ce sont les personnes que l’on déchire », « demain l’on sauroit dans tout Paris, & bientôt dans les départemens, si vous êtes grasse, forte, enluminée de santé, ou passionnée, si vous êtes d’une famille de robe ou de finance… ».

Elle faisait aussi des couplets, composait des romances, paroles et musique, dont Mœris, qui a eu un grand succès. Ayant reçu des leçons de Méhul, elle accompagnait. Elle jouait aussi de la harpe, et Garat ne voulait être accompagné que par elle[3].

 
Portrait par Louis Hersent en 1824.

Dix ans après son premier roman, en 1813, elle publie Léonie de Montbreuse, avec les deux initiales de son nom, il est considéré par Sainte-Beuve comme son meilleur roman[5]. Mais Anatole (), histoire des amours d’un sourd-muet, jouit peut-être d’une réputation plus élevée[n 6]. Sous la Restauration, elle a continué d’écrire. En 1817, elle a publié le premier volume du Valet de chambre d’un aide de camp, dont le second et le troisième volumes ont paru en 1825 sous le titre des Malheurs d’un amant heureux, puis, successivement, la Physiologie du ridicule, le Comte de Guiche et les Souvenirs d’une vieille femme[3], d’abord parus sans nom, et ont successivement été attribués à toutes les célébrités du temps[1]. Parmi ses autres œuvres, ses Salons célèbres (2 vols, 1837) méritent une mention particulière.

Après le roman, elle a abordé la scène et fait représenter, à la Comédie-Française, en , le Marquis de Pomenars, comédie en un acte et en prose, qui a eu beaucoup de succès, et une comédie en cinq actes et en vers, intitulé Faste et misère, qui n’a pas été jouée[n 7]. Elle a aussi travaillé pour le théâtre. Une aventure du chevalier de Grammont, comédie en 5 actes et en vers, Marie ou la Pauvre fille, drame en 5 actes et en prose, ont vécu âge de pièces. La Veuve du tanneur a été une des soirées triomphantes de l’hôtel de Castellane, mais la Duchesse de Châteauroux, représentée en 1845, n’a fait que passer sur la scène de l’Odéon.

Elle est également l’autrice de plusieurs livrets d’opéra, qui ont rencontré un succès considérable. En , elle a arrangé pour l’opéra comique la Sérénade de Regnard, dont Sophie Gail[n 8], a composé la musique. En , pour Paër, qui cherchait un livret d’opéra-comique, elle a remanié le Chanoine de Milan, d’Alexandre Duval, comme elle avait fait pour la Sérénade de Regnard, et Paër lui a dû le grand succès de son Maitre de chapelle. En 1836, Le Chevalier de Canolle, toujours à l’Opéra comique[6]. Musicienne accomplie, elle a également composé les paroles et la musique d’un certain nombre de chansons[3].

 
Portrait au pastel à l’âge d’environ 66 ans, par Claire Laloua (d), 1842.

Elle a également travaillé aux Nouvelles nouvelles, au Livre des Cent-et-un, à La Presse. Bonne musicienne, elle a publié plusieurs romances avec accompagnement de piano, dont elle avait composé les paroles et la musique : la romance Maris a eu beaucoup de vogue. On cite aussi d’elle une élégie intitulée L’Inconstant[7].

Sophie Gay était veuve depuis quelque temps déjà[n 9], lorsqu’elle a fait, en 1826 et 1827, un voyage en Suisse et en Italie avec sa plus jeune fille. Dans les dernières années de sa vie, elle habitait Versailles pendant la belle saison. Son salon était toujours aussi brillant ; de nouvelles figures s’y étaient glissées parmi les anciennes : Victor Hugo, alors âgé de dix-neuf ans, Alexandre Soumet, qui y lisait Saül, Lamartine, le Lac, Alfred de Vigny, Dolorida, Frédéric Soulié, les Amours des Gaules, Eugène Sue, Kernock le pirate, Balzac, qui n’avait encore fait que de mauvais romans sous les pseudonymes de lord Rhoone, la Peau de chagrin. Plus tard, Jules Janin y a lu Barnave. Alexandre Dumas y est venu aussi à son tour, ainsi qu’Horace de Saint-Aubin. Des peintres se mêlaient aux poètes : le baron Gérard, Girodet-Trioson, Isabey, Horace Vernet, dont elle avait connu le père, Louis Hersent, qui a fait son portrait[1].

Après la révolution de Juillet, elle a fait paraitre une suite de romans historiques qui ont eu beaucoup de succès : la Duchesse de Châteauroux, Hortense Mancini, le Comte de Guiche, Marie d’Orléans, puis Ellenore. Elle a aussi écrit le Courrier de Versailles, revue piquante, sorte de continuation du Courrier de Paris du vicomte Ch. de Launay[1].

De son premier mariage, Sophie Gay a eu trois filles : Aglaé Liottier, née le 6 décembre 1793, devenue comtesse de Canclaux, le 20 septembre 1813, Euphémie, née le 21 septembre 1795 et Emma-Sophie, née le 2 avril 1798 et morte à 5 ans[8]. Delphine Gay, déjà célèbre, a épousé Émile de Girardin. Elle avait eu, en outre, un fils, Edmond, mort en Algérie, à la suite d’une blessure reçue au siège de Constantine. La sœur cadette de Delphine, Isaure, après avoir fait une éducation en Angleterre a continué en France à s’occuper d’enseignement ; elle a épousé Théodore-Louis Garre, fils de son amie Sophie Gail[8].

NotesModifier

  1. Un jour qu’elle était devant des gens infatués de noblesse qui vantaient sans cesse leurs aïeux, elle dit : « Moi aussi, j’ai un ancêtre. — Et quel est cet ancêtre ? — Un gardeur de cochons, Félix Peretti. — Sixte-Quint ? — Précisément. » — Et l’on ne parla plus d’aïeux ce soir-là.
  2. Elle conservait son franc parler même vis-à-vis de Napoléon qui, un jour, traversant le salon de sa sœur Pauline, à Aix-la-Chapelle, cherchant à l’intimider, lui dit brusquement, dardant sur elle un regard d’aigle : « Ma sœur vous a-t-elle dit que je n’aimais pas les femmes d’esprit ? — Oui, sire, répondit-elle, mais je ne l’ai pas cru.
  3. Elle réussissait à la scène comme partout. Aussi une de ses amies disait-elle : « Est-elle heureuse, cette madame Gay, elle fait tout bien, les enfants, les livres et les confitures ! »
  4. Fille de Fanny de Beauharnais.
  5. Elle nommera sa propre fille, née deux ans plus tard, « Delphine » en hommage à ce roman.
  6. Ce roman est le dernier à avoir été lu par Napoléon Ier dans le château de Malmaison sur le point de partir en exil à Sainte-Hélène. Il a donné au baron Fain le volume qu’il avait lu durant toute la nuit, en disant : « Conservez ce livre en mémoire de moi, je lui dois d’avoir oublié un moment mes chagrins. »
  7. La scène capitale est un père qui vient chez la maitresse de son fils l’engager à renoncer d’elle-même à son amour, qui ne peut manquer d’être malheureux. Cette trame, ébruitée par des lectures, a fait depuis le succès de dix drames, sans parler de la Dame aux camélias.
  8. Celle-ci avait divorcé, en 1801, de l’helléniste Jean-Baptiste Gail, 20 ans plus âgé qu’elle.
  9. Sigismond Gay est mort, le 19 décembre 1822 à Aix-la-Chapelle.

RéférencesModifier

  • Clarissa Marini e Marie-Hélène C. Torres, Antologia de Escritoras Francesas do Século XVIII. Biografias. Mme Gay, 2016. (ISBN 978-85-61482-68-8) [1]
  1. a b c d e f et g Théophile Gautier, Portraits contemporains : littérateurs, peintres, sculpteurs, artistes dramatiques, Paris, Charpentier, , 5e éd., 464 p. (lire en ligne), p. 20.
  2. Sophie Gay, Perroquette, Scènes du jeune âge, volume 2 :
    « Quel que soit son âge, quelle femme a jamais oublié le déchirement du cœur ressenti dans son enfance le jour de son entrée en pension. Je suis vieille, mes enfants, j’ai supporté bien des chagrins dans ma vie ; un seul excepté, je n’en ai point éprouvé de plus douloureux que celui du jour où ma mère m’a laissée en pleurant chez madame Leprince de Beaumont, la nièce de cette madame Bonne dont les contes valent mieux que les nôtres. Cette maison était la plus renommée de Paris ; on m’y comblait de bontés et j’ai failli y mourir de douleur : je n’y voyais pas tous les jours ma mère. »
  3. a b c d et e Joseph François Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne ou, Histoire, par ordre alphabétique : de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, t. 16, Paris, Delagrave, , 654 p. (lire en ligne), p. 69.
  4. Ferdinand Höfer, Nouvelle Biographie générale, t. 19, Paris, Firmin-Didot, , 960 p. (lire en ligne), p. 751-3.
  5. Sainte-Beuve, Nouvelle galerie de femmes célèbres : tirée des Causeries du lundi, des Portraits littéraires, Paris, Garnier, , 564 p. (lire en ligne), p. 551.
  6. La Presse, 6 aout 1836, Gallica : — Ce soir, samedi, à l’Opéra-Comique, la première représentation du Chevalier de Canolle. La musique, dont on dit beaucoup de bien, est le premier ouvrage de M. Fontmichel. Le poème est de Mme Sophie Gay, qui est en ce moment gravement indisposée.
  7. « Gay (Marie-Françoise-Sophie Nichault de Lavalette, Mme) », Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours…, Paris, Firmin Didot frères, no 19,‎ , p. 753 (lire en ligne, consulté le ).
  8. a et b Henri Malo, Une muse et sa mère : Delphine Gay de Girardin, Paris, Émile-Paul Frères, , 3e éd., 341 p. (lire en ligne), p. 181.

ŒuvresModifier

 
Publicité dans un journal pour la vente de l’œuvre par adjudication
  • Laure d’Estell, par Mme ***, Paris, Ch. Pougens, 1802, 3 vol. in-12.
  • Léonie de Montbreuse, Paris, 1813 et 1823, 2 vol. in-12.
    La seconde édition n’est pas anonyme.
  • Anatole, Paris, 1815 et 1822, 2 vol. in-12.
  • Les Malheurs d’un amant heureux, ouvrage traduit de l’anglais, par M***, auteur de plusieurs ouvrages connus ; Paris, 1818 ; reproduit sous le titre : Les Malheurs d’un amant heureux, ou mémoires d’un aide-de-camp de Napoléon écrits par son valet de chambre, Paris, 1823, 3 vol. in-8°.
  • Le Marquis de Pomenars, comédie en un acte et en prose créée le sur le premier Théâtre Français, Paris, Ladvocat, 1820, in-8°.
  • Mémoires de monsieur le baron Pergami, 1820
  • Une aventure du chevalier de Grammont, comédie en trois actes et en vers, Paris, 1822, in-8°.
  • Marie, ou la pauvre fille, drame en trois actes et en prose, Paris, 1824, in-8°.
  • Théobald, épisode de la guerre de Russie, Paris, 1828, 4 vol. in-12.
  • Le Moqueur amoureux, Paris , 1830, 2 vol. in-8°.
  • Un mariage sous l’Empire, Paris, 1832, 2 vol. in-8°.
  • Scènes du jeune âge, Paris, 1833, 2 vol. in-8°.
  • La Physiologie du ridicule, ou Suite d'observations, Paris, 1833, 2 vol. in-8°.
  • Souvenirs d’une vieille femme, Paris, Michel Lévy frères, 1834, in-8°: extrait des Mémoires de l’auteur.
  • La Duchesse de Châteauroux, Paris, 1834 et 1839, 2 vol. in-8°.
  • Le Chevalier de Canolle, opéra comique en trois actes, musique de Fontmichel ; Paris, 1836, in-8°.
  • La Comtesse d’Egmont, Paris, 1836, 2 vol. in-8°.
  • Salons célèbres, Paris, Dumont, 1837, 2 vol. in-8°.
  • Marie de Mancini, Paris, 1840, 2 vol. in-8°.
  • Histoire de Marie-Louise d’Orléans, Paris, 1842, 2 vol. in-8°.
  • La Duchesse de Châteauroux, drame en quatre actes, joué sur le second Théâtre-Français, le  ; Paris, 1844, grand in-8°.
  • Ellénore, Paris, 1844-1846, 4 vol. in-8°.
  • Le Faux Frère, Paris, 1845, 3 vol. in 8".
  • Le Comte de Guiche, Paris, 1845, 3 vol. in-8°.
  • Le Mari confident, Paris, 1849, 2 vol. in-8°.
  • Société du Travail à domicile, discours suivi d’une pétition en vers en faveur de cette œuvre, Versailles, 1849, in-8°.
  • Œuvres complètes de Sophie Gay, Paris, M. Lévy, 1864-1885.

BibliographieModifier

  • Etienne Michel: Sophie Gay, Parisienne et femme d'esprit. In: Le Matin du 15 février 1936, p. 4.
  • Paul Lafond, L’Aube romantique : Jules de Rességuier et ses amis, Chateaubriand - Émile Deschamps - Sophie Gay - Madame de Girardin - Victor Hugo - Lamartine - H.T. de Latouche - Sainte-Beuve - A. Soumet - Eugène Sue - Alfred de Vigny et autres, Paris, Mercure de France, 1910.
  • Henri Malo, Une muse et sa mère : Delphine Gay de Girardin, Paris, Émile-Paul Frères, 1924.
  • Jules Manecy, Une famille de Savoie : celle de Delphine Gay, Aix-les-Bains, E. Gérente, 1904.
  • Jules Marsan, La Muse française, 1823-1824, Paris, É. Cornély et Cie, 1907-1909.

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