Saqaliba (en arabe : صقالبة, sg. Siqlabi) est un terme désignant les Slaves, notamment les mercenaires et esclaves slaves dans la civilisation islamique classique (Ifriqiya, Sicile et al-Andalus), contemporaine de l'époque médiévale en Occident. Le terme arabe saqlab, siklab, saqlabi est emprunté au grec byzantin Sklavinoi (« Slaves »).

Reconstitution de Saqaliba (archéologie expérimentale) en 2019.

En al-Andalus, les Saqāliba forment l'une des ethnies mentionnées. Convertis à l'islam, certains vont accéder au pouvoir et former des royaumes-taïfas à dynasties slaves comme dans le taïfa d'Almeria avec son roi Jairan ou encore la dynastie de Mujahid al-Amiri qui règne à la fois sur le Taïfa de Dénia, les îles Baléares et la Sardaigne.

HistoriqueModifier

Le géographe persan Ibn al-Faqih écrit qu'il y a deux types de Saqāliba : ceux qui « ont la peau sombre et les cheveux noirs qui vivaient par-delà les mers » (il désigne ainsi la Méditerranée et la mer Noire, incluant probablement dans sa définition les peuples romans orientaux et les grecs) et « ceux à la peau claire qui vivaient plus loin sur la même terre » (il désigne ainsi les slaves des Balkans et de Russie)[1].

Dans le monde musulman comme dans le monde chrétien, les « infidèles », dans ce cas adeptes de la mythologie slave, pouvaient être réduits en esclavage et restaient esclaves tant qu'ils ne se convertissaient pas à la foi de leurs maîtres et le terme français « esclave » vient d'ailleurs des Slaves par l'intermédiaire carolingien ; dans la civilisation islamique classique les chrétiens, slaves ou non, étaient inclus parmi les « infidèles » (en arabe : غير, sg. gyaour). Il existait plusieurs routes principales pour le trafic des Slaves, à travers l'Asie centrale, la Méditerranée (les principaux marchés d'esclaves étant Astrakhan, Tmutarakan, Constantinople, Alexandrie, Le Caire, Tunis, Gênes et Venise), l'Europe centrale et occidentale (marchés à Ratisbonne, Cologne, Mayence et Aix-la-Chapelle). Al-Andalus pouvait se fournir en Saqāliba aussi bien par l'Afrique du Nord (Maghreb) que par la voie européenne des Radhanites, des marchands juifs que décrit le chroniqueur Ibrahim ibn Jakub.

Les Saqāliba occupaient des fonctions variées : encore païens et esclaves, ils pouvaient être serviteurs, eunuques, artisans ; une fois convertis (en arabe : المؤمنين, sg. mu'minīn) ils pouvaient devenir mercenaires et même gardes du calife[2]. Le chroniqueur byzantin Théophane mentionne que dans les années 660, le calife omeyyade Muawiya Ier mit en place en Syrie une armée composée de 5 000 mercenaires Slaves d'Asie mineure. Dans l'Émirat de Cordoue, les Saqāliba apparaissent sous le règne d'Al-Hakam Ier (796–822) et formeront notamment la garde personnelle du calife Abd al-Rahman III[3].

 
Les Saqaliba forment une des principales composantes des armées du califat de Cordoue puis des royaumes d'al-Andalus.

Nombre d'entre eux occupèrent des postes importants et, à la différence des centaines de milliers d'esclaves restés anonymes, leur sort est bien renseigné. En Al-Andalus, au Maghreb, à Damas et en Sicile, leur rôle peut être comparé à celui qu'eurent les Mamelouks dans l'Empire ottoman. Certains Saqāliba comme Mujāhid al-‘Āmirī devinrent même rois de taïfas en Espagne après la chute du califat de Cordoue[4].

Au XIe siècle, Al-Bakri mentionne la présence dans l'émirat de Nekor, au Maroc actuel, d'un « village des Saqaliba » (qaryat al-Sāqāliba)[5].

Comme mentionné précédemment, les Arabes n'avaient qu'une notion très vague des caractères ethniques des populations dont ils n'étaient pas voisins. Il est probable que le terme Saqāliba désignait un ensemble disparate de peuples balkaniques, du caucasiens, turcs, baltes ou finno-ougriens vivant entre la mer Baltique et les mers Noire et Caspienne. Ibn Fadlan qualifie par exemple Almis, roi des Bulgares de la Volga, de « roi des Saqāliba », tandis qu'Al-Biruni nomme la mer Baltique Bahr as-Saqâliba, c'est-à-dire « mer des Saqāliba ».

À Madagascar, il est possible que le nom des Sakalaves provienne étymologiquement du mot arabe saqāliba pour esclave en général, toutes origines confondues. En Tunisie, pour désigner les esclaves, la terminologie choisie dépendait de la couleur et des origines de l'esclave : l'esclave à la peau claire était appelé mamluk ou saqlabi et, étant plus rare, était plus cher[6].

RéférencesModifier

  1. Ibn al-Faqih al-Hamadhānī, Compendium libri Kitāb Al-Boldān auctore Ibn al-Fakih al-Hamadhānī (en arabe et latin), ed. M. J. de Goeje, in : Bibliotheca geographorum Arabicorum, Brill, Leiden 1870.
  2. (en) Marc Baer, « Dönme (Ma'aminim, Minim, Shabbetaim) », Encyclopedia of Jews in the Islamic World,‎ (lire en ligne, consulté le 9 novembre 2019)
  3. Junius P. Rodriguez (en), The Historical Encyclopedia of World Slavery, ABC-CLIO, 1997, p. 565. (ISBN 0874368855)
  4. André Clot, L'Espagne musulmane, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 1999 ; réed. 2004 (ISBN 978-2-262-02301-0), « La terre et les hommes - Population - Les esclavons », p. 232
  5. Patrice Cressier, « Nakur : un émirat rifain pro-omeyyade contemporain des Aghlabides », In: Glaire D. Anderson; Corisande Fenwick; Mariam Rosser-Owen, The Aghlabids and their Neighbors - Art and material Culture in Ninth-Century North Africa, 122 (Handbook of Oriental Studies, Section 1 « The Near and Middle East »), pp. 491-513, Brill, 2018. (ISBN 9789004355668)
  6. « L'histoire de l'esclavage en Tunisie », sur wepostmag.com (consulté le 22 janvier 2020)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Francis Conte, Les Slaves : Aux origines des civilisations d'Europe centrale et orientale, chap. V (« Les Slaves en Espagne, en Afrique et en Italie (VIIIe-XIe siècles »), Albin Michel, 1996. (ISBN 2226233229)

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