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Simon Millanges
Description de cette image, également commentée ci-après
Naissance
Mille-Millanges (Creuse)
Décès
Bordeaux
Pays de résidence France
Diplôme
Licence en droit
Activité principale
Imprimeur-libraire
Formation
avocat, enseignant
Descendants
Jacques Millanges, Guillaume Millanges

Simon Millanges (1540-1623) est un imprimeur-libraire bordelais. En 1572, il installe ses deux premières presses en Gironde au 16 rue Saint-James à Bordeaux et inaugure ainsi une activité qui donne aux lettres bordelaises le soutien d'une imprimerie très importante. Pendant presque cinquante ans il a le quasi-monopole des livres imprimés à Bordeaux.

Sommaire

L'imprimerie à Bordeaux au XVIe siècleModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : Origines de l'imprimerie en Guyenne, Jules Delpit[1] et Notices biographiques sur les imprimeurs et libraires bordelais des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Ernest Labadie.

Le développement de l'imprimerie à Bordeaux est assez tardif (voir l'imprimerie en France au XVe siècle). En 1486-1487 la municipalité de Bordeaux subventionne un imprimeur allemand nommé Svierler, mais son entreprise ne survie pas et il n'imprime aucun livre. On trouve trace de deux imprimeurs, Pierre David et Jean Baudin, vers 1508 et 1514, mais leurs presses sont de petites dimensions et donnent des travaux de peu d'importance[2],[3]. Il faut attendre 1517 pour voir un livre sortir des presses de Gaspard Philippe, un parisien qui s'installe à Bordeaux vers 1514 :

Mathurin Alamande, Ode virginales Maturini Almandini Angeriaci Aquitani viri... quibus addite sunt XII alie odae..., Bordeaux, Gaspard Philippe, , 26 p..

Deux autres imprimeurs, Jehan Guyart et François Morpain[4] suivent Gaspard Philippe. Ils sont suivi Pierre de Ladime, qui publie publient notamment L'Antiquité de Saintes d’Élie Vinet en 1571[5] ; mais leur production est de peu d'importance. Le premier imprimeur d'envergure à Bordeaux est Simon Millanges, qui installe ses presses en 1572.

Marques des premiers imprimeurs de Bordeaux

Biographie de Simon MillangesModifier

Simon Millanges naît vers 1540-1541, à Mille-Millanges dans la commune actuelle de Saint-Goussaud dans la Creuse. De son enfance et jeunesse on ne sait rien.

Après avoir passé sa licence en droit et s'être inscrit au tableau des avocats du Parlement de Bordeaux, Simon Millanges devient, vers 1562, régent au Collège de Guyenne, alors dirigé par Élie Vinet.

Selon le témoignage de l'abbé Bellet (un des futurs fondateurs de l'Académie royale des sciences de belles-lettres et arts de Bordeaux), Simon Millanges possède à la perfection : la langue latine, la langue grecque, la jurisprudence, la philosophie, la rhétorique et la poésie.

En 1576 Simon Millages épouse[6] Gaillarde De Sault. Quatre enfants sont issus du mariage : Jacques (1590-1624), Guillaume, Anne et X.

Débuts de l'imprimerie MillangesModifier

Les humanistes bordelais, autour d’Élie Vinet, ressentent la nécessité d'avoir à Bordeaux une imprimerie digne de ce nom pour la publication de leurs œuvres. Le seul imprimeur qui exercice à Bordeaux à l'époque, Pierre de Ladime, successeur de la Veuve Morpain, ne possède qu’une petite imprimerie et il n'imprime guère que des alphabets, des Despautères ou des Catonets pour enfants.

Pressé par Vinet et quelques amis de fonder une imprimerie, Simon Millanges s'adresse à l'imprimeur rochelais Pierre Haultin. Le , en présence d'Élie Vinet et Pierre Claverie, Simon Millanges achète : « deux presses d'imprimerye garnyes de leurs ustancilles, comme sont casses, chassis, frisquettes, marbres, platinnes, treteaulx, bancs, ancriers, poupettes et aultres, moyennant le prix et somme de cent livres tournois pour chacune presse ». Le contrat[7] prévoie en outre la vente des caractères d'imprimerie nécessaires.

Quelques mois plus tard, Millanges renonce au professorat et devient imprimeur-libraire. Il installe ses presses au 16 rue Saint-James à Bordeaux et inaugure son imprimerie par la publication d'une œuvre d'Élie Vinet : le Narbonensum Votum en novembre 1572.

Le , Millanges passe un contrat[8] avec la municipalité de Bordeaux, qui lui donne 400 livres, le reçoit bourgeois et l'exempte d'autres charges. En contrepartie, Millanges s'engage à n'imprimer aucun livre prohibé ou scandaleux et à faire sa continuelle résidence dans la ville.

Le des lettres patentes accordent à Simon Millanges le privilège d'Imprimeur ordinaire du Roi, privilège qu'il conserve jusqu'à sa mort et transmet à ses descendants.

Décor du XVIe siècle ornant la porte du 16 rue Saint-James, Bordeaux.

Le rôle de Millanges dans le développement du renom intellectuel de Bordeaux est non négligeable. Il établit des succursales dans plusieurs villes du Sud-Ouest et de l'Espagne et vend directement sur les places de Lyon et de Paris. Il attire les grands auteurs (Montaigne, Élie Vinet, Florimond de Raemond, Blaise de Monluc, Pierre Charron, etc.) et assure la large diffusion de leurs œuvres.

Le , Simon Millanges vend son imprimerie et sa librairie à son fils Jacques Millanges et à son gendre Claude Mongiron, mais il la reprend en septembre 1617. Il fait son testament le et décède dans les derniers jours de mai ou les premiers jours de juin 1623, à l'âge de 82 ans.

Après la mort de Simon Millanges, ses descendants reprennent la librairie : Jacques Millanges (1590-1624) ; Claude Mongiron, mari de sa fille Anne ; Guillaume Millanges et Jacques Mongiron Millanges (1618-1695), fils de Claude et Anne, qui lui succède en 1649. On peut avoir une idée du contenu d'une librairie importante au XVIIe siècle en consultant l'inventaire[9] établi par Jacques Mongiron Millanges pour son contrat de mariage en septembre 1672.

Aujourd'hui, de l'imprimerie Millanges, il ne reste que la porte remarquablement décorée du 16 rue Saint-James : des pilastres soutiennent un entablement et une corniche saillante ; l'entablement est orné d'une frise d'animaux fantastiques, encadrée de médailles ; au-dessus, un cadre carré, aujourd'hui vide, est entouré d'une composition globalement triangulaire associant vases, guirlandes et putti, le tout sommé par un Christ en douleur ; ce décor qui doit dater des années 1530, est attribué au maître maçon Guilhem Médion, par le professeur d'histoire de l'art Paul Roudié (1916-1994)[10].

La production de l'imprimerie MillangesModifier

Le nombre de livres imprimés varie d'une année à l'autre ; un seul livre est publié en 1572, deux en 1585, contre vingt-cinq en 1615. Il publie en moyenne huit ouvrages par an.

L'importance et la qualité de ces ouvrages sont également fort variables :

  • En 1580 et 1582, il publie les deux premiers livres des Essais de Montaigne
  • Une partie de la fortune de Millanges est peut-être due à la part exceptionnelle que tient dans dans sa production les livres de controverse religieuse entre catholiques et protestants : les ouvrages religieux représentent plus de 60% des livres imprimés à Bordeaux dans les années 1580.
  • En 1615, au contraire, la plupart des vingt-cinq ouvrages publiés sont de simples plaquettes, pièces de circonstances nées du séjour du roi Louis XIII à Bordeaux à l'occasion des cérémonies de mariage avec Anne d'Autriche qui fut célébré en la cathédrale Saint-André de Bordeaux le 28 novembre 1615.
Parmi ces ouvrages se trouve un livre avec reliure brodé, produit en deux exemplaires[11]. Cette reliure est brodées sur les plats avec les armes de Louis XIII, l'initiale couronnée, associées aux fleurs de lis. Il existe un second exemplaire du même texte, relié en velours noir aux armes et à l'initiale couronnée brodées de Marie de Médicis, mère du roi, aujourd'hui conservé à Londres, à la British Library. (Davis 514). Ces deux reliures, respectivement de dédicace et de présentation, furent offertes au roi et à la régente à l'initiative de l'auteur, Jean-Joseph de Loyac, conseiller au Parlement de Bordeaux.

On peut classer en quatre grandes catégories les impressions qui sortent des presses de Simon Millanges :

  • Les auteurs contemporains, tels que Montaigne, Pierre Charron, Elie Vinet, Louis Richeome, qui confient leurs œuvres ;
  • En qualité d'imprimeur du roi, Millanges imprime un nombre important de pièces de caractère officiel, tels que des édits et ordonnances du Roi ou des arrêts du Parlement de Bordeaux ;
  • Des textes officiels de l'Église et des textes officieux des récits des luttes entre catholiques et protestants ;
  • Des ouvrages scolaires, imprimés à la demande des régents du Collège de Guyenne, des éditions de textes classiques de Cicéron, Ovide, Ausone, etc.

Simon Millanges, fin lettré, ajoute parfois un « Avant propos »[12] à un certain nombre de ses publications. Ses petits textes renferment des renseignements intéressants sur les rapports entre l'imprimeur et ses auteurs, sur la carrière du typographe et sur l'orthographe.

La quasi totalité de la production de l'imprimerie Millanges est répertoriée par Louis Desgraves[13],[14],[15],[16],[17],[18],[19],[20],[21],[22]. La majorité des livres imprimés par Simon Millanges sont disponibles en ligne et sont énumérés ci-dessous (les ré-éditions ne sont pas comptabilisées).

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Théophile Malvezin, « Souvenirs de l'ancien Bordeaux : L'imprimerie », Bulletin municipal officiel de la ville de Bordeaux,‎ , p. 1-73 (disponible sur Gallica).
  • Anatole Claudin, Les origines et les débuts de l'imprimerie à Bordeaux, Paris, , 116 p. (disponible sur Gallica).
  •   Jean-Numa Dast Le Vacher de Boisville, « Simon Millanges, imprimeur à Bordeaux (1572-1623) », Bulletin historique et philologique,‎ , p. 39 (lire en ligne).
  • Gabriel Loirette, « Simon Millanges ou la profession de Maître imprimeur en 1598 », Bulletin de la Société de bibliophiles de Guyenne, vol. 24,‎ , p. 177-183 (lire en ligne).
  • Ernest Labadie, Notices biographiques sur les imprimeurs et libraires bordelais des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ; suivies de la liste des imprimeurs et libraires de Bordeaux, et du département de la Gironde au XIXe siècle : Documents pour servir à l'histoire de l'imprimerie et de la librairie, Bordeaux, M. Mounastre-Picamilh, , 186 p. (lire en ligne).
  • Louis Desgraves, Les livres imprimés à Bordeaux au XVIIe siècle, Bordeaux, Droz, , 264 p. (ISBN 9782600034296, présentation en ligne).
  •   Louis Desgraves, « Le livre et l'imprimerie à Bordeaux au XVIIe siècle », dans Actes du 104e Congrès national des Sociétés savantes : La Gironde de 1610 à nos jours, Bordeaux, , 622 p. (ISBN 9782402228824, lire en ligne).

Notes et référencesModifier

  1. Jules Delpit, Origines de l'imprimerie en Guyenne, Bordeaux, E. Forastié et fils, , 112 p. (disponible sur Gallica).
  2. Jean-Auguste Brutails, « Documents concernant l'imprimerie à Bordeaux en 1514 », Revue des universités du Midi, vol. IV,‎ , p. 33-234 (lire en ligne).
  3. Jean-Auguste Brutails, « L'imprimerie à Bordeaux en 1508 », Bibliothèque de l’École des Chartes, vol. 60,‎ , p. 375-376 (lire en ligne).
  4. La Bibliothèque municipale de Bordeaux conserve trois ouvrages imprimés par Morpain :
    Charles de Grammont, Institutiones temporales verbi divini preconum frena laxantium cum perpetuis de sacrificio audiendo de eucharistia sumenda et ordinibus suscipiendis civitatis et diocesis burdegalensis... [Sic signatum Ch. de Acromonte ar. Burdegalensis], Bourdeaulx, F. Morpain, .
    Les Coustumes généralles de la ville de Bourdeaulx sénéschaucée de Guyenne. Lesquelles ont esté confirmées par édict, auctorisées par la Court de Parlement., Bourdeaulx, F. Morpain, , 48 p..
    Martin Thomas, Cantique au Roy Charles IX nostre souverain seigneur, pour sa nouvelle entréée, et bien venue en sa noble ville, capitale de Guyenne et cité de Bourdeaulx : composé par M. Martin Thomas, advocat au parlement d'icelle et à sa majesté, prêsenté le dimanche 15 d'avril 1565, Bourdeaulx, La Veuve Morpain, , 23 p..
  5. Elie Vinet, L'Antiquité de Saintes, Bordeaux, Pierre de Ladime, , 72 p. (lire en ligne).
  6. « CONTRAT de mariage de Simon Millanges et Gaillarde Du Sault », Archives historiques de la Gironde, vol. 23,‎ , p. 281-283 (disponible sur Gallica) du 17 juin 1576.
  7. « Contrat de vente d'un matériel d'imprimerie par Pierre Haultyn à Simon Millanges », Archives historiques de la Gironde, vol. 25,‎ , p. 342-343 (disponible sur Gallica).
  8. « Contrat entre la ville de Bordeaux et Simon Millanges pour l'établissement d'une imprimerie à Bordeaux », Archives historiques de la Gironde, vol. 1,‎ , p. 39-44 (disponible sur Gallica).
  9. « INVENTAIRE des livres formant le capital de Jacques Mongiron Millanges, imprimeur à Bordeaux », Archives historiques de la Gironde, vol. 25,‎ , p. 182-192 (disponible sur Gallica).
  10. Robert Coustet, Le nouveau viographe de Bordeaux : guide historique et monumental des rues de Bordeaux, Bordeaux, Mollat, (ISBN 978-2-35877-002-6), p. 466.
  11. « Reliure en velours cramoisi brodé aux armes de Louis XIII, roi de France, Bordeaux ?, atelier non identifié, vers 1615 », sur BnF.
  12. Louis Desgraves, « "Avant propos" et autres textes de l'imprimeur Simon Millanges », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne, no 90,‎ , p. 164-194 (lire en ligne).
  13. Louis Desgraves, « Bibliographie des ouvrages imprimés par Simon Millanges : 1572 à 1623 », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne, no 53,‎ , p. 3-32 (lire en ligne).
  14. Louis Desgraves, « Bibliographie des ouvrages imprimés par Simon Millanges : 1572 à 1623 (suite 1) », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne, no 54,‎ , p. 100-146 (lire en ligne).
  15. Louis Desgraves, « Bibliographie des ouvrages imprimés par Simon Millanges : 1572 à 1623 (suite 2) », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne, no 55,‎ , p. 11-56 (lire en ligne).
  16. Louis Desgraves, « Bibliographie des ouvrages imprimés par Simon Millanges : 1572 à 1623 (suite 3) », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne, no 56,‎ , p. 95-147 (lire en ligne).
  17. Louis Desgraves, « Supplément à la Bibliographie des ouvrages imprimés par Simon Millanges ( 1572-1623) », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne,‎ , p. 16-27 (lire en ligne).
  18.  Louis Desgraves, « Second supplément à la Bibliographie des ouvrages imprimés par Simon Millanges 1572-1623 », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne, no 82,‎ , p. 133-170 (lire en ligne).
  19. Louis Desgraves, « Bibliographie des ouvrages imprimés par l'imprimeur bordelais Jacques Millanges (1620-1624) », Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde,‎ , p. 279-283.
  20. Louis Desgraves, « Bibliographie des ouvrages imprimés par Guillaume Millanges », Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde,‎ , p. 47-68 (lire en ligne).
  21. Louis Desgraves, « Supplément à la bibliographie des ouvrages imprimés par Jacques Millanges (1620-1625) et par Guillaume Millanges (1625-1649) », Bulletin de la Société des bibliophiles de Guyenne,‎ , p. 28-39 (lire en ligne).
  22. Louis Desgraves, « L'imprimeur bordelais Jacques Mongiron-Millanges (1649-1692) », Bulletin philologique et historique,‎ , p. 22-74.

AnnexesModifier

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