Massacre de la rue Haxo

Massacre de la rue Haxo
Image illustrative de l’article Massacre de la rue Haxo
Photomontage réalisé par Eugène Appert et issu de la série des Crimes de la Commune.

Date
Lieu Rue Haxo, Paris
Victimes Otages
Type Exécutions par fusillades
Morts 50[1],[2]
Auteurs Red flag.svg Communards
Ordonné par Raoul Rigault
Motif Représailles des massacres de la Semaine sanglante
Guerre Insurrection de la Commune de Paris
Coordonnées 48° 52′ 27,23″ nord, 2° 24′ 10,99″ est
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Massacre de la rue Haxo
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Massacre de la rue Haxo

Le massacre de la rue Haxo est la fusillade de cinquante otages le , rue Haxo, pendant la Semaine sanglante, par la Commune de Paris, sur ordre du colonel Émile Gois.

Contexte historiqueModifier

Le 5 avril 1871, après le début des combats opposant communards (ou fédérés) et versaillais, la Commune adopte le « décret sur les otages », qui déclare : « Toute exécution d'un prisonnier de guerre ou d'un partisan du pouvoir régulier de la Commune sera, sur le champ, suivie de l'exécution d'un nombre triple d'otages qui seront désignés par le sort » ; un jury d'accusation doit au préalable trancher sur la culpabilité des prisonniers pour qu'ils puissent être considérés comme otages. Quelques dizaines de personnes sont arrêtées, essentiellement des gendarmes et des prêtres, parmi lesquels l'archevêque de Paris, Georges Darboy. Le décret a pour conséquence directe de suspendre les exécutions d'otages communards par les Versaillais et n'est pas mis en application lorsque celles-ci reprennent[3].

Entre le et le , la Commune propose à de nombreuses reprises à Adolphe Thiers d'échanger, d'abord l'archevêque seul, puis l'ensemble des 74 otages, contre Auguste Blanqui, leader socialiste retenu prisonnier hors de Paris. Thiers refuse. Il sait qu'il a l'avantage militaire et ne souhaite pas libérer Blanqui, qu'il considère comme un chef militaire dangereux. Il affirme publiquement que la Commune n'aura pas le courage de s'en prendre à l'archevêque ; il sait aussi que le martyre des otages offrirait un avantage politique à son camp[3].

DéroulementModifier

 
Passage des Otages Conduisant au Champ des Martyrs.

À l'entrée des troupes versaillaises dans Paris le , celles-ci se livrent à des exécutions sommaires et les communards tués se comptent par milliers. En réponse, des prisonniers et civils sympathisants ou supposés sympathisants de Versailles sont massacrés par les fédérés. Le , Gustave Chaudey est fusillé[4]. Dans la nuit du 24 au , six otages sont exécutés, parmi lesquels l'archevêque Georges Darboy et le premier président de la Cour de cassation Louis-Bernard Bonjean. D'autres otages sont exécutés dans l'Est parisien[3].

Des otages étaient enfermés dans la prison de la Roquette. Cependant, à cause de la progression des troupes versaillaises lors de la Semaine sanglante, des officiers blanquistes prennent l'initiative de faire évacuer, par la menace[5], cinquante otages vers le quartier de Belleville[1]. Le 26 mai, le colonel Émile Gois, sous les ordres de Raoul Rigault, prend la décision de les exécuter[N 1],[7],[8],[9].

Les prisonniers marchent dans les rues de Paris, suivis par une foule de plus en plus furieuse[1]. Ils sont finalement amenés dans la cour du quartier-général de la garde nationale de la rue Haxo[1]. Les otages sont fusillés dix par dix, en dépit de l'opposition de plusieurs dirigeants de la Commune présents sur les lieux[3], notamment Varlin et Vallès. Les exécutions durent environ un quart d'heure, pendant lequel le désordre est extrême[5].

VictimesModifier

 
Lieu du massacre des otages de la rue Haxo (Eugène Atget)

Les exécutions de la rue Haxo font 50 morts, dont 36 gardes ou gendarmes, 10 prêtres et religieux, dont des jésuites, et quatre militants blanquistes identifiés comme informateurs de la police[1],[2].
Parmi eux, les Pères Jésuites Pierre Olivaint, Jean Caubert, Anatole de Bengy, les Pères de Picpus Ladislas Radigue, Polycarpe Tuffier, Marcellin Rouchouze et Frézal Tardieu, un Père des Religieux de Saint Vincent de Paul Mathieu-Henri Planchat, l'abbé Jean-Marie Sabattier vicaire à N.-D. de Lorette, l'abbé Paul Seigneret, séminariste du séminaire Saint Sulpice[10],[11].

Parmi eux, les quatre religieux des Pères de Picpus, Ladislas Radigue, Polycarpe Tuffier, Marcellin Rouchouze et Frézal Tardieu et le Père des Religieux de Saint Vincent de Paul, Mathieu-Henri Planchat sont reconnus comme martyrs le 25 novembre 2021, ce qui ouvre la voie à leur prochaine béatification par l'Église catholique[12].

Au total, 85 personnes sont exécutées sommairement dans Paris[3]. Les corps sont jetés dans une fosse commune au cimetière de Belleville où se trouve une stèle avec les noms de l'ensemble des otages. Plus tard, les corps des religieux sont exhumés.

CommémorationModifier

Une plaque commémorative des fusillés de la Villa des Otages fut posée en 1871 au cimetière de Belleville[13],[14]. Par ailleurs, un obélisque fut édifié dans ce cimetière à la mémoire des quarante gardes nationaux, près de leurs tombes[15].

Lors du centenaire de la Commune de Paris, l'ancien chef du gouvernement Georges Bidault demande à l'archevêque de Paris, le cardinal François Marty, d'organiser un service solennel à la mémoire des otages. Celui-ci refuse, en rappelant la répression versaillaise sur le peuple parisien : « Il est tentant de s'annexer les victimes et de leur faire dire son propre discours ; je ne peux oublier la mort tragique de l'archevêque Darboy et des otages qui ont été fusillés en mai ; je ne peux oublier la mort tragique de milliers de Parisiens, morts de faim, morts dans les combats, morts dans la répression[16]. » Sa déclaration va dans le sens d'une réconciliation parisienne[17]. Il part ensuite prier dans le diocèse natal de Darboy à Langres. Georges Bidault, associé au maurrassien Pierre Debray, tente à nouveau de faire célébrer une messe mémorielle[16], cette fois-ci à l'église Saint-Thomas-d'Aquin[18]. Elle est cependant annulée par le curé qui réprouve la politisation de l'évènement[16].

Au cent-cinquantenaire, le , une procession organisée par l’archevêque de Paris, Michel Aupetit, et le curé de la paroisse Notre-Dame des Otages, en hommage aux prêtres et religieux tués pendant la Commune, est prise à partie par des manifestants qui revenaient de célébrer la mémoire des communards au mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise. L'organisation de la procession en hommage aux victimes religieuses de la Commune suscite une controverse au sein des catholiques français[19],[20],[21].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. L'historien Henri Guillemin estimait en 1971 que le massacre de la rue Haxo ne pouvait être imputé à la Commune de l'Hôtel de ville, dissoute le 24 mai, mais « à des initiatives où l'assemblée communale n'a point de part »[6].

RéférencesModifier

  1. a b c d et e Tombs 2014, p. 316.
  2. a et b Rougerie 2009, p. 107-108.
  3. a b c d et e Michel Cordillot, « L'affaire des otages », dans Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris 1871 : Les acteurs, les évènements, les lieux, Éditions de l'Atelier, coll. « Maitron », , 1437 p. (ISBN 978-2-7082-4596-9), p. 240-242.
  4. Jacques Rougerie, La Commune de 1871, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , chapitre « La Semaine sanglante ».
  5. a et b Milza 2009, p. 412.
  6. Guillemin 2018, p. 112.
  7. Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 34, pages 553-554
  8. Histoire de la Commune de 1871, Prosper-Olivier Lissagaray, 1896
  9. Les convulsions de Paris: Les prisons pendant la Commune, Maxime Du Camp, 1883
  10. France Catholique, « Sur les pas des martyrs de la Commune », sur France Catholique, (consulté le )
  11. « Semaine sanglante : « À mort les calotins ! », le massacre des otages de la rue Haxo », sur Aleteia, (consulté le )
  12. « Le pape reconnaît le martyre de cinq prêtres tués pendant la Commune », sur Le site de l'Eglise Catholique en Belgique, (consulté le )
  13. Ancienne plaque commémorative des fusillés de la Villa des Otages au cimetière de Belleville (photo Agence Rol, 1909) sur Gallica
  14. Cyprien Ordioni, Biographie de Sa Grandeur Mgr Georges Darboy, archevêque de Paris : avec une notice sur les principaux otages massacrés en mai 1871, par ordre de la Commune... / par C. Ordioni,..., Paris, A. Leclère et Cie (Paris), (lire en ligne)
  15. « cimetière de Belleville - cimetières de France et d'ailleurs », sur www.landrucimetieres.fr (consulté le )
  16. a b et c Michel Winock, Le socialisme en France et en Europe, XIXe-XXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », , 426 p. (ISBN 2-02-014658-4, lire en ligne), p. 226-228.
  17. Charles Chauvin, Mgr Darboy : archevêque de Paris, otage de la Commune (1813-1871), Éditions Desclée de Brouwer, , 144 p. (ISBN 978-2-220-02204-8, lire en ligne).
  18. Jean Guichard, Église, luttes de classes et stratégies politiques, Éditions du Cerf, , 193 p. (lire en ligne), p. 56.
  19. Cécile Chambraud, « Débat chez les catholiques autour de la commémoration de prêtres tués par les communards », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. « « La marche des martyrs, une aberration spirituelle et politique » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  21. « À Paris, une procession catholique attaquée puis interrompue par des antifas », sur Aleteia, (consulté le )

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier