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Musée des métiers de l'imprimerie de Bordeaux

Musée des métiers de l'imprimerie
Musée des métiers de l'imprimerie - façade.jpg
Entrée de la Maison des métiers de l'imprimerie de Bordeaux
Informations générales
Ouverture
Mercredi 14h-17h ou tous les jours sur R.V.
Site web
Collections
Genre
Outils d'imprimerie
Époque
1800 à 1965
Nombre d'objets
161
Localisation
Adresse
8-10 rue du Fort Louis, 33800 Bordeaux
Flag of France.svg France
Coordonnées

Le Musée des métiers de l'imprimerie de Bordeaux, réalisé par la Maison des métiers de l'imprimerie de Bordeaux installée 8-10 rue du Fort-Louis, à proximité de l'Abbatiale Sainte Croix, expose plus de 160 machines associées aux métiers de l'imprimerie, constituant la plus grande collection de ce type en France. Ces machines, construites durant la période 1800-1960, sont un témoignage important d'archéologie industrielle[1].

Sommaire

Origine du muséeModifier

En 1979, Claude Chauffeteau a l’idée de créer un musée de l’imprimerie animé, pour sauvegarder la mémoire et les techniques de la profession de typographe. L'année suivante, en décembre 1980, une association loi de 1901 est fondée, dénommée « Les Amis de l’Histoire et des Techniques de l’Imprimerie »[2]. À l'initiative de son maire, la ville de Bordeaux propose un local industriel désaffecté de 1 500 m2 aux 8-10 rue Fort-Louis pour abriter le futur musée.

Ce bâtiment, construit vers 1920, était un atelier de torréfaction de café. À cette époque on dénombre à Bordeaux une vingtaine de « grilleries » qui travaillent pour une clientèle locale. Le traitement du café implique des opérations industrielles simples comme grillage ou trituration et surtout des mélanges. La brûlerie emploie une cinquantaine de personnes et l'atelier reste en activité jusque dans les années 1970. Ayant servi quelques années d'entrepôt, l'ancienne brûlerie est rachetée en 1986 par la commune de Bordeaux. Le musée est inauguré le 28 septembre 1987 par Jacques Chaban-Delmas, alors maire de Bordeaux.

Le bâtiment qui abrite le musée est inscrit dans l'Inventaire général du patrimoine culturel[3].

Activités du muséeModifier

Le musée témoigne de l'évolution de l'imprimerie et des industries graphiques qui ont constitué une activité industrielle importante.

Le musée organise des animations. La plupart des appareils sont en état de fonctionnement et, lors des visites de groupes, des démonstrations sont faites sur le matériel du XIXe siècle, en typographie, lithographie, gravure sur bois, linogravure et reliure.

Le musée produit également des œuvres d'art sur commande avec des artistes.

Pendant trente-cinq ans, de nombreux créateurs sont venus réaliser des œuvres originales en lithographie et gravure.

Les artistes suivant ont contribué aux collections du musée :

  • Alfred
  • L. Andrieux
  • Azaradlo, Baudoin
  • N. Bedout
  • Bernard
  • Bernadet
  • Biz
  • Bousaro
  • F. Caudal
  • F. Cervantès
  • Charpentier
  • Collassone
  • D. Cortez
  • N. Cottarel
  • Couret
  • Dauga
  • C. Dauguet
  • Dauvillier
  • David
  • Delaporte
  • Delphine
  • Delvallé
  • Desseaux
  • Dul
  • Dune
  • Dupouy
  • Duval
  • Édika
  • Espiet
  • Fanch
  • Fournier
  • Gaultier
  • Genty
  • Giraudeau
  • Grandserre
  • Y. Hamonic
  • Jeff
  • Jofo
  • Kaminski
  • Kirat
  • Labèque
  • M. Lacueille
  • Lasserre
  • A. Lepinay
  • P. Leuquet
  • F. Le Teich
  • Lodereau
  • Mandray
  • Margaria
  • Michel-Imbert
  • Philippe Mohlitz
  • Nadeau
  • B. Olier
  • Pendanx
  • Bertrand Piéchaud
  • Pier
  • B. Privas
  • D. Prudhomme
  • S. Revel
  • Ridel
  • Rodrigue
  • Saint-Martin
  • A. Sarro
  • Scanreigh
  • Tanquerelle
  • Tautü
  • A. Théron
  • Tieko
  • Toumanian
  • Van Kache
  • Vasquez.

Le musée reproduit également des documents anciens à la demande, par exemple :

  • À l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, les Amis de l'Histoire et des Techniques de l'Imprimerie ont réalisé, à la demande de la municipalité, un recueil de fac-similés de documents de l'époque révolutionnaire à Bordeaux[4], dont deux pages :
    • Arrêté du Représentant Ysabeau supprimant la permanence de la guillotine sur la place Nationale (29 Thermidor an II).
    • Vue d'une séance du Club National de Bordeaux en 1794 (18 Messidor an II).

L'imprimerie à BordeauxModifier

Le développement de l'imprimerie à Bordeaux est assez tardif (voir l'imprimerie en France au XVe siècle). Vers 1486-1487, la municipalité de Bordeaux subventionne un imprimeur allemand dénommé Svierler[6]. L'entreprise périclite sans avoir imprimé aucun livre. On trouve trace de deux imprimeurs, Pierre David et Jean Baudin, vers 1508 et 1514.[7],[8]. Ils utilisent des presses de petites dimensions ne permettant que des travaux de peu d'importance. Il faut attendre 1517 pour voir un livre sortir des presses de Gaspard Philippe, un parisien installé à Bordeaux vers 1514[9].

Trois autres imprimeurs, Jehan Guyart, François Morpain[N 1] et Pierre de Ladime suivent Gaspard Philippe. Ce dernier publie notamment L'Antiquité de Saintes d’Élie Vinet en 1571[10]. Mais leur production est assez réduite. Le premier imprimeur d'envergure à Bordeaux est Simon Millanges qui installe ses presses 12 rue Saint-James, en 1572.

Après la famille Millanges, le nombre d'imprimeurs à Bordeaux croît régulièrement. Un édit de 1688 limite leur nombre à 12. Mais on trouve plus de trente imprimeurs-libraires en 1701. Ernest Labadie[11] en recense plus de 300 entre 1486 et la fin du XVIIIe siècle, et plus de 400 en Gironde au cours du XIXe siècle.

Le début de Les Illusions perdues[12] de Balzac décrit bien la situation :

« À l’époque où commence cette histoire, la presse de Stanhope et les rouleaux à distribuer l’encre ne fonctionnaient pas encore dans les petites imprimeries de province. Malgré la spécialité qui la met en rapport avec la typographie parisienne, Angoulême se servait toujours des presses en bois, auxquelles la langue est redevable du mot faire gémir la presse, maintenant sans application. L’imprimerie arriérée y employait encore les balles en cuir frottées d’encre, avec lesquelles l’un des pressiers tamponnait les caractères. Le plateau mobile où se place la forme pleine de lettres sur laquelle s’applique la feuille de papier était encore en pierre et justifiait son nom de marbre. Les dévorantes presses mécaniques ont aujourd’hui si bien fait oublier ce mécanisme, auquel nous devons, malgré ses imperfections, les beaux livres des Elzévir, des Plantin, des Alde et des Didot. »

Salle d'expositionModifier

La salle d'exposition du musée abrite environ 160 machines associées aux métiers de l'imprimerie. Une grande partie de ce matériel provient des ateliers bordelais qui, s'étant modernisés, se sont séparés de leurs anciennes machines[13]. Plusieurs sont en état de fonctionner.

Cet espace d'exposition est divisé en plusieurs zones, chacune correspondant à un des métiers de l'imprimerie : composition, impression, lithographie, reliure.

CompositionModifier

La première zone du musée est dédiée à la composition ; composition manuelle, mécanique et automatique.

La composition manuelle :

La composition typographique est une procédure manuelle qui régit l'imprimerie depuis l'époque de Gutenberg jusqu'au milieu du XIXe siècle : elle consiste à assembler les caractères individuellement pour former une ligne de texte, puis de ranger les lignes dans une « forme » pour constituer une page à imprimer[14]. Gutenberg, qui invente les caractères mobiles métalliques (alliage de plomb, d'étain et d'antimoine) ainsi que la machine à épreuves, en 1450, apporte une véritable révolution dans l'art d'imprimer.

Les caractères individuels, moulés en plomb typographique, sont disposés dans une boîte à compartiments dite « casse »[15]. Les majuscules sont placées dans les compartiments ou cassetins en « haut de casse ». Les minuscules et symboles de ponctuation en « bas de casse ». La disposition des caractères dans la casse ne suit pas un ordre alphabétique, mais la fréquence d'utilisation[15]. Les cassetins sont plus au moins grands.

Les casses elles-mêmes, chacune dédiée à une fonte de caractères différente ( Gothique, Times, Didot, romain, italique, gras, etc.) sont rangées dans un meuble différent appelé rang[15].

Les lignes sont d'abord constituées dans un composteur[15],[16], et une fois terminée, la ligne est posée dans une galée pour constituer une page de texte. L'ensemble est mis dans un châssis et s'appelle une « forme »[15].

Ensuite l'imprimeur enduit la forme avec de l'encre, pose une feuille de papier dessus, puis appuie le papier contre la forme avec une presse pour imprimer la page.

Une fois que la totalité des pages sont imprimées, la distribution est la suite logique : elle consiste à remettre dans leurs casses et leurs cassetins respectifs les caractères qui ont été utilisés pour une impression afin qu'ils puissent servir à une nouvelle composition[17].

Cette procédure est très sujette à erreur : on peut très facilement remettre un caractère dans le mauvais cassetin, avec le risque d'une réutilisation malencontreuse par le typographe lors d'une future composition. D'où la nécessité de tirer une épreuve et d'une relecture par un prote[15]. Malgré toutes les précautions, des erreurs d'impression n'étaient pas rares et plusieurs termes utilisées par les typographes sont entrés dans le langage populaire : bourdon ou coquille[16].

Pour gagner en vitesse de composition, l'Allemand Jean Becker utilise dès 1682 des groupes de lettres, syllabes, fondues en un seul bloc, appelées logotypes[18]. En 1824, le Français B. Vinçard fait breveter une casse-tiroir pour ranger des logotypes. En 1812, l'Anglais Benjamin Forter cherche, sans résultats concluants, à fabriquer une machine reproduisant les gestes du compositeur typographe. D'autres essais infructueux sont faits, en 1822 par l'Américain William Church, en 1826 par le Français Robert Gaubert, en 1833 par le Hongrois Riguel (ou Rigl), en 1830 par les Français Tremblot-Lacroix et Ballanche[19].

La composition mécanique :

Au cours du XIXe siècle, avec l'augmentation du nombre de livres publiés et surtout l'essor de la presse quotidienne, il faut mécaniser la composition, la composition manuelle étant trop lente.

Les premières machines à composer sont imaginées dès 1815. La tendance est aux machines avec un clavier qui commande la sélection du caractère par action sur une touche : le caractère se met en place dans un composteur, soit par gravité, soit par l’action d’un mécanisme ad hoc. Il y a plus de 300 brevets déposés, et beaucoup d'échecs. Mais, dans la seconde moitié du siècle, apparaissent des machines qui sont effectivement utilisées par les grandes imprimeries. Cependant, la distribution pose toujours un problème de lenteur et de source d'erreur.

Le principe qui l'emporte, vers la fin du XIXe siècle, est celui de machines qui moulent, à partir d'une matrice de caractères, soit un caractère, soit une ligne de caractères, puis fondent directement le ou les caractères. Après l'impression les blocs de caractères sont fondus et le métal réutilisé[14]. Ainsi le problème de distribution est-il totalement éliminé.

Il y a deux grandes classes de machines à composer parmi les dizaines de marques produites :

  • Linotype (1885) : En 1884, l'Allemand Ottmar Mergenthaler, horloger installé à New-York, met au point une machine assemblant, à l'aide d'un clavier, non plus des lettres mais des matrices (moules de lettres) pour former une ligne[19]. L'ensemble, présenté devant un moule où est coulé du métal en fusion (284 °C), fait ainsi la ligne en un seul bloc (dite ligne-bloc). Le premier modèle, en 1886, est dénommé la Blower-Linotype puis, par la suite, plus simplement Linotype (par contraction de line of type)[20]. La première Linotype à Paris apparait chez Balitout en 1890. La Linotype est originale par la composition d'une ligne de texte à l'aide d'un clavier "azerty", par la fonte de la ligne-bloc et par la distribution des matrices resservant pour la suite de la composition.
Chaque frappe sur le clavier fait basculer une matrice en cuivre depuis un magasin ; chacune de ces matrices correspond à un caractère. Une fois qu'une ligne de matrices a été saisie, la machine coule du plomb typographique sur la ligne qui sert de moule. La machine crée ainsi une ligne typographique d'un seul tenant. Les lignes-blocs sont ensuite assemblées en une forme correspondant aux dimensions de la page, qu'il n'y a plus qu'à insérer dans une presse à imprimer traditionnelle[19].
Cette combinaison de machine à écrire et de micro-fonderie permet une composition accélérée et plus régulière des textes d’imprimerie que dans la typographie traditionnelle. La Linotype révolutionne l’édition en permettant à de petits ateliers de saisir des textes importants dans des délais raccourcis et rend possible l'énorme développement, autour de 1900, de la presse quotidienne en lui offrant une réactivité sans précédent. La Linotype permet de composer à la cadence de 8.000 à 10.000 signes/heure.
La Linotype, commercialisée par une société créée à cet effet (la Mergenthaler Linotype Company), règne sans partage dans l’imprimerie jusque dans les années 1960, époque à laquelle elle est remplacée par la photocomposition.
  • Monotype : Dans les années 1880, plusieurs prototypes de fondeuses sont développés. C'est l'ingénieur et avocat américain Tolbert Lanston (en), en 1887, qui prend le premier brevet pour une machine de ce type. Le nom de la fondeuse "Monotype" est déposé en 1892. Le modèle définitif, permettant une cadence de 8.000 à 10.000 signes/heures, est présenté au salon de Paris en 1900. A l'inverse de la Linotype, la Monotype fond des caractères mobiles, permettant des corrections manuelles sans avoir à refondre la ligne. Elle se compose de deux unités : - un clavier "azerty", créant une bande perforée; - un fondeuse qui fond les caractères mobiles à partir de la bande perforée. Contrairement à la Linotype, les étapes de composition et de fonte sont séparées. Le typographe saisit le texte sur un clavier, qui le convertit en un enregistrement par bande perforée. C'est aussi à ce niveau que la justification est résolue par l'opérateur.
La fondeuse est une machine séparée du clavier. À la différence de la Linotype, la Monotype ne coule pas des lignes-bloc, mais des caractères individuels, ce qui permet éventuellement d'intervenir encore en cas d'erreur de saisie. La bande perforée donne la dimension des espaces, ou « blancs typographiques » à couler. Il faut ensuite placer les caractères composant la ligne dans une galée pour former la ligne qui sera encrée.
Le plomb typographique en fusion produit des vapeurs nocives et peut provoquer des cas de saturnisme. Le fait de séparer le clavier de la fondeuse protège l'opérateur des effets délétères des vapeurs du creuset.
Un autre avantage de la Monotype réside dans la possibilité d'éditer le texte manuellement : en cas de faute de frappe, il est possible de remplacer manuellement un caractère fraîchement fondu par un autre. Si une ligne-bloc Linotype contenait une coquille, il fallait recommencer toute la ligne-bloc, voire toutes les lignes-blocs constituant la suite du paragraphe (si la correction initiale dépassait la longueur de la ligne-bloc incriminée). En revanche, la Monotype a l'avantage de produire des lignes formées de lettres séparées et justifiées faciles à empiler et à déplacer en cours de mise en page, ce qui rend ce procédé particulièrement utile dans la presse quotidienne. La Monotype est donc privilégiée dans l'édition d'ouvrages de qualité.

ImpressionModifier

Le musée expose des exemplaires de chaque catégorie de presses typographiques, sous diverses marques, couvrant la période 1450 - 1960. L'évolution des presses à imprimer est continue et multiforme sur une période de quatre siècles, les imprimeurs et les ingénieurs apportant chacun des améliorations techniques de l'existant. Les grandes classes de presse sont indiquées ci-dessous et des illustrations se trouvent sur la page Salle d'exposition de Commons.

La presse de type GutenbergModifier

 
Balles d'imprimerie

Gutenberg utilise une presse munie d'un chariot mobile et d'un châssis où est posée la feuille à imprimer[21]. Il met au point le plomb typographique avec ses caractères mobiles et interchangeables, ainsi que l'encre typographique, à base d'huile. L'encrage des lettres de plomb se fait manuellement. On utilise pour cela des balles : une pelote de crin, recouverte de cuir, souvent faite de peau de chien car l'animal ne transpirant pas, sa peau n'est pas poreuse. Pour nettoyer ces balles, des enfants grattaient l'encre avec leurs ongles. De là viendrait l'expression « les enfants de la balle »[22].

L'évolution technique de ce type de presse culmine avec :

 
Presse de type Stanhope au corps en forme de lyre
  • La presse Stanhope : L'anglais Charles Stanhope met au point en 1795 la première presse totalement métallique qui se se relève automatiquement grâce à un contrepoids et reste en usage pendant tout le XIXe siècle[23]. Le musée expose des exemplaires de presses à bras de type Stanhope de marque Baudie et Puyzarine, Frapié, Coisne. Gustave Gounouilhou a commencé à imprimer en 1854 le journal La petite Gironde avec trois presses Stanhope achetées pour cette occasion.
  • La presse à platine actionnée par une pédale, un levier, puis par un moteur électrique, sert essentiellement aux travaux de petit format et se développe parallèlement. La forme est placée verticalement, elle est surmontée par un plateau encreur circulaire : un ou plusieurs rouleaux encreurs passent sur ce plateau enduits d'encre, puis sur la forme, et la platine portant la feuille de papier vient presser sur la forme. Inventée en Amérique par Geo P. Gordon, ce type de presse est lancé en France en 1869 par Stanislas Berthier & Durey sous le nom La Minerve. On parle couramment de ces presses sous le nom de Minerve ou de Pédale.

Le musée expose :

  • des machines typographiques à platine « aile de moulin » de la marque : Original Heidelberg ;
  • des presse à pédale de type « Minerve », Vitex-Landreau, Foulon-Langenhagen ;
  • des presses à pédale de type « Phoenix » de la marque Deberny et Peignot.

Presse à cylindreModifier

La presses à cylindre, inventée au début du XIXe siècle par Friedrich Koenig et Andreas Friedrich Bauer, réalise mécaniquement toutes les opérations effectuées jusque-là manuellement : encrage, marge de la feuille, impression, éjection de la feuille. Cette presse, initialement à vapeur, puis électrique, ouvre l'imprimerie à l'ère industrielle.

La presse « Simonne » de la marque AlauzetModifier

Pierre Alauzet[24], né en 1816, est un constructeur de presses grande format, établi à Paris en 1846 et décédé en 1881. Les activités de son affaire sont continuées par sa veuve et ses deux fils Louis et Charles.

Simonne est le prénom de la petite fille du premier acquéreur de cette presse, en 1908. Elle fait partie d'une série de sept grandes presses construites. Elle est la seule existante aujourd'hui. Trois exemplaires étaient installés à Bordeaux à l’Imprimerie Péchade, (Jacqueline, Catherine et Simonne), devenue Imprimerie Delteil, pour l'impression des affiches. Simonne a fonctionné jusqu'en 1986.

  • La presse, à arrêt de cylindre et de mouvement hypocycloïdal selon le principe de l'engrenage de La Hire, pèse 35 tonnes.
  • Le marbre, de dimensions 135 × 217 cm est supporté par quatre bandes à galets.
  • La marge manuelle (placement de la feuille de papier à imprimer) nécessite deux ouvriers margeurs.
  • La réception du papier après l'impression nécessite deux personnes de plus.
  • Un imprimeur conducteur surveille le fonctionnement, à la vitesse de 600 feuilles par heure.

La presse rotativeModifier

La rotative, inventée au milieu du XIXe siècle par l'américain Richard March Hoe, est une presse à cylindre dont la forme imprimante est fixée sur un cylindre rotatif. Le moule à partir duquel on coule du plomb est cintré pour s'adapter à un cylindre. Le mouvement rotatif est continu, fluide et rapide. L'impression est réalisée sur une bobine de papier continu (coupé en sortie de presse)[25]. Tous les journaux à grands tirages adoptent la rotative[26].

LithographieModifier

La troisième zone du musée est dédiée à la lithographie. Mise au point dans les premières années du XIXe siècle, la lithographie est une technique d’impression qui permet la reproduction à de multiples exemplaires d’un tracé exécuté à l’encre ou au crayon sur une pierre calcaire.

L'image à imprimer est dessinée à l’envers (car c’est un procédé d’impression direct) sur la pierre lisse, dont le vrai nom est pierre Solenhofen, avec une matière hydrophobe. La pierre est légèrement humidifiée. L'encre, également hydrophobe, est appliquée sur la pierre avec une balle ou un rouleau. L'encre adhère uniquement sur l'image pour l'impression.

La majorité des impressions lithographiques sont mono-couleur. Il est possible de produire des lithographes multicolores en utilisant autant de pierres qu'il y a de couleurs. La feuille à imprimer passe successivement dans une presse avec chacune des pierres encrées avec leur couleur spécifiques, dans un travail de grande précision.

Les presses lithographiques anciennes du musée continuent à être utilisées pour le tirage des estampes et lithographies d'art sur commande avec les artistes et lors des ateliers organisés pendant les visites de groupes scolaires.

OffsetModifier

L'offset est un procédé d'impression qui améliore son ancêtre[25], la lithographie, en remplaçant la pierre lithographique par une plaque cintrable, adaptée à un cylindre, et l'ajout d'un blanchet autour d'un cylindre porte-blanchet (ou cylindre offset), entre le cylindre porte-plaque et le papier. Le procédé offset est devenu le procédé majeur d'impression professionnelle pour des publications en tous genres (presse quotidienne et périodique, publicité, livres, catalogues, brochures) sur divers supports (papier, carton, polymère, métal).

ReliureModifier

La quatrième zone du musée est consacrée à la reliure. La reliure consiste à lier, à rassembler plusieurs feuilles d'un livre, pliées en « cahiers », de façon à permettre un usage durable et à lui donner une esthétique avenante. Elle se résume techniquement à la couture des cahiers, la pose de plats qui ne sont pas solidaires du corps d’ouvrage, et d’un matériau de couverture des plats.

En général, pour l'impression d'un livre, le texte est imprimé en forme de cahiers de huit pages, seize, vingt-quatre pages. La feuille de papier, imprimé sur les deux côtés, est ensuite pliée et la bordure extérieure coupée avec un Massicot.

Les cahiers qui constituent le livre sont ensuite cousus ensemble et les plats et couverture posés.

Presse à copierModifier

Avant l’invention du papier carbone ce type de presse était utilisé par tous ceux dont le métier nécessitait la reproduction de documents : notaires, commerçants qui devaient fournir à l’administration un double de leur comptabilité.

La presse à copier est composée d’une vis verticale à filet carré dont l’extrémité supérieure porte une barre horizontale. La rotation de la vis, entraînée par l’élan des deux bras fait descendre un plateau en fonte lui communiquant ainsi une forte pression.

Les écrits se font sur papier ordinaire : l’utilisateur écrit la lettre sur son papier habituel, avec un porte-plume et de « l’encre communicative » (encre ordinaire), mélangée de gomme et de sucre. La lettre est placée sous la page du cahier destiné à recevoir la copie. Cette page, en papier pelure, non encollée, préalablement humectée avec un pinceau, une éponge ou encore avec un mouilleur spécial, est séparée de la précédente par un papier huilé assez épais. Le cahier refermé est alors mis sous la presse. On tourne la poignée jusqu’à sentir une résistance, on laisse la pression quelques minutes, puis on desserre. Le cahier est ensuite retiré.

La lettre est imprimée sur le papier pelure humidifié sans détériorer l’original. La copie sèche très rapidement.

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Jules Delpit, Origines de l'imprimerie en Guyenne, Bordeaux, E. Forastié et fils, , 112 p. (disponible sur Gallica).
  • Théophile Malvezin, « Souvenirs de l'ancien Bordeaux : L'imprimerie », Bulletin municipal officiel de la ville de Bordeaux,‎ , p. 1-73 (disponible sur Gallica).
  • Anatole Claudin, Les origines et les débuts de l'imprimerie à Bordeaux, Paris, , 116 p. (disponible sur Gallica).
  • Ernest Labadie, Notices biographiques sur les imprimeurs et libraires bordelais des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ; suivies de la liste des imprimeurs et libraires de Bordeaux, et du département de la Gironde au XIXe siècle : Documents pour servir à l'histoire de l'imprimerie et de la librairie, Bordeaux, M. Mounastre-Picamilh, , 258 p. (lire en ligne).  .
  • Georges Bouchon, Histoire d'une imprimerie bordelaise, 1600-1900 : Les imprimeries G. Gounouilhou, La Gironde, La Petite Gironde, Bordeaux, G. Gounouilhou, , 692 p. (disponible sur Internet Archive).
  • Adolphe Lucien Monet, Les machines et appareils typographiques en France et à l'étranger suivi des procédés d'impression, Paris, Administration du "Bulletin de l'imprimerie", , 548 p. (disponible sur Internet Archive).
  • Marie Kabouche (photogr. Bernard Chabot, Michel Dubau), Patrimoine industriel de la Gironde, Paris, Éd. du Patrimoine (Paris), coll. « Indicateurs du patrimoine », , 288 p. (ISBN 9782402027182, présentation en ligne, disponible sur Gallica).  .
  • Claude Chauffeteau, Chronologie des premiers Imprimeurs en Guyenne, 1991. Document disponible au musée.
  • Claude Chauffeteau, Imprimerie G. Gounouilhou : La Gironde et Sud-Ouest. Document disponible au musée.
  • Bernard Rathaux, Histoire des inventions et techniques du livre : usage et procédés de l'édition, EDIRU, , 2-86734-004-7 p. (disponible sur Gallica)

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. La Bibliothèque municipale de Bordeaux conserve trois ouvrages imprimés par Morpain :
    Charles de Grammont, Institutiones temporales verbi divini preconum frena laxantium cum perpetuis de sacrificio audiendo de eucharistia sumenda et ordinibus suscipiendis civitatis et diocesis burdegalensis... [Sic signatum Ch. de Acromonte ar. Burdegalensis], Bourdeaulx, F. Morpain, .
    Les Coustumes généralles de la ville de Bourdeaulx sénéschaucée de Guyenne. Lesquelles ont esté confirmées par édict, auctorisées par la Court de Parlement., Bourdeaulx, F. Morpain, , 48 p..
    Martin Thomas, Cantique au Roy Charles IX nostre souverain seigneur, pour sa nouvelle entréée, et bien venue en sa noble ville, capitale de Guyenne et cité de Bourdeaulx : composé par M. Martin Thomas, advocat au parlement d'icelle et à sa majesté, prêsenté le dimanche 15 d'avril 1565, Bourdeaulx, La Veuve Morpain, , 23 p..

RéférencesModifier

  1. Marie Kabouche (photogr. Bernard Chabot, Michel Dubau), Patrimoine industriel de la Gironde, Paris, Éd. du Patrimoine (Paris), coll. « Indicateurs du patrimoine », , 288 p. (ISBN 2-85822-582-6, présentation en ligne, disponible sur Gallica).
  2. « LES AMIS DE L'HISTOIRE ET DES TECHNIQUES DE L'IMPRIMERIE », sur societe.com, (consulté le 9 juillet 2019)
  3. « Fiche du bâtiment 8-10 rue Fort Louis », notice no IA00135747, base Mérimée, ministère français de la Culture
  4. Yves Lejoly et Michel Kirsz (préf. Jacques Chaban-Delmas), La Révolution Française, Bordeaux 1789 - 1794, Bordeaux, Les Amis de l'Histoire et des Techniques de l'Imprimerie, , 80 p..
  5. « Jean Moulin - Artiste », sur Jean Moulin - Artiste, Préfet, Résistant... (consulté le 29 juin 2019).
  6. « Michel Cardoze raconte quand et comment l'imprimerie est arrivée à Bordeaux : c'était en 1486 », sur France Bleu (consulté le 30 mai 2019).
  7. Jean-Auguste Brutails, « Documents concernant l'imprimerie à Bordeaux en 1514 », Revue des universités du Midi, vol. IV,‎ , p. 33-234 (lire en ligne).
  8. Jean-Auguste Brutails, « L'imprimerie à Bordeaux en 1508 », Bibliothèque de l’École des Chartes, vol. 60,‎ , p. 375-376 (lire en ligne).
  9. Mathurin Alamande, Ode virginales Maturini Almandini Angeriaci Aquitani viri... quibus addite sunt XII alie odae..., Bordeaux, Gaspard Philippe, , 26 p..
  10. Elie Vinet, L'Antiquité de Saintes, Bordeaux, Pierre de Ladime, , 72 p. (lire en ligne).
  11. Ernest Labadie, Notices biographiques sur les imprimeurs et libraires bordelais des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ; suivies de la liste des imprimeurs et libraires de Bordeaux, et du département de la Gironde au XIXe siècle : Documents pour servir à l'histoire de l'imprimerie et de la librairie, Bordeaux, M. Mounastre-Picamilh, , 258 p. (lire en ligne).  . (biographies)
  12. Honoré de Balzac, Illusions perdues : Les Deux Poètes, Houssiaux,
  13. « Brûlerie dite atelier de torréfaction de café ; musée de l'Imprimerie. », sur www.pop.culture.gouv.fr (consulté le 12 juin 2019)
  14. a et b Alan Marshall, Du plomb à la lumière : La Lumitype-Photon et la naissance des industries graphiques modernes, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, (ISBN 2-7351-1009-5, lire en ligne)
  15. a b c d e et f Maurice-Ernest Audouin de Géronval, Manuel de l'imprimeur : ou Traité simplifié de la typographie, Roret, libraire, (lire en ligne)
  16. a et b Martin-Dominique Fertel, La Science pratique de l'imprimerie contenant des instructions très faciles pour se perfectionner dans cet art..., M.-D. Fertel, (lire en ligne)
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Articles connexesModifier

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