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Robert Boutruche

historien français
Robert Boutruche
Biographie
Naissance
à Chailland (Mayenne)
Décès (à 71 ans)
à Paris
Nationalité Drapeau de la France Français
Thématique
Formation Université de Rennes
Titres

Professeur titulaire à l'université de Strasbourg

Professeur titulaire à l'université de la Sorbonne
Profession HistorienVoir et modifier les données sur Wikidata
Travaux


Approche Histoire économique du Moyen Age

Robert Boutruche est un historien médiéviste français, né le [1] à Chailland (département de la Mayenne) et mort le [2]. Il est connu pour ses travaux sur les structures rurales et la féodalité.

BiographieModifier

FamilleModifier

Robert Odile Hyacinthe Joseph Boutruche est né le 21 octobre 1904 à Chailland dans le département de la Mayenne et mort le 15 novembre 1975. Son père, Joseph, né en 1879 à Laval, était horloger dans cette commune où il demeurait avec son épouse Marie Cordon[3], route de la Baconnière.

ÉtudesModifier

 
Faculté des Lettres, Rennes.

Le jeune Robert Boutruche étudie à la faculté des Lettres de l'université de Rennes où il obtient sa licence d'histoire en 1924 et son diplôme d'études supérieures l'année suivante. En 1928, il est reçu au concours de l'agrégation d'histoire, après avoir accompli une année de service militaire[4].

Parcours militaireModifier

Rendu à la vie civile, Robert Boutruche est officier d'administration de réserve dans le service de Santé, avec le garde de sous-lieutenant en 1928[5]. En 1932, il est mentionné comme lieutenant[6]. En septembre 1939, il est mobilisé et le reste jusqu'en juin 1940. Il gagne ensuite Clermont-Ferrand où s'est repliée l'université de Strasbourg[7].

Vie privéeModifier

À Bordeaux, Robert Boutruche nommé professeur de lycée en 1929, habite au no 147-bis de la rue François-de-Sourdis[8].

La même année, il épouse une camarade d'étude, Renée Godard, d'une "famille d'instituteurs républicains laïques"[4]. Ils ont une fille, prénommée Monique, née le 26 octobre 1930. Mais la jeune mère est emportée par le cancer en septembre 1932[4].

L'historien se remarie en août 1940, avec Marie-Thérèse Wetterwald[4] qui avait été une ancienne étudiante de Marc Bloch à Strasbourg. Ils auront trois filles : Françoise (1941) Annik (1943) et Marie-Claude (1944),

À l'automne 1940, Robert Boutruche gagne Clermont-Ferrand où s'est repliée l'université de Strasbourg depuis septembre 1939. Il échappe à la rafle du 25 novembre 1943 organisée par les Allemands pour frapper la résistance qui se développait à l'université[9] et se réfugie[4] dans le Livradois.

Après sa nomination à la Sorbonne en 1959, Robert Boutruche habite à Fontenay-aux-Roses, au no 63 de la rue Marx-Dormoy[10]. En 1972, et jusqu'en 1975, il réside à Bourg-la-Reine au no 2 de la rue des Plantes[11].

Au début des années 1960, l'universitaire parisien passait ses vacances dans la vallée de Chamonix, dans la même localité que l'historien Jean Delumeau[12].

Carrière universitaireModifier

Professeur de lycéeModifier

 
Lycée Montaigne à Bordeaux.

Robert Boutruche a d'abord été professeur délégué, en 1926, au collège de Vitré (Ille-et-Vilaine)[13]. Agrégé, et libéré des obligations militaires, il est affecté à l'automne 1928 au lycée de Brest pour un an.

Nommé ensuite au lycée de Bordeaux en 1929, le jeune professeur agrégé est chargé de la classe préparatoire à l'École coloniale. Cette circonstance le conduit à des recherches sur l'histoire coloniale à partir des fonds archives disponibles à Bordeaux. C'est ainsi qu'il publie l'article : "Existe-t-il une continuité dans la politique coloniale de la France ?", en 1935 ; et une contribution à un ouvrage collectif : "Bordeaux et le commerce des Antilles françaises au XVIIIe siècle", en 1935.

Robert Boutruche rencontre l'éminent historien Marc Bloch[14] pour la première fois en 1934[15]. Mais il s'est adressé à lui dès 1930 pour une aide à orienter ses recherches. Marc Bloch lui recommande "une étude d'histoire rurale et agraire, à la fois économique et juridique, et surtout en mettant l'accent sur la structure sociale"[16]. Il lui conseille également d'acquérir une "éducation de médiéviste", d'apprendre la langue allemande "absolument nécessaire" et de parfaire sa culture générale.

Cette tâche ne lui laissait pas le temps qu'il aurait voulu pour se consacrer à sa thèse. Marc Bloch en témoigne dans une lettre à Lucien Febvre : "Il a beaucoup de peine à travailler, naturellement, avec ses heures de classe"[17].

Robert Boutruche est nommé professeur au lycée Rollin (Jacques-Decour) en 1935. L'année suivante, il obtient, enfin et grâce à Lucien Febvre, une bourse "qui lui permet de faire des recherches en Angleterre" (où il s'est déjà rendu en 1933)[4].

Universitaire à StrasbourgModifier

 
Marc Bloch (1886-1944).

Robert Boutruche échappe à l'enseignement secondaire en 1937, par son élection en tant que maître de conférences, chargé des sciences auxiliaires de l'histoire, à l'université de Strasbourg[18].

Il devient professeur titulaire d'histoire médiévale à l'université de Strasbourg en 1947, où il prend la succession du médiéviste Charles-Edmond Perrin.

Thèse, sous les conseils (mais pas la direction formelle) de Marc Bloch, soutenue en décembre 1946 avec un jury présidé par Louis Halphen, (publiée en 1947).

Directeur d'études à l'École pratique des Hautes études (1954)[19].

Professeur à la SorbonneModifier

En 1959, Robert Boutruche, est nommé professeur titulaire de la chaire d'histoire économique du Moyen Âge à la Sorbonne, jusqu'en 1973. Directeur d'études à la IVe section de l'École pratique des Hautes études, en 1966.

Directeur de thèsesModifier

 
Salle Louis Liard, soutenance de thèses.

Robert Boutruche a été le directeur de quatre thèses menées à terme :

  • 1969 : La condition économique de la noblesse du Cotentin à la fin du Moyen Age, Max Campserveux (mémoire de l'École des hautes études)[20].
  • 1972 : Chartres et ses campagnes (XIe-XIIIe siècles), André Chédeville.

Responsabilités éditorialesModifier

Robert Boutruche fonde, avec son collègue Paul Lemerle (byzantiniste), la collection "Nouvelle Clio" aux P.U.F.[21] au début des années 1960. Les deux directeurs annoncent 45 volumes. Les premiers ouvrages marquent l'édition universitaire par la notoriété scientifique de leurs auteurs : Jacques Godechot, Frédéric Mauro, Jean-Baptiste Duroselle, Claude Fohlen, Jean Delumeau.

Le premier titre est dû à Jacques Godechot : Les révolutions (1770-1799), paru en 1963. La formule est caractérisée par la présentation d'une bibliographie "pratique, indicatrice, suggestive", par un "état des connaissances et une section "problèmes et directions de recherche"[22].

Distinctions et hommagesModifier

  • 1947 : prix Saintour, de l'Académie des inscriptions et Belles-lettres pour l'ouvrage Une société provinciale en lutte contre le régime féodal. L'alleu en Bordelais et en Bazadais, du XIe au XVIIIe siècle[23].
  • 1948 : prix du Baron Gobert, de l'Académie des inscriptions et Belles-lettres pour l'ouvrage La crise d'une société. Seigneurs et paysans du Bordelais pendant la guerre de Cent ans (second prix)[24].
  • 1969 : Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur
  • Une salle de lecture de la Sorbonne porte le nom de Robert Boutruche

Apport à l'histoire du Moyen ÂgeModifier

Opposition à la notion de "seigneurie banale". Critique des thèses de Georges Duby.

Le Bordelais et la guerre de Cent ansModifier

 
Nouveau tirage de sa thèse en 1963

La thèse de Robert Boutruche est soutenue en 1946 et publiée en 1947.

Seigneurie et féodalitéModifier

La publication en 1970 du deuxième volume de Seigneurie et féodalité, onze ans après le premier, porte sur les XIe-XIIIe siècles, c'est-à-dire "l'apogée" de ce système de rapport entre les paysans et leurs maîtres. La portée de ce travail a été diversement évaluée. Dans son compte rendu, Robert Fossier rappelle les "vives approbations" reçues par le premier mais note sévèrement que le second "n'a ni l'éclat et l'originalité, ni les perspectives de son aîné" : "A-t-il fait œuvre nouvelle ? On hésite à se prononcer (...)[25].

"Robert Boutruche est l'un des derniers historiens qui refuse de se rallier à l'expression de seigneurie «banale» et lui préfère celle, plus ambiguë encore de seigneurie «politique».

RecensionsModifier

Robert Boutruche est un collaborateur régulier de la Revue historique. Son premier bulletin sur la France médiévale date de 1949, le dernier de 1971[26].

PublicationsModifier

  • "Existe-t-il une continuité dans la politique coloniale de la France du XIe au XXe siècle ?", Revue historique, tome CLXXII, 1933
  • "Bordeaux et le commerce des Antilles françaises au XVIIIe siècle", extrait de Nos Antilles, Édition : Orléans, G. Luzeray, 1935 (en ligne).
  • "Bordelais, Bazadais, Agenais, Bas-Quercy", Revue historique, 1936.
  • "Les Courants de peuplement dans l'Entre-Deux-Mers, étude sur le brassage de la population rurale, XIe-XXe siècles", Annales d'histoire économique et sociale, no 31, janvier 1935, et no 32, mars 1935.
  • "Aux origines d'une crise nobiliaire" [en Bordelais], Annales d'histoire sociale, 1939 (source).
  • Une société provinciale en lutte contre le régime féodal. L'alleu en Bordelais et en Bazadais du XIe au XVIIIe siècle, Rodez, Impr. de P. Carrère, 1943.
  • Pour comprendre l'Alsace, terre de contrastes avec Marcel Simon, Strasbourg, imprimerie des Dernières nouvelles, 1945.
  • Alsace, avec Marcel Simon, Strasbourg, Imp. des Dernières nouvelles, 1945.
  • La crise d'une société, seigneurs et paysans du Bordelais pendant la guerre de Cent-ans, thèse, éd. les Belles lettres, 1947.[compte-rendu bibliographique de Georges Duby] ; [compte-rendu bibliographique de Pierre-François Fournier]
  • Une société provinciale en lutte contre le régime féodal, l'alleu en Bordelais et en Bazadais du XIe au XVIIIe siècle, thèse complémentaire, Rodez, impr. de P. Carrère, 1947.
  • La crise d'une société. Seigneurs et paysans du Bordelais pendant la Guerre de cent ans, Paris, éd. Les Belles lettres, 1963 (nouveau tirage de la thèse).
  • Bordeaux de 1453 à 1715 sous la direction de Robert Boutruche avec la collaboration de Jacques Bernard, Louis Desgraves, Françoise Giteau, Francis Loirette et Paul Roudié ; 1966 ; 562 p. ; 12 cartes et plans ; 22 pl. ; Tome IV d'Histoire de Bordeaux en 8 volumes ; publiée sous la direction de Charles Higounet ; édité par Fédération historique du Sud-Ouest [compte-rendu bibliographique]
  • Seigneurie et féodalité 1. Le premier âge des liens d'homme à homme, Paris, Aubier, 1959 ; 2e éd., Paris, Montaigne, 1968.
  • Seigneurie et féodalité 2. L'Apogée, XIe-XIIIe siècles, Paris, Aubier-Montaigne, 1970.

BibliographieModifier

TraductionsModifier

Nombreuses traductions en langue espagnole.

Notes et référencesModifier

RéférencesModifier

  1. D ocuments divers disponibles sur isamveri.org, université Saint-Joseph de Beyrouth, à propos du père Maurcie Bouyges.
  2. Couderc, Camille (1860-1933). Auteur du texte, « Revue historique / dirigée par MM. G. Monod et G. Fagniez », sur Gallica, (consulté le 31 juillet 2018)
  3. Hyacinthe Marie Alexandrine Cordon est née le 1er juin 1882, à Chailland. Elle épouse Joseph Boutruche, le 6 janvier 1902, dans la même commune. Elle meurt, d'une "longue et douloureuse maladie", le 8 décembre 1957 à Sainte-Suzanne (Mayenne). Joseph meurt le 22 août 1952 à Ernée (Mayenne).
  4. a b c d e et f "Marc Bloch et ses élèves : lettres à Robert Boutruche", établies par Étienne Bloch, présentées par Bertrand Müller, Cahiers Marc Bloch, 4/1996, p. 25-98.
  5. Journal officiel de la République française (J.O.R.F.), 20 mai 1928, p. 5658.
  6. Journal officiel de la République française, 6 avril 1932, p. 3683. En 1935, il est affecté à la 18e Région militaire, J.O.R.F. du 5 janvier 1935, p. 164.
  7. Marc Bloch, Lucien Febvre. Correspondance, établie, présentée et annotée par Bertrand Müller, III, 2003, note 1, p. 92.
  8. Archives historiques de département de la Gironde, tome 58, 1929-1932, p. 5.
  9. "La rafle de l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand (1943)".
  10. Annuaire téléphonique de l'École pratique des hautes études, IVe section, sciences historiques et philologiques, année 1966-1967.
  11. Annuaire 1975/1976 de l'École pratique des hautes études, 1976.
  12. "L'itinéraire d'un historien" récit autobiographique par Jean Delumeau à l'occasion de la remise du titre de docteur ""Honoris Causa"" par l'université de Bucarest, en 2011.
  13. Revue historique, tome CCII, 1949, p. 269.
  14. Il a publié Les Rois thaumaturges en 1924 et fondé, avec Lucien Febvre la revue des Annales d'histoire économique et sociale en 1929.
  15. Cf. Olivier Dumoulin, Marc Bloch, 2000, p. 192
  16. Marc Bloch, Lucien Febvre. Correspondance, établie, présentée et annotée par Bertrand Müller, II, introduction, 2003, p. XLVII.
  17. Marc Bloch, Lucien Febvre. Correspondance, établie, présentée et annotée par Bertrand Müller, II, lettre du vendredi 11 mai 1934, p. 90.
  18. Marc Bloch avait quitté cette université l'année précédente (1936), pour la Sorbonne.
  19. Boutruche, Robert, « Histoire du Moyen Âge », Annuaires de l'École pratique des hautes études, vol. 85, no 1,‎ (lire en ligne, consulté le 31 juillet 2018)
  20. Compte rendu de publication par Gérard Giordanengo, Bibliothèque de l'École des Chartes, 1985, vol. 143, n° 1, p. 214-215.
  21. Les Presses universitaires de France avaient créé la collection "Clio" dans les années 1930 dont s'inspirent Boutruche et Lemerle.
  22. "La «Nouvelle Clio»", Vincent Gérard, Revue française de science politique, 1966, vol. 16, n° 3, p. 621-624.
  23. Séance du 2 mai 1947 de l'Académie des inscriptions et Belles-Lettres
  24. Séance publique annuelle de l'Académie des inscriptions et Belles-lettres, 19 novembre 1948.
  25. "Robert Boutruche, Seigneurie et féodalité. II : L'apogée (XIe-XIIIe siècles), Paris, Aubier, 1970, compte rendu par Robert Fossier, Bibliothèque de l'École des Chartes, 1971, vol. 129, n° 1, p. 182-18 5.
  26. Revue historique, 1979, tome CCLXII, p. 117.

Voir aussiModifier

Liens externesModifier