Mathilde d'Angoulême

aristocrate française

Mathilde d'Angoulême ou Mathilde Taillefer (av. 1181-ap. 29 août 1233) est une noble angoumoisine, descendante directe des comtes d'Angoulême. Elle devient comtesse de la Marche par son mariage avec Hugues IX le Brun, seigneur de Lusignan .

Mathilde d'Angoulême
Titres de noblesse
Dame de Lusignan
Comtesse de la Marche
Biographie
Naissance
Av. 1181
Décès
Ap. 29 août 1233
Époque
Famille
Père
Vulgrin III d'Angoulême
Mère
Elisabeth d'Amboise
Conjoint
Enfant
Sans postérité
Autres informations
Grands-Parents

Guillaume VI Taillefer
Marguerite de Turenne

Hugues II d'Amboise
Mathilde de Vendôme

BiographieModifier

FamilleModifier

Mathilde est la fille unique de Vulgrin III (♰ 29 juin 1181) comte d'Angoulême et de son épouse, Elisabeth d'Amboise (♰ ap. 20 mars 1202 et av. avril 1213)[1], fille d'Hugues II seigneur d'Amboise et de Mathilde de Vendôme[2].

Elle est la nièce des comtes d'Angoulême Guillaume VII Taillefer (♰ 1186) et Aymar II Taillefer (v. 1160-16 juin 1202), frères cadets de son père Vulgrin III, et cousine d'Isabelle Taillefer (v. 1192-4 juin 1246), reine d'Angleterre puis comtesse d'Angoulême et de la Marche.

Elle porte le prénom de sa grand-mère maternelle, Mathilde de Vendôme.

Héritage et spoliationModifier

À la mort de son père, Vulgrin III en 1181, la mère de Mathilde se retire auprès de son frère Sulpice III d'Amboise[2]. Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine, se déclare son tuteur, espérant pouvoir disposer du comté d'Angoulême. Ses oncles Guillaume VII et Aymar contestent la succession invoquant peut-être le droit de viage en vigueur dans de nombreuses familles poitevines[3]. Ce droit faisait de Guillaume VII le comte en titre. Guillaume VII Taillefer et Aymar refusent que leur nièce soit investie du comté d'Angoulême qu'ils considèrent comme leur propre héritage[4] et la spolient du titre et de la terre d'Angoulême. En conflit avec leur suzerain, Richard Cœur de Lion, ils se réfugient chez leur frère utérin, Adémar V, vicomte de Limoges.

Sans union ni descendance, Guillaume VII Taillefer décède en 1186. Son cadet, Aymar II, lui succède à la tête du comté. Philippe Auguste pour l'attirer dans l'alliance capétienne lui fait épouser Alix de Courtenay, sa cousine, petite-fille du roi de France, Louis VI le Gros, en 1186[5].

Après son mariage avec Hugues IX le Brun, seigneur de Lusignan, comte de la Marche[1], Mathilde est le centre d'une lutte dynastique, entre les rois d'Angleterre et de France, déclenchée après la mort du comte d'Angoulême Aymar II (♰ 1202), père d'Isabelle. Mathilde semble disposer des châteaux de Bouteville et de Châteauneuf, puisqu'ils servent aux Lusignan de base pour mener des opérations militaires dans le comté[6]. Ils sont un sujet de négociation lors du traité de Parthenay de 1214[7],[8],[9].

La remariage d'Isabelle d'Angoulême en 1220 avec son beau-fils, Hugues X de Lusignan (v. 1182-1249), amène le titre et la terre d'Angoulême à la Maison de Lusignan, avant d'être finalement intégrés au début du XIVe siècle à la Maison de Valois puis à la couronne de France.

Mathilde et Isabelle d'AngoulêmeModifier

Après la mort de son mari en 1219 à Damiette, Mathilde maintient ses revendications contre son beau-fils, Hugues X, devenu comte d'Angoulême par son mariage avec Isabelle[10].

Le litige entre les deux cousines se solde grâce à l'intervention de l'archevêque de Tours, Juhel de Mathefelon, qui les réunit à Tours le 29 août 1233. Mathilde et Isabelle concluent une entente par laquelle Mathilde renonce à ses droits héréditaires et abandonne à Isabelle, à son mari, Hugues X de Lusignan, et à leurs héritiers, ses droits sur le comté d'Angoulême et ses droits de douaire sur le comté de la Marche en échange d'une rente annuelle de 500 livres tournois à laquelle Isabelle Taillefer ajoute 500 livres tournois en argent comptant. Pour garantir l'accord, Mathilde accepte d'être excommuniée par les archevêques de Tours et de Bordeaux et les évêques de Poitiers, Angoulême et Saintes au cas où elle viendrait à l'enfreindre.[11],[12].

Mathilde n'aura jamais disposé de l'héritage familial de son père. Après cela, on ne rapporte plus rien à son sujet.

MariageModifier

Hugues IX le BrunModifier

En 1200 ou quelque temps après, Mathilde épousa Hugues IX le Brun (av. 1151-11 août 1219), seigneur de Lusignan (ap. 1171-1219) et comte de la Marche (1199-1219). Il est le fils d'Hugues le Brun (v. 1124-v. 1169) et d'Aurengarde d'Exoudun (av. 1139-ap. 1169). Son frère cadet est le comte d'Eu, Raoul Ier d'Exoudun (av. 1169-1er mai 1219) et son frère utérin, Hugues de Surgères (v.1174-1212), est vicomte baillistre de Châtellerault de 1203 à 1212.

De cette unique union qu'elle avait contracté avec Hugues IX le Brun aucune descendance ne lui est connue.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Charles Desages Olphe Galliard, Essai sur la chronologie et la généalogie des comtes d'Angoulême du milieu du IXe à la fin du XIe siècle : Positions de thèse à l'école des chartes, t. VI, Angoulême, E. Constantin, coll. « Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente / 8 », (lire en ligne), « Une comtesse d'Angoulême inconnue », p. 235-236
  2. a et b Prosper Boissonnade, L'ascension, le déclin et la chute d'un grand État féodal du centre-ouest : les Taillefer et les Lusignan comtes de la Marche et d'Angoulême, Angoulême, coll. « Bulletins et Mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente », , p. 52
  3. Luc Guéraud, Contribution à l'étude du processus coutumier au Moyen Age : le viage en Poitou, Paris, Institut Universitaire Varenne, coll. « Thèses », , 462 p. (ISBN 978-2-916606-18-7)
  4. Geoffroy de Vigeois (éd. Léopold Delisle), Ex Chronico Gaufredi Coenobitae, t. XII : Recueil des historiens des Gaules et de la France, Scriptores, Paris, (lire en ligne), p. 448
  5. Prosper Boissonnade, L'ascension, le déclin et la chute d'un grand État féodal du centre-ouest : les Taillefer et les Lusignan comtes de la Marche et d'Angoulême, Angoulême, coll. « Bulletins et Mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente », , p. 64
  6. Clément de Vasselot de Régné, Le "Parentat" Lusignan (Xe-XIVe siècles) : structures, parenté vécue, solidarités et pouvoir d’un lignage arborescent, vol. 1 : Texte (Thèse de doctorat en histoire médiévale, sous la direction de John Tolan et de Martin Aurell), Université de Nantes, (lire en ligne), p. 178
  7. Rotuli Chartarum in Turri Londinensi asservati (éd. Thomas Duffus Hardy), vol. I : pars 1, Londres, (lire en ligne), p. 197-198
    1214, 25 mai, Parthenay : Hugues [IX] de Lusignan, comte de la Marche, Raoul [Ier d'Exoudun], comte d'Eu et Geoffroy [Ier] de Lusignan font un traité de paix et d'alliance avec le roi d'Angleterre, Jean. Le roi donne sa fille Jeanne en mariage au fils du comte de la Marche, Hugues [X], et la confie à leur garde. Il donne à sa fille une dot de 2000 livres qui doivent être assignées sur le Poitou, l'Anjou et la Touraine. En attendant, Hugues [X] aura la garde de la Saintonge et de l'île d'Oléron qui retourneront au roi une fois la dot attribuée. Si Hugues [X] ou Jeanne meurent sans héritier, les terres reviendront au roi. La possession du comté de la Marche est confirmée à Hugues [IX] qui en fait hommage au roi. Raoul [Ier d'Exoudun] se voit restituer les honneurs d'Hastings et de Tickhill et attribuer une rente annuelle égale à la valeur du comté d'Eu qui lui a été confisqué par le roi de France. Geoffroy [Ier] de Lusignan et tous les vassaux des signataires recouvrent également leurs terres. Une trêve est proclamée entre Geoffroy et Guillaume [IV] Maingot, seigneur de Surgères, et une compensation proposée aux prétentions de ce dernier sur le château de Vouvant. Le comté d'Angoulême reste intégralement au roi d'Angleterre qui offrira au comte de la Marche une compensation financière pour les châteaux de Bouteville et de Châteauneuf.
  8. Rotuli Chartarum in Turri Londinensi asservati (éd. Thomas Duffus Hardy), vol. I : pars 1, Londres, (lire en ligne), p. 208-209
    1214, 27 mai, Parthenay : Jean, roi d'Angleterre distribue des fiefs à ses chevaliers. Guillaume [II] de Lezay reçoit 100 livres et un fief-rente d'une valeur de 100 livres, quatre chevaliers de Geoffroy [Ier] de Lusignan reçoivent 200 livres, et lui-même, 1000 livres poitevines. En compensation pour Bouteville et Châteauneuf, Hugues [IX de Lusignan], comte de la Marche, reçoit 500 marcs pour les trois années à venir ainsi qu'un don de 1000 livres sterling. En compensation pour le comté d'Eu, Raoul [Ier d'Exoudun], se voit octroyer une rente annuelle de 6000 livres tournois.
  9. Clément de Vasselot de Régné, Le "Parentat" Lusignan (Xe-XIVe siècles) : structures, parenté vécue, solidarités et pouvoir d’un lignage arborescent, vol. 1 : Texte (Thèse de doctorat en histoire médiévale, sous la direction de John Tolan et de Martin Aurell), Université de Nantes, (lire en ligne), p. 858 :

    « Le traité de Parthenay, le 25 mai 1214, précise qu'Hugues IX de Lusignan accepte d'abandonner toute prétention sur le comté d'Angoulême, les châteaux de Bouteville et de Châteauneuf, en échange d'une compensation financière. Ces deux forteresses formaient sans doute la dot de Mathilde d'Angoulême qu'Hugues IX a épousé après les noces de sa cousine, Isabelle d'Angoulême avec le roi Jean d'Angleterre. »

  10. Clément de Vasselot de Régné, Le "Parentat" Lusignan (Xe-XIVe siècles) : structures, parenté vécue, solidarités et pouvoir d’un lignage arborescent, vol. 1 : Texte (Thèse de doctorat en histoire médiévale, sous la direction de John Tolan et de Martin Aurell), Université de Nantes, (lire en ligne), p. 927
  11. Clément de Vasselot de Régné, Le "Parentat" Lusignan (Xe-XIVe siècles) : structures, parenté vécue, solidarités et pouvoir d’un lignage arborescent, vol. 1 : Texte (Thèse de doctorat en histoire médiévale, sous la direction de John Tolan et de Martin Aurell), Université de Nantes, (lire en ligne), p. 928
  12. Cartul. de l'évêché de Châlon ; cartul. des comtes de la Marche ; cartul. de Beaulieu en Limousin ; actes relatifs pour la plupart à la Bourgogne. Copies faites pour Jean Bouhier (Copie du XVIIe siècle, d'après copie de la fin du XIIIe siècle, d'après original perdu), Paris, BnF, coll. « Jean Bouhier » (no Latin 17089), 1601-1700 (lire en ligne), p. 492-495
    1233, 29 août, Tours : Accord entre Isabelle, comtesse de la Marche et d'Angoulême et Hugues [X] de Lusignan, son mari d'une part et d'autre part, sa belle-mère et cousine de son épouse, Mathilde, fille de Vulgrin [III], comte d'Angoulême qui abandonne tous les droits qu'elle revendiquait sur le comté d'Angoulême et ceux qu'elle pouvait avoir sur le comté de la Marche à titre de douaire au couple et à leurs héritiers, en échange de quoi Hugues [X] lui versera une rente annuelle de 500 livres tournois jusqu'à sa mort et Isabelle d'Angoulême lui remettra la somme de 500 livres tournois.

Sources et bibliographieModifier

BibliographieModifier

  • Prosper Boissonnade, « L'ascension, le déclin et la chute d'un grand État féodal du centre-ouest : les Taillefer et les Lusignan comtes de la Marche et d'Angoulême », Bulletins et Mémoires de la Société archéologique et historique de la Charente, 1935, p. 3-258.
  • Sophie Bressan-Verdier, Une Famille, les Taillefer, comtes d’Angoulême, au Moyen Âge, Mémoire de DEA de l'université de Poitiers sous la direction de Martin Aurell, 2003.
  • Clément de Vasselot de Régné, Le "Parentat" Lusignan (Xe-XIVe siècles) : structures, parenté vécue, solidarités et pouvoir d’un lignage arborescent, Thèse de doctorat en histoire médiévale, sous la direction de John Tolan et de Martin Aurell, Université de Nantes, 4 vol., 2 797 p., décembre 2018. [lire en ligne]

Articles connexesModifier