Nez

organe respiratoire des animaux

Le nez est chez l'être humain la saillie médiane du visage située au-dessus de la lèvre supérieure et qui, en le surplombant, recouvre l'orifice des fosses nasales, qui constituent le segment supérieur des voies respiratoires et renferment l'organe de l'olfaction. Il concourt, en livrant passage à l'air, à l'accomplissement de la respiration et de la phonation.

Nez d'un homme adulte vu de profil.
Le nez n'est pas apparu pour les lunettes, contrairement au paradigme adaptationniste panglossien[1] énoncé dans le Candide de Voltaire[2].

Ce terme est également utilisé par analogie pour les vertébrés tétrapodes ne possédant pas une truffe à l'extrémité du museau (« nez » — organe olfactif — des poissons, nez olfactif et nez respiratoire des crocodiliens)[3].

Origine du motModifier

La graphie nez est attestée en 1314 dans les écrits de chirurgie de Henri de Mondeville. Le mot ancien français nes, et l'adjectif ou substantif nasel, cités dans la Chanson de Roland, proviennent du mot latin de genre masculin latin : nāsus, nasi, signifiant le nez de l'homme[a]. Le nez est associé dans le monde gréco-romain au sens de l'odorat, il est aussi le siège de la colère. L'allongement du nez, ne serait-ce d'un pied, dans les vieux contes romans ou germaniques, n'est souvent pas bon signe pour le protagoniste, à moins de ne susciter que l'hilarité des témoins.

Le monde savant a gardé la racine du mot grec ancien rhis, rhinos, de même sens[b]. La racine marque la médecine actuelle, avec la rhinologie (étude scientifique du nez), l'oto-rhino-laryngologie, la rhinoscopie, la rhinite, la rhinoplastie, le drainage rhinopharyngé... ainsi que les sciences naturelles descriptive, le rhinocéros... La plupart des langues européennes présentent souvent une même racine évidente : naso en italien, nos en russe, ou l'anglais nose, l'allemand die Nase de genre féminin. En français, les mots de la famille se ressemblent à l'exception de nez : l'adjectif nasal ou le substantif nasal (partie de casque protégeant le nez), naseau, nasalisation, nasalité (caractère nasal d'un phonème, par exemple voyelle nasale), nasiller (parler du nez), nasillard, nasillement, nasard (jeu de mutation flûté à l'orgue), nasarde (coup ou chiquenaude sur le nez), nasarder, nasique...

Histoire évolutiveModifier

Chez les poissons, chaque cavité nasale (appelée sac olfactif ou sac nasal, elle correspond à une poche creusée dans le cartilage des capsules olfactives du crâne et est tapissée de papilles gustatives et de cellules olfactives (en)) est ouverte à l'extérieur par une « narine » (ouverture nasale non reliée à la cavité buccale et au système respiratoire) sur le museau. La narine externe est ventrale chez les poissons cartilagineux, dorsale chez les poissons osseux. Ce sont les mouvements respiratoires branchiaux qui activent le circulation du milieu aquatique dans le sac olfactif, via une ouverture inhalante (entrée de l'eau par la narine antérieure) et une ouverture exhalante (sortie de l'eau par la narine postérieure). Chaque sac est souvent divisé en deux par un repli cutané, formant une cavité en forme de « U » qui permet l'installation d'un courant d'eau à l'intérieur de l'organe olfactif, les quatre « narines » améliorant ainsi les capacités olfactives en milieu aquatique[4].

Des orifices narinaires postérieurs qui s'ouvrent au plafond buccal, apparaissent chez les sarcoptérygiens (poissons à membres charnus), et plus particulièrement chez les Dipneustes ou Poissons pulmonés chez qui les orifices exhalants des narines externes ont migré à l'intérieur de la cavité buccale. Ces poissons présentent diverses étapes de transition entre la respiration branchiale aquatique (bouche ouverte, aspiration de l'eau étant grâce à la pompe buccopharyngée puis expulsion par les orifices branchiaux) et la respiration pulmonaire (montée en surface pour aspirer de l'air amené aux poumons)[5]. L'existence d'un palais primaire permet des mouvements de pompage aquatique réalisés bouche fermée, via les canaux nasaux et les arcs branchiaux[6], fournissant une complète indépendance des voies de l'olfaction et de la respiration aérienne, contrairement à ce que les zoologues ont souvent pensé[7]. Cette innovation évolutive assure de plus une première ébauche de séparation des voies alimentaire et respiratoire (elles confluent cependant dans la cavité bucco-pharyngée), et améliore l'acuité olfactive en favorisant un courant d'eau actif entre le nez et la bouche grâce à la pompe buccopharyngée que ces poissons utilisent principalement pour l'alimentation par aspiration des proies[8]. L'émergence des choanes chez les Tétrapodes terrestres ne serait donc pas une adaptation à la respiration aérienne mais un moyen d'obtenir une meilleure olfaction aquatique chez ces poissons qui vivent dans des eaux stagnantes et troubles exigeant une adaptation à la diminution des stimuli visuels, puis cette structure anatomique aurait été adaptée à l'olfaction aérienne qui a besoin d'une bonne acuité olfactive et d'un système d'humidification des fosses nasales assuré par la sécrétion muqueuse des glandes de Bowman (en) et des glandes lacrymales (la présence d'un canal lacrymonasal pourrait être un vestige de la narine externe postérieure)[9],[10]. Si les choanes et les poumons des dipneustes et celles des tétrapodes sont apparues indépendamment par convergence évolutive résultant d'une adaptation à la vie terrestre, l'évolution phylogénétique suggère de considérer le nez respiratoire comme une exaptation du nez olfactif primaire[11] et l'utilisation des poumons hors de l'eau également comme un processus d'exaptation, conséquence d'une adaptation de poissons à des milieux aquatiques hypoxiques ou bien oxygénés, en lien dans ce dernier cas avec les besoins accrus en oxygène du cœur[12],[13].

DescriptionModifier

Chez l'être humain, le nez est constitué d'un squelette fait de cartilages accolés au squelette osseux de la face. Ces cartilages sont recouverts de peau sur leurs faces externe et interne. Ils délimitent deux orifices, les narines, qui font communiquer les cavités nasales avec l'extérieur.

Le squelette comprend cinq cartilages principaux. L'espace entre ces cartilages est comblé par des petits cartilages accessoires et du tissu fibreux. Les cartilages principaux sont :

  • le cartilage septal, une lame médiane verticale qui sépare les deux narines ;
  • les cartilages latéraux, deux lames triangulaires qui forment la paroi supérieure de chaque narine ;
  • les cartilages alaires, deux lames concaves en dehors qui forment la paroi antéro-latérale des narines.

FormeModifier

 
Illustration du nez grec, à l'Avers de ce statère à l'effigie de Zeus.

Il existe huit types de nez[14] :

  • nez droit (ou nez grec) ;
  • nez épaté ;
  • nez busqué ;
  • nez tombant ;
  • nez camard (ou nez camus) ;
  • nez aquilin (ou nez en bec d'aigle) ;
  • nez bourbonien (celui de la famille de Bourbon en est un bon exemple) ;
  • nez retroussé.

On trouve, toutefois, d'autres appellations, plus imagées les unes que les autres, et qui, ne trouvant que l'usage comme source, ne sauraient être décrites avec exactitude :

  • nez en trompette, ou nez mutin ;
  • nez en patate, gros nez ;
  • nez de betterave, pour un nez enluminé, avec des couleurs vives ;
  • nez en bec de canard, ou nez de corbin, avec une saillie disgracieuse au niveau de l'arête nasale cartilagineuse ;
  • nez en pied de marmite, ou nez en selle, ou nez en lorgnette.

Ces appellations sont familières.

Cette liste ne saurait jamais être exhaustive.

Micriobiote nasalModifier

Le microbiote nasal de l'homme est principalement constitué de bactéries. Plus de 900 espèces colonisent la muqueuse du nez[15]. Ce microbiote a un rôle important dans la colonisation par staphylocoque doré résistant à la méticilline[16].

ÉvolutionModifier

 
L'hominisation se caractérise par la régression du prognathisme et l'apparition d'un nez proéminent (élément non conservé du crâne, car entièrement cartilagineux).

Le nez est un caractère qui a évolué à partir d'un caractère ancestral : la truffe ou rhinarium. La plupart des mammifères[17] (jusqu'aux primates Strepsirrhiniens) ont en effet une truffe humide alors que les primates haplorrhiniens (comprenant entre autres, les singes, gorilles et l'être humain) ont perdu ce rhinarium au profit du nez. Cet appendice nasal apparu il y a environ 55 Ma, est une synapomorphie qui se traduit par la migration de la muqueuse externe du rhinarium vers l'intérieur des narines du nez[18].

Une hypothèse est que le nez de l'homme a évolué dans le contexte de la réduction du massif facial qui tend à se disposer sous la loge cérébrale et de la verticalisation du front du fait de l’expansion crânienne et de la réduction du prognathisme facial. La bipédie et l'expansion cérébrale conduisent donc à une réorganisation complète de l'architecture crânienne, si bien que l'appendice nasal serait une adaptation squelettique à la bipédie humaine (en)[19]. Une autre hypothèse, qui peut être complémentaire, est que le développement du nez dans la lignée d'hominidés du genre Homo aurait répondu à la nécessité de conserver une humidification importante de l'air inspiré pour empêcher les poumons de se dessécher dans des environnements de contrées sèches et semi-arides (savanes arborées, forêts plus arides). Inversement, la turbulence aide le nez à récupérer cette humidité lors de l'expiration, ce qui suggère une sélection pour parcourir de longues distances à pied dans la chaleur (notamment lors de la chasse à l'épuisement) sans se déshydrater[20].

Du point de vue évolutif un nez est caractérisé par :

  • la présence de poils possible entre les narines ;
  • la perte des vibrisses autour de la truffe ;
  • la soudure complète de la lèvre supérieure et de la fente entre les narines.

La morphologie nasale chez l'homme actuel est une adaptation climatique : les cavités nasales sont étroites dans les climats froids (grande turbulence de l'air froid dans la cavité pour réchauffer cet air au contact des muqueuses), larges dans les climats chauds[21].

PathologiesModifier

Une épistaxis est un saignement par le nez. Une rhinorrhée est un écoulement par le nez.

Cette partie du corps, parce qu’elle est très exposée au soleil, est souvent touchée par le carcinome épidermoïde, l’une des formes les plus fréquentes de cancer de la peau chez les personnes à peau blanche[22].

Elle est également touchée par des fractures ou par un hématome du septum nasal.

Dans les artsModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. D'un point de vue concret, le mot latin signifie aussi le bec ou le goulet d'un vase ou d'un récipient allongé. De manière figurée, le mot latin représente la finesse du goût ou l'esprit moqueur, la moquerie. En ancien français, nes ou nez désigne également la trompe ou les narines d'un animal.
  2. Le mot grec au pluriel désigne aussi les narines.

RéférencesModifier

  1. C'est le généticien britannique J.B.S. Haldane qui semble s'être, le premier, servi de cette métaphore pour indiquer la place excessive occupée par l'adaptation des organismes dans la théorie synthétique de l'évolution. Ce néologisme est repris en 1979 par Stephen Jay Gould et Richard Lewontin dans leur article « Les pendentifs de Saint-Marc et le paradigme panglossien : une critique du programme adaptationniste ». Cf Pierre-Henri Gouyon, Jean-Pierre Henry, Jacques Arnould, Les avatars du gène. La théorie néodarwinienne de l'évolution, Belin, (lire en ligne), n.p.
  2. « Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes ; aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées et pour en faire des château, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l'année ». Cf Voltaire, Candide, éditions livre de poche, , p. 47
  3. (en) Roger Jankowski, The Evo-Devo Origin of the Nose, Anterior Skull Base and Midface, Springer Science & Business Media, (lire en ligne), p. 45-47
  4. (en) Alfred Sherwood Romer, Thomas S. Parsons, The Vertebrate Body, Holt-Saunders International, , p. 453–458.
  5. (en) Roger Jankowski, The Evo-Devo Origin of the Nose, Anterior Skull Base and Midface, Springer Science & Business Media, (lire en ligne), p. 16
  6. Schémas représentant les organes olfactifs chez une lamproie (A), un dipneuste (B), un crocodile (C) et lors du développement embryonnaire humain (a, b, c), tirés de : (en) R. Jankowski, D.T. Nguyen, A. Russel, B. Toussaint, P. Gallet, C. Rumeau, « Chronic nasal dysfunction, » European Annals of Otorhinolaryngology, Head and Neck Diseases, Vol. 135, n° 1, 2018, p. 41-49
  7. Roger Jankowski, op. cit., p.17
  8. André Beaumont, Pierre Cassier et Daniel Richard, Biologie animale. Les Cordés, Dunod, , p. 400
  9. (en) T.M. Otuogbai, A. Ikhenoba, I. Elakhame, « Food and feeding habits of the African lungfish, Protopterus annectens (Owens) (Pisces: Sarcopterygii) in the flood plains of River Niger in Etasako east of Edo State, Nigeria », Nature, vol. 10, no 1,‎ , African Journal of Tropical Hydrobiology and Fisheries (DOI 10.4314/ajthf.v10i1.1397).
  10. (en) Philippe Janvier, « Wandering nostrils », Nature, vol. 432,‎ , p. 23–24 (DOI 10.1038/432023a).
  11. (en) John Abramyan, Béatrice Thivichon-Prince, Joy Marion Richman, « Diversity in primary palate ontogeny of amniotes revealed with 3D imaging », Journal of Anatomy, vol. 226, no 5,‎ , p. 420–433 (DOI 10.1111/joa.12291).
  12. (en) Colleen Farmer, « Did lungs and the intracardiac shunt evolve to oxygenate the heart in vertebrates », Paleobiology, vol. 23, no 3,‎ , p. 358-372.
  13. (en) John N. Maina, The Biology of the Avian Respiratory System : Evolution, Development, Structure and Function, Springer, (lire en ligne), p. 102-103
  14. Larousse encyclopédique en couleurs, Paris, Librairie Larousse, (ISBN 2-7242-0543-X), tome 15, page 6496, planche « diverses formes de nez »
  15. Marc-André Selosse, Jamais seul. Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations, Éditions Actes Sud, , p. 87.
  16. (en) Daniel N. Frank, Leah M. Feazel, Mary T. Bessesen, Connie S. Price, Edward N. Janoff, Norman R. Pace, « The Human Nasal Microbiota and Staphylococcus aureus Carriage », Plos One, vol. 5, no 5,‎ (DOI 10.1371/journal.pone.0010598).
  17. Les chauves-souris font exception car elles ont un nez.
  18. Andor Thoma, Éléments de paléoanthropologie, Institut supérieur d'archéologie et d'histoire de l'art, , p. 128.
  19. (en) Mladina R, Skitarelić N, Vuković K, « Why do humans have such a prominent nose? The final result of phylogenesis: a significant reduction of the splanchocranium on account of the neurocranium », Med Hypotheses, vol. 73, no 3,‎ , p. 280–283 (DOI 10.1016/j.mehy.2009.03.045).
  20. (en) Ruff CB, Trinkaus E, Walker A, Larsen CS., « Postcranial robusticity in Homo. I. Temporal trends and mechanical interpretation », Am. ]. Phys. Anthrop., vol. 91, no 1,‎ , p. 21-53 (DOI 10.1002/ajpa.1330910103).
  21. (en) Marlijn L. Noback, Katerina Harvati, Fred Spoor, « Climate-related variation of the human nasal cavity », American Journal of Physical Anthopology, vol. 145, no 4,‎ , p. 599–614 (DOI 10.1002/ajpa.21523).
  22. « Le carcinome épidermoïde cutané (CE) », fondation « The Skin Cancer Foundation », New-York (consulté 8 décembre 2013).
  23. (en) Emerson Spartz et Ben Schoen, Harry Potter Should Have Died, Ulysses Press, , p. 25.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier