Marcel Boussac

Marcel Boussac, né le à Châteauroux, mort le à Dammarie-sur-Loing (Loiret), est un industriel du textile et un éleveur de chevaux de course.

Marcel Boussac
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BiographieModifier

Avant-GuerreModifier

Il entre à 16 ans dans l’entreprise de confection que dirige son père. Puis, il s’installe à Paris dans le négoce du tissu. Il a l’intuition de miser sur le fait que beaucoup de femmes aiment s’habiller avec des couleurs gaies. Sûr de lui, il dessine une collection audacieuse, commande des centaines de milliers de mètres de tissu et proclame en 1911 la « révolution dans les fanfreluches ».

Première Guerre mondialeModifier

La réussite est fabuleuse, et trois ans plus tard, il s’offre son premier cheval de course. Pendant la Première Guerre mondiale, il rate la commande par l’armée de l’uniforme bleu horizon mais obtient le marché de la toile d'avion. Georges Clemenceau devient son ami.

Entre-deux guerresModifier

En 1919, contre l'avis de son entourage, il achète à bas prix tous les surplus de toile d'avions et, avec ce tissu inusable, il confectionne des blouses, chemises à col souple, et invente le pyjama. Il achète plusieurs usines, notamment dans les Vosges, et une gigantesque filature en Pologne. Cette dernière sera confisquée par le pouvoir en 1935.

Sa réussite lui permet de monter, sur les conseils avisés du comte Gaston de Castelbajac, une des plus importantes écuries de course au monde dont la casaque orange et la toque grise remportera les plus prestigieuses épreuves internationales.

Lorsque la crise frappe les entreprises en 1929, il parvient à baisser ses coûts suffisamment pour diminuer ses prix tout en continuant à faire des bénéfices, ce qui lui permet d'étendre son empire.

Il sent tout, vérifie tout, contrôle tout. C'est un patron qui connaît chacune de ses usines, débarque tous les ans au débotté pour des visites d'inspection, étudie minutieusement le fonctionnement des métiers à tisser. Sans cesse, il houspille les ouvrières, les contremaîtres et ses directeurs pour que les malfaçons soient détectées et corrigées. Un tissu Boussac, pense-t-il, doit être impeccable, et dire une signature, une garantie.

Seconde Guerre mondialeModifier

Sous l'Occupation, il est un temps membre du Conseil national instauré par Vichy. Ses bonnes relations avec nombre d'officiers supérieurs allemands et avec le ministre de la production industrielle de Vichy, Jean Bichelonne, lui permettent de sauver ses usines, et les Allemands décident même de les équiper de métiers à tisser flambant neufs. À l'instar de Mandel Szkolnikoff, il fournit ainsi la Kriegsmarine : 110 millions de mètres de tissus provenant de ses usines[1]. Ses bonnes relations trouvent leurs limites : il est impuissant à lutter contre la convoitise des nazis pour Pharis, son plus bel étalon. Le crack est enlevé par un commando durant l'été 1941.

Après-guerreModifier

Une instruction pour collaboration est ouverte à la Libération, mais elle sera close sans suites le . Ainsi, il n'est pas inquiété par l'épuration, notamment grâce aux remerciements des rescapés de la déportation qui découvrent que leurs salaires ont été versés consciencieusement à leurs familles. Il engage Christian Dior en 1946 et participe grandement à ce que Paris redevienne la capitale de la mode. Il s'offre le château de Mivoisin, une superbe propriété de chasse de 3 600 hectares, dans le Loiret près de Chatillon-Coligny, où il recevra avec sa femme Fanny tous les ténors de la politique, sauf Charles de Gaulle.

Au début des années 1950, il s'offre les journaux L'Aurore et Paris-Turf, et les machines à laver le linge Bendix dont il offre un exemplaire à chacune de ses ouvrières pour qu'elles puissent se reposer. En 1952, il rachète les haras de Jardy et l'hippodrome de Saint-Cloud, marchant ainsi dans les traces de son illustre prédécesseur, Edmond Blanc, dont il s'inspira. L'hippodrome est radicalement réaménagé sous sa direction[2].

DécolonisationModifier

La décolonisation et l'apparition des fibres synthétiques réduisent ses marchés : ses profits baissent et ses déboires financiers s'accélèrent. Mais plutôt que déléguer ses pouvoirs, il continue de vouloir tout contrôler et acquiert en 1951 le quotidien L'Aurore, qui soutient avec insistance la Guerre d'Indochine. Il reçoit les journalistes dans des déjeuners, de droite comme de gauche et attend leur soutien [3].

Au Maroc, Marcel Boussac obtient ainsi une influence sur Robert Lacoste, le Résident général de France au Maroc, dont le mandat ne sera finalement écourté qu'en juin 1955 par le Président du conseil Edgar Faure[4]. Dans son livre "Ma mission au Maroc" , Gilbert Grandval raconte qu'il a assisté à des déjeuners où Marcel Boussac et le président du conseil Edgar Faure avaient de longues discussions, le second prenant trois heures pour tenter de convaincre le premier que le retour du Sultan du Maroc, alors en exil à Madagascar était nécessaire, et espérait ensuite, malgré y avoir échoué, pouvoir quand même amadouer le patron de presse, ce dont s'indigne dans un livre publié un an plus tard le romancier Auguste de Montfort [5]. En 1956, l'activiste Jacques Soustelle crée l'USRAF (Union pour le Salut et le Renouveau de l’Algérie Française), le siège est installé dans les locaux du journal L’Aurore, locaux mis gracieusement à sa disposition par le propriétaire Marcel Boussac et le directeur du journal, Robert Lazurick, au 9 rue Louis Legrand[6].

Lorsque la situation se détériore dans le Protectorat du Maroc, dont le souverain Mohammed V est exilé à Madagascar et où les attentats du parti d'opposition de l'Istiqlal font de nombreuses victimes[7], d'autres grands patrons de presse sont en liaison étroite avec le président du conseil Edgar Faure et son directeur de cabinet Jacques Duhamel[7], ainsi qu'Antoine Pinay, ministre des Affaires étrangères[7]. C'est le cas de Pierre Lazareff, patron de France-Soir, qui leur conseille d'envoyer 50.000 militaires pour conserver ce Protectorat du Maroc[7], une pression qui amène Edgar Faure à hésiter, l'écrivain François Mauriac le compare, dans son « bloc-notes » à un « myope qui s'empêtre dans ses combinaisons »[7]

DécèsModifier

Incapable d'éviter le démantèlement de son empire, il meurt ruiné, alors qu'il fut l'homme le plus riche d'Europe.

Depuis 1980, le critérium des Pouliches est rebaptisé Prix Marcel Boussac.

Notes et référencesModifier

  1. Benoît Collombat et David Servenay, Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours, La Découverte, Paris, 2009, page 41. (ISBN 9782707157645)
  2. Mylène Sultan, « Les métamorphoses de deux villes », lexpress.fr, 13 novembre 2008.
  3. "On ne peut pas être heureux tout le temps" par Françoise Giroud, aux Editions Fayard en 2001 Pierre%20Lazareff%20boussac&f=false
  4. "Juin - Le maréchal africain" par Guillaume Denglos, en 2019, dans la Collection Portraits - Librairie Decitre [1]
  5. "La force des temps modernes", Auguste de Montfort , Editions IRC, en 1957 [2]
  6. "Histoire de la IVe République volume V : la République des tourmentes", par Georgette Elgey [3]
  7. a b c d et e « Un maître politicien », sur Le Telegramme, (consulté le 10 janvier 2021).

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier